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Fièvre de velours
Trois semaines. Vingt et un jours exacts depuis la dernière fois que Leïla avait posé ses lèvres sur la peau de Sirine. Trois semaines de messages brefs, d’appels coupés trop tôt, de nuits où chacune s’était touchée en pensant à l’autre sans jamais oser le dire à voix haute. Leïla était partie en voyage avec Baligh, puis les obligations l’avaient retenue, le quotidien l’avait avalée. Sirine, elle, avait continué sa vie à Tunis, l’appartement trop silencieux, le grand lit de velours violet trop vaste. Elle avait compté les jours. Elle avait rêvé du goût de Leïla, de l’odeur de son sexe, de la façon dont ses seins fermes se pressaient contre les siens. Le désir n’avait pas diminué. Il avait fermenté, gonflé, devenu une fièvre sourde qui lui battait entre les cuisses dès qu’elle fermait les yeux.
Quand la sonnerie retentit, en fin d’après-midi, Sirine était déjà debout derrière la porte. Elle ouvrit. Leïla se tenait là, valise à peine posée dans le couloir, le visage tiré par l’attente, les yeux trop brillants. Elles se regardèrent une seconde. Une seule. Puis Sirine tira Leïla à l’intérieur et claqua la porte.
Elles ne parlèrent presque pas.
Les sacs tombèrent. Les chaussures furent arrachées. Sirine poussa Leïla contre le mur de l’entrée et l’embrassa comme on boit après une traversée du désert. Leur bouche s’ouvrirent en même temps, langues avides, dents qui claquaient, souffles qui se heurtaient. Les mains de Leïla glissèrent sous le haut de Sirine, trouvèrent la peau chaude, les seins lourds qu’elle avait tant manqués. Elle gémit dans la bouche de Sirine, un son rauque, presque animal. Sirine tira sur la robe de Leïla, l’entendit se déchirer un peu, s’en moqua, continua. Elles avancèrent vers la chambre en s’arrachant les vêtements, trébuchant, s’embrassant, se mordant le cou, les épaules. Quand elles atteignirent le lit, elles étaient déjà nues.
Le velours violet les accueillit comme une promesse. Sirine y tomba sur le dos. Leïla s’abattit sur elle. Leurs corps s’ajustèrent avec la précision désespérée de celles qui se connaissent par cœur. Seins contre seins, ventre contre ventre, sexes déjà mouillés qui se frottèrent l’un à l’autre. Leïla enfouit son visage dans le cou de Sirine, inspira profondément, puis descendit. Elle lécha la gorge, la clavicule, prit un sein dans sa bouche et le suç a avec une force qui fit crier Sirine. Elle mordit le téton, pas assez pour faire mal vraiment, juste assez pour que Sirine cambrât le dos et agrippât ses cheveux.
« Trois semaines », murmura Leïla contre la peau. Sa voix tremblait. « J’ai pensé à ça tous les jours. À ton goût. À la façon dont tu ouvres les cuisses pour moi. »
Elle ne dit rien de plus. Sa bouche redescendit, passa sur le ventre doux de Sirine, s’attarda autour du nombril, puis plongea entre ses cuisses. Sirine écarta les jambes largement, posa ses pieds à plat sur le velours. Leïla gémit en découvrant le sexe déjà ouvert, brillant, gonflé. Elle posa toute sa bouche dessus d’un seul geste, comme si elle voulait l’avaler entier. Sa langue s’enfonça, large et plate, lécha longuement, de bas en haut, encore et encore. Elle suç a les lèvres, les tira, les relâcha, revint sur le clitoris et le prit entre ses lèvres avec une précision cruelle. Sirine poussa un long cri et planta ses ongles dans les épaules de Leïla.
Leïla ne s’arrêta pas. Elle resta là, le visage enfoui, respirant à peine, léchando, suçanto, mordillant doucement. Elle glissa deux doigts en Sirine, les courba, trouva le point qui faisait toujours trembler sa maîtresse, et recommença le même mouvement de langue, inlassable. Sirine jouit une première fois assez vite, les cuisses serrées autour de la tête de Leïla, un gémissement long et grave qui sortit du fond de sa gorge. Leïla ne recula pas. Elle continua de lécher, plus lentement, recueillant le plaisir qui s’écoulait, jusqu’à ce que Sirine la tire par les cheveux.
« Viens ici », souffla Sirine, la voix cassée.
Leïla remonta. Elles s’embrassèrent. Sirine goûta son propre sexe sur la bouche de l’autre et en fut encore plus excitée. Elle retourna Leïla d’un mouvement ferme, la mit sur le dos, s’agenouilla entre ses cuisses. Leïla était trempée. Sirine le vit, le sentit, en fut presque émue. Elle se pencha et posa sa langue exactement là où Leïla en avait le plus besoin. Elle connaissait ce corps par cœur. Elle savait comment passer de longues caresses lentes à des coups de langue rapides et précis sur le clitoris. Elle savait quand glisser un, puis deux, puis trois doigts. Elle savait quand Leïla était proche et comment la retenir juste au bord.
Elle la fit monter, monter, presque jouir, puis ralentit. Leïla gémit, protesta, tenta de pousser la tête de Sirine plus fort contre elle. Sirine sourit contre son sexe et recommença. Elle prit son temps. Elle lécha les lèvres intérieures une par une, les suç a, les relâcha. Elle enfonça sa langue aussi profond que possible, puis revint au clitoris et le travailla en cercles serrés. Quand Leïla commença à trembler pour de bon, Sirine glissa la main vers la table de chevet, ouvrit le tiroir, en sortit le jouet qu’elles aimaient toutes les deux : un vibromasseur rose, lisse, légèrement courbé. Elle l’alluma sur la position basse et le posa contre le clitoris de Leïla tout en continuant de la lécher autour. Leïla cria. Son dos se cambra violemment. Sirine enfonça deux doigts en elle en même temps et la laissa enfin basculer.
Leïla jouit en criant le prénom de Sirine, les mains agrippées aux draps violets, les yeux fermés, la bouche ouverte. Sirine ne retira ni les doigts ni le jouet. Elle baissa l’intensité, mais continua de bouger, de lécher, de caresser. Leïla tenta de se dérober, trop sensible. Sirine la retint par les hanches.
« Non », dit-elle doucement. « Pas encore. Je t’ai manqué trop longtemps. »
Elle continua. Leïla jouit une deuxième fois, plus vite, plus fort, presque en sanglotant. Sirine éteignit le jouet, le posa à côté, et remonta le long du corps de Leïla pour l’embrasser. Leurs sexes se frottèrent. Sirine bougea les hanches, frotta son clitoris contre celui de Leïla, lentement d’abord, puis plus vite. Elles se regardèrent dans les yeux pendant qu’elles se frottaient. Leïla avait les larmes aux yeux. Sirine aussi.
« Je t’aime », murmura Leïla. « Je t’aime à en devenir folle. »
Sirine ne répondit pas avec des mots. Elle prit le visage de Leïla entre ses mains et l’embrassa jusqu’à ce qu’elles jouissent ensemble, un frottement désordonné, humide, qui les fit gémir l’une dans la bouche de l’autre.
Elles ne s’arrêtèrent pas pour autant. Leïla, à peine redescendue, repoussa Sirine sur le dos et redescendit entre ses cuisses avec une faim renouvelée. Cette fois elle fut plus brutale, plus vorace. Elle mordit l’intérieur des cuisses de Sirine, y laissa des marques rouges, puis revint au sexe et le dévora. Sirine riait et gémissait en même temps. Elle agrippa les cheveux de Leïla, la guida, lui ordonna presque. Leïla obéit. Elle lécha jusqu’à ce que sa mâchoire soit fatiguée, jusqu’à ce que le visage soit brillant de l’humidité de Sirine. Elle glissa le jouet en Sirine pendant que sa langue travaillait le clitoris. Sirine jouit en criant, les jambes tremblantes, puis encore, presque immédiatement, quand Leïla refusa de s’arrêter.
Le temps se dilua. La lumière de l’après-midi devint celle du crépuscule, puis de la nuit. Elles n’allumèrent pas les lampes. Le velours violet était maintenant froissé, humide par endroits, imprégné de leur odeur mêlée. Elles changèrent de position encore et encore. Sirine s’assit sur le visage de Leïla et se frotta contre sa bouche jusqu’à jouir en la regardant dans les yeux. Leïla se mit à quatre pattes et Sirine la prit par-derrière avec les doigts, profondément, pendant que l’autre main caressait son clitoris. Elles s’embrassèrent pendant que leurs mains travaillaient entre les cuisses de l’autre, un miroir de plaisir qui les fit jouir presque au même instant.
À un moment, Leïla se mit à pleurer tout en jouissant. Sirine la prit dans ses bras, la berça, l’embrassa partout, puis la fit jouir encore avec une douceur extrême, juste la langue, juste le bout des doigts, jusqu’à ce que les larmes se mêlent à des rires tremblants.
« Je n’en peux plus », murmura Leïla, la voix brisée de plaisir. « Et je ne veux pas que tu t’arrêtes. »
Sirine sourit contre sa tempe. « Moi non plus. »
Elle reprit le jouet. Elle l’alluma sur une position plus forte et le posa contre le sexe de Leïla pendant qu’elle l’embrassait. Leïla se cambra, cria, agrippa les épaules de Sirine. Sirine la maintint, lui parla à l’oreille, des mots doux et crus à la fois : « Prends-le. Prends tout. Tu es à moi. Ton plaisir est à moi. » Leïla jouit si fort que son corps entier se tendit, puis s’effondra. Sirine éteignit le jouet, le jeta loin, et se colla contre elle. Leurs cœurs battaient l’un contre l’autre.
Mais la faim n’était pas encore apaisée. Après quelques minutes à peine, Sirine sentit la main de Leïla glisser à nouveau entre ses cuisses. Elle écarta les jambes sans un mot. Leïla la caressa lentement, amoureusement, puis plus fermement. Elle descendit et recommença à la lécher, cette fois avec une tendresse infinie, comme si elle voulait s’excuser d’avoir été absente si longtemps. Sirine caressa ses cheveux, ferma les yeux, se laissa aller. Elle jouit une fois, deux fois, trois fois, chaque orgasme plus profond, plus épuisant que le précédent. À la troisième, elle eut les larmes aux yeux. Leïla remonta, les vit, et se mit à pleurer aussi. Elles s’embrassèrent en pleurant, en riant, en se caressant encore.
Leurs corps tremblaient. Les muscles des cuisses de Sirine avaient des spasmes involontaires. Leïla avait la mâchoire douloureuse, les lèvres gonflées, les doigts fatigués. Pourtant, aucune des deux ne voulait vraiment s’arrêter. Elles se frottèrent encore, plus lentement, presque paresseusement, jusqu’à un dernier orgasme partagé, faible et doux, qui les fit sourire l’une contre l’autre.
Enfin, elles s’immobilisèrent. Sirine tira le drap de velours sur leurs corps trempés de sueur. Leïla posa sa tête sur la poitrine de Sirine, écouta les battements de son cœur qui ralentissaient peu à peu. Sirine caressait ses cheveux, encore et encore, comme pour s’assurer qu’elle était bien là.
« Trois semaines », murmura Leïla dans le silence. « C’était trop long. »
« Oui », répondit Sirine. Sa voix était rauque, brisée de plaisir. « Beaucoup trop long. »
Leïla releva la tête. Leurs regards se croisèrent dans la pénombre. Il y avait encore du désir dans leurs yeux, une braise qui n’était pas tout à fait éteinte. Mais il y avait aussi autre chose : un amour si dense qu’il en devenait presque douloureux, une reconnaissance mutuelle de cette obsession qui les liait.
« Je ne peux plus me passer de ton corps », dit Leïla simplement. « Ni de toi. »
Sirine l’embrassa, un baiser lent, salé de larmes et de sexe. « Moi non plus. Viens plus près. »
Leïla se colla davantage. Leurs jambes s’entremêlèrent. Leurs sexes, encore sensibles, se touchèrent mollement. Sirine passa un bras autour des épaules de Leïla, l’autre autour de sa taille. Elles restèrent ainsi, respirant ensemble, sentant le velours sous leur peau, l’odeur de leur plaisir qui emplissait la chambre.
Dehors, Tunis vivait sa nuit. Des klaxons lointains, une musique qui montait d’une terrasse, le murmure de la ville. Ici, dans l’appartement, il n’y avait plus que le souffle de deux femmes qui s’étaient attendues trop longtemps et qui venaient de se retrouver avec une faim presque dangereuse.
Sirine ferma les yeux. Elle savait qu’au petit matin le désir reviendrait, peut-être plus doux, peut-être encore aussi violent. Elle savait que Leïla devrait repartir un jour, retourner à sa vie, à Baligh, aux obligations. Mais ce soir, ce n’était pas important. Ce soir, il n’y avait que le corps de l’autre, l’obsession apaisée un instant, le plaisir qui les avait vidées et remplies en même temps.
Leïla murmura quelque chose d’inaudible contre sa peau. Sirine répondit en resserrant son étreinte. Leurs cœurs battaient l’un contre l’autre, synchrones, épuisés, heureux.
Elles s’endormirent ainsi, nues, collées, les cuisses encore humides, les bouches encore gonflées de baisers, sur le grand lit de velours violet qui gardait la trace de leur fièvre.
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