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Amal: (5) Métamorphoses (nouvelle)

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Amal: (5) Métamorphoses





Amal reconnut la silhouette près du comptoir des pizzas à emporter. Quinze ans. Les mêmes yeux clairs, les mêmes cheveux bouclés un peu plus longs, un peu plus clairs maintenant, une silhouette plus ronde, plus affirmée. Diane. L’infirmière avec qui elle avait partagé des gardes de nuit interminables, des cafés trop forts, des rires étouffés dans le office. Diane qui avait dansé à son mariage, qui avait tenu Élie bébé dans ses bras, qui avait pleuré avec elle le jour de l’enterrement.

— Amal ?

La voix n’avait pas changé. Elles se regardèrent une seconde, puis se prirent dans les bras au milieu du magasin, maladroites, émues. Diane sentait le parfum léger et le savon. Amal serra plus fort.

Elles parlèrent trop vite, trop fort. Diane habitait maintenant de l’autre côté de Paris, mariée depuis douze ans, deux enfants adolescents. Elle était revenue dans le service pour un remplacement de quelques mois. Amal lui raconta Élie et Élise, les petits-enfants, l’appartement trop silencieux. Quand le serveur appela leur numéro, Diane proposa :

— On mange chez toi ? Comme avant. Pizza et confidences.

Amal accepta sans hésiter.

L’appartement sentait encore le café du matin. Amal alluma les lampes basses, ouvrit une bouteille de rouge, posa les cartons sur la table basse. Elles s’installèrent sur le canapé, les jambes repliées, les cartons ouverts entre elles. La pizza était chaude, le fromage filait. Elles rirent d’abord, de souvenirs absurdes : un médecin qui s’était endormi debout, une nuit de pleine lune où tout le service avait semblé fou.

Puis le silence s’installa autrement. Diane posa son verre, regarda Amal longuement.

— Tu vis seule depuis longtemps maintenant.

— Dix ans. Oui.

— Et le toucher ? demanda Diane tout bas. Le simple fait d’être touchée. Pas forcément… tu vois. Juste les bras de quelqu’un.

Amal sentit la gorge se serrer. Elle hocha la tête.

— Ça manque. Tous les jours. Même les câlins des enfants, ce n’est pas pareil. Ils sont grands. Ils ont leur vie.

Diane se rapprocha. Sa main se posa sur le genou d’Amal, légère. Puis elle ouvrit les bras. Amal s’y glissa. Le câlin fut long, silencieux. Diane sentait le parfum familier d’autrefois et quelque chose de plus chaud, de plus mûr. Ses mains caressaient le dos d’Amal à travers le haut léger. Amal ferma les yeux. La solitude de dix ans semblait un peu moins lourde.

Elles restèrent ainsi un moment. Quand elles se séparèrent, leurs visages étaient proches. Diane posa son front contre celui d’Amal.

— Je t’ai manqué, murmura-t-elle.

— Toi aussi.

Le deuxième câlin fut plus lent. Les mains de Diane glissèrent plus bas, le long de la colonne, s’arrêtèrent juste au-dessus des reins. Amal ne bougea pas. Elle sentait le souffle de Diane contre sa joue. Puis les lèvres de Diane se posèrent sur sa tempe, sur sa joue, tout près de sa bouche. Amal tourna légèrement la tête. Leurs lèvres se touchèrent.

Le baiser fut hésitant d’abord, presque timide. Deux femmes qui se connaissaient depuis longtemps, qui avaient partagé des confidences d’infirmières, qui avaient vu naître et mourir des patients ensemble. Puis le baiser s’approfondit. La langue de Diane toucha la sienne. Amal gémit faiblement. Ses mains montèrent dans les cheveux bouclés de Diane, les enfoncèrent.

Elles s’embrassèrent longtemps sur le canapé, les cartons de pizza oubliés. Les mains de Diane glissèrent sous le haut d’Amal, trouvèrent la peau chaude du dos, puis remontèrent vers les seins. Amal n’avait pas de soutien-gorge. Les paumes de Diane se posèrent sur la lourdeur de sa poitrine, les pouces caressèrent les mamelons qui durcissaient déjà. Amal arqua le dos, offrit davantage.

Diane se retira un instant, le regard sombre.

— On peut s’arrêter si tu veux.

— Non, répondit Amal d’une voix rauque. Continue.

Diane l’embrassa à nouveau, plus profondément. Ses doigts pinçaient doucement les mamelons, les roulaient. Amal sentait la chaleur monter entre ses cuisses, une humidité qu’elle n’avait pas connue depuis des mois. Elle passa une main sous le haut de Diane, découvrit qu’elle non plus ne portait rien en dessous. Les seins de Diane étaient ronds, lourds, les mamelons déjà durs. Amal les caressa, les pesa, les pinça à son tour. Diane gémit contre sa bouche.

Elles se débarrassèrent des hauts. Peau contre peau, seins contre seins. Le frottement était doux, presque électrique. Diane bascula Amal en arrière sur le canapé, s’allongea à moitié sur elle. Sa bouche descendit le long de la gorge, s’arrêta sur un sein, le prit entièrement. Elle suçota lentement, tourna la langue, mordilla juste assez. Amal posa les mains dans les cheveux bouclés, pencha la tête en arrière. Chaque succion envoyait une vague plus bas.

Diane passa à l’autre sein, prit le même temps, la même attention. Puis elle glissa plus bas, embrassa le ventre, le nombril, la ligne de la culotte. Amal souleva les hanches. Diane tira le pantalon et la culotte d’un même geste. Amal se retrouva nue du bas, les cuisses légèrement écartées. Diane s’agenouilla entre elles, regarda un long moment.

— Tu es belle, murmura-t-elle. Tellement belle.

Elle posa un baiser sur le mont de Vénus, puis ouvrit les lèvres de la vulve avec les doigts et posa sa langue sur le clitoris. Lentement. Avec une précision d’infirmière qui savait exactement où appuyer. Elle lécha, tournoya, suçota. Deux doigts glissèrent en Amal, la trouvèrent trempée. Ils se courbèrent, cherchèrent. Amal agrippa les coussins. Les vagues montaient trop vite. Elle jouit une première fois en gémissant fort, les cuisses tremblantes autour de la tête de Diane. Diane continua à la lécher pendant qu’elle se remettait, plus doucement, jusqu’à ce que le plaisir remonte encore. La deuxième fois fut plus profonde, plus longue, un cri rauque échappant de la gorge d’Amal.

Diane remonta, l’embrassa. Amal goûta son propre désir sur sa bouche. Elle passa les mains dans le dos de Diane, trouva la fermeture du pantalon, le tira vers le bas. Diane se débarrassa du reste. Elles se retrouvaient nues l’une contre l’autre sur le canapé. Amal fit basculer Diane sur le dos à son tour. Elle voulait rendre. Elle voulait goûter.

Elle descendit le long du corps de Diane, s’arrêta sur les seins, les suçota longuement, les pinça entre ses lèvres. Puis elle glissa plus bas. L’odeur de Diane était différente, plus musquée, plus chaude. Amal ouvrit les cuisses de son amie, posa sa langue sur le clitoris gonflé. Elle lécha comme on lui avait fait, lentement d’abord, puis plus fermement. Ses doigts entrèrent, deux, puis trois. Diane gémissait, les hanches se soulevant. Amal la regardait par en dessous, les yeux dans les yeux. Quand Diane jouit, ce fut en agrippant les cheveux d’Amal, un long gémissement qui se termina en souffle tremblant.

Elles restèrent un moment enlacées, peaux collées, souffles courts. Puis Amal se leva, tendit la main.

— La chambre.

Diane la suivit. Le lit était défait depuis le matin. Elles s’y allongèrent face à face. Les caresses recommencèrent, plus lentes cette fois, plus exploratrices. Les mains d’Amal parcouraient le corps de Diane : les seins lourds, le ventre doux, les hanches larges, l’intérieur des cuisses, les fesses. Diane faisait de même. Elles s’embrassaient entre chaque découverte. Parfois leurs sexes se frottaient, clitoris contre clitoris, dans un mouvement lent et humide qui les faisait gémir ensemble.

Amal se glissa plus bas à nouveau, ouvrit davantage les cuisses de Diane, et plongea sa langue plus profondément. Elle lécha l’entrée, y entra un peu, revint sur le clitoris. Ses doigts s’ajoutèrent, courbés, insistants. Diane arquait le dos, les mains dans les cheveux d’Amal. Elle jouit une deuxième fois plus sèchement, les muscles se contractant autour des doigts.

Puis ce fut au tour de Diane. Elle retourna Amal sur le ventre, s’agenouilla entre ses jambes écartées, souleva légèrement les hanches. Sa langue traça une ligne depuis le bas du dos jusqu’à l’anus, tourna, appuya. Amal sursauta, puis se détendit. Diane lécha longuement, humidifia, fit entrer un doigt lentement, puis un second. Amal gémissait dans l’oreiller, le visage écrasé. Quand la langue de Diane revint sur son clitoris en même temps que les doigts bougeaient en elle, Amal jouit une troisième fois, le corps secoué de tremblements.

Elles se retournèrent face à face. Diane passa une jambe par-dessus celle d’Amal, colla son sexe contre le sien. Elles se frottèrent lentement d’abord, puis plus vite, clitoris contre clitoris, lèvres contre lèvres. Les mains tenaient les seins, les hanches, les fesses. Le bruit humide de leurs sexes qui glissaient l’un contre l’autre emplissait la chambre. Amal sentait le plaisir monter encore, différent, plus large. Elles jouirent presque en même temps, les fronts collés, les souffles mélangés, un gémissement commun qui se termina en rire tremblant.

Elles s’allongèrent enlacées, les jambes entremêlées. La sueur collait leurs peaux. Diane caressait le dos d’Amal, des cercles lents.

— Ça faisait si longtemps, murmura Diane. Que je n’avais pas touché une femme. Que je n’avais pas été touchée comme ça.

— Moi aussi, répondit Amal. Depuis… depuis avant même la mort de mon mari. On avait cessé depuis longtemps.

Le silence qui suivit n’était plus lourd. Il était plein. Diane se pencha, embrassa l’épaule d’Amal, puis le creux de sa gorge, puis un sein. Les caresses reprirent, plus paresseuses cette fois. Les doigts glissaient entre les cuisses, trouvaient l’humidité, entraient, ressortaient. Les bouches suçaient les mamelons avec une lenteur presque endormie. Puis le désir remontait, inévitable.

Amal se mit à califourchon sur la cuisse de Diane, frotta son sexe contre la peau chaude et ferme. Diane tenait ses hanches, l’aidait au mouvement. Amal penchait la tête en arrière, les seins offerts. Diane se souleva, prit un mamelon en bouche pendant qu’Amal se frottait. Le plaisir monta vite. Amal jouit en s’appuyant sur les épaules de Diane, un long gémissement rauque.

Ensuite, Diane s’allongea sur le dos, écarta largement les cuisses. Amal s’installa entre elles, face contre sexe, et plongea. Elle lécha, suçota, fit entrer la langue, ajouta les doigts. Diane tenait sa tête, gémissait son nom. Quand elle jouit, ce fut en pressant le visage d’Amal contre elle, les hanches soulevées, un cri étouffé.

Elles changèrent encore. Amal s’allongea sur le dos. Diane s’agenouilla au-dessus de son visage, s’abaissa. Amal ouvrit la bouche, reçut le sexe de Diane contre sa langue. Elle lécha de bas en haut, suca le clitoris, pénétra avec la langue. Diane se tenait à la tête de lit, se balançait doucement. L’odeur, le goût, la chaleur : tout était intensément féminin, familier et nouveau à la fois. Diane jouit une fois de plus, les cuisses tremblantes de chaque côté de la tête d’Amal.

Elles s’écroulèrent l’une contre l’autre. La nuit était avancée. Dehors, Paris dormait. À l’intérieur, les draps étaient froissés, imprégnés de leurs odeurs mélangées. Amal posa la tête sur le sein de Diane, écouta le cœur battre encore vite.

— Les enfants, murmura Diane. Mon mari.

— Je sais.

— Ce n’est pas… je ne regrette pas. Mais demain…

— Demain on verra, dit Amal. Ce soir, on est là.

Diane embrassa ses cheveux. Sa main redescendit entre les cuisses d’Amal, trouva l’humidité persistante, caressa paresseusement le clitoris encore sensible. Amal écarta un peu plus les jambes. Les doigts entrèrent, lents, tendres. Le plaisir monta une dernière fois, doux, presque nostalgique. Amal jouit en silence, le visage enfoui contre la peau de Diane, les larmes aux coins des yeux sans qu’elle sache pourquoi.

Elles restèrent éveillées encore un moment, se caressant sans chercher à jouir, juste à toucher. Les métamorphoses s’étaient faites lentement : de l’amitié ancienne à la confidence, de la confidence au câlin, du câlin au baiser, du baiser à cette exploration sans retenue. Les sensations avaient changé de forme, les sentiments aussi. Ce qui avait été de la nostalgie était devenu du désir. Ce qui avait été de la solitude était devenu une présence chaude, féminine, familière.

Vers l’aube, Diane s’endormit la première, une jambe passée sur celle d’Amal, une main posée sur son sein. Amal resta éveillée un peu plus longtemps, regardant le plafond, sentant le corps de Diane contre le sien. Elle pensait à son mari, à ces dernières années sans toucher, à la façon dont le corps de Diane avait répondu sous ses mains, à la façon dont le sien avait répondu sous celles de Diane.

Elle ferma les yeux. Pour la première fois depuis très longtemps, le silence de l’appartement n’était plus vide. Il était rempli du souffle d’une autre femme, de la chaleur d’une peau connue et redécouverte, des traces encore humides de ce qu’elles avaient partagé.

Les métamorphoses continuaient, silencieuses, dans le creux du lit.





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