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Amal: (1) 57 Fois (nouvelle)

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57 Fois





Amal posa sa valise au pied du lit king-size et regarda la chambre. Les draps blancs immaculés, les rideaux lourds de soie ivoire, la baie vitrée qui donnait sur les toits de Paris encore baignés de la lumière dorée de ce soir de mai. Elle avait réservé cette suite pour une seule nuit. Une nuit à elle. Pas pour une réunion de famille, pas pour un anniversaire imposé, pas pour consoler quelqu’un. Juste pour elle.

Elle avait cinquante-sept ans depuis minuit.

Dans la salle de bain de marbre, elle se déshabilla lentement. Son corps lui était familier : les seins encore fermes malgré les années et les deux enfants, le ventre un peu plus doux, les hanches larges, les cuisses épaisses et fortes. Elle passa les mains sur sa peau, sentit la chaleur de la douche précédente encore présente. Puis elle ouvrit la petite trousse de maquillage qu’elle avait emportée. Un trait d’eye-liner noir, précis, un rouge à lèvres bordeaux qui rappelait la couleur de la robe, un peu de fard sur les pommettes. Ses cheveux châtains, relevés en un chignon soigné qui laissait libre la nuque, tenaient parfaitement.

La robe l’attendait sur le lit. Velours bordeaux, bretelles fines, décolleté qui soulignait la poitrine sans la donner trop vite, longueur juste au-dessus du genou. Elle l’enfila, ajusta les bretelles, enfila les escarpins noirs à talons. Dans le miroir en pied, elle se regarda longtemps. Elle n’était plus la jeune femme que son mari avait épousée. Elle n’était plus seulement la mère d’Élie et d’Élise. Elle était Amal, seule dans une chambre d’hôtel cinq étoiles, et elle avait décidé de ne plus attendre.

Le bar de l’hôtel était feutré, éclairé de lampes basses. Elle s’installa sur un tabouret haut, commanda un verre de Chablis. Le premier, elle le but presque d’un trait. Le second, elle le savoura. Elle regardait les gens sans vraiment les voir, sentait le velours de la robe contre sa peau, la chaleur légère de l’alcool dans son ventre.

C’est alors qu’il s’approcha.

Il était grand, les cheveux bruns un peu longs, des yeux foncés, un sourire qui n’était pas trop confiant. Une quarantaine d’années bien marquées, mais portées avec une nonchalance italienne. Il s’assit sur le tabouret voisin sans demander permission, posa un carnet de notes et un stylo sur le comptoir.

— Buonasera, dit-il. Vous avez l’air d’une femme qui a décidé quelque chose ce soir.

Elle tourna la tête, le regarda. Sa voix était grave, légèrement accentuée.

— Et vous avez l’air d’un homme qui observe trop, répondit-elle.

Il sourit davantage.

— Marco. Écrivain. Italien. Et vous avez raison, j’observe. C’est mon métier.

— Amal.

Il ne demanda pas son âge, ni si elle était mariée, ni ce qu’elle faisait dans la vie. Il commanda un whisky, trinqua légèrement avec elle, et parla de Paris en mai, de la lumière sur les toits, d’un roman qu’il essayait d’écrire depuis trop longtemps. Elle l’écoutait. Sa voix la berçait. Elle sentait son parfum, quelque chose de boisé et de chaud. Quand il posa la main sur le dossier de son tabouret, ses doigts frôlèrent son épaule nue. Un frisson lui parcourut le dos.

Ils parlèrent encore une heure. Puis il dit, simplement :

— Ma chambre est au sixième. Si vous voulez continuer cette conversation ailleurs.

Elle ne répondit pas tout de suite. Elle vida son verre, posa un billet sur le comptoir, se leva. La robe glissa sur ses cuisses. Elle le regarda droit dans les yeux.

— Allons-y.

La porte de la suite se referma derrière eux avec un clic feutré. Marco alluma seulement deux lampes de chevet. La lumière était basse, dorée. Amal resta debout près de la fenêtre, le regard perdu sur la ville. Il s’approcha par derrière, posa les mains sur ses hanches, posa les lèvres sur sa nuque. Elle ferma les yeux. Ses doigts remontèrent le long de ses côtes, s’arrêtèrent juste sous ses seins. Elle sentit sa respiration contre sa peau.

— Vous êtes magnifique, murmura-t-il.

Elle se tourna dans ses bras. Leurs bouches se trouvèrent. Le baiser fut lent d’abord, exploratoire, puis plus profond. Sa langue toucha la sienne. Elle passa les bras autour de son cou, pressa son corps contre le sien. Elle sentit déjà sa dureté à travers le pantalon. Un frisson de désir la traversa, violent, presque douloureux d’avoir été si longtemps contenu.

Il la déshabilla avec une patience qui la fit presque crier. La robe glissa le long de son corps, tomba en un tas bordeaux sur le tapis. Il s’agenouilla pour lui retirer les escarpins, puis les bas. Ses mains remontèrent le long de ses mollets, de ses cuisses, s’arrêtèrent au bord de sa culotte noire. Il l’embrassa à travers le tissu, inspira son odeur. Amal posa les mains sur ses épaules pour ne pas trembler.

Quand il la poussa doucement vers le lit, elle s’y allongea, nue maintenant, les cheveux un peu défaits. Il se déshabilla en la regardant. Son corps était solide, poitrine velue, sexe déjà dur, épais, veineux. Elle le regarda sans pudeur. Elle avait envie de le toucher, de le prendre dans sa bouche, de le sentir en elle.

Il s’allongea contre elle. Ses mains explorèrent chaque centimètre de sa peau : le creux de sa gorge, le dessous de ses seins, le ventre, l’intérieur des cuisses. Il prit un sein en bouche, suçota le mamelon jusqu’à ce qu’il durcisse, puis passa à l’autre. Amal gémit, arqua le dos. Ses doigts s’enfoncèrent dans ses cheveux.

Quand sa bouche descendit plus bas, elle écarta les cuisses sans qu’il ait besoin de lui demander. Il l’embrassa d’abord sur le mont de Vénus, puis ouvrit les lèvres de sa vulve avec les doigts et posa sa langue sur son clitoris. Lentement. Avec une précision presque cruelle. Il léchait, suçait, tournait, revenait. Deux doigts glissèrent en elle, la trouvèrent déjà mouillée. Il les courba, chercha le point qui la faisait sursauter. Amal agrippa les draps. Les vagues montaient trop vite. Elle tenta de le retenir, de ralentir, mais il n’écouta pas. Sa langue insistait, ses doigts travaillaient. Elle jouit une première fois en gémissant fort, les cuisses tremblantes autour de sa tête.

Il ne s’arrêta pas. Il continua à la lécher pendant qu’elle se remettait, plus doucement, jusqu’à ce que le plaisir remonte encore. La deuxième fois fut plus profonde, plus longue. Elle poussa un cri rauque, serra ses cuisses contre ses oreilles.

Marco remonta le long de son corps, l’embrassa. Elle goûta son propre désir sur sa bouche. Il s’allongea sur le côté, la tira contre lui, passa une jambe par-dessus la sienne. Son sexe dur appuyait contre son ventre. Elle le prit en main, le caresse, sentit le poids, la chaleur, les veines sous ses doigts. Il gémit dans son cou.

— Pas encore, murmura-t-il. Je veux te regarder jouir encore.

Il la fit s’asseoir sur le bord du lit, s’agenouilla entre ses jambes ouvertes. Cette fois, il utilisa seulement sa bouche et un seul doigt. Il la regardait pendant qu’il la suçait, ses yeux noirs fixés sur les siens. Amal ne put détourner le regard. Elle jouit une troisième fois en le regardant, les lèvres entrouvertes, le souffle court.

Il la poussa ensuite sur le dos, s’installa entre ses cuisses, posa le gland de son sexe contre son entrée. Il ne pénétra pas tout de suite. Il frotta, enduisit, la taquina. Elle tenta de s’empaler elle-même, mais il retint ses hanches.

— Dis-moi que tu le veux, dit-il d’une voix rauque.

— Je le veux. Maintenant.

Il s’enfonça d’un seul mouvement lent et profond. Elle était si mouillée qu’il glissa jusqu’au fond. Elle poussa un long gémissement. Il resta immobile un instant, enfoncé jusqu’à la garde, la regardant. Puis il commença à bouger. Des coups de reins lents, profonds, qui frottaient exactement là où elle en avait besoin. Ses mains tenaient ses hanches. Il baissait les yeux pour regarder son sexe entrer et sortir d’elle.

Amal croisa les chevilles dans son dos, le força plus près. Il accéléra. Le bruit de leurs peaux qui s’entrechoquaient remplissait la chambre. Elle jouit une quatrième fois autour de lui, les muscles de son sexe se contractant violemment. Il gémit, ralentit, mais ne sortit pas. Il continua, plus doucement, jusqu’à ce qu’elle redescende, puis recommença à la prendre plus fort.

Ils changèrent de position. Il la retourna sur le ventre, la souleva par les hanches, la pénétra par-derrière. Ses mains tenaient fermement ses fesses, les écartant pour mieux la voir. Chaque coup de reins faisait claquer sa peau contre la sienne. Elle enfouit le visage dans l’oreiller pour étouffer ses cris. Il se pencha, embrassa sa nuque, mordilla son épaule, murmura en italien des mots qu’elle ne comprenait pas mais qui la faisaient fondre.

La cinquième jouissance arriva alors qu’il la tenait ainsi, un bras passé autour de sa taille pour lui frotter le clitoris en même temps. Elle cria son nom. Marco. Elle ne savait même pas si c’était vraiment le sien, mais elle le cria.

Il la retourna encore, la fit s’asseoir sur lui. Elle s’empala seule, les mains sur sa poitrine, et se mit à le chevaucher. Ses seins bougeaient à chaque mouvement. Il les regardait, les prenait dans ses mains, pinçait les mamelons. Elle se pencha pour l’embrasser, ses cheveux maintenant complètement défaits tombant autour de leurs visages. Elle jouit une sixième fois en le chevauchant, le corps tendu, la tête renversée.

Ils s’arrêtèrent un moment, essoufflés, enlacés. Il lui caressait le dos, les fesses, les cuisses. Ses doigts glissaient parfois entre ses jambes, la retrouvaient toujours aussi humide. Elle posa la tête sur son épaule, sentit son cœur battre encore vite.

— Tu n’as pas joui, murmura-t-elle.

— Pas encore. Je veux te faire jouir encore.

Elle rit doucement, un rire un peu cassé.

— Tu es fou.

— Peut-être.

Il la fit s’agenouiller au bord du lit, s’agenouilla derrière elle, la pénétra à nouveau. Cette fois, il fut plus rapide, plus urgent. Une main tenait sa hanche, l’autre était passée devant pour frotter son clitoris en rythme avec ses coups de reins. Elle jouit une septième fois en gémissant son nom encore, les bras tremblants.

Ils changèrent encore. Il s’allongea, elle s’agenouilla entre ses cuisses et le prit en bouche. Elle le suçait profondément, le regardait, sentait sa main dans ses cheveux. Il gémissait, parlait en italien, lui disait qu’elle était belle, qu’il n’avait jamais vu une femme jouir comme elle. Elle le relâcha juste avant qu’il ne jouisse, remonta le long de son corps, s’empala à nouveau. Elle le chevaucha jusqu’à ce qu’elle jouisse une huitième fois, puis une neuvième, les muscles de ses cuisses brûlant d’effort.

La nuit avançait. Ils ne comptaient plus vraiment. Il la prenait contre le mur, près de la fenêtre, une jambe relevée, son sexe enfoncé profondément. Elle jouissait en regardant les lumières de Paris. Il la prenait sur le fauteuil, elle à califourchon, face à lui, leurs fronts collés. Il la prenait sur le côté, une de ses jambes relevée, ses doigts sur son clitoris. Chaque fois, elle venait. Parfois vite, parfois après de longues minutes de caresses et de baisers. Il ne semblait jamais se lasser de la regarder. Ses yeux restaient ouverts, fixés sur son visage, sur ses seins, sur l’endroit où leurs corps se rejoignaient.

Vers quatre heures du matin, ils s’écroulèrent enfin, enlacés, couverts de sueur. Il était toujours en elle, à demi dur. Elle sentait les battements de son cœur contre sa poitrine. Ses doigts traçaient des cercles absents sur son dos.

— Combien de fois ? demanda-t-il d’une voix rauque.

Elle sourit contre son épaule.

— Je ne sais plus. Beaucoup.

Il sortit lentement d’elle, s’allongea sur le dos. Elle se colla contre son flanc, une jambe passée sur la sienne. Sa main descendit, prit son sexe encore humide de leurs mélanges, le caressa lentement. Il durcit à nouveau sous ses doigts. Elle rit.

— J’ai cinquante-sept ans, dit-elle à voix basse, et j’ai envie que tu me fasses l’amour encore et encore… cinquante-sept fois…

Il tourna la tête, la regarda, un sourire fatigué et amusé aux lèvres.

— Tu veux me tuer, certainement !

Elle rit plus fort, continua de le masturber, sentant le sang affluer, la dureté revenir complètement. Ses doigts glissaient le long de la verge, remontaient, caressaient le gland, redescendaient. Il gémit, ferma les yeux un instant.

Puis il se leva d’un mouvement. Elle s’accrocha immédiatement à son cou, noua ses jambes autour de sa taille. Son sexe encore dur se trouva parfaitement aligné. Elle s’empala d’elle-même, d’un mouvement de hanches, et le sentit s’enfoncer jusqu’au fond. Un gémissement lui échappa. Il la porta ainsi jusqu’à la salle de bain, sans la sortir de lui.

Sous la douche, l’eau chaude coula sur leurs corps. Il la plaça contre le carrelage, une main sous sa fesse, l’autre contre le mur pour s’équilibrer, et la prit debout. Les coups de reins étaient profonds, réguliers, l’eau ruisselait entre eux. Elle jouit encore, la tête renversée, la bouche ouverte sous le jet. Il ne tarda pas cette fois. Il accéléra, gémit son nom, et jouit en elle, profondément, les hanches collées aux siennes, le souffle court contre son cou.

Ils restèrent ainsi un long moment, sous l’eau, enlacés, son sexe encore en elle, se ramollissant lentement. Puis il sortit, la posa délicatement sur ses pieds. Ils se savonnèrent mutuellement, lentement, sans se presser. Ses mains glissaient sur ses seins, son ventre, entre ses cuisses. Les siennes sur sa poitrine, son sexe sensible. Ils s’embrassèrent sous l’eau jusqu’à ce que celle-ci commence à refroidir.

De retour dans le lit, les draps un peu froissés, ils s’allongèrent l’un contre l’autre. L’aube commençait à griser les rideaux. Amal posa la tête sur son épaule, sentit ses doigts dans ses cheveux.

Elle se sentait plus vivante qu’en dix ans. Plus vivante que depuis la mort de son mari. Plus vivante que pendant toutes ces années où elle avait été seulement la mère, la veuve, l’infirmière, la femme qui tenait le coup. Ce matin-là, dans cette chambre d’hôtel, avec le corps d’un homme encore chaud contre le sien, les traces de leurs étreintes sur sa peau, l’odeur de sexe et de savon, elle était simplement Amal. Une femme de cinquante-sept ans qui avait joui jusqu’à en perdre le compte, qui avait été regardée, caressée, désirée, prise, et qui avait tout repris.

Marco embrassa son front.

— Tu resteras pour le petit-déjeuner ? demanda-t-il.

Elle ferma les yeux, sourit.

— Oui. Et peut-être encore un peu après.

Sa main glissa à nouveau le long de son ventre, trouva son sexe, le caressa paresseusement. Il n’était pas encore prêt, mais il durcirait. Elle le savait. Et elle aussi.

Dehors, Paris s’éveillait. À l’intérieur, le temps avait cessé de compter.






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