.
.
Un Whisky à Tel-Aviv
Chapitre 3 : Le Goût de la Liberté
Le matin se leva sur la petite maison de province, et Leïla se réveilla dans les bras de Noam. Elle sentait sa chaleur contre son dos, sa respiration régulière sur sa nuque, ses doigts entrelacés aux siens. Elle resta immobile, savourant l'instant, comme on savoure un fruit rare qu'on sait ne pas pouvoir garder.
Elle se retourna doucement pour le regarder. Il dormait, le visage détendu, les cheveux en désordre sur l'oreiller. Il avait l'air si jeune, si vulnérable. Elle se demanda ce qu'il faisait là, dans son lit, dans sa vie. Un Israélien. Un homme qu'elle était censée haïr. Et pourtant, elle l'aimait. Elle l'aimait d'un amour qu'elle n'avait jamais connu, un amour qui la terrifiait et la libérait à la fois.
Il ouvrit les yeux, et ses prunelles vertes se posèrent sur elle. Il sourit, un sourire qui lui fit fondre le cœur.
"Tu me regardes," murmura-t-il.
"Je te regarde," répondit-elle.
"C'est bien. Regarde-moi. Je ne vais pas disparaître."
Il l'embrassa, et elle sentit son corps s'éveiller. Elle était nue sous les draps, ses seins lourds contre sa poitrine, ses hanches larges contre ses hanches. Il caressa son dos, ses fesses, ses cuisses. Elle se laissa faire, s'abandonnant à ses mains, à ses lèvres, à son désir.
"Je t'aime," murmura-t-elle.
Les mots sortirent d'elle comme une évidence, comme s'ils avaient toujours été là, attendant le moment de se libérer. Elle ne les avait jamais dits à personne. Pas à son mari, pas à ses enfants, pas à sa famille. Elle n'avait jamais aimé personne comme ça.
Il la regarda, ses yeux s'emplissant de larmes. "Je t'aime aussi. Je t'aime depuis le premier jour où j'ai frappé à ta porte."
Ils firent l'amour lentement, comme s'ils avaient tout le temps du monde. Il était entré en elle avec une douceur infinie, et elle s'était laissé emporter par la sensation. Ses seins lourds rebondissaient contre sa poitrine, ses hanches larges bougeaient en rythme avec les siennes. Elle se sentait belle, désirée, aimée. Pour la première fois de sa vie, elle se sentait complète.
Après, ils restèrent allongés, à se toucher, à se parler, à se promettre des choses qu'ils ne savaient pas s'ils pourraient tenir.
"Reste avec moi," dit-elle. "Reste toujours."
"Je resterai aussi longtemps que tu voudras," répondit-il.
Mais elle savait que ce n'était pas si simple. Elle savait que le monde extérieur existait, qu'il les attendait, qu'il les jugerait. Elle avait enlevé son hijab, et les regards hostiles étaient déjà là. Les insultes, les menaces, le rejet de sa famille, tout cela viendrait.
Elle se leva, enfila une robe légère, et sortit dans le jardin. Le soleil était haut, l'air était chaud. Elle s'assit sur un banc, les yeux fermés, et écouta les oiseaux. Elle pensa à tout ce qu'elle avait perdu, et à tout ce qu'elle avait gagné.
Noam la rejoignit, deux tasses de thé à la main. Il s'assit à côté d'elle et posa sa tête sur son épaule. Ils restèrent ainsi, à ne rien dire, à écouter le silence.
"Je dois te dire quelque chose," dit-il enfin. "Je dois rentrer en Israël. Ma mère est malade. Très malade. Je dois y aller."
Leïla sentit son cœur se serrer. Elle avait oublié que le monde extérieur existait, que les responsabilités, les familles, les vies continuaient. Elle avait oublié qu'il avait une vie ailleurs, une vie qui ne l'incluait pas.
"Quand pars-tu ?" demanda-t-elle, la voix étranglée.
"Dans deux jours."
Deux jours. C'était si court, si brutal. Elle avait passé des mois à apprendre à l'aimer, et il partait dans deux jours.
"Reviendras-tu ?" demanda-t-elle.
"Je ne sais pas. Ma mère est malade, je ne sais pas combien de temps je resterai. Mais je te promets que je reviendrai. Je te promets que je ferai tout pour revenir."
Elle posa sa tête sur son épaule, et ils restèrent ainsi, à regarder le jardin, à écouter le silence. Les deux jours qui suivirent furent les plus intenses de sa vie. Ils firent l'amour comme si chaque fois était la dernière. Ils parlèrent, ils rirent, ils pleurèrent. Elle lui raconta tout ce qu'elle n'avait jamais dit à personne, et il fit de même.
Le jour de son départ, elle l'accompagna à la gare. Ils se tinrent sur le quai, les bras l'un autour de l'autre, à ne pas vouloir se lâcher.
"Je t'écrirai," dit-il. "Je t'appellerai. Je ne t'oublierai pas."
"Je t'attendrai," répondit-elle. "Je t'attendrai autant de temps qu'il faudra."
Il monta dans le train, et elle le regarda s'éloigner. Elle resta sur le quai, les larmes coulant sur ses joues, jusqu'à ce que le train disparaisse à l'horizon.
Elle rentra chez elle, et la maison lui sembla vide. Elle s'assit sur le canapé où ils avaient fait l'amour pour la première fois, et elle se mit à pleurer. Elle pleurait la perte, l'absence, la peur. Mais elle pleurait aussi de joie, parce qu'elle avait aimé, vraiment aimé, pour la première fois.
Les jours suivants furent difficiles. Elle reçut des appels de sa famille, des menaces anonymes, des insultes dans la rue. Elle avait enlevé son hijab, et le monde ne le lui pardonnait pas. Sa mère l'appela en pleurant, lui disant qu'elle avait trahi sa famille, sa religion, sa communauté.
"Tu es une honte pour nous," dit sa mère. "Tu es une femme sans honneur."
Leïla raccrocha, les mains tremblantes. Elle avait perdu sa famille, ses repères, sa vie. Mais elle avait gagné la liberté. Elle avait gagné l'amour.
Elle commença à écrire. Des textes sur son expérience, sur la manipulation, sur la nécessité de la paix. Elle écrivit sur le hijab, sur ce symbole d'oppression qu'elle avait porté pendant trente et un ans sans le choisir. Elle écrivit sur les femmes iraniennes qui brûlaient leurs voiles dans les rues, sur les femmes afghanes qui étaient battues pour avoir montré leurs cheveux, sur les femmes saoudiennes qui n'avaient pas le droit de conduire. Elle écrivit sur les terroristes qui portaient le même voile, qui tuaient au nom du même dieu, qui massacraient des civils en criant les mêmes prières.
Elle écrivit sur Noam. Sur cet Israélien qui lui avait appris que la haine n'était pas une fatalité. Elle écrivit sur le 7 octobre, sur les victimes oubliées, sur les familles qui pleuraient en silence. Elle écrivit que les Palestiniens étaient les boucs émissaires de la connerie arabo-musulmane et iranienne, que les dirigeants arabes utilisaient leur souffrance pour détourner l'attention de leurs propres échecs.
Ses textes furent publiés sur un blog, puis partagés, puis commentés. Elle reçut des messages de soutien, mais aussi des menaces de mort. Elle était devenue une cible, une traîtresse, une apostate.
Mais elle ne recula pas. Elle continua d'écrire, de témoigner, de dénoncer. Elle disait : "L'humanité, ce n'est pas se sentir responsable de tout ce qui se passe dans le monde. L'humanité, c'est que chacun soit responsable de ses actes."
Noam l'appelait tous les jours. Sa mère était malade, mais elle allait mieux. Il lui disait qu'il pensait à elle, qu'il l'aimait, qu'il reviendrait.
"Un jour," lui disait-il, "on boira ce whisky à Tel-Aviv. Je te promets qu'on le boira."
Elle souriait au téléphone, les larmes aux yeux. Elle savait que c'était un rêve, une promesse lointaine. Mais elle y croyait. Elle y croyait parce que l'amour était plus fort que la guerre.
Un soir, alors qu'elle était assise dans son jardin, elle reçut un appel de Noam. Sa voix était tendue, nerveuse.
"Leïla, je dois te dire quelque chose. Je suis en France. Je suis à la gare. Je suis revenu."
Elle resta figée, le téléphone collé à l'oreille. Son cœur battait si fort qu'elle pouvait l'entendre dans ses oreilles.
"Pourquoi ?" demanda-t-elle. "Pourquoi es-tu revenu ?"
"Parce que je ne peux pas vivre sans toi. Parce que tu es ma vie. Parce que je t'aime."
Elle se leva, courut jusqu'à sa voiture, et conduisit comme une folle jusqu'à la gare. Elle le vit sur le quai, son sac à dos sur les épaules, ses yeux verts brillant dans la lumière du soir.
Elle courut vers lui, se jeta dans ses bras, et ils restèrent enlacés, à ne pas vouloir se lâcher.
"Tu es revenu," murmura-t-elle. "Tu es vraiment revenu."
"Je t'avais promis," dit-il. "Je ne te laisserai pas tomber."
Ils rentrèrent chez elle, et ils firent l'amour comme si c'était la première fois. Elle sentait son corps contre le sien, ses seins lourds écrasés contre sa poitrine, ses hanches larges bougeant avec les siennes. Elle sentait ses mains sur ses fesses, ses lèvres sur sa nuque, sa chaleur en elle.
"Je ne te quitterai plus," murmura-t-il. "Jamais."
Les jours passèrent, et ils vécurent une bulle de bonheur. Ils lisaient, écoutaient de la musique, faisaient l'amour. Elle lui cuisinait des plats qu'elle avait appris de sa mère, lui chantait des chansons qu'elle avait oubliées.
Mais le monde extérieur les rattrapa. Un soir, alors qu'ils étaient assis dans le jardin, des voisins passèrent et l'insultèrent. Des mots, des noms, des menaces. Elle les ignora, les mains tremblantes. Il les ignora aussi, les bras autour d'elle.
"Je ne te laisserai pas faire face à ça seule," dit-il. "Je reste à tes côtés."
Et il resta. Il était là, tous les jours, à la soutenir, à l'aimer, à la protéger. Elle se sentait en sécurité, pour la première fois de sa vie.
Un soir, alors qu'ils étaient assis sur le canapé, elle lui dit : "Je veux qu'on fasse quelque chose. Qu'on aille quelque part. Ensemble."
"Où veux-tu aller ?"
"À Paris. Je veux voir la tour Eiffel. Je veux qu'on marche dans les rues ensemble, main dans la main. Je veux qu'on montre au monde qu'on s'aime."
Il sourit, un sourire qui illumina son visage. "C'est une belle idée. Allons à Paris."
Ils partirent le lendemain. Elle portait une robe légère, bleue comme le ciel, ses cheveux longs et grisonnants dansant sur ses épaules. Il portait une chemise blanche, les manches retroussées, ses yeux verts brillant de bonheur.
Ils marchèrent dans les rues de Paris, main dans la main. Les regards étaient nombreux, les jugements, les préjugés. Mais ils ne s'en souciaient pas. Ils étaient amoureux, et l'amour était plus fort que tout.
Ils montèrent sur la tour Eiffel, et elle regarda la ville s'étendre à ses pieds.
"Je n'aurais jamais imaginé être ici," dit-elle. "Avec toi."
"Et pourtant, tu es là," répondit-il. "Et je suis là. Et on s'aime."
Elle se tourna vers lui et l'embrassa, un baiser profond, passionné, comme une promesse.
"Un jour," dit-il, "on boira ce whisky à Tel-Aviv. Je te promets qu'on le boira."
"Je sais," répondit-elle. "Je le sais."
Et elle savait que c'était vrai. Qu'un jour, ils iraient à Tel-Aviv. Qu'un jour, ils boiraient ce whisky. Qu'un jour, la guerre cesserait. Qu'un jour, la paix serait possible.
Mais en attendant, ils étaient là, à Paris, sur la tour Eiffel, à s'aimer. Et c'était tout ce qui comptait.
Ils restèrent à Paris trois jours. Trois jours de bonheur pur, de promenades dans les jardins, de dîners aux chandelles, de nuits passionnées. Ils faisaient l'amour comme si chaque fois était la dernière, comme s'ils voulaient graver chaque instant dans leur mémoire.
Le dernier soir, ils étaient assis sur les quais de la Seine, à regarder les bateaux passer.
"Je veux que tu saches quelque chose," dit-elle. "Je ne regrette rien. Pas une seconde. Même si tout s'arrêtait demain, je ne regretterai jamais d'avoir aimé."
Il la regarda, ses yeux brillant de larmes. "Je ne regrette rien non plus. Je t'aime, Leïla. Je t'aimerai toujours."
Elle posa sa tête sur son épaule, et ils restèrent ainsi, à regarder la ville s'illuminer, à écouter l'eau couler, à sentir l'amour qui les unissait.
Elle avait quarante-huit ans, deux enfants qui ne lui parlaient plus, une famille qui l'avait reniée, une communauté qui la haïssait. Mais elle avait aussi un homme qui l'aimait, une liberté qu'elle avait conquise, un avenir qu'elle avait choisi.
Elle ne savait pas ce que l'avenir leur réservait. Elle ne savait pas si elle irait un jour à Tel-Aviv, si elle boirait ce whisky, si la guerre cesserait jamais. Mais elle savait que l'amour était plus fort que la haine. Et elle savait qu'elle ne reculerait jamais plus.
Elle regarda le ciel, les étoiles qui commençaient à apparaître, et elle sourit. Elle était libre. Libre d'aimer, libre de choisir, libre d'être elle-même. Et c'était la plus belle des libertés.
.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire