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Possession
Il y avait des silences, dans la maison de Nadia, qui ne ressemblaient à aucun autre. C'étaient des silences chargés, des silences qui bruissaient comme des ailes de papillon dans l'air épais de la cuisine, des silences qui la faisaient sursauter au milieu de ses tâches quotidiennes, la main suspendue au-dessus d'une casserole, le regard perdu dans le vide. Depuis trois mois, elle vivait avec cette présence, cette ombre qui se glissait dans les interstices de sa vie, qui s'asseyait à côté d'elle sur le canapé le soir quand ses enfants dormaient, qui la regardait avec des yeux de braise quand elle se déshabillait pour la douche. Elle ne l'avait jamais vu, pas vraiment, pas comme on voit un homme. Mais elle le sentait. Elle le sentait partout, dans la chaleur qui montait soudainement entre ses cuisses, dans le frisson qui parcourait sa nuque quand elle était seule, dans ce désir insatiable qui la réveillait au milieu de la nuit, le corps en feu, les doigts crispés sur les draps.
Nadia avait trente-cinq ans, un corps que trois grossesses avaient rendu généreux, des hanches larges, des seins lourds qui s'étaient affaissés avec le temps mais qui gardaient une noblesse, une fermeté qui surprenait encore son mari quand il daignait la regarder. Elle était belle, d'une beauté que les hommes du village appelaient "la beauté des mères", cette rondeur qui promettait la chaleur, cette douceur qui appelait l'enserrement. Elle avait des cheveux noirs qu'elle relevait en un chignon serré, des yeux couleur de miel, une bouche charnue que ses enfants aimaient embrasser le matin avant de partir pour l'école. Son mari, Rachid, était un homme bon, un homme qui travaillait dur, qui rentrait le soir épuisé, qui dormait à côté d'elle sans la toucher. Il l'aimait, elle le savait. Mais il ne la voyait pas. Pas comme le djinn la voyait.
Car c'était bien un djinn, elle en était sûre maintenant, après des semaines à douter, à se demander si elle ne devenait pas folle. Un djinn de l'air, un de ces êtres dont sa grand-mère lui racontait les histoires quand elle était petite, des histoires de feux follets et de désirs inassouvis. Il était là, tapi dans l'ombre de sa vie, silencieux, patient, la regardant avec une faim qui la faisait trembler. Et il ne demandait rien. Il ne parlait pas. Il attendait. Il attendait qu'elle vienne à lui, qu'elle l'appelle, qu'elle se rende.
Ce soir-là, Nadia était seule. Rachid était parti pour un chantier à Béja, il ne reviendrait pas avant trois jours. Les enfants dormaient, leurs petites respirations régulières emplissant la maison d'une paix fragile. Elle s'assit sur le bord du lit, les mains sur ses genoux, les doigts légèrement écartés, et elle ferma les yeux.
« Je sais que tu es là, murmura-t-elle. »
Un silence. Puis une chaleur, une chaleur qui montait le long de ses jambes comme une main invisible, qui caressait ses cuisses, qui s'attardait sur son ventre. Elle sentit son souffle s'accélérer, sentit ses seins s'alourdir sous le tissu de sa chemise de nuit. Elle voulut résister, comme elle l'avait fait tant de fois, mais elle n'en avait plus la force. Elle était trop lasse, trop seule, trop affamée de cette attention qu'il lui donnait.
« Alors viens, dit-elle. Je suis prête. »
La chaleur s'intensifia. Une présence se pressa contre elle, un corps qu'elle ne voyait pas mais qui était là, tangible, brûlant. Elle sentit des mains invisibles glisser sous sa chemise de nuit, écarter ses cuisses, caresser l'intérieur de ses jambes avec une lenteur qui la fit frémir. Elle laissa échapper un gémissement étouffé, sa main se portant à sa bouche pour retenir le bruit.
« Non, pas de silence, souffla une voix, une voix qui venait de partout et de nulle part, une voix qui résonnait dans sa tête comme un tambour. Je veux t'entendre. Je veux entendre ton plaisir. »
Elle sentit ses doigts, ou ce qui ressemblait à des doigts, s'insinuer entre ses lèvres, explorer sa fente humide, la caresser avec une précision qui la fit se cambrer. Il la connaissait, ce djinn. Il connaissait son corps mieux qu'elle-même. Il savait où la toucher, à quel rythme, avec quelle pression.
« Tu es si belle quand tu te laisses aller, murmura la voix. Si belle, si chaude. »
Elle sentit la pression s'intensifier, ses doigts s'enfonçant plus profondément, la remplissant d'une sensation de plénitude qu'elle n'avait jamais connue avec Rachid. Elle cria, un cri bref, étouffé par sa main. Mais il la saisit par le poignet, écartant sa main de sa bouche.
« Je t'ai dit. Je veux t'entendre. »
Elle se laissa aller, ses cris emplissant la chambre, ses doigts s'agrippant aux draps. Elle jouit, une première fois, puis une seconde, son corps secoué de spasmes qui ne semblaient pas vouloir s'arrêter. Il ne se retirait pas, ne ralentissait pas. Il continuait, implacable, la menant d'un orgasme à l'autre, la vidant de toute résistance.
Puis il la retourna. Elle sentit ses mains invisibles saisir ses hanches, la soulever, la mettre à quatre pattes. Elle sentit quelque chose de plus dur, de plus massif, se presser contre son entrejambe. Elle voulut protester, mais les mots ne vinrent pas. Elle était trop loin, trop perdue dans ce vortex de plaisir et de honte.
« Je vais te prendre, dit la voix. Par-derrière. Comme j'aime le faire. »
Elle sentit la pression, la lente intrusion, l'étirement douloureux et exquis. Elle cria, un cri de surprise et de plaisir mêlés. Il entra en elle, centimètre par centimètre, la remplissant d'une sensation de plénitude absolue.
« Oui, murmura-t-il. C'est bien. Tu es si serrée, si chaude. »
Il commença à bouger, un rythme lent puis de plus en plus rapide. Elle sentait ses hanches claquer contre ses fesses, sentait la profondeur de sa pénétration, sentait ce besoin insatiable qui la consumait. Elle jouit encore, une troisième fois, ses cris se mêlant au silence de la nuit.
Il la prit ainsi, longtemps, sans relâche, jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus bouger, jusqu'à ce que ses muscles soient tétanisés par l'effort et le plaisir. Puis il se retira, et elle s'effondra sur le lit, le corps tremblant, les larmes aux yeux.
La chaleur diminua. La présence s'éloigna. Il était parti. Mais elle savait qu'il reviendrait. Il revenait toujours.
Les jours suivants furent un enfer de désir et de dissimulation. Nadia allait et venait dans la maison, faisant semblant d'être la mère de famille qu'elle était, cuisinant, nettoyant, s'occupant des enfants. Mais à chaque instant, elle sentait sa présence, cette chaleur qui montait dans son bas-ventre comme une flamme. Il était là, dans le jardin quand elle étendait le linge, dans la cuisine quand elle préparait le dîner, dans la salle de bain quand elle se déshabillait pour la douche. Il la regardait, il l'observait, et elle savait qu'il attendait le moment propice pour la prendre à nouveau.
Un après-midi, alors qu'elle était seule dans la maison, les enfants partis chez leur grand-mère, elle sentit sa présence plus forte que d'habitude. Elle était en train de ranger la chambre, les bras chargés de draps, quand la chaleur la saisit, l'enveloppant comme un voile. Elle laissa tomber les draps, ses mains s'agrippant au bord du lit.
« Pas maintenant, murmura-t-elle. Je ne peux pas... »
« Tu peux, répondit la voix. Tu le veux. Je sens ton désir. Il coule en toi comme une rivière. »
Elle voulut résister, mais elle sentit ses doigts glisser sous sa robe, caresser ses cuisses, s'enfoncer entre ses lèvres. Elle gémit, son corps se cambrant malgré elle.
« Non... les enfants vont rentrer... »
« Ils ne rentreront pas avant deux heures. J'ai calculé. Je calcule toujours. »
Il la poussa sur le lit, l'allongea sur le dos, écarta ses jambes. Elle sentit son sexe, dur et brûlant, se presser contre son entrée, et elle ferma les yeux, s'abandonnant à lui. Il entra en elle d'une poussée lente, profonde, qui la fit crier.
« Oui... oh, oui... »
Il la prit, encore et encore, ses mains invisibles caressant ses seins, ses doigts pinçant ses mamelons. Elle jouit, une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à perdre le compte. Et quand il se retira, elle resta allongée sur le lit, le corps brisé, les larmes aux yeux.
« Je vais recommencer, dit-il. Tout à l'heure. Quand tu seras prête. »
Elle ne répondit pas. Elle ne pouvait pas. Elle était trop épuisée, trop vidée. Mais au fond d'elle, elle savait qu'elle serait prête. Elle l'était toujours.
Les semaines passèrent, et le djinn ne la quittait plus. Il était là à chaque instant, tapi dans l'ombre de sa vie, attendant le moment propice. Et quand elle était seule, ou quand ses enfants dormaient, il venait à elle, la prenant par tous les trous, lui donnant des orgasmes qu'elle peinait à cacher. Elle apprit à maîtriser ses cris, à les étouffer dans son oreiller, à se mordre les lèvres pour ne pas réveiller toute la maison. Mais parfois, quand le plaisir était trop intense, elle craquait. Et alors, elle laissait échapper des sons qu'elle n'avait jamais entendus, des gémissements de bête, des appels au secours qui n'en étaient pas.
Rachid ne remarqua rien. Il rentrait le soir, épuisé, mangeait en silence, dormait à côté d'elle sans la toucher. Il ne voyait pas la lueur dans ses yeux, ne sentait pas la chaleur qui émanait de sa peau, ne comprenait pas pourquoi elle se levait parfois au milieu de la nuit pour aller à la salle de bain, le corps tremblant, les doigts encore crispés par le plaisir. Il ne savait pas que sa femme était possédée, qu'elle appartenait à un autre, un autre qui la prenait quand il le voulait, qui la faisait crier de plaisir quand elle aurait dû crier de honte.
Un soir, alors qu'ils étaient allongés côte à côte, Rachid se tourna vers elle.
« Tu es bizarre, ces derniers temps, dit-il. Tu es distante. Tu as l'air ailleurs. »
Elle sentit son cœur s'arrêter. Puis la chaleur monta, une chaleur qui n'était pas la sienne, une chaleur qui disait "fais attention".
« Je suis fatiguée, dit-elle. Les enfants me fatiguent. La maison me fatigue. »
Rachid hocha la tête, acceptant la réponse sans la comprendre. Il se retourna et s'endormit. Elle resta éveillée, les yeux fixés sur le plafond, sentant la présence du djinn à côté d'elle, sentant son souffle invisible sur sa nuque.
« Il va finir par comprendre, murmura-t-elle.
— Il ne comprendra jamais, répondit la voix. Il ne voit que ce qu'il veut voir. »
Elle ferma les yeux, et elle se laissa aller, sentant les mains invisibles glisser le long de son corps, sentant les doigts s'insinuer entre ses cuisses, la préparant pour la nuit qui s'annonçait.
Les jours passèrent, et le djinn devint plus audacieux. Il la prenait partout, à tout moment. Dans la cuisine, alors qu'elle préparait le dîner, il la saisit par les hanches, releva sa jupe, et la pénétra sans prévenir. Elle cria, un cri étouffé, ses mains s'agrippant au bord de l'évier. Elle sentit ses doigts s'enfoncer dans ses fesses, sentir la profondeur de sa pénétration, sentir son plaisir monter comme une marée.
« Non... pas ici... les enfants... »
« Ils sont dans le jardin. Je les ai vus. »
Elle se laissa faire, son corps s'abandonnant à lui, ses gémissements se mêlant au bruit de l'eau qui coulait du robinet. Elle jouit, les larmes aux yeux, et quand il se retira, elle s'effondra sur le carrelage, le corps brisé, l'esprit en feu.
« Tu es devenue accro, dit-il en riant. Tu es accro à moi. Et tu ne pourras plus jamais t'en passer. »
Elle savait qu'il avait raison. Elle était devenue accro. Accro à cette chaleur, à cette présence, à ce plaisir qu'elle n'avait jamais connu avec personne d'autre. Elle savait que c'était mal, que c'était un péché, que sa religion le condamnait. Mais elle ne pouvait pas arrêter. Elle ne le voulait pas.
Une nuit, alors qu'elle était seule, la chaleur s'intensifia. Il vint à elle, plus fort que d'habitude, plus exigeant. Il la prit par-derrière, puis par-devant, puis dans toutes les positions qu'elle connaissait et quelques-unes qu'elle ne connaissait pas. Il lui donna des orgasmes si intenses qu'elle crut qu'elle allait mourir. Et quand il eut fini, il se coucha à côté d'elle, son corps invisible pressé contre le sien, sa main invisible caressant ses cheveux.
« Je vais te laisser, dit-il. Pour un temps.
— Non, s'écria-t-elle, les larmes aux yeux. Ne me laisse pas. Je ne peux pas... »
« Tu dois apprendre à vivre sans moi. Le temps d'un cycle. Je reviendrai. Je te le promets. »
Et il disparut. La chaleur diminua. La présence s'évanouit. Et elle resta seule, allongée sur le lit, le corps encore palpitant, l'esprit vide. Elle resta ainsi de longues minutes, les yeux fixés sur le plafond, se demandant si tout cela n'avait pas été qu'un rêve, une illusion. Mais la douleur sourde entre ses cuisses, la brûlure de sa peau, tout lui disait que c'était réel.
Les jours suivants furent un supplice. Elle ne sentait plus sa présence, ne sentait plus la chaleur qui l'avait habitée pendant des mois. Elle se sentait vide, incomplète, comme une carapace sans âme. Elle allait et venait dans la maison, faisant semblant d'être la mère et l'épouse qu'elle était, mais au fond d'elle, elle ne pensait qu'à lui. Elle pensait à ses mains invisibles, à ses caresses, à ses pénétration.
Elle commença à se toucher, le soir, quand elle était seule. Mais ce n'était pas la même chose. Rien n'était la même chose. Elle avait besoin de lui, de sa chaleur, de sa présence. Elle avait besoin de se sentir possédée, envahie, remplie.
Un mois passa. Puis deux. Elle commençait à perdre espoir. Peut-être qu'il ne reviendrait jamais. Peut-être qu'elle était condamnée à vivre avec ce vide en elle, ce désir insatiable qui la consumait. Elle avait commencé à négliger la maison, à s'occuper moins des enfants, à se laisser aller à une apathie qui inquiétait Rachid. Mais il ne savait pas quoi faire, ne savait pas comment l'atteindre, comment la ramener à elle.
Puis, une nuit, la chaleur revint.
Il était là, debout au pied du lit, sa silhouette invisible mais perceptible comme une flamme. Elle sentit son cœur s'emballer, sentit le désir monter en elle comme une marée.
« Je suis revenu, dit-il. Comme promis. »
Elle se jeta dans ses bras, ou plutôt dans la chaleur qui était lui, et elle se laissa porter par cette présence qui l'avait tant manquée.
« Prends-moi, murmura-t-elle. Maintenant. Ici. Ne me fais pas attendre. »
Il la souleva, la porta au lit, et il la posséda. La nuit entière, il la prit, encore et encore, lui donnant des orgasmes qui semblaient ne jamais vouloir s'arrêter. Elle cria, pleura, riit, perdit toute notion du temps. Elle était à lui, totalement, et elle n'avait plus peur. Elle n'avait plus honte. Elle avait juste besoin de lui, de son corps, de sa chaleur.
Quand le jour se leva, il était encore là. Il la tenait dans ses bras, ses doigts invisibles caressant ses cheveux. Elle se blottit contre lui, sentant sa chaleur l'envelopper.
« Je t'aime, murmura-t-elle. Je sais que c'est fou, que c'est impossible. Mais je t'aime. »
Il resta silencieux un moment. Puis il parla, sa voix plus douce que d'habitude.
« Je t'aime aussi, Nadia. C'est pour ça que je ne peux pas rester. Je te ferais trop de mal. »
« Je m'en fiche. Je veux que tu restes. »
« Je ne peux pas. Mais je reviendrai. Tous les mois, je reviendrai. Et je te possèderai, je te remplirai, je te donnerai tout le plaisir que tu veux. »
Elle ferma les yeux, les larmes coulant sur ses joues.
« Je t'attendrai, murmura-t-elle. Tous les mois. Je t'attendrai. »
Il posa un baiser sur ses lèvres, un baiser invisible qui brûlait comme une braise. Puis il disparut, la chaleur s'évanouissant comme un souffle dans la nuit.
Elle resta seule, allongée sur le lit, le corps encore palpitant de ses caresses. Mais elle souriait. Elle savait qu'il reviendrait. Il le lui avait promis.
Et les mois passèrent. Chaque mois, quand la lune était pleine, quand les enfants dormaient et que Rachid était loin, il revenait. Il la prenait, la possédait, la faisait crier de plaisir. Elle était sa femme, son amante, son esclave. Et elle l'aimait.
Elle vécut ainsi, entre deux mondes, entre deux hommes. La journée, elle était Nadia, la mère de famille, l'épouse modèle. La nuit, elle était la possédée du djinn, la femme en feu, la créature de désir. Elle menait une double vie, une vie de mensonges et de plaisirs, une vie qui la consumait mais qui la rendait heureuse.
Car elle avait trouvé ce qu'elle cherchait. Non pas un mari, non pas un amant, mais une présence, une chaleur, un feu qui brûlait en elle et qui ne s'éteindrait jamais. Elle avait trouvé l'amour, l'amour impossible, l'amour interdit. Et elle ne le regrettait pas. Elle ne le regretterait jamais.
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