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Clarisse: (2) Le Feu sous la Brique (nouvelle)

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Clarisse: (2) Le Feu sous la Brique





La Ville Rose s’était parée de ses lumières d’automne, une clarté dorée et nostalgique qui baignait les quais de la Garonne et faisait flamboyer la brique des vieux immeubles. Pour Roger, le tumulte du monde extérieur n’avait plus d’importance. Les qu'en-dira-t-on, le regard des collègues de la mairie de Toulouse ou le jugement anonyme des passants sur les boulevards ne l’effleuraient même pas. À quarante-cinq ans, après avoir connu le vide absolu d’une existence pétrifiée par l’échec de son roman *Je suis encore là*, il avait franchi une frontière invisible où seule la vérité des sens dictait sa loi. Sa confidence à Hélène avait agi comme un exorcisme. Son amie, par sa bienveillance tranquille et son absence totale de surprise, lui avait donné les clés de sa propre liberté. Il n’avait plus peur de ce qu’il ressentait.
Leur histoire s'était intensifiée à une vitesse vertigineuse après ce mémorable samedi soir dans son appartement près du Capitole. Si la première fois avait été marquée par une forme de stupeur, une sidération presque statique où Roger s'était laissé guider par la faim impérieuse de Clarisse, les jours qui suivirent brisèrent toutes les réticences. Roger brûlait de retrouver la Franco-Ivoirienne, non plus dans l'urgence d'une découverte fortuite, mais avec le désir conscient d'explorer chaque recoin de ce corps hybride et fascinant.
Le second rendez-vous eut lieu chez elle, dans son appartement du quartier de Saint-Cyprien. L'endroit ressemblait à Clarisse : un espace vaste, lumineux, décoré avec un goût très sûr où se mêlaient des tissus africains aux motifs géométriques complexes et des meubles design épurés. Une odeur subtile d'encens au bois de santal et de cire d'abeille flottait dans l'air. Dès que Roger passa le pas de la porte, le dialogue reprit avec cette même intelligence qui l’avait subjugué au restaurant. Ils burent un thé épicé, parlèrent de littérature, de la solitude des grandes villes, et de cette étrange connexion née sur un réseau social.
C’est au cours de cette discussion, alors que la tension érotique devenait presque palpable entre eux, que Clarisse posa les mots indispensables sur leur intimité. Elle s'était assise près de lui, sa peau d'un noir de jais contrastant magnifiquement avec le lin blanc du canapé. Elle avait pris sa main et l'avait regardé droit dans les yeux, avec une douceur désarmante. Elle lui expliqua, sans détour, qu'elle était viscéralement passive au lit. Elle détestait l'idée de pénétrer, une pratique qui la renvoyait à une identité qu'elle avait laissée derrière elle.
« Toute ma jouissance, Roger, tout mon orgasme, je les trouve quand je m'abandonne totalement, quand on me prend par l'anus », lui confia-t-elle d'une voix basse et mélodieuse. « Biologiquement, je suis une femme transsexuelle, c'est vrai, et je l'assume. Mais au fond de mon âme et de ma chair, je me sens plus femme que transsexuelle. C'est dans le don de mon corps et dans la soumission à ton désir que je m'épanouis. »
Pour Roger, dont les barrières de vieux célibataire hétérosexuel s'étaient déjà fissurées, ces paroles furent une révélation. Il n’avait aucune envie d'être pénétré, et savoir que Clarisse ne réclamait que sa propre virilité le rassura tout en attisant son ardeur. Cependant, il comprit qu'il ne pouvait plus ignorer une partie de l'anatomie de sa partenaire. S'il n'osait pas, par blocage personnel, prendre le pénis de Clarisse dans sa bouche, il décida ce soir-là d'affronter sa pudeur et d'envisager ce sexe avec une attention dévote.
Leurs corps se rejoignirent sur le grand lit bas de Clarisse, baigné par la lueur rougeoyante d'une lampe de sel. Les vêtements disparurent rapidement, révélant la stature royale de la jeune femme. Ses seins mûrs, lourds, aux aréoles sombres comme des olives noires, s'offrirent aux mains de Roger qui en palpa la densité superbe. Il descendit le long de son ventre doux, contournant ses hanches larges pour arriver à l'entrejambe. Pour la première fois, il prit le temps de regarder et de toucher.
La verge de Clarisse, d'un noir violet, était semi-rigide, réagissant à la chaleur des caresses. Roger posa sa main claire sur cette chair sombre. Avec une infinie patience, il commença à la masturber, ses doigts glissant le long du membre de haut en bas, sentant la peau fine et tendue. De son autre main, il descendit plus bas, saisissant les testicules ridés et sombres de Clarisse. Il les malaxa doucement, sentant leur consistance sous ses doigts, apprenant la géographie de ce corps unique. Clarisse laissa échapper un long soupir de soulagement et de plaisir, touchée par la délicatesse et le respect de ce geste. Ses longues jambes d'ébène s'entrouvrirent davantage, offrant toute son intimité à l'investigation de son amant.
« C’est si bon, Roger… la façon dont tu me touches… » murmura-t-elle, les yeux mi-clos, les hanches animées d'un léger mouvement de va-et-vient pour accompagner le rythme de la main du fonctionnaire.
La complicité établie, les amants ne se cantonnèrent plus à la passivité des débuts. Libérés du protocole de la découverte, ils se lancèrent dans une exploration géométrique de leurs corps à travers diverses positions, repoussant chaque fois les limites de leur jouissance.
Un soir de novembre, alors que la pluie toulousaine crépitait contre les vitres de l'appartement de Roger, le désir les prit dès l'entrée. Clarisse portait une robe pull ajustée qui soulignait la rondeur callipyge de ses fesses. Roger la poussa doucement contre la table de la salle à manger. Il releva le tissu tricoté, dévoilant la cambrure magnifique de son dos et la peau sombre, satinée, de ses cuisses. Il n'y avait pas de slip. L'anus de Clarisse s'offrait à lui, petite étoile sombre et plissée, déjà humide d'une fine sueur d'excitation.
Roger attrapa le lubrifiant qu'il gardait désormais à portée de main et en enduisit généreusement ses doigts et son propre sexe, déjà rigide et impatient. Il écarta les deux masses charnues et fermes des fesses de Clarisse, pressant son gland contre l'orifice. D'un coup de rein ferme, il s'enfonça en elle. Clarisse poussa un cri aigu, un gémissement de bête traquée qui trouve sa délivrance. Elle s'appuya sur ses avant-bras contre la table en bois, cambrant le dos au maximum pour offrir le meilleur angle possible à la pénétration.
Dans cette position de dos, Roger avait une vue imprenable sur le contraste de leurs peaux. Ses mains blanches enserraient les hanches noires de Clarisse, y laissant des empreintes claires qui disparaissaient dès qu'il relâchait la pression. Le va-et-vient devint rapide, sauvage. Le bruit des chairs qui se heurtaient, ce claquement humide et obscène, rythmait leurs souffles courts. À chaque fois que Roger s'enfonçait jusqu'aux couilles, il sentait les parois anales de Clarisse se resserrer avec une force incroyable, l'envelopper dans une étreinte de feu.
Clarisse, suspendue à la table, était en plein délire sensoriel. Elle ne cherchait pas à toucher son propre sexe ; elle laissait la seule force de la pénétration anale la submerger. Ses seins lourds balancaient au-dessus du bois de la table au rythme des assauts de Roger. Elle tournait parfois la tête vers lui, son visage magnifique déformé par l'extase, ses lèvres charnues laissant couler une salive claire.
« Prends-moi, Roger, baise-moi fort… je suis ta femme, enfonce-toi tout entier ! » s'écria-t-elle, sa voix grave vibrant d'une ferveur mystique.
Roger accéléra, le sang bourdonnant dans ses oreilles. Le vent d'autan semblait souffler à l'intérieur même de la pièce. Il agrippa la chevelure crépue de Clarisse pour lui redresser la tête, embrassant son cou musqué tandis qu'il la martelait de coups de reins furieux. L'orgasme de Clarisse survint dans une secousse sismique. Son sphincter se contracta comme un étau, paralysant presque le membre de Roger dans sa chair, tandis qu'elle éjaculait un fluide abondant et transparent qui s'écoula le long de ses cuisses sombres. Ce spectacle de pure soumission charnelle poussa Roger au bout de lui-même. Il poussa un rugissement, s'enfonçant une dernière fois au plus profond d'elle pour y décharger son sperme en vagues épaisses et brûlantes, le latex retenant la semence qui menaçait de déborder.
Une autre fois, ce fut dans la chambre de Clarisse, sous le grand miroir qui faisait face au lit. Elle avait voulu se donner à lui dans une position qui lui permettait de le regarder. Elle s'était allongée sur le dos, ramenant ses longues jambes d'ébène contre sa poitrine, ouvrant au maximum son entrejambe. Ses genoux touchaient presque ses épaules, présentant son anus dilaté et son sexe violet au regard de Roger.
Roger se mit à genoux entre ses cuisses épaisses. Avant de la pénétrer, il prit le temps de la caresser à nouveau. Ses doigts voyagèrent sur les testicules ridés, les malaxant doucement, provoquant des frémissements sur la peau noire de Clarisse. Puis, guidant son membre rigide, il pénétra lentement l'anus vertical. Le miroir leur renvoyait l'image de leur accouplement : le corps blanc et velu de Roger penché sur la silhouette sculpturale et sombre de Clarisse, un tableau de chair et de contrastes d'une puissance érotique absolue.
Dans cette position, le plaisir était différent, plus interne, plus cérébral. Ils se regardaient dans les yeux, fixant l'intensité de leur plaisir dans le reflet de l'autre. Les mains de Clarisse étaient posées sur les cuisses de Roger, guidant le mouvement, réclamant plus de profondeur. Chaque va-et-vient était une lente agonie de plaisir. Les seins mûrs de Clarisse s'écrasaient sous son propre poids, ses tétons pointant vers le plafond.
« Regarde-nous, Roger », souffla-t-elle, le souffle court. « Regarde comme tu me remplis. Il n'y a que toi qui peux me faire ça. »
Le plaisir monta lentement, comme une marée irrésistible. Roger se laissa glisser sur elle, écrasant sa poitrine contre la sienne, embrassant sa bouche avec une fureur romantique, leurs langues se mêlant tandis que leurs bassins continuaient leur danse obsessive. La jouissance fut synchrone, un effondrement simultané dans le plaisir brut, suivi de longs soupirs de délivrance qui s'éteignirent dans la pénombre de la chambre.
Malgré l'intensité de ces ébats et la régularité de leurs rencontres, une ombre flottait au-dessus de leur couple sans nom. Ils n'osaient pas trancher. Ils refusaient l'un comme l'autre de poser des mots définitifs sur ce qu'ils étaient en train de vivre. Était-ce une simple passade érotique, une exploration transgressive pour un écrivain en quête de sensations et une femme en quête d'affirmation ? Ou était-ce le début d'un amour plus profond, capable de défier le temps ?
Ils préféraient ne pas répondre. Ils profitaient du temps présent, vivant l'expérience au jour le jour, sans faire de plans pour l'avenir. Le silence qui suivait leurs ébats était souvent rempli de cette incertitude partagée, une complicité muette où chacun respectait le mystère de l'autre.
Un vendredi soir de décembre, alors que le froid s'était définitivement installé sur Toulouse, ils se retrouvèrent une nouvelle fois chez Roger. La soirée avait commencé calmement. Clarisse avait apporté des tissus qu'elle avait dessinés, montrant à Roger les textures et les couleurs qu'elle comptait utiliser pour sa prochaine collection. Roger, de son côté, lui lut quelques pages de son nouveau manuscrit. L'encre coulait à nouveau, riche, dense, irriguée par le feu que Clarisse avait rallumé en lui. Elle l'écoutait, la tête posée sur son épaule, ses grands yeux sombres fixés sur les feuilles blanches.
« Ta plume a retrouvé sa force, Roger », murmura-t-elle lorsque sa voix se tût. « Il y a de la chair dans tes mots maintenant. De la sueur et de la vérité. »
Pour la remercier, Roger posa ses lèvres sur les siennes. Le baiser, d'abord tendre, se chargea rapidement de l'électricité habituelle. Le besoin de se posséder mutuellement devint immédiat. Clarisse portait ce soir-là une jupe plissée grise et une chemise en coton fin. Roger l'allongea sur le tapis du salon, au pied de la bibliothèque où reposait toujours son premier livre.
Il écarta ses jambes, relevant la jupe. Sans perdre de temps, il prépara son sexe et celui de Clarisse avec le lubrifiant. Il décida cette fois de la prendre dans une position latérale, en « cuillère ». Il s'allongea derrière elle, collant son ventre contre ses fesses rebondies. Il leva une de ses longues jambes noires, la calant sur sa propre hanche, et pénétra l'anus par le côté.
L'angle était différent, permettant une pénétration plus douce mais extrêmement profonde. Roger enlaça le corps de Clarisse par-derrière, ses mains remontant pour empoigner ses seins mûrs, ses doigts pinçant les tétons sombres qui durcissaient sous l'effet du froid et du désir. Sa bouche était collée à l'oreille de Clarisse, lui murmurant des mots crus, des aveux de possession qu'elle réclamait à voix basse.
« Oui, parle-moi, Roger… dis-moi ce que tu me fais… » haletait-elle, son bassin bougeant d'avant en arrière pour chercher le contact du membre qui la dilatait.
Le va-et-vient en cuillère avait une douceur berçante mais d'une efficacité redoutable. Le sexe de Clarisse, frotté contre le tapis à chaque mouvement, commença à s'exciter de manière autonome. Roger descendit une main pour caresser la verge violette, ses doigts englobant les bourses ridées, accentuant la vague de plaisir qui submergeait sa partenaire. Les gémissements de Clarisse devinrent des chants, des appels rythmés par les coups de boutoir de Roger.
La pression monta d'un coup dans le salon chauffé. Clarisse cambra ses hanches en arrière avec une force désespérée, cherchant l'impact total. Dans un spasme violent, elle éjacula à nouveau, son fluide clair inondant le tapis et ses propres cuisses. Presque immédiatement, l'étreinte de son anus devint si serrée que Roger ne put retenir son propre jaillissement. Il déchargea son sperme avec une violence inouïe au fond du préservatif, son corps secoué de frissons tandis qu'il se cramponnait à la chair d'ébène de sa maîtresse.
Ils restèrent ainsi, immobiles, soudés par le sexe, pendant de longues minutes. Le silence revint dans la pièce, seulement troublé par le sifflement de leurs respirations qui reprenaient leur calme. Roger gardait ses mains sur les seins de Clarisse, sentant les battements rapides de son cœur s'apaiser peu à peu.
Après un long moment, Clarisse se dégagea doucement. Elle retira le préservatif avec les mêmes gestes précis que d'habitude, jetant un regard de surprise amusée sur la quantité de semence que Roger avait encore une fois produite.
« Décidément, l'écrivain… tu as une réserve inépuisable », dit-elle avec un sourire complice, en essuyant les quelques gouttes qui avaient perlé sur ses cuisses.
Elle se leva, réajusta ses vêtements sans précipitation, lavant sa peau à l'aide d'une serviette dans la salle de bain. Roger la regardait faire depuis le sol, l'esprit embrumé par une douce léthargie. Il aurait voulu lui demander de rester, de passer cette nuit d'hiver à ses côtés, de se réveiller ensemble face aux toits de brique de Toulouse. Mais il connaissait la règle tacite qui s'était établie entre eux.
Clarisse revint dans le salon, son sac à la main. Elle s'approcha de lui, s'accroupit et posa un baiser tendre sur ses lèvres, un baiser qui prolongeait le goût de leur étreinte.
« Merci pour ce moment, Roger. On se parle demain sur Facebook », dit-elle simplement, avant de se diriger vers la porte.
« Clarisse… » commença-t-il, une question suspendue au bord des lèvres.
Elle s'arrêta sur le seuil, se retourna, ses grands yeux sombres brillant d'une lueur indéchiffrable dans la pénombre du couloir. Elle ne dit rien, se contentant de lui adresser un sourire doux, mystérieux, qui laissait toutes les portes ouvertes. La porte se referma avec un bruit mat.
Roger passa la nuit seul dans son lit, l'esprit hanté par la chaleur de cette chair d'ébène et la complexité de cette relation sans étiquette. Il se tourna vers la fenêtre, regardant les premières lueurs du jour blanchir le ciel toulousain. Rien n'était résolu, rien n'était tranché. Ils flottaient ensemble dans un espace de liberté pure, savourant l'instant présent sans se soucier du lendemain, laissant le silence de la nuit et la vérité de la chair décider de leur avenir.







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