.
.
Le Souffle du Corail
La lumière de Tabarka, à six heures du matin, n'était pas une caresse mais une lame de miel liquide qui tranchait la mer Tyrrhénienne. Elle venait frapper les récifs de corail rouge comme une promesse de brûlure, s'infiltrant dans les criques secrètes où l'eau, d'un turquoise si profond qu'il en devenait noir, gardait les secrets des épaves phéniciennes et des amours interdites. Cette lumière avait une texture particulière, une densité presque palpable qui semblait vouloir s'accrocher à la peau comme un voile de soie trop lourd. Elle réveillait les couleurs enfouies, les rouges sombres des anémones, les verts émeraude des algues, les bleus violacés des oursins tapis dans les fissures du granit. Et elle réveillait aussi, dans le corps de Léa, une douleur sourde, une faim qui n'avait pas de nom.
Léa, trente-deux ans, était assise sur le rebord de la terrasse de sa villa blanche, accrochée à la falaise comme un nid d'hirondelle de pierre. Elle portait une simple chemise de lin blanc, ouverte sur sa poitrine généreuse, ses seins lourds et bronzés reposant sur ses avant-bras croisés. Elle avait cette manière particulière de s'asseoir, les jambes pendantes dans le vide, les orteils effleurant parfois la roche chauffée par le soleil levant, comme si elle cherchait à toucher le monde du bout des pieds sans jamais s'y engager vraiment. Ses cheveux sombres, coupés courts, collaient à ses tempes, imprégnés par l'humidité salée qui montait des vagues. Leurs mèches, encore humides de la plongée matinale, dessinaient des volutes sur sa nuque, laissant apparaître une petite cicatrice blanche, héritage d'une rencontre trop brutale avec un récif, qui courait le long de son deltoïde comme une ligne de vie tracée par un dieu marin.
Elle regardait la mer. Mais elle ne la voyait pas. Elle voyait le visage de Samir, qu'elle avait laissé à Tunis trois semaines plus tôt. Elle revoyait ses yeux, ce brun sombre qui virait au noisette quand il était en colère ou quand il désirait, ce regard qu'il avait posé sur elle pour la dernière fois, sur le parking d'un hypermarché de la banlieue nord, un regard chargé de promesses et de mensonges. Elle revoyait ses mains, ces mains d'ingénieur qui savaient pourtant caresser avec une douceur d'artisan, ses doigts longs et calleux qui traçaient des chemins sur sa peau comme on trace des routes sur une carte. Elle revoyait son sourire, ce sourire un peu triste qu'il avait quand il savait qu'il allait la décevoir, ce pli au coin des lèvres qui disait "je t'aime" et "je suis désolé" dans le même souffle.
Trois semaines de silence. Trois semaines à compter les jours sur les dalles de marbre de sa salle de bain, à se demander si le dernier baiser qu'ils avaient échangé, ce baiser volé sur le parking d'un hypermarché, était un adieu ou un commencement. Elle avait compté les nuits sur ses doigts, les doigts de sa main gauche, puis de sa main droite, puis elle avait recommencé, comme si recommencer pouvait changer la fin. Il était marié. Elle le savait depuis le début, depuis ce soir de décembre où il lui avait avoué, la voix blanche, qu'il y avait une autre femme, une femme légitime, une femme qu'il ne pourrait jamais quitter. Elle avait accepté les fragments de temps qu'il lui offrait, les nuits volées dans des hôtels de passage, les messages codés qu'ils s'envoyaient comme des prisonniers politiques, les rendez-vous fixés à la dernière minute dans des cafés de la médina où personne ne les connaissait. Elle avait accepté d'être l'ombre, la seconde, la presque-femme. Mais maintenant, l'absence avait la consistance d'un roc, une masse immobile et silencieuse qui pesait sur sa poitrine comme une enclume.
Elle se rappelait la première fois qu'ils s'étaient rencontrés, ici même, sur cette plage secrète, deux ans plus tôt. Il était venu à Tabarka pour un projet de construction, un barrage ou une digue, elle ne se souvenait plus. Elle plongeait dans la grotte du corail, comme elle le faisait tous les matins, et en remontant, elle l'avait vu, debout sur le sable, les pieds dans l'eau, la regardant comme si elle était une sirène sortie des profondeurs. Il avait ce regard, ce regard d'homme qui vient de trouver ce qu'il cherchait sans le savoir, ce mélange de surprise et d'évidence qui la fit rire. Elle rit encore en y repensant, un rire amer qui se brisa contre la mer.
Un bruit. Pas le cri des goélands, ni le clapotis régulier des vagues. Un bruit de pas sur le gravier de l'allée. Un pas qu'elle connaissait par cœur, qu'elle avait entendu dans ses rêves comme un battement de cœur, comme une promesse qu'elle n'osait plus faire. Elle ferma les yeux, une seconde, pour savourer l'illusion, pour laisser le bruit résonner en elle avant de confronter la réalité.
Elle ne se retourna pas.
« Je t'ai senti arriver, dit-elle, sa voix plus grave que d'ordinaire, chargée d'une tension qui faisait vibrer l'air entre eux. Je t'ai senti dans le vent, dans l'odeur du sel. Tu as pris la route de la côte, tu t'es arrêté à Béja pour acheter des figues de Barbarie, tu as failli t'endormir au volant juste après Jendouba. »
Un temps. Puis sa voix, cette voix grave qu'elle connaissait aussi bien que la sienne, cette voix qui avait le pouvoir de lui faire oublier le monde.
« J'ai conduit toute la nuit. Sans m'arrêter. Sans écouter la radio. Sans penser à rien d'autre qu'à toi. Je voulais te voir avant que le soleil ne se lève, mais j'ai perdu du temps à chercher des figues. Je savais que tu les aimais. »
Il s'approcha. Samir. La quarantaine passée, une silhouette d'homme que le temps n'avait pas affaiblie mais sculptée, comme la mer sculpte les rochers. Ses épaules, larges, semblaient porter le poids de toute la Méditerranée, et ses bras, musclés par des années de travail en extérieur, pendaient le long de son corps avec une lassitude qui n'était pas de l'épuisement mais de l'émotion contenue. Il était vêtu d'un simple jean usé, blanchi par le soleil et les lavages, et d'un tee-shirt blanc qui moulait son torse, révélant les muscles qui se dessinaient sous la peau tannée, un réseau de veines saillantes sur ses avant-bras. Il avait les mains d'un homme qui savait ce que c'était que de tenir fermement, des mains larges aux phalanges noueuses, des mains qui avaient construit des barrages et qui savaient caresser le corps d'une femme avec la même précision.
Elle se retourna enfin. Leurs regards se croisèrent comme deux lames qui s'entrechoquent, un choc silencieux qui fit vibrer l'air autour d'eux. Elle le regarda comme on regarde une blessure que l'on croyait cicatrisée, avec ce mélange de douleur et de fascination que seuls les amours impossibles savent susciter. Dans ses yeux à lui, il y avait une fatigue profonde, des cernes creusés par trois semaines d'insomnie, mais aussi une faim qu'il ne pouvait pas cacher, un appétit qui brûlait au fond de ses prunelles comme une braise sous la cendre. Il détailla ses jambes nues, pendantes dans le vide, la courbe de ses hanches sous le lin blanc, la façon dont le tissu s'ouvrait sur sa poitrine pour révéler le début de ses seins. Elle soutint son regard, défiant l'intensité de son désir par un désir égal, une flamme qui n'avait jamais vraiment faibli.
« Tu ne m'as pas répondu, dit-elle sans ciller. Pas un mot. Pas un message. Rien. Trois semaines à me demander si tu étais mort, ou si tu avais juste décidé que j'étais un mauvais rêve dont il fallait se réveiller. »
« Je n'ai pas pu. J'ai passé ces trois semaines à essayer de trouver les mots pour te dire que je ne peux pas la quitter. Pas comme ça. Pas encore. Elle a besoin de moi, Léa. Pour les enfants, pour les comptes, pour tout ce que j'ai construit avec elle. Je ne peux pas juste... laisser tomber. »
« Alors pourquoi es-tu ici ? »
La question tomba comme un couperet, tranchant le fil de leurs hésitations. Elle se leva d'un geste brusque, ses muscles se tendant, et la chemise de lin glissa sur son épaule, révélant la cicatrice, ce dessin blanc sur sa peau cuivrée. Elle s'approcha de lui, si près qu'il pouvait sentir l'odeur de son cou, un mélange de sel, de gardénia et de cette sueur légère que la chaleur faisait perler sur sa nuque. Elle le dominait sans le dominer, sa présence emplissant l'espace comme une marée montante.
« Je suis ici parce que je ne peux pas vivre sans ton corps, Léa. Sans la chaleur de ta peau quand tu te tournes vers moi la nuit. Sans la façon dont tu me mords l'épaule quand je te prends, comme si tu voulais marquer ta possession. J'ai essayé. J'ai cru que je pouvais revenir à ma vie d'avant, à mes habitudes, à mon lit vide. Mais tout est faux. La lumière est fausse, l'air est faux, le goût du café est faux. Tout me ramène à toi, à cette terrasse, à cette villa, à cette mer qui te ressemble. »
« Alors laisse-la. »
« Ce n'est pas si simple. »
« Si. C'est simple, Samir. Tu restes avec elle, tu retournes à ta vie de mensonges et de demi-vérités, ou tu viens avec moi. Pas de troisième option. Pas de compromis. Pas de "je viendrai te voir quand je peux". C'est elle ou moi. Choisis. »
Un silence. Un silence si profond qu'il semblait absorber le bruit de la mer, le cri des goélands, le souffle du vent. Un silence qui pesait plus lourd que tous les mots qu'ils auraient pu échanger. Elle le regardait, ses yeux verts ne le lâchant pas, et dans ses yeux, il vit une douleur si pure qu'elle le fit chanceler. Elle avait tant attendu, tant espéré, tant cru que l'amour suffirait à briser les chaînes du monde. Et maintenant, elle était là, offerte et vulnérable, lui demandant de choisir entre la vie qu'il avait bâtie et celle qu'il aurait pu avoir.
Il fit un pas vers elle. Un pas qui semblait peser une tonne, un pas qui traversait trois semaines de silence, une vie de mensonges, une mer de doutes. Il posa ses mains sur ses hanches, sentant la chaleur de sa peau à travers le lin fin, et il laissa ses doigts s'enfoncer dans la chair, comme pour s'assurer qu'elle était réelle, qu'elle n'était pas une illusion née de son désespoir.
« Tu ne me dis pas que tu veux partir avec moi, dit-elle en soutenant son regard. Tu me dis que tu veux mon corps. C'est différent. Et c'est pour ça que je vais te le donner. Mais pas comme tu l'imagines. Pas comme un cadeau que tu prends avant de repartir. Pas comme un dernier repas avant l'exécution. »
Elle le saisit par le col de son tee-shirt, ses doigts s'enfonçant dans le tissu, et elle l'attira à l'intérieur de la villa. Il la suivit comme un somnambule, ses pas mal assurés, son cœur battant la chamade. Il savait ce qui l'attendait. Il l'avait toujours su. Léa était une femme qui prenait ce qu'elle voulait, et ce qu'elle voulait maintenant, c'était le briser pour mieux le reconstruire.
La chambre de Léa n'était pas une pièce. C'était un sanctuaire de lumière et de transparence, une bulle d'air au-dessus de l'abîme. Les murs, peints en blanc éclatant, laissaient entrer la mer par tous leurs pores, projetant des reflets bleutés sur le sol de marbre, des vagues de lumière qui dansaient sur les dalles comme des méduses phosphorescentes. Le lit, immense, était recouvert de draps de lin brun, d'une rugosité qui contrastait avec la douceur de la peau, une texture qui rappelait le sable chaud, le corps d'un amant. Au-dessus du lit, une grande photo en noir et blanc : une plongeuse, corps de femme, glissant dans une eau sombre, ses membres s'ouvrant comme une fleur de chair, ses cheveux flottant autour de sa tête comme une couronne d'algues.
Samir se tenait au centre de la pièce, les bras ballants, la vulnérabilité de l'homme fort qui vient de comprendre qu'il n'est pas maître de la situation. Il regardait cette chambre qu'il connaissait par cœur, chaque objet, chaque détail, chaque souvenir gravé dans sa mémoire comme les hiéroglyphes d'une civilisation disparue. Il voyait la table de nuit où elle posait toujours son verre d'eau, le fauteuil où elle lisait le soir, la fenêtre où elle s'asseyait pour regarder la mer. Et il voyait Léa, debout devant lui, ses yeux verts brillant d'une lueur qu'il n'avait jamais vue, une lueur de prédatrice.
« Déshabille-toi, ordonna-t-elle. »
Sa voix avait changé. Elle n'était plus la femme qui attendait, celle qui suppliait presque. Elle était redevenue celle qu'il avait connue dans les premiers mois de leur liaison : une femme qui savait ce qu'elle voulait et qui le prenait, qui n'attendait pas la permission, qui ne demandait pas la permission. Elle était la mer, la tempête, le corail qui coupe la chair.
Il obéit. Il retira son tee-shirt d'un geste lent, un geste qui voulait dire "je suis à toi" et "je suis terrifié" dans le même mouvement. Il révéla un torse musclé où le poil brun, grisonnant sur la poitrine, soulignait la puissance de ses pectoraux et la courbe de ses abdominaux, une musculature solide mais pas exhibitionniste, celle d'un homme qui travaille avec son corps sans chercher à le montrer. Il défit son jean, le laissa tomber sur le sol de marbre, puis son boxeur, une simple bande de coton noir qu'il porta toujours, comme un dernier rempart contre l'intimité. Il se tenait nu devant elle, son sexe déjà à moitié dressé, tressaillant sous l'effet du désir et de la honte mêlés, une honte qu'elle lisait dans ses yeux comme on lit un livre ouvert.
Elle ne le toucha pas immédiatement. Elle fit le tour de lui, ses pieds nus frappant le marbre avec une légèreté de chatte, ses yeux parcourant chaque centimètre de sa peau comme on inspecte un objet précieux avant de l'acheter. Elle s'arrêta derrière lui, posa une main sur son épaule, une main qui brûlait comme un fer rouge, et elle sentit la tension de ses muscles, cette tension qu'elle allait briser, morceau par morceau, caresse par caresse.
« Tu es venu ici pour être possédé, Samir. Pas pour me posséder. Tu comprends ça ? »
« Je... je ne sais pas. »
« Tu vas apprendre. Et tu vas apprendre à aimer ça. Parce que c'est la seule façon dont je vais te garder. Pas en étant celle qui attend, celle qui espère, celle qui pardonne. Mais en étant celle qui prend. »
Elle le poussa doucement vers le lit. Il s'allongea sur le dos, la tête renversée en arrière, les mains à plat sur les draps, ses doigts s'enfonçant dans le lin rugueux comme pour chercher une ancre. Il était offert, vulnérable, et pour la première fois, il se sentit libéré. Il n'avait plus à mentir, plus à cacher, plus à faire semblant d'être l'homme qu'il n'était pas. Il était juste Samir, nu, désirant, désiré.
Elle était nue maintenant, elle aussi. Sa chemise de lin gisait abandonnée sur le sol, un carré blanc dans l'océan de marbre. Son corps était un chef-d'œuvre de rondeurs et de fermeté, un paysage de collines et de vallées que le soleil avait dessiné en ombres et en lumières. Ses seins, lourds et généreux, pointaient vers lui avec une arrogance tranquille, leurs pointes sombres durcies par l'excitation, par l'air frais qui venait de la mer, par le désir qui brûlait en elle depuis trois semaines. Ses hanches dessinaient une courbe sensuelle, une courbe qui appelait les mains, les lèvres, les dents, et entre ses cuisses, un duvet sombre, finement taillé, laissait deviner la fente humide, cette fente qu'elle allait lui offrir, mais pas comme il l'imaginait.
Elle monta sur lui, s'installant à califourchon sur son ventre. Le contact de sa peau contre la sienne fut une décharge électrique qui parcourut tout son corps, une décharge qui fit se contracter ses muscles, qui fit se dresser ses poils, qui fit battre son cœur plus fort. Elle sentit son sexe se raidir contre ses fesses, une barre de chair brûlante qui réclamait sa liberté, et elle le caressa distraitement du bout des doigts, sans le saisir, juste pour le faire frémir, pour lui rappeler qui était maître du jeu.
« Tu veux que je te prenne ? demanda-t-elle, sa voix plus basse maintenant, plus rauque, chargée de cette autorité tranquille qui le faisait fondre. »
« Oui. »
« Dis-le correctement. »
« Je veux que tu me prennes, Léa. Je veux que tu me possèdes, que tu me brises, que tu me fasses oublier mon nom. Je veux être ton jouet, ton esclave, ton amant. »
Elle sourit, un sourire carnassier qui n'avait rien de la douceur de l'amoureuse. Elle se glissa sur lui, s'asseyant sur son ventre, puis remonta jusqu'à son torse, ses seins effleurant son visage. Il gémit, cherchant à les saisir, mais elle l'en empêcha en attrapant ses poignets et en les maintenant au-dessus de sa tête, ses doigts s'enfonçant dans sa peau comme des griffes.
« Pas encore. D'abord, je veux que tu me regardes. Je veux que tu voies ce que tu ne pourras jamais posséder si tu ne te soumets pas. »
Elle se mit à se caresser. Lentement, les yeux fixés sur les siens, elle glissa une main entre ses jambes, ses doigts s'enfonçant dans sa fente humide. Elle gémit, un son profond, guttural, qui fit vibrer les parois de la pièce, un son qui semblait venir du fond de la mer. Samir la regardait, fasciné, son sexe devenant douloureusement dur, chaque mouvement de ses doigts le rapprochant de l'explosion. Il voyait ses yeux se fermer, ses lèvres s'entrouvrir, ses seins se soulever sous l'effet du plaisir. Il la voyait s'abandonner à elle-même, une femme qui se suffisait à elle-même, une femme qui n'avait pas besoin de lui.
« Tu vois ? murmura-t-elle, sa voix n'étant plus qu'un souffle. Je n'ai pas besoin de toi pour ça. Mais je te veux. Pas pour que tu me domines. Pour que tu te soumettes à mon rythme. »
Elle le libéra, se pencha sur lui et posa ses lèvres sur les siennes. Le baiser fut long, profond, une exploration de leur salive mêlée, une plongée dans l'inconnu. Elle goûtait sa bouche, son souffle, sa vie. Puis elle descendit, sa langue traçant un chemin sur son cou, sa poitrine, ses abdominaux, jusqu'à son nombril. Elle s'arrêta là, à quelques centimètres de son sexe, le regardant palpiter, le sentant frémir sous l'effet de sa chaleur, de son souffle.
« Tu es prêt, Samir ? »
« Oui... s'il te plaît... »
Elle le prit en bouche. Le choc fut immédiat. Sa langue, chaude et experte, enveloppa son gland, le caressant avec une lenteur torturante. Elle le suçait avec une autorité tranquille, sachant exactement quand accélérer, quand ralentir, quand mordre, quand lécher. Elle faisait de son corps un instrument, et elle en jouait comme on joue d'un violon, avec une précision qui le faisait frémir jusqu'à la moelle. Samir se cambra, ses mains s'enfonçant dans ses cheveux, mais elle les repoussa sans ménagement, reprenant le contrôle, lui rappelant qui était la maîtresse du jeu.
« Je n'ai pas dit que tu pouvais toucher. Tu es là pour être servi. Pas pour servir. »
Elle le suça encore quelques minutes, le portant au bord de l'orgasme, le laissant flotter entre le plaisir et la douleur, puis elle s'arrêta brusquement, le laissant haletant, le sexe ruisselant de sa salive, les muscles de ses cuisses tremblants. Elle le regarda avec un sourire de satisfaction, un sourire qui disait "tu es à moi, maintenant, et tu le seras toujours".
« Maintenant, dit-elle en se positionnant sur lui, je vais te prendre. Mais pas comme tu l'imagines. Pas comme une femme qui se soumet. Comme une femme qui possède. »
Elle guida son sexe vers son entrée, s'empalant sur lui d'un mouvement lent et déterminé. Il entra en elle avec un bruit humide, un son qui résonna dans la pièce comme un accord, et elle le sentit remplir son ventre, une sensation de plénitude qui la fit gémir. Elle commença à bouger, ses hanches décrivant des cercles lents, ses fesses claquant contre ses cuisses avec une régularité de métronome. Elle prenait son plaisir, sans se soucier du sien, sachant que la simple vue de son corps en mouvement suffirait à le faire craquer, que la simple vision de sa chair ondulant sous la lumière suffirait à le mener au bord de l'explosion.
« Regarde-moi, Samir. Regarde ce que tu ne pourras jamais posséder si tu ne te donnes pas entièrement. »
Il la regardait, fasciné, son corps se tendant sous l'effet de l'extase. Mais elle n'accéléra pas. Elle ralentit, au contraire, laissant chaque mouvement s'étirer comme une vague qui ne se brise pas, un roulis lent qui le portait vers des rivages inconnus. Elle jouait avec lui comme un chat avec une souris, le faisant approcher du point de non-retour, puis reculer, encore et encore, le laissant suspendu entre le désir et la frustration.
« Je... je vais... balbutia-t-il, la voix étranglée par l'émotion. »
« Pas encore. »
Elle se retira de lui, le laissant en suspens, son sexe battant l'air comme une flamme. Elle se coucha sur le dos, écartant les jambes, les mains derrière la tête, une offrande qui n'était pas une soumission. Le soleil couchant, à travers la fenêtre, dessinait des rayures de lumière sur son corps, soulignant chaque courbe, chaque creux.
« Maintenant, tu peux. Mais c'est moi qui décide quand. »
Il se jeta sur elle, s'enfonçant en elle avec une fureur contenue, une fureur qui n'était pas de la violence mais de la passion, une fureur qui venait de trois semaines de silence, de trois semaines de doute, de trois semaines à se demander s'il allait jamais la revoir. Mais elle le saisit par les hanches, ralentissant son rythme, le forçant à une cadence lente, presque mélancolique, comme une chanson triste que l'on chante au bord de la mer. Il s'abandonna à elle, laissant son corps se mouvoir selon ses désirs à elle, laissant sa chair se fondre à la sienne.
« Oui... murmura-t-elle. Comme ça... Plus profond... »
Il s'enfonça au plus profond d'elle, et elle cria son nom, un cri qui résonna dans la pièce comme un ouragan, un cri qui semblait venir du fond des âges. Elle jouit, ses muscles se contractant autour de lui, l'aspirant dans une étreinte qui le fit éjaculer presque immédiatement. Il se vida en elle, brûlant, abondant, chaque jet étant un soulagement, une promesse, une délivrance, tandis qu'elle continuait de bouger, prolongeant son plaisir jusqu'à l'épuisement.
Ils restèrent ainsi, entrelacés, leurs corps luisants de sueur, leurs souffles se mêlant dans un rythme qui devenait plus lent, plus régulier. Le silence qui suivit fut celui d'une mer d'huile, une immobilité totale qui laissait place aux battements de leurs cœurs, à la respiration de la nuit qui commençait à tomber sur Tabarka.
Samir gisait sur le dos, le regard perdu dans le plafond blanc, ses doigts caressant distraitement les draps comme s'il cherchait à s'accrocher à quelque chose. À côté de lui, Léa s'était tournée sur le côté, le visage appuyé sur sa main, observant les traces de son passage sur sa peau, les marques rouges sur ses épaules, les égratignures sur son dos, les morsures sur son cou.
« Tu sais ce que je vais faire ? demanda-t-elle d'une voix douce, presque tendre, une voix qui n'avait plus l'autorité de tout à l'heure mais une vulnérabilité nouvelle.
— Non, répondit-il, la gorge nouée.
— Je vais te laisser partir. Pas parce que je ne t'aime plus, mais parce que je ne peux pas être la seconde. Je mérite mieux que des restes de temps volés. Je mérite d'être la première, la seule, l'unique. »
Il tourna la tête vers elle, ses yeux s'emplissant d'une douleur qu'elle n'avait jamais vue, une douleur qui n'était pas de la colère ou de la frustration, mais de la tristesse pure.
« Mais je t'aime.
— Je sais. Mais ce n'est pas assez. Pas comme ça. Pas quand tu rentres chez toi le soir, pas quand tu te réveilles à côté d'une autre, pas quand tu mens à tout le monde, y compris à toi-même. »
Elle se leva, nue, son corps se découpant contre la lumière de la mer. Elle traversa la pièce, se dirigea vers la fenêtre, et ouvrit grand les battants. L'air marin, chaud et salé, envahit la pièce, emportant avec lui l'odeur de leur sexe, l'odeur de leurs corps mêlés, l'odeur de ce moment qu'ils ne retrouveraient peut-être jamais.
« Regarde, dit-elle. »
Il se leva, s'approcha d'elle. Au loin, sur la mer, une barque de pêcheur tirait ses filets, une silhouette solitaire dans l'immensité bleue, une petite tache noire qui se déplaçait lentement. Les récifs de corail, à quelques centaines de mètres du rivage, formaient une barrière rougeâtre sous l'eau transparente, une barrière qui protégeait la crique, qui gardait ses secrets, qui veillait sur les amants.
« C'est beau, murmura-t-il, ne comprenant pas où elle voulait en venir.
— C'est la beauté de Tabarka, Samir. Une beauté qui ne demande rien. Qui ne t'attend pas. Elle est là, et elle ne te jugera pas si tu pars. Elle est là, et elle t'aimera même si tu ne reviens jamais. »
Elle se tourna vers lui, une lueur de tristesse dans les yeux, mais aussi une force qu'il n'avait jamais vue, une force qui venait de la mer, du vent, du corail.
« Pars, Samir. Rentre chez toi. Ne reviens pas tant que tu n'auras pas fait ton choix. Et quand tu l'auras fait, tu sauras où me trouver. »
Il posa sa main sur sa joue, effleurant ses lèvres du pouce, un geste qui voulait dire "je t'aime" et "je suis désolé" dans le même mouvement.
« Si je reviens, ce sera pour rester.
— Alors reviens. Mais ne me fais pas attendre trop longtemps. La mer, elle, ne sait pas patienter. »
Il s'habilla en silence, un silence qui pesait plus lourd que tous les mots qu'ils auraient pu échanger. Il boutonna sa chemise, enfila son jean, noua ses lacets, chaque geste étant un adieu. Au moment de passer la porte, il se retourna une dernière fois. Elle était toujours debout devant la fenêtre, nue, les bras croisés sur sa poitrine, le regard perdu dans l'horizon.
« Je t'aime, Léa.
— Je sais, murmura-t-elle.
Et il partit, emportant avec lui l'odeur de sa peau, le souvenir de son corps, et la promesse d'un choix qu'il devrait faire avant que les marées ne s'inversent.
Six jours passèrent. Six jours de silence, de rêves fiévreux, de nuits où elle se réveillait en sueur, le corps tremblant d'un désir inassouvi. Léa avait repris sa routine : plongée matinale dans les eaux cristallines de la grotte du corail, café sur la terrasse, lectures de romans d'amour qu'elle détestait mais qui l'aidaient à se sentir moins seule. Elle avait repris ses habitudes, mais chaque geste était un rappel de son absence, chaque instant un combat contre l'oubli.
Elle plongeait tous les matins. C'était son rituel, sa prière, sa façon de se purifier. Elle glissait dans l'eau turquoise, les bras tendus, les jambes battant régulièrement, descendant vers les profondeurs où la lumière se faisait plus rare, où le silence était total. Là, sous la surface, elle retrouvait une paix qu'elle ne trouvait pas sur la terre ferme. Les poissons, les anémones, les coraux, tout lui parlait d'un monde où les mots n'avaient pas de sens, où seul comptait le mouvement, la respiration, la vie.
Puis, le sixième jour, un message. Un simple message, venu de Tunis, sur son téléphone posé sur la table de nuit.
« Je viens. Je reste. »
Pas de détails. Pas d'excuses. Pas de longs discours sur les enfants, les comptes, les obligations. Juste une promesse. Une promesse qu'elle avait attendue pendant trois semaines, une promesse qu'elle n'osait plus croire possible.
Il arriva en fin d'après-midi, alors que le soleil commençait à basculer derrière les montagnes, incendiant le ciel d'un rouge de braise, d'un rose de chair, d'un orange de fruit mûr. Elle l'attendait sur la plage, une petite crique cachée entre deux falaises, là où ils s'étaient rencontrés pour la première fois, deux ans plus tôt. C'était leur plage, leur sanctuaire, leur secret. Elle était nue. Pas de maillot de bain, pas de paréo. Juste sa peau bronzée, ses hanches larges, ses seins offerts à la lumière déclinante. Elle se tenait debout, les bras légèrement écartés, les pieds dans l'eau qui venait mourir sur ses chevilles, la mer qui l'accueillait comme une mère, comme une amante, comme une promesse.
Il s'approcha d'elle, la regardant comme s'il voyait une femme pour la première fois, avec ce regard d'émerveillement qu'on a quand on trouve quelque chose qu'on croyait perdu à jamais.
« Elle le sait, dit-il. Je lui ai tout dit. Je lui ai parlé de toi, de nous, de ce que j'étais devenu. Elle m'a jeté. Elle m'a dit de ne plus revenir. Mais c'est mieux ainsi. C'est mieux pour elle, c'est mieux pour les enfants, c'est mieux pour tout le monde. »
Léa ne répondit pas. Elle s'avança vers lui, posa ses mains sur son visage, ses doigts parcourant ses pommettes, ses tempes, ses lèvres, comme si elle voulait graver chaque détail dans sa mémoire. Et elle l'embrassa. Un baiser long, profond, qui goûtait le sel, la promesse, la rédemption. Il sentit ses larmes sur ses joues, ses larmes à elle, mêlées aux siennes, et il comprit que ce baiser était un adieu à leur passé et un commencement.
« Alors, maintenant, dit-elle en reculant, laisse-moi te montrer ce qui t'attend. »
Elle s'éloigna, se dirigeant vers l'eau. Elle entra dans la mer, l'eau turquoise venant caresser ses mollets, puis ses cuisses, puis ses hanches, puis son ventre. Elle plongea, sa silhouette disparaissant sous la surface, laissant derrière elle une traînée de bulles qui montaient vers le ciel comme un message.
Samir se déshabilla rapidement, laissant ses vêtements en tas sur le sable, et la suivit. L'eau était froide, mais sa peau, habituée à la chaleur de Léa, ne sentit pas le froid. Il plongea, ses yeux s'ouvrant sur un monde de lumière et de silence. Sous l'eau, le monde était différent. Le silence était total, seulement troublé par le bruit de leurs respirations, par le battement de leurs cœurs. La lumière du soleil filtrante, dorée, créait un jeu d'ombres sur le fond sablonneux, des ombres qui dansaient comme des fantômes. Léa était devant lui, ses cheveux flottant autour de sa tête comme une auréole, ses bras étendus, ses jambes battant doucement. Elle se retourna, le regardant avec ses yeux verts, et elle lui sourit, un sourire qui disait "je suis ici, je suis à toi, tout va bien maintenant".
Il la saisit par les épaules, l'attirant contre lui. Ils s'embrassèrent sous l'eau, une étreinte fébrile, leurs langues se cherchant dans le liquide salé, leurs corps se pressant l'un contre l'autre comme s'ils voulaient fusionner. Il sentit ses mains glisser le long de son torse, descendre vers son ventre, saisir son sexe déjà dur, le caresser avec une douceur qui le fit frémir. Il la pénétra immédiatement, l'eau les portant, rendant chaque mouvement plus fluide, plus léger, comme une danse aquatique. Elle l'enlaça, ses jambes s'enroulant autour de lui, ses bras autour de son cou, et ensemble, ils dansèrent dans l'eau, leurs corps s'accordant au rythme lent des vagues, au rythme de leurs souffles mêlés.
C'était une sensation de plénitude absolue, un amour qui se consumait dans l'élément liquide, loin du monde des hommes, loin des mensonges, loin des promesses non tenues. Il sentait sa chaleur autour de lui, sa présence, sa vie, et il sut qu'il avait fait le bon choix, qu'il était enfin chez lui.
Ils remontèrent à la surface, haletants, les cheveux plaqués sur le visage, les corps ruisselants de l'eau salée. La lumière du couchant, plus basse, éclairait leurs peaux nues d'une lueur de miel, les rendant plus beaux, plus sauvages, plus vrais. Léa le regarda, une flamme dans ses yeux, une flamme qui n'était pas seulement le désir mais quelque chose de plus profond, quelque chose qui ressemblait à la promesse.
« Il est temps, dit-elle.
— Temps de quoi ?
— De te montrer comment un homme est censé aimer une femme. Pas comme un chef de famille, pas comme un mari, pas comme un amant de passage. Mais comme un homme. »
Elle le conduisit hors de l'eau, le fit s'allonger sur le sable encore chaud, le sable qui conservait la chaleur du soleil comme un corps qui conserve le souvenir d'une étreinte. Elle s'agenouilla sur lui, ses jambes de chaque côté de son torse, ses mains sur son ventre, ses doigts parcourant les lignes de ses muscles, les creux de ses abdominaux, la naissance de son sexe qui se dressait déjà, impatiente.
« Tu as peur ? demanda-t-elle.
— Non.
— Tant mieux. Parce que cette nuit, je vais te posséder. Je vais te prendre par tous les trous, Samir. Je vais t'ouvrir, te laver, te remplir. Et tu vas aimer ça. Parce que c'est la seule façon dont je vais te garder. »
Elle se pencha sur lui, l'embrassa avec une passion nouvelle, une passion qui n'était pas de la fureur mais de la possession. Ses lèvres étaient plus douces maintenant, plus lentes, comme si elle voulait goûter chaque seconde, chaque millimètre de sa bouche. Son corps, trempé, s'écrasa contre le sien, leurs peaux se collant, une chaleur humide et primale, une chaleur qui venait de la mer, du soleil, de la vie.
Elle s'assit sur son visage, l'invitant à la dévorer. Il lécha sa fente, la sentant s'ouvrir sous sa langue, le goût de la mer mêlé au sien, un goût qui le fit gémir de plaisir. Elle gémit, se cambra, ses doigts agrippant ses cheveux, les tirant doucement, le guidant vers ce qu'elle voulait.
« Oui... murmura-t-elle. Ne t'arrête pas. »
Il obéit, ses lèvres s'attardant sur son clitoris, le suçant avec une lenteur qui la fit crier. Elle jouit presque immédiatement, un orgasme court mais intense, un orgasme qui la fit frémir de la tête aux pieds, et elle se glissa sur lui, s'emparant de son sexe pour le guider vers son entrée.
« Pas cette fois, dit-elle en le dépassant. Cette fois, c'est par derrière. »
Elle s'allongea sur le ventre, cambrant son bassin, offrant ses fesses au soleil couchant, ses fesses rondes et fermes, ses fesses qui semblaient appeler ses mains. Il s'approcha d'elle, guida son sexe contre son anus, et pénétra. La sensation fut une douleur exquise, un mélange de résistance et de soumission, une douleur qui n'était pas de la douleur mais de la plénitude. Elle cria, ses ongles s'enfonçant dans le sable, tandis qu'il s'enfonçait en elle, centimètre par centimètre, la sentant s'ouvrir sous sa pression.
« Encore... murmura-t-elle. Plus profond. »
Il s'enfonça jusqu'à la garde, puis commença à bouger, un rythme lent, régulier, qui faisait claquer leurs chairs humides, un rythme qui était une chanson, une prière, une promesse. Elle se laissa aller, son corps s'abandonnant aux pulsions de l'homme, chaque assaut la rapprochant de l'extase.
« Je t'aime, Léa, gémit-il.
Elle se retourna sous lui, le saisit par les hanches pour l'attirer plus profondément, ses yeux verts fixés sur les siens, un sourire de triomphe sur les lèvres.
« Alors prouve-le. Montre-moi que tu es prêt à t'écorcher vif pour cette chair. Montre-moi que la mer que tu traverses pour me rejoindre ne t'a pas laissé intact. »
Il s'abattit sur elle, leurs corps se rencontrant avec une violence douce, leurs souffles se mêlant dans une lutte à la fois tendre et sauvage, une lutte qui n'était pas une lutte mais une danse.
« Je te montrerai tout, Léa. Je te montrerai que je suis à toi. Que je serai toujours à toi. »
Le sable sous eux était mouillé, collant, un mélange d'eau de mer et de sueur. Le soleil avait disparu, laissant place à une pénombre bleutée, et les étoiles commençaient à apparaître, une par une, comme les points d'un tatouage céleste sur la peau de la nuit. La mer était calme, le vent était doux, et le monde, pour la première fois, semblait à sa place.
Des mois plus tard, ils étaient toujours là. La villa blanche sur la falaise, la plage secrète, les plongées matinales dans les eaux turquoise. Samir avait laissé sa vie d'avant derrière lui, comme on abandonne une peau de serpent qui a trop serré. Il était devenu pêcheur, plongeur, amoureux. Il passait ses journées à réparer des filets, à nettoyer des coquillages, à apprendre les noms des poissons que Léa lui montrait. Il avait pris un peu de poids, un peu de barbe, un peu de cette sérénité qu'on trouve seulement quand on a cessé de chercher.
Léa était assise sur la terrasse, nue, un café à la main, ses cheveux courts collés à ses tempes, ses seins lourds reposant sur ses avant-bras croisés. Il s'approcha d'elle, posa une main sur son épaule, effleurant la cicatrice blanche sur son deltoïde, cette cicatrice qu'il connaissait par cœur, qu'il embrassait tous les matins comme une prière.
« Tu sais, dit-elle en souriant, les récifs de corail, ils me font penser à nous.
— Pourquoi ?
— Parce qu'ils sont beaux, mais ils peuvent te couper si tu ne fais pas attention. Et parce qu'ils prennent des années à se former. Comme l'amour. »
Il s'agenouilla devant elle, prit sa main et la porta à ses lèvres, ses lèvres effleurant ses doigts, ses jointures, ses paumes.
« Alors c'est un amour qui va durer, comme le corail ?
Elle sourit, une lueur carnassière dans les yeux, mais aussi une lueur de tendresse, une tendresse qu'elle n'offrait qu'à lui.
« Le corail, il grandit à son rythme. Il laisse le temps faire son œuvre. Et il se nourrit de ce qui le touche. Il se nourrit du sel, du vent, des vagues. Comme nous. »
Elle l'attira contre elle, leurs corps s'unissant dans une étreinte qui sentait la mer et la promesse d'un avenir sans fin, un avenir où les mensonges étaient oubliés, les douleurs cicatrisées, et les amours enfin libres.
Le souffle du corail, c'était leur souffle. Un souffle qui venait des profondeurs, un souffle qui ne s'éteindrait jamais.
.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire