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Un Whisky à Tel-Aviv: (2) La Chute des Murailles

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Un Whisky à Tel-Aviv




Chapitre 2 : La Chute des Murailles




Les jours suivirent le retrait du hijab comme une longue respiration. Leïla avait gardé ses cheveux libres, d'abord chez elle, puis dans le jardin, puis en allant acheter du pain. Chaque pas était une petite victoire, chaque regard un défi. Elle sentait ses cheveux longs, grisonnants, caresser ses épaules, et elle avait l'impression de redécouvrir un territoire qu'elle avait oublié.

Elle était ronde, généreuse, opulente. Son corps de femme de quarante-huit ans avait des courbes qu'elle avait toujours cachées sous des vêtements amples. Des seins lourds qu'elle soutenait à peine, des hanches larges qui avaient porté deux enfants, des fesses pleines qu'elle avait honte de montrer. Trente et un ans de hijab, mais aussi trente et un ans de vêtements informes, de pulls trop grands, de pantalons qui ne moulaient rien. Elle s'était cachée derrière le voile, mais elle s'était cachée derrière son corps aussi, comme si elle avait honte de sa féminité.

Noam venait toujours deux fois par semaine. Il avait vu ses cheveux libres, et il souriait comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Il ne faisait pas de commentaires, ne posait pas de questions. Il se contentait d'être là, d'être présent, de la regarder comme si elle était une œuvre d'art.

Les cours étaient devenus des conversations. Il lisait des poèmes, elle les commentait. Il parlait de son pays, elle écoutait. Il lui racontait Tel-Aviv, la lumière, la mer, les marchés colorés. Elle fermait les yeux et elle voyait les images qu'il décrivait, comme si elle y était.

Un soir, il lui demanda de lui montrer ses livres préférés. Elle le conduisit dans la petite pièce qui lui servait de bibliothèque, une pièce en désordre où les livres s'entassaient sur les étagères, sur le sol, sur la table. Elle lui montra ses recueils de poésie, ses romans préférés, ses livres d'histoire.

Il prit un livre, un recueil de Rimbaud, et le feuilleta. Leurs doigts se touchèrent, et elle sentit une étincelle parcourir son bras. Elle retira sa main brusquement, comme si elle avait été brûlée.

Il leva les yeux vers elle. Ils étaient si proches, si près, qu'elle pouvait voir les reflets verts de ses prunelles.

"Pourquoi te caches-tu ?" demanda-t-il doucement.

"Je ne me cache pas."

"Tu te caches. Derrière tes vêtements, derrière tes livres, derrière ton silence. Je te vois, Leïla. Je vois la femme que tu es. Pourquoi ne veux-tu pas la laisser sortir ?"

Elle sentit les larmes monter. Personne ne lui avait jamais parlé comme ça. Personne ne l'avait jamais regardée comme ça. Il voyait à travers elle, comme si elle était transparente.

"Je ne sais pas qui je suis," murmura-t-elle. "Je ne sais pas qui je suis sans tout ça."

Il s'approcha encore, posa sa main sur sa joue. Sa peau était chaude, ses doigts doux. Elle sentit son corps se tendre, puis se relâcher.

"Alors apprenons à la connaître," dit-il. "Ensemble."

Il l'embrassa. Un baiser doux, léger, comme une question. Elle ne le repoussa pas. Elle resta figée, les mains ballantes, le cœur battant la chamade. Ses lèvres étaient douces, et elle sentait le goût du thé qu'ils venaient de boire.

Il s'écarta, la regarda. "Je ne veux pas te brusquer. Je veux juste que tu saches que tu es désirée. Pour ce que tu es, pas pour ce que tu représentes."

Elle ne sut pas quoi répondre. Les mots étaient bloqués dans sa gorge. Elle avait passé toute sa vie à être désirée pour ce qu'elle représentait, pas pour ce qu'elle était. Une femme, une mère, une musulmane, une Arabe. Mais jamais elle-même.

Ce soir-là, après son départ, elle ne put dormir. Elle resta allongée dans son lit, à repenser à ses lèvres sur les siennes. Son corps, ce corps qu'elle avait négligé, qu'elle avait caché, qu'elle avait méprisé, se réveillait. Elle sentait une chaleur entre ses cuisses, une tension qui ne voulait pas s'apaiser.

Elle se leva, alla dans la salle de bain, et se regarda nue dans le miroir. Elle vit ses seins lourds, ses hanches larges, ses cuisses pleines. Elle vit sa peau blanche, marquée par les vergetures de ses grossesses. Elle vit son ventre rond, ses fesses généreuses. Elle ne s'était jamais regardée comme ça. Elle avait toujours détourné les yeux, honteuse de ce corps qui ne correspondait pas aux canons de beauté.

Mais ce soir, elle le regarda. Vraiment. Elle vit la femme qu'elle était. Une femme de quarante-huit ans, ronde, opulente, généreuse. Une femme qui avait porté des enfants, qui avait connu la douleur et la joie. Une femme qui méritait d'être désirée.

Elle posa ses mains sur ses seins, les caressa doucement. Sa peau était douce, ses mamelons se dressèrent. Elle descendit le long de son ventre, de ses hanches, de ses cuisses. Elle sentit son corps répondre, s'éveiller.

Elle s'allongea sur le lit, les yeux fermés, et se toucha. Elle pensait à lui, à ses yeux verts, à ses lèvres, à ses mains. Elle imaginait ses doigts sur elle, ses lèvres sur sa peau, son corps contre le sien.

L'orgasme vint doucement, comme une vague qui l'emportait. Elle se cambra, les doigts enfoncés dans les draps, un gémissement étouffé dans la gorge. Elle n'avait pas fait ça depuis des années, se toucher, se donner du plaisir. Elle avait oublié que son corps pouvait ressentir ça.

Elle resta allongée, le souffle court, les larmes aux yeux. Elle n'était pas seulement une mère, une enseignante, une musulmane. Elle était une femme. Une femme avec des désirs, des besoins, des envies.

Le lendemain, Noam arriva avec un livre sous le bras. "Je veux te lire un poème," dit-il. "Un poème de Yehuda Amichai. Il est israélien, tu sais. Mais il parle de l'amour, pas de la guerre."

Il ouvrit le livre et commença à lire. Sa voix était douce, grave, et les mots résonnaient dans le silence de la pièce. Elle ne comprenait pas tout, mais elle comprenait l'essentiel. L'amour, le désir, la vulnérabilité.

Il posa le livre et la regarda. "Je veux te toucher, Leïla. Pas seulement ton corps. Ton âme."

Elle s'approcha de lui, lentement, comme on s'approche d'un animal sauvage. Elle s'assit sur le canapé à côté de lui, et il posa sa main sur sa cuisse. Elle sentit son cœur s'emballer.

"Je suis si grosse," murmura-t-elle. "Je suis vieille, et grosse, et usée."

Il posa sa main sur sa joue et la fit tourner vers lui. "Tu es belle. Tu es la plus belle femme que j'aie jamais rencontrée. Pas parce que tu es parfaite. Parce que tu es vraie."

Il l'embrassa, et ce baiser fut plus profond que le premier. Il avait le goût de la promesse, du désir, de la liberté. Elle l'embrassa à son tour, ses doigts s'enfonçant dans ses cheveux.

Il la guida vers le canapé, l'allongea doucement, et s'accroupit devant elle. Il défit ses chaussures, une par une, et commença à masser ses pieds. Elle ferma les yeux, se laissant aller. Ses doigts étaient experts, trouvant les nœuds de tension, les faisant disparaître.

Il remonta le long de ses mollets, de ses genoux, de ses cuisses. Il défit la ceinture de son pantalon, le fit glisser le long de ses jambes. Elle était en sous-vêtements noirs, simples, pas sexy. Mais il la regarda comme si elle était nue, comme si c'était la première fois qu'il voyait une femme.

Il posa ses lèvres sur ses genoux, puis sur ses cuisses, puis sur son ventre. Chaque baiser était une promesse, chaque caresse une découverte. Elle sentit son corps s'éveiller, la chaleur monter entre ses cuisses.

Il fit glisser sa culotte le long de ses jambes, et elle était nue devant lui. Elle voulut se cacher, mais il l'en empêcha, ses mains sur ses poignets.

"Ne te cache pas," murmura-t-il. "Pas devant moi."

Il descendit, ses lèvres trouvant son sexe, et elle sentit une vague de plaisir la traverser. Il bougeait avec une lenteur infinie, apprenant son corps, découvrant ce qui la faisait gémir. Elle s'accrochait au canapé, les doigts crispés sur le tissu, des gémissements s'échappant de ses lèvres.

L'orgasme la surprit par sa force. Elle se cambra, un cri étouffé dans la gorge, ses doigts s'enfonçant dans ses cheveux. Elle sentit son corps se contracter, se tendre, puis se relâcher dans un abandon total.

Il remonta le long de son corps, posant des baisers sur son ventre, ses seins, son cou. Elle sentit ses larmes couler sur ses joues. Elle n'avait jamais connu ça. Un homme qui prenait son temps, qui l'écoutait, qui la désirait pour ce qu'elle était.

Il s'allongea sur elle, son corps contre le sien, et l'embrassa. Elle sentit son érection contre sa cuisse, et elle comprit qu'il voulait plus.

"Je veux te sentir en moi," murmura-t-elle.

Il s'arrêta, la regarda. "Es-tu sûre ?"

"Je n'ai jamais été aussi sûre de rien."

Il se déshabilla, et elle le regarda. Il était beau, avec son corps mince et ses yeux verts. Il s'allongea sur elle et entra en elle lentement, profondément. Elle sentit son corps l'accueillir, s'ouvrir pour lui.

Il bougeait avec une lenteur infinie, chaque mouvement une caresse. Elle s'accrochait à lui, ses doigts sur son dos, ses jambes autour de sa taille. Elle sentait son poids, sa chaleur, sa présence.

"Je t'aime," murmura-t-il contre son cou.

Elle ne répondit pas. Les mots étaient inutiles. Elle se laissa emporter par la sensation, par le désir, par l'amour. Elle sentit l'orgasme monter en elle, plus doux cette fois, plus profond. Elle se laissa aller, son corps se tendant, ses mains s'agrippant à ses épaules.

Il la rejoignit un instant plus tard, son corps se tendant contre le sien, son cri étouffé dans son cou. Ils restèrent enlacés, le souffle court, le corps brûlant.

Après, il posa sa tête sur sa poitrine, et elle caressa ses cheveux. Elle sentit son cœur battre, lentement, calmement.

"Je ne savais pas," dit-elle. "Je ne savais pas que ça pouvait être comme ça."

"Comme quoi ?"

"Comme si j'étais vivante. Comme si j'existais vraiment."

Il leva la tête et la regarda. "Tu existes, Leïla. Tu as toujours existé. Tu étais juste cachée."

Elle sourit, un sourire qu'elle n'avait pas eu depuis des années. "Tu m'as trouvée."

"Je t'ai cherchée toute ma vie."

Ils restèrent ainsi, à se toucher, à se caresser, à se redécouvrir. Elle sentit son corps, ce corps qu'elle avait négligé, s'éveiller à nouveau. Ses seins lourds, ses hanches larges, ses cuisses pleines. Il les caressait, les embrassait, les désirait.

"Tu es la plus belle femme que j'aie jamais vue," dit-il.

"Je ne suis pas belle."

"Tu es belle. Tes seins, tes hanches, tes courbes. Tu es une femme, Leïla. Pas une fille, pas un mannequin. Une femme. Et les femmes sont belles."

Elle pleura, mais ce n'étaient pas des larmes de tristesse. C'étaient des larmes de libération. Elle avait passé sa vie à se cacher, à se mépriser, à se réduire. Et lui, cet Israélien qu'elle était censée haïr, il la regardait et il voyait une déesse.

Ils firent l'amour encore, plus doucement cette fois. Il la prit par derrière, ses mains sur ses hanches, ses lèvres sur sa nuque. Elle sentit son corps s'ouvrir pour lui, l'accueillir, le désirer.

Quand ce fut fini, ils restèrent enlacés sur le canapé, à regarder le plafond.

"Un jour," dit-il, "je t'emmènerai à Tel-Aviv. On boira un whisky, on regardera le coucher de soleil, et je te montrerai que la paix est possible."

"La paix n'est pas possible," dit-elle. "Pas dans notre monde."

"La paix est possible. Elle commence dans le cœur de chacun. Et dans mon cœur, il y a toi."

Elle se tourna vers lui et l'embrassa. Elle sentait ses larmes sur ses joues, mêlées aux siennes. Elle comprit que l'amour était la seule réponse à la haine. Qu'il n'y avait pas d'autre chemin.

Cette nuit-là, elle comprit qu'elle était libre. Libre de choisir, libre d'aimer, libre d'être elle-même. Elle avait quarante-huit ans, deux enfants qui ne lui parlaient plus, et un amour qu'elle n'avait jamais osé imaginer.

Elle était libre. Et elle était aimée.

Le lendemain, elle se regarda dans le miroir. Elle vit une femme ronde, opulente, avec des seins lourds et des hanches larges. Elle vit ses cheveux longs, grisonnants, qui tombaient sur ses épaules. Elle vit sa peau blanche, marquée par le temps et les grossesses. Elle vit une femme qui avait choisi d'être belle.

Elle ne se cacha plus. Elle sortit dans le jardin, les cheveux libres, la tête haute. Elle sentit le vent sur sa peau, le soleil sur ses épaules. Elle était vivante.

Noam l'attendait sur la terrasse. Il sourit en la voyant.

"Tu es magnifique," dit-il.

"Je sais," répondit-elle.







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