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La disparition d’Israël : la superstition qui a ruiné l’esprit des Arabes et des Musulmans
Au cœur des défaites successives qu’ont subies les Arabes et les Musulmans pendant des décennies, un phénomène psychologique et intellectuel des plus singuliers a vu le jour : l’attachement obstiné à la superstition de la disparition d’Israël. Cette superstition, avec le temps, a cessé d’être un simple vœu pieux pour devenir une doctrine solidement ancrée dans la conscience collective, une lentille déformante à travers laquelle des millions de personnes regardent la réalité. Ce phénomène n’a rien d’anodin ni de marginal ; il est au cœur même de la crise intellectuelle qui frappe la nation arabo-musulmane, car il incarne une fuite du combat vers l’illusion, une substitution de l’action par l’attente, et une transformation de la cause palestinienne – de lutte réelle qu’elle était – en un mythe religieux et politique qui épuise les énergies et entrave tout véritable sursaut.
Les racines de cette superstition plongent au plus profond de l’histoire moderne, et plus précisément au moment de la Nakba de 1948, lorsque les armées arabes s’effondrèrent et que la Palestine fut perdue. Les Arabes, ne trouvant d’autre issue face à cette catastrophe, se tournèrent vers l’ésotérique et les interprétations religieuses promettant la disparition prochaine de la nouvelle entité. Depuis lors, les générations n’ont cessé de se transmettre cette superstition, ajoutant à chaque fois de nouvelles couches d’interprétations et de prédictions, jusqu’à ce qu’elle devienne partie intégrante du patrimoine populaire et politique, ressassée par prédicateurs, politiciens et médias chaque fois que les crises s’intensifient ou que les défaites s’accumulent, comme si elle était une baguette magique dissipant l’abattement et redonnant confiance aux âmes brisées.
Ce qui frappe véritablement, c’est la manière dont ces prophéties sont construites. Elles ne reposent sur aucune analyse objective ni lecture réaliste ; elles consistent plutôt à sélectionner des versets coraniques et des hadiths prophétiques pour les interpréter de façon tendancieuse, à relier entre eux des événements sans aucun lien pour former une théorie du complot complexe, et à tisser des fils imaginaires entre les conflits des grandes puissances et la disparition d’Israël, comme si l’histoire mondiale tout entière tournait autour de cette unique question. Les exemples abondent, du hadith de l’arbre Gharqad aux interprétations de la sourate al-Isra, en passant par les calculs mystiques du Jafr et les prédictions annuelles fixant une date précise pour la disparition, pour que l’année suivante apporte une nouvelle date reportée par les prophètes de pacotille sous des prétextes inconsistants.
Le plus dangereux dans cette superstition, cependant, est qu’elle ne se limite pas aux masses populaires, mais gagne les élites politiques, intellectuelles et religieuses que l’on suppose capables d’analyse objective. Malheureusement, ces élites nourrissent cette illusion et l’exploitent à leurs propres fins étroites. Les gouvernants y trouvent une justification à leurs échecs politiques et militaires, les religieux y voient un moyen d’acquérir une popularité rapide, et les médias y puisent un contenu juteux pour attirer l’audience et augmenter les taux d’écoute, tandis que les Palestiniens paient un lourd tribut pour cette atrophie intellectuelle qui empêche tout soutien réel à leur cause.
D’un point de vue psychologique, la superstition de la disparition d’Israël constitue un mécanisme de défense complexe qui reflète un profond sentiment d’impuissance et d’échec. Croire que l’ennemi disparaîtra par une force divine est bien plus aisé que de reconnaître les défaites répétées et de s’efforcer de les surmonter. Ce mécanisme est exactement semblable à celui de l’enfant qui ferme les yeux dans le noir, croyant que cela fera disparaître les dangers – un signe certain de rigidité intellectuelle et d’incapacité à affronter la réalité avec objectivité et courage.
Si l’on scrute l’histoire arabe et islamique, on constate que cette superstition n’est pas née à l’époque moderne, mais qu’elle est une prolongation du mythe d’un passé glorieux sans cesse réinventé pour fausser la conscience et déformer les faits. L’Andalousie, qui s’est effondrée à cause de la décadence et des divisions internes, est dépeinte comme un paradis perdu volé par des complots extérieurs. Les conquêtes islamiques, qui furent des guerres impériales comme tant d’autres, sont présentées comme des épopées pures. Saladin, qui combattit plus de musulmans que de croisés, est transformé en symbole légendaire d’unité et de victoire. Ainsi, le passé devient un miroir inversé du présent, reflétant ce que nous souhaitons plutôt que ce qui s’est réellement passé, et accentuant notre déconnexion du réel.
Quant aux prophéties futures, elles expriment la même aspiration maladive à fuir la responsabilité, car si la disparition est inscrite dans le décret divin, alors nous n’avons plus besoin de sacrifices, de planification, de construction d’institutions solides ou de développement personnel. Il nous suffit d’attendre et de prier jusqu’à ce que ce jour tant espéré arrive. C’est précisément ce que font les groupes islamistes et les courants politiques qui parlent de l’imminence du califat et du retour des Juifs en Palestine sous l’effet du hadith de l’arbre Gharqad, oubliant que ces hadiths parlent des signes de l’Heure que Dieu seul connaît, et non d’un conflit politique que des équations numériques ou des interprétations hasardeuses pourraient résoudre.
L’analyse comparative entre le discours israélien sur la disparition de l’État et le discours arabe révèle un fossé immense qu’on ne saurait ignorer. Lorsque les dirigeants et penseurs israéliens évoquent les risques d’effondrement, ils s’adressent à leur propre société comme un signal d’alarme pour l’inciter à la réforme, au développement et à la cohésion, et non comme un vœu dont la réalisation serait miraculeuse. En revanche, le discours arabe évoque la disparition comme un rêve éveillé collectif, non pour mettre en garde contre l’échec mais pour le compenser, non pour pousser les gens à agir mais pour les apaiser et les divertir, comme si la cause palestinienne n’était qu’un produit de consommation émotionnelle et non une question existentielle exigeant des actes réels.
À chaque répétition des défaites arabes dans toutes leurs guerres contre Israël, de 1948 à 1967, de 1973 aux guerres du Liban et de Gaza, l’attachement à cette superstition s’est renforcé comme ultime refuge, car reconnaître la défaite équivaudrait à reconnaître l’échec du projet tout entier, à s’effondrer devant l’option de la paix et de la normalisation, et à abandonner les grands rêves qui ont nourri la conscience collective durant des décennies. C’est pourquoi chaque nouvelle guerre engendre une vague de nouvelles prophéties, dont les auteurs annoncent l’imminence de la disparition, alors que les villes palestiniennes sont dévastées et que les pertes humaines s’alourdissent, comme si l’histoire se répétait dans une boucle sans fin.
Cet attachement à la superstition n’est plus un simple phénomène marginal ; il est devenu le moteur principal des politiques arabes et islamiques vis-à-vis de la cause palestinienne. Les faiseurs d’opinion transforment tout événement international, aussi lointain soit-il, en signe de la disparition prochaine – qu’il s’agisse d’une crise financière aux États-Unis, de l’émergence de la puissance chinoise ou d’un tournant dans la politique russe – et relient le tout dans une vaste théorie du complot visant à consacrer l’illusion collective et à détourner le regard des véritables causes du retard et de la défaite.
Si l’on aborde l’aspect religieux, l’instrumentalisation du patrimoine religieux dans cette superstition en est le visage le plus dangereux, car elle mêle des textes sacrés à des querelles politiques éphémères, utilise la parole de Dieu et de son Prophète à des fins mondaines, et déforme les sens pour les faire correspondre aux désirs du moment. Le hadith de l’arbre Gharqad est souvent cité comme une promesse divine d’anéantissement des Juifs, alors que le contexte prophétique évoque les grands signes de l’Heure et la guerre apocalyptique qui la précède, ce qui relève encore de la science de l’invisible, qu’on ne saurait réduire à une prophétie politique sur un État moderne qui n’existait même pas au temps du Prophète.
Par ailleurs, les textes coraniques appellent clairement à prendre les moyens, à planifier et à se préparer, comme le verset "Préparez contre eux tout ce que vous pouvez comme force" et le verset "Dieu ne change rien à un peuple tant qu’ils ne changent pas ce qui est en eux-mêmes". Ce sont des appels explicites au changement effectif, mais ils restent négligés face à la préoccupation pour les prophéties lointaines et les vœux de disparition, car le changement intérieur est bien plus difficile que l’attente d’un miracle, exigeant effort, sacrifice, apprentissage et développement, ce que la plupart des propagateurs de la superstition ne sont pas en mesure d’assumer.
Il est surprenant que cette superstition, malgré ses échecs cuisants et ses démentis répétés à chaque fois, reste capable d’attirer les foules et de se régénérer après chaque nouvelle défaite, comme si l’échec lui conférait une force supplémentaire, et comme si la preuve de sa fausseté devenait la preuve même de sa proximité, dans une contradiction logique flagrante qui révèle la profondeur de la crise intellectuelle que traverse la nation. Ce phénomène ressemble étrangement à celui des sectes millénaristes qui attendent la fin du monde : quand la fin n’advient pas, leur foi en sa proximité s’en trouve renforcée, et elles réinterprètent l’échec par la faute de leurs membres ou leur manque de ferveur, et un nouveau cycle d’attente et de vœux recommence.
Parler de la "superstition de la disparition d’Israël" n’est pas une manière de minimiser la cause palestinienne ou de nier les droits du peuple palestinien, mais bien un appel à repenser la manière dont les Arabes et les Musulmans traitent cette cause, un appel à passer de la logique du vœu à celle de l’action, de la dépendance à l’invisible à la confiance dans les causes matérielles et la volonté humaine, car les Palestiniens n’ont pas besoin de prophéties, ni de discours enflammés, ni de promesses illusoires ; ils ont besoin d’un soutien réel, matériel et politique, d’une position arabe et islamique unie fondée sur des intérêts véritables et une force effective.
Si les Arabes et les Musulmans ont perdu toutes leurs guerres contre Israël, ce n’est pas la preuve d’un abandon divin ou de la faiblesse des prophéties, mais bien la preuve évidente d’un retard intellectuel, politique et militaire, de l’incapacité à bâtir des institutions modernes, des divisions internes qui épuisent l’énergie, et de l’absence d’une vision stratégique fixant des objectifs réalisables et s’efforçant de les atteindre par des moyens rationnels. Il est intellectuellement périlleux de continuer à nourrir l’illusion collective aux dépens de l’autocritique, de chercher des ennemis extérieurs pour leur imputer la responsabilité de l’échec, et de recourir aux forces occultes chaque fois qu’on échoue face à la réalité.
Il n’y aura pas de véritable solution à la cause palestinienne tant que les Arabes et les Musulmans n’auront pas compris qu’Israël n’a pas perduré toutes ces décennies uniquement grâce à la puissance occidentale, mais aussi grâce à leur propre faiblesse, à leur incapacité à proposer un projet alternatif fort et séduisant, et à leur absorption dans des conflits secondaires et des illusions grandioses. L’une des plus grandes ironies est que le projet sioniste, malgré toutes les controverses sur sa légitimité, a réussi là où le projet arabe et islamique a échoué, parce qu’il s’est construit sur des bases réalistes, une volonté ferme et des institutions solides, tandis que l’autre camp est resté spectateur, misant sur la disparition prochaine.
La persistance des Arabes et des Musulmans à s’accrocher à la superstition de la disparition d’Israël signifie la persistance de leur retard et de leur défaite, car elle les empêche de procéder à une révision sérieuse de leurs politiques et de leurs positions, les empêche de reconnaître leurs erreurs, maintient leurs esprits prisonniers des illusions du passé et des prédictions futures, et occulte le présent, qui est le véritable terrain de tout conflit et de toute lutte. La cause palestinienne est trop grande pour être abandonnée aux prédicateurs et aux devins, trop noble pour être consommée dans la course aux tendances médiatiques, trop précieuse pour servir de matériau à la compensation psychologique et à la catharsis émotionnelle.
Si certains Juifs et Israéliens parlent de la disparition de leur État, ils le font dans le cadre de l’autocritique et de la réforme, non dans celui du vœu religieux ou politique, ce qui signifie qu’ils abordent la question à partir d’une position de force et de volonté, non de faiblesse et de résignation. Cette différence fondamentale doit être l’objet de la méditation et de l’apprentissage, car elle révèle que le secret de la pérennité et de la croissance ne réside pas dans les forces occultes ni dans les vœux, mais dans la mentalité scientifique, l’analyse objective et la volonté effective qui mettent la main sur la plaie et s’emploient à la guérir.
En définitive, parler de la "disparition d’Israël" comme d’une superstition qui a ruiné l’esprit arabe et musulman, c’est parler d’une crise existentielle majeure, une crise qui commence par l’individu qui préfère le beau rêve à la réalité amère, et s’achève par une nation qui préfère se retirer de l’histoire plutôt que de s’engager dans ses tumultes, se contentant d’invoquer les gloires passées et les prophéties futures au lieu de construire un présent puissant et radieux. La sortie de cette impasse ne viendra que par une reconnaissance franche que cette nation n’est pas seulement victime de complots extérieurs, mais aussi de ses propres accumulations de retard intellectuel, politique et éducatif, et que le seul chemin vers la renaissance est l’abandon des superstitions et des illusions, l’engagement sérieux et sincère dans un projet global de renouveau qui commence par le changement des esprits avant celui des frontières, et par la confrontation avec soi-même avant celle avec l’autre.
Il est possible qu’Israël disparaisse un jour, mais cela n’adviendra pas par le biais des prophéties et des vœux, mais par un changement des rapports de force mondiaux et régionaux, par des transformations majeures au sein même de l’État israélien, et par l’évolution de la société palestinienne et arabe vers le meilleur. En attendant ce jour, s’il vient, le devoir moral et politique des Arabes et des Musulmans est d’offrir aux Palestiniens ce qui est plus utile que les discours et les prophéties, de mettre franchement et courageusement la main sur leurs plaies profondes, et d’entamer un long et difficile processus de guérison, mais nécessaire et inéluctable, car les illusions ne bâtissent pas de patries, les vœux ne libèrent pas de terres, et les forces occultes ne fondent pas de renaissance – seul l’esprit éclairé est le chemin unique pour faire face aux défis et construire un avenir différent.
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