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L'Offrande des Deux Lunes
La vieille femme marchait depuis quarante-sept jours.
Ses pieds nus étaient couverts de poussière et de petites coupures, mais elle ne ressentait plus la douleur. Ses jambes, autrefois fortes et capables de porter des charges lourdes, tremblaient sous son poids. Ses vêtements étaient en lambeaux, une robe de paysanne autrefois bleue, maintenant grise de terre et de sueur. Mais elle continuait d'avancer, parce qu'au bout du chemin, il y avait sa fille.
Elle s'appelait Maristela.
Et elle avait perdu tout ce qu'elle possédait.
Les envahisseurs étaient venus avec le feu et le fer. Ils avaient brûlé ses champs, tué ses voisins, pris sa maison. Elle avait fui sans rien emporter, sans même une dernière prière. Les années avaient passé depuis qu'elle avait vu sa fille, Seraphina, la petite fille aux yeux d'orage et aux cheveux d'ébène. Elle l'avait envoyée au temple, pour la protéger, pour qu'elle serve le dieu. Elle ne savait pas si Seraphina vivait encore. Elle ne savait pas si le temple existait encore.
Mais elle avait marché.
Et maintenant, elle le voyait.
Les ruines du temple d'Altara se dressaient devant elle, silhouettes brisées contre un ciel crépusculaire. Les colonnes étaient tombées, l'autel était fendu, la mousse envahissait les dalles. Mais une lumière chaude émanait des pierres, une lueur dorée qui semblait respirer. Maristela sentit une chaleur s'accumuler dans sa poitrine, un mélange d'espoir et de peur.
Elle pénétra dans l'enceinte du temple.
Les ombres étaient épaisses. Le silence était total. Puis, elle entendit un bruit. Un gémissement. Une plainte. Une voix qu'elle reconnaîtrait entre mille.
Seraphina.
Maristela s'approcha, son cœur battant dans sa poitrine comme un oiseau prisonnier. Elle se glissa entre les colonnes brisées, se cachant derrière un fragment d'autel, et elle regarda.
Sa fille était suspendue dans les airs.
Elle était nue, sa peau pâle brillant sous les derniers rayons du soleil. Ses cheveux noirs tombaient en cascade autour de son visage, collés par la sueur. Son corps était couvert de fluides luisants, des traînées blanches qui brillaient comme de la nacre. Ses seins étaient plus pleins qu'elle ne les avait jamais vus, ses mamelons durcis et brillants. Son ventre était rond.
Maristela porta une main à sa bouche pour étouffer un cri.
Sa fille était enceinte.
Et les tentacules la tenaient.
Ils étaient noirs comme la nuit, luisants comme la surface d'un lac après la pluie. Ils s'enroulaient autour des bras de Seraphina, de ses cuisses, de sa taille. Ils s'enfonçaient en elle, dans sa bouche, dans sa vulve, dans son anus. Ils allaient et venaient, se gonflant, se rétractant, se regonflant. Chaque mouvement faisait trembler le corps de sa fille, chaque pulsation faisait naître un gémissement.
Maristela aurait dû avoir peur.
Elle aurait dû détourner les yeux, fuir, appeler à l'aide.
Mais elle ne pouvait pas. Ses yeux étaient rivés sur le spectacle, sur la façon dont les tentacules caressaient la peau de sa fille, sur la façon dont son ventre rond se soulevait à chaque pénétration. Elle sentit une chaleur étrange s'accumuler dans le bas de son ventre. Ses mains tremblèrent, mais ce n'était pas de peur.
C'était de désir.
Elle avait soixante-trois ans. Son corps avait porté cinq enfants. Ses seins, autrefois fermes, étaient tombants. Sa peau, autrefois lisse, était marquée de rides et de vergetures. Son ventre était mou, ses cuisses épaisses, ses hanches larges. Elle avait passé sa vie à travailler la terre, à porter des charges, à donner naissance. Personne ne l'avait regardée avec désir depuis la mort de son mari, vingt ans plus tôt.
Mais là, en voyant sa fille suspendue, offerte, pénétrée, elle ressentit quelque chose qu'elle avait cru mort.
Le désir la traversa comme un éclair, brûlant et inattendu.
Un gémissement lui échappa.
Elle le sentit avant de le voir. Une présence chaude à ses pieds, un frôlement. Elle baissa les yeux et vit un tentacule, fin comme une lanière, qui se glissait le long de sa cheville. Sa respiration s'arrêta. La voix résonna, non pas dans ses oreilles, mais dans sa poitrine, comme si un cœur battait à l'intérieur du sien.
— Je te sens, dit la voix. Je te vois. Tu es la mère. Tu es la bienvenue.
Maristela voulut reculer, mais ses pieds étaient figés.
Un deuxième tentacule émergea de l'ombre, s'enroulant autour de sa taille. Il tira doucement, l'attirant hors de sa cachette. Elle sentit sa robe se déchirer le long de ses épaules, le tissu usé cédant à la pression. La terre rugueuse s'enfonça sous ses pieds nus, et elle ne résista pas. Elle ne pouvait pas. Sa volonté avait fui.
Le premier tentacule remonta le long de sa jambe, glissant sous le lambeau de sa robe pour caresser l'intérieur de sa cuisse. Elle sentit une décharge électrique, un frisson qui partit de son entrejambe pour se répandre dans tout son corps. Ses genoux fléchirent.
— Non... chuchota-t-elle.
Mais c'était un mensonge. Elle voulait ça.
Les tentacules la soulevèrent sans effort, l'emportant vers le centre du temple. Les ruines défilaient sous elle, les colonnes brisées, les dalles couvertes de mousse, et au centre, dansant avec les ombres, sa fille la regardait.
Seraphina avait les yeux grands ouverts.
— Maman ?
Sa voix était rauque, brisée par les gémissements. Maristela vit la surprise sur le visage de sa fille, puis quelque chose d'autre. Une chaleur. Une compréhension.
— Tu es venue, murmura Seraphina.
Les tentacules les rapprochèrent, l'une contre l'autre. Maristela pouvait sentir la chaleur de la peau de sa fille, ses seins plus pleins, son ventre rond qui frôlait le sien. Elle pouvait sentir les fluides qui coulaient sur son corps, le sperme divin qui brillait comme de la rosée.
Un tentacule glissa le long de la colonne vertébrale de Maristela, s'enroulant autour de sa poitrine. Il pressa ses seins tombants, les soulevant, les massant. Elle sentit la pointe chaude caresser ses mamelons, durcis par le froid, par l'excitation, par la honte. Un gémissement lui échappa.
Elle n'avait pas été touchée ainsi depuis des années.
Un autre tentacule se fraya un chemin entre ses cuisses, soulevant le dernier lambeau de sa robe. La pointe humide glissa le long de son entrejambe, s'attardant sur ses lèvres encore sensibles. Elle avait porté cinq enfants, son corps avait accueilli la vie, et pourtant, ce contact la fit trembler comme une vierge.
Sa fille était à côté d'elle, nue, offerte, et deux autres tentacules s'enfonçaient en elle, dans sa bouche et dans sa vulve. Le corps de Seraphina se tendait, se cambrait, et Maristela vit son ventre rond se soulever, comme si l'enfant qui l'habitait bougeait.
Les tentacules la soulevèrent plus haut, jusqu'à ce qu'elle soit à la même hauteur que sa fille. Leurs visages se touchaient presque, leurs souffles mêlés. Maristela pouvait voir les larmes sur les joues de Seraphina, les gouttes de salive et de sperme qui coulaient de ses lèvres entrouvertes.
— Je t'ai retrouvée, chuchota Seraphina. Je t'ai retrouvée, maman.
Maristela voulut répondre, mais le tentacule glissa entre ses lèvres.
Il était chaud et lisse, imprégné du goût salé du dieu. Il s'enfonça dans sa bouche, remplissant sa gorge, l'empêchant de parler. Elle sentit la pointe caresser son palais, puis descendre plus profondément. Sa tête bascula en arrière, ses yeux se fermèrent.
Elle était entourée de tentacules, de lumières et d'ombres, et pour la première fois depuis des années, elle n'avait pas peur.
Un tentacule plus épais s'enfonça dans son sexe.
La douleur fut brève, une déchirure qui traversa tout son corps. Elle n'était plus une jeune fille, et la sensation de l'étirement lui rappela les accouchements, les douleurs de la vie. Mais la douleur se transforma presque aussitôt en une pulsation chaude, un écho de plaisir qui irradia dans ses hanches. Le tentacule s'élargissait en elle, épousant la forme de son vagin, s'adaptant à ses courbes vieillissantes.
Elle gémit, et le son se mêla à celui de sa fille.
Un troisième tentacule trouva l'entrée de son anus, pressant contre le sphincter avec une lenteur patiente. Maristela hurla contre le tentacule dans sa bouche, un son étouffé qui vibra dans sa gorge. La pénétration fut douce mais implacable, élargissant peu à peu son orifice, chaque millimètre provoquant des vagues de chaleur.
Les tentacules s'activèrent en elle et autour d'elle.
Le premier allait et venait dans sa bouche, s'enfonçant jusqu'à lui faire sentir une pression au fond de sa gorge, puis se retirant pour recommencer. Le second ondulait dans son vagin, se gonflant et se dégonflant au rythme de ses gémissements, chaque pulsation faisant vibrer ses parois. Le troisième, le plus épais, s'était enfoncé dans son anus, s'élargissant pour combler chaque repli, chaque courbe.
Elle était suspendue à côté de sa fille, toutes les deux offertes, toutes les deux pénétrées.
Maristela regarda sa fille à travers ses larmes. Seraphina avait les yeux fermés, son visage était une mosaïque de douleur et d'extase. Ses seins se soulevaient au rythme de ses gémissements, son ventre rond se tendait à chaque pénétration. Les tentacules s'enfonçaient en elle avec une régularité de métronome, chacun d'eux trouvant son propre rythme.
Puis, les tentacules se retirèrent de leur bouche.
Maristela haleta, l'air frais emplissant ses poumons. Sa fille fit de même, et leurs yeux se rencontrèrent. Elles étaient toutes les deux couvertes de fluides, leurs corps brillant sous la lumière du crépuscule.
— Maman... murmura Seraphina. Je suis heureuse que tu sois là.
Elle pleurait.
Maristela tendit la main, ses doigts tremblants effleurant la joue de sa fille. Elle sentit la chaleur de sa peau, les larmes mêlées au sperme divin.
— Je suis là, chuchota-t-elle. Je suis là, ma petite.
Les tentacules les rapprochèrent, leurs corps se touchant, leurs seins se pressant l'un contre l'autre. Maristela sentit la chaleur de la peau de sa fille, le ventre rond qui appuyait contre le sien. Elle sentit les pulsations des tentacules en elles, les mouvements synchronisés qui les faisaient vibrer toutes les deux.
Elles étaient deux femmes, mère et fille, unies par le désir, par la douleur, par le dieu.
Un tentacule s'enfonça dans la bouche de Seraphina, et un autre dans la sienne. Elles se regardèrent, leurs yeux emplis de larmes, tandis que les tentacules les pénétraient en rythme. Les mouvements s'accélérèrent, chaque pulsation les rapprochant de l'extase.
Maristela sentit le premier orgasme monter en elle.
Ce n'était pas comme les orgasmes de sa jeunesse, les vagues chaudes qui s'écrasaient sur elle. C'était plus profond, plus ancien. Une force qui venait de son ventre, qui remontait le long de sa colonne vertébrale, qui emplissait tout son être. Elle cria contre le tentacule, un son étouffé qui résonna dans tout le temple.
Sa fille l'imitait, ses propres cris mêlés aux siens.
Les tentacules s'enfoncèrent plus profondément, se gonflant en elles. Maristela sentit la première éjaculation chaude se répandre dans son vagin, puis la seconde dans son anus, puis la troisième dans sa bouche. Le fluide était chaud et épais, emplissant ses orifices, coulant le long de ses cuisses. Elle avala, elle en voulait encore, et les tentacules continuèrent de la remplir.
Le deuxième orgasme la frappa plus fort que le premier.
Elle n'avait pas connu une telle intensité depuis ses vingt ans. Son corps se tendit, ses doigts s'agrippèrent aux tentacules qui l'entouraient, ses ongles s'enfonçant dans leur surface lisse. Elle hurla, et sa fille hurla avec elle.
Les fluides coulaient sur ses seins, sur son ventre, sur ses cuisses. Elle était couverte des sécrétions du dieu, son corps brillant comme s'il était trempé dans du miel et de la lumière. Sa peau, autrefois sèche et ridée, était maintenant lisse et chaude.
Les tentacules ne s'arrêtèrent pas.
Ils alternaient entre elles. Celui qui était dans la bouche de Maristela glissa dans celle de Seraphina, et celui qui était dans sa fille vint remplir sa gorge. Les sensations se mêlaient, le sperme chaud passant de l'une à l'autre, leurs corps liés par le fluide divin.
Maristela sentit sa fille l'embrasser.
Ce n'était pas un baiser de mère à fille, ni un baiser de prêtresse à mère. C'était un baiser de deux femmes partageant la même extase, le même dieu, la même douleur et le même plaisir. Leurs langues s'entrelacèrent, leurs larmes mêlées au sperme qui coulait de leurs bouches.
— Maman... chuchota Seraphina contre ses lèvres.
— Ma petite... répondit Maristela.
Les tentacules s'accélérèrent, les pénétrant sans répit. Chaque orgasme succédait à l'autre, une cascade d'extases qui les submergeaient, les noyaient, les emportaient. Maristela sentit son corps se tendre, ses muscles se contracter, ses orifices se serrer autour des tentacules.
Le troisième orgasme fut le plus violent.
Elle eut l'impression que son corps se brisait, que les tentacules la déchiraient de l'intérieur. Mais la douleur se mua en plaisir, un plaisir si pur qu'elle en oublia son âge, ses rides, ses années de solitude. Elle n'était plus une vieille femme, plus une mère, plus une paysanne. Elle était une offrande, un réceptacle, un temple.
Et dans ce moment, elle comprit.
Elle n'avait jamais été aussi heureuse. Elle avait été heureuse à la naissance de ses enfants, heureuse les jours de moisson, heureuse le soir où elle avait épousé son mari. Mais ce bonheur-là était différent. C'était un bonheur profond, viscéral, qui venait de l'intérieur et l'emplissait tout entière.
Les tentacules se retirèrent lentement.
Maristela retomba sur le sol, ses jambes flageolantes, son corps couvert de fluides. Elle s'agenouilla sur les dalles, ses mains posées sur le sol, sa tête penchée. Sa respiration était haletante, ses poumons brûlaient, son cœur tambourinait.
À côté d'elle, Seraphina s'agenouillait également.
Elles se regardèrent.
Seraphina souriait. Son ventre rond était toujours là, plus gros qu'avant, comme si les fluides du dieu l'avaient nourri, rempli, fait grandir. Elle posa une main sur son ventre, caressant la courbe tendue de sa peau.
— Tu as senti ? demanda-t-elle.
Maristela hocha la tête. Elle avait senti. Elle avait senti le dieu en elle, le dieu autour d'elle, le dieu qui les unissait.
— Oui, murmura-t-elle. Oui, j'ai senti.
Les tentacules se retirèrent complètement, glissant dans l'ombre du puits sans fond. La voix résonna une dernière fois, non pas dans ses oreilles, mais dans son ventre, dans ses seins, dans ses os.
— Vous êtes mes prêtresses, dit la voix. Vous êtes ma mère et ma fille. Vous êtes mes offrandes. Vous êtes mon temple.
Les ruines semblaient vibrer, les pierres s'illuminer d'une lueur chaude.
Maristela prit la main de sa fille. Leurs doigts s'entrelacèrent. Elles étaient couvertes de fluides, nues, épuisées, mais pour la première fois depuis des années, elles n'étaient plus seules.
— Je suis contente que tu sois venue, chuchota Seraphina.
Maristela sentit des larmes couler sur ses joues, mêlées au sperme qui les recouvrait.
— Moi aussi, répondit-elle. Moi aussi.
Les ombres dansèrent autour d'elles, et le temple s'emplit d'une lumière douce. Les colonnes brisées se relevèrent, l'autel se redressa, et la vie revint dans ces murs oubliés.
Elles ne parlèrent plus.
Elles restèrent assises l'une à côté de l'autre, leurs corps nus, leurs ventres l'un contre l'autre, bercées par le souffle du dieu qui les avait pénétrées, unies, sauvées.
La nuit tomba sur le temple. Les étoiles apparurent, l'une après l'autre, et au centre des ruines, deux silhouettes étaient assises, main dans la main. Les fluides divins brillaient sur leur peau, leur corps mêlait les rides et la jeunesse, et la voix du dieu murmurait en elles un chant éternel.
Maristela n'avait jamais été aussi heureuse. Elle avait été chassée, dépouillée, brisée. Mais elle avait retrouvé sa fille. Et elle avait trouvé le dieu. Elle avait trouvé le désir, le plaisir, la paix.
Elle ferma les yeux.
Et la voix du dieu chantait en elle, pour toujours.
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