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Sirine: (3) Sous le Voile
Quinze ans. Sirine n’aurait jamais cru que le temps avait filé si vite. Elles s’étaient perdues de vue après le mariage de Mounira, les enfants, les déménagements, la vie qui s’était chargée de les séparer sans méchanceté. Puis un message, un numéro retrouvé, une invitation timide. « Viens chez moi. J’ai besoin de te revoir. »
L’appartement de Mounira se trouvait dans un immeuble calme de l’Ariana. Sirine sonna. La porte s’ouvrit presque aussitôt. Mounira se tenait là, voilée d’un hijab noir sobre, le visage un peu plus marqué par les années, mais les yeux toujours les mêmes : noirs, profonds, un peu inquiets. Elles se regardèrent une longue seconde. Puis Mounira s’écarta pour la laisser entrer.
À peine la porte refermée, Mounira porta les mains à sa tête et retira le voile d’un geste fluide. Les longs cheveux noirs se répandirent sur ses épaules, épais, encore brillants malgré quelques fils d’argent. Elle sourit, un peu gênée.
« Voilà. Comme avant. Enfin… presque. »
Sirine la regarda vraiment. Mounira avait cinquante-six ans et un corps opulent, généreux, que les vêtements amples dissimulaient d’habitude. Sous la longue robe sombre, on devinait les formes lourdes : les seins volumineux, le ventre légèrement bombé, les hanches larges, les fesses rondes et pleines. Sirine sentit quelque chose bouger en elle, une curiosité tiède, une émotion qu’elle n’attendait pas.
Mounira avait acheté une pizza. Elle s’excusa en riant.
« Je n’ai pas eu le temps de cuisiner. Les cours, les copies… Et puis je voulais que ce soit simple. »
Elles s’installèrent dans le salon, autour d’une petite table basse. La pizza était encore chaude. Mounira disparut un instant dans sa chambre et revint avec une bouteille de vin rouge et deux verres. Elle posa le tout sur la table avec un sourire complice.
« Je le cache là-bas. Derrière les livres de fiqh. Personne ne regarde. »
Elles burent. Le vin était un peu trop chaud, un peu trop fort, mais il fit son effet. Les langues se délièrent. Elles parlèrent des enfants de Mounira, mariés maintenant, partis vivre leur vie. Elles parlèrent du mari disparu, d’une maladie rapide, d’un deuil qui avait laissé Mounira seule dans cet appartement trop grand. Sirine parla un peu d’elle, de Tunis, de ses jours, sans entrer dans les détails de Leïla. Le vin coulait. Les rires revinrent, d’abord timides, puis plus francs. Mounira avait gardé ce rire grave, un peu rauque, qui faisait vibrer sa poitrine.
À un moment, Mounira se leva pour aller chercher de l’eau. En passant derrière le canapé, sa hanche frôla l’épaule de Sirine. Le contact dura une seconde de trop. Sirine leva les yeux. Mounira s’arrêta. Elles se regardèrent. Quelque chose avait changé dans l’air, une tension douce, presque nostalgique.
« Tu as toujours eu ce regard », murmura Mounira. « Celui qui voit trop. »
Sirine ne répondit pas tout de suite. Elle tendit la main et effleura le bras de Mounira, juste au-dessus du poignet. La peau était chaude, douce. Mounira ne retira pas le bras. Elle s’assit à nouveau, plus près cette fois. Leurs genoux se touchèrent.
Le désir ne surgit pas comme une vague. Il s’installa lentement, comme une chaleur qui monte. Elles continuèrent à parler, mais les mots devenaient secondaires. Mounira racontait une anecdote de classe, Sirine écoutait en regardant sa bouche, le mouvement de sa gorge, la façon dont ses seins soulevaient le tissu à chaque respiration. Quand Mounira se tut, Sirine posa simplement sa main sur sa cuisse, au-dessus du genou. Mounira inspira profondément.
« Ça fait quinze ans », dit-elle à voix basse. « Et je me demande encore pourquoi on s’est perdues. »
« Parce que la vie », répondit Sirine. « Mais on est là maintenant. »
Mounira pencha la tête. Leurs fronts se touchèrent presque. Puis elle avança encore et posa ses lèvres sur celles de Sirine. Le baiser fut hésitant au début, goûtant le vin et la pizza, goûtant le temps passé. Sirine ouvrit un peu la bouche. Mounira gémit doucement, un son surpris, et approfondit le baiser. Leurs langues se rencontrèrent avec une lenteur savoureuse. Sirine porta une main à la nuque de Mounira, enfouit ses doigts dans les cheveux longs et noirs. Mounira se colla davantage, ses seins lourds pressés contre ceux de Sirine.
Elles restèrent longtemps ainsi, à s’embrasser sur le canapé, à se goûter, à se redécouvrir. Les mains de Sirine glissèrent le long du dos de Mounira, sentirent la rondeur des hanches, la douceur du ventre bombé sous le tissu. Mounira tremblait un peu. Elle rit contre la bouche de Sirine.
« Je suis rouillée. Et grosse. »
« Tu es magnifique », répondit Sirine sans hésiter. « Laisse-moi te voir. »
Mounira se leva. Elle tira la robe par-dessus sa tête d’un geste maladroit. Dessous, elle portait un soutien-gorge noir large et une culotte simple. Ses seins étaient lourds, opulents, le décolleté profond. Son ventre, gras et légèrement bombé, retombait un peu sur le haut de la culotte. Ses hanches étaient larges, ses cuisses épaisses, ses fesses rondes et pleines. Sirine la regarda sans ciller, avec un désir lent et sincère. Elle se leva à son tour et se déshabilla. Leurs corps se firent face, deux femmes mûres, marquées par le temps, belles dans leur vérité.
Mounira tendit la main. Sirine la prit. Elles allèrent jusqu’à la chambre. Le lit était grand, les draps clairs. Mounira tira les rideaux. La lumière du soir entrait en douceur. Elles s’allongèrent l’une contre l’autre. Sirine caressa d’abord le visage de Mounira, ses cheveux, son cou. Puis elle descendit vers les seins. Elle les prit dans ses mains, en sentit le poids, les souleva, les caressa. Mounira ferma les yeux et soupira. Sirine se pencha et posa sa bouche sur un téton. Elle le lécha lentement, le suç a, le fit durcir. Mounira passa une main dans les cheveux de Sirine et murmura :
« Personne ne m’a touchée comme ça depuis… depuis longtemps. »
Sirine passa à l’autre sein, prit son temps, savoura la texture, le goût de la peau. Ses mains explorèrent le ventre bombé, le caressèrent sans jugement, avec une tendresse réelle. Elle glissa plus bas, sous la culotte, trouva le sexe déjà humide. Mounira écarta un peu les cuisses. Sirine la caressa longuement, juste avec les doigts, apprenant à nouveau ce corps. Elle glissa un doigt, puis deux, chercha le rythme qui faisait soupirer Mounira. En même temps, elle continuait d’embrasser ses seins, son cou, sa bouche.
Mounira jouit une première fois en silence, le visage enfoui contre l’épaule de Sirine, les hanches qui tressautaient doucement. Sirine ne retira pas sa main tout de suite. Elle continua de caresser, plus lentement, jusqu’à ce que Mounira la tire vers elle pour l’embrasser.
« À mon tour », dit Mounira d’une voix un peu rauque.
Elle fit allonger Sirine et s’installa entre ses cuisses avec une concentration presque solennelle. Sa langue était hésitante au début, puis plus assurée. Elle lécha, goûta, explora. Sirine lui caressa les cheveux, lui murmura des encouragements doux. Quand Mounira trouva le bon angle, Sirine gémit plus fort. Mounira ajouta ses doigts, maladroits d’abord, puis de plus en plus précis. Elle prit son temps. Il n’y avait aucune précipitation. Seulement le plaisir de redécouvrir, de faire plaisir, de recevoir.
Sirine jouit en tenant la tête de Mounira contre elle, les cuisses tremblantes. Mounira remonta, le visage brillant, et elles s’embrassèrent longuement. Elles rirent un peu, le rire un peu idiot de celles qui viennent de franchir une ligne et qui s’en trouvent heureuses.
Elles parlèrent encore, allongées l’une contre l’autre, nues. Mounira raconta la solitude des soirs, le poids du voile qu’elle portait par habitude et par respect, le désir qu’elle avait crû éteint. Sirine écoutait en caressant son ventre, ses seins, la ligne de ses hanches. Puis le désir revint, plus chaud. Mounira se mit sur le côté. Sirine se colla derrière elle, passa un bras autour de sa taille, prit un sein dans sa main et glissa l’autre entre ses cuisses. Elle la caressa ainsi longuement, le corps entier de Mounira pressé contre le sien. Mounira poussait des petits sons, des rires étouffés, des confidences à demi-mots.
« J’ai pensé à toi parfois. Sans savoir pourquoi. »
« Moi aussi », répondit Sirine contre sa nuque.
Elle fit jouir Mounira une deuxième fois dans cette position, lentement, profondément. Puis elle se retourna et offrit son propre corps. Mounira s’appliqua avec une tendresse touchante. Elle embrassait le ventre de Sirine, ses seins, l’intérieur de ses cuisses, avant de revenir au sexe. Elle prenait son temps, s’arrêtait pour poser un baiser sur une hanche, pour murmurer quelque chose, pour rire quand Sirine se cambrait trop fort. Quand Sirine jouit à nouveau, Mounira resta blottie entre ses jambes un long moment, le visage posé contre sa cuisse, respirant simplement.
La nuit s’avança. Elles ne s’endormirent pas tout de suite. Elles se caressèrent encore, plus paresseusement, se faisant jouir une dernière fois chacune, presque par jeu, par envie de ne pas laisser le moment se terminer. Entre deux orgasmes, elles parlèrent de leurs corps qui changeaient, des rides, des rondeurs, de la façon dont le désir restait pourtant intact. Mounira avoua qu’elle avait peur d’être ridicule. Sirine lui répondit en l’embrassant longuement entre les seins, en lui disant qu’elle était désirable exactement comme elle était.
Vers le milieu de la nuit, elles s’immobilisèrent enfin. Mounira avait la tête sur la poitrine de Sirine. Sirine caressait ses longs cheveux noirs. Leurs corps étaient chauds, un peu collants, détendus. L’odeur du vin et de la peau mêlée flottait dans la chambre.
« Tu resteras jusqu’à demain ? » demanda Mounira.
« Oui », répondit Sirine. « Si tu veux. »
« Je veux. »
Elles restèrent enlacées. Dehors, l’Ariana dormait. À l’intérieur, deux femmes qui s’étaient perdues quinze ans plus tôt venaient de se retrouver autrement, plus lentement, plus profondément. Le désir avait été savoureux, teinté de nostalgie, de rires, de confidences. Il avait laissé leurs corps apaisés et leurs cœurs un peu plus ouverts.
Mounira murmura quelque chose d’inaudible contre la peau de Sirine. Sirine serra un peu plus fort. Dans le silence de la chambre, leurs respirations se mêlaient, calmes, complices, encore un peu ivres de vin et de plaisir.
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