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Le Grand Massage (nouvelle)

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Le Grand Massage





Clara était arrivée avec cinq minutes d’avance, comme toujours. Elle avait retiré son manteau dans l’entrée de l’appartement d’Éric, rangé soigneusement ses chaussures près de la porte, et suivi le thérapeute jusqu’à la pièce dédiée aux massages. La table recouverte d’un drap blanc sentait légèrement l’huile essentielle de lavande. Les volets étaient mi-clos. Une musique instrumentale très basse flottait dans l’air.

Éric avait une quarantaine d’années bien portées, les mains larges, la voix posée. Il lui avait déjà massé le dos deux fois auparavant, toujours correctement, toujours professionnel. Cette fois, Clara avait demandé un massage complet. « Corps entier », avait-elle précisé en baissant un peu les yeux. Elle était mariée depuis douze ans. Son mari travaillait beaucoup. Leurs nuits s’étaient peu à peu vidées de caresses. Elle ne savait plus exactement pourquoi elle était venue ici aujourd’hui, seulement qu’elle avait besoin d’être touchée.

Elle s’était déshabillée derrière le paravent, avait enfilé la serviette fournie, et s’était allongée sur le ventre. Éric avait commencé par les épaules, les omoplates, la colonne. Ses doigts glissaient avec assurance, appuyant aux bons endroits. Clara respirait profondément. Puis ses mains étaient descendues le long de son dos, avaient contourné sa taille, avaient effleuré le haut de ses fesses. Un peu trop bas. Un peu trop longtemps. Elle n’avait rien dit.

Quand il lui avait demandé de se tourner sur le dos, elle avait hésité une seconde. La serviette glissa. Ses seins lourds s’étalèrent de chaque côté de sa cage thoracique, le ventre doux se détendit, ses cuisses charnues s’écartèrent légèrement. Éric posa une nouvelle serviette sur sa poitrine, mais ses doigts restèrent un instant trop près de la courbe inférieure de ses seins. Clara sentit une chaleur monter entre ses jambes. Elle ferma les yeux.

Il commença par les bras, les avant-bras, les mains. Puis il passa aux jambes. Les mollets, les genoux, l’intérieur des cuisses. Ses paumes remontèrent plus haut que nécessaire, s’attardant sur la peau sensible tout près du pubis. Clara sentit son souffle se raccourcir. Elle aurait dû le repousser. Elle était mariée. Elle n’était pas ce genre de femme. Pourtant ses hanches se soulevèrent imperceptiblement quand ses doigts frôlèrent à nouveau l’intérieur de ses cuisses.

Éric n’eut pas besoin de demander. Il écarta un peu plus ses genoux. Ses mains glissèrent sous la serviette qui couvrait encore son bas-ventre, s’arrêtèrent juste au-dessus de la fente. Clara ouvrit les yeux. Leurs regards se croisèrent. Elle ne dit rien. Il n’y eut pas de paroles. Seulement le bruit de l’huile qu’il faisait chauffer entre ses paumes.

Quand ses doigts touchèrent enfin sa vulve, Clara retint un gémissement. Il était lent, précis, presque cérémoniel. Il écarta les lèvres avec deux doigts, fit glisser le pouce le long de la fente déjà humide, appuya légèrement sur le clitoris. Clara tourna la tête sur le côté, les yeux mi-clos. Elle se sentait coupable et affamée en même temps. Son corps, ce corps généreux qu’elle cachait souvent sous des vêtements amples, répondait avec une franchise qui la surprenait.

Éric ajouta de l’huile. Ses doigts glissèrent plus facilement. Il dessina des cercles lents autour du clitoris, puis descendit, enfonça un doigt, puis deux, dans son vagin. Clara gémit pour de vrai cette fois. Ses seins se soulevèrent avec sa respiration. La serviette qui les couvrait glissa un peu. Éric la retira complètement d’un geste calme. Ses mains libres prirent possession de sa poitrine. Il malaxa les seins lourds, pétrit la chair, pinça les tétons déjà durs. Clara arqua le dos.

Il continua à la pénétrer de ses doigts pendant qu’il massait ses seins et son ventre. Le rythme était lent, presque hypnotique. Clara sentait chaque centimètre de sa peau être redécouvert. Elle n’avait plus l’habitude d’être touchée ainsi, sans précipitation, sans but autre que le plaisir. Quand le premier orgasme arriva, il la prit par surprise. Elle se contracta autour de ses doigts, gémit plus fort, les cuisses tremblantes. Éric ne s’arrêta pas tout de suite. Il l’accompagna jusqu’au bout, jusqu’à ce que les spasmes s’apaisent.

Elle le regarda alors, le visage rougi, les lèvres entrouvertes. Il était encore habillé. Son érection tendait le tissu de son pantalon. Clara hésita une dernière fois. Puis elle étendit la main, toucha cette dureté à travers le tissu. « Enlève ça », murmura-t-elle.

Éric se déshabilla sans précipitation. Son sexe était épais, déjà luisant au gland. Il prit un préservatif dans un tiroir de la table de chevet, l’enfila avec un geste habitué. Clara le regarda faire. Elle aurait dû se lever, s’habiller, partir. Au lieu de cela, elle écarta un peu plus les cuisses.

Il s’allongea entre ses jambes. Le gland appuya contre son entrée encore sensible. Il poussa lentement, centimètre par centimètre, jusqu’à être entièrement en elle. Clara ferma les yeux. La sensation était différente de celle des doigts : plus pleine, plus chaude, plus réelle. Éric resta immobile un instant, le front contre le sien. Puis il commença à bouger.

Le va-et-vient était lent, profond, régulier. À chaque enfoncement, ses mains retournaient sur ses seins, les malaxaient, les soulevaient, les laissaient retomber. Ses paumes glissaient ensuite sur son ventre doux, appuyaient légèrement, remontaient. Clara enlaça sa nuque, l’attira vers elle. Leurs bouches se trouvèrent. Le baiser fut sauvage dès le premier contact, langues qui se cherchaient, souffles mêlés. Elle gémissait dans sa bouche à chaque thrust.

Il la baisait avec une application presque religieuse, comme s’il voulait cartographier chaque recoin de son corps de l’intérieur. Ses hanches bougeaient avec une précision fluide. Clara sentait le préservatif glisser en elle, le friction douce et insistante. Ses propres mains explorèrent son dos, ses fesses, l’attirèrent plus profond. « Plus fort », souffla-t-elle contre ses lèvres. « Mais reste lent. »

Il obéit. Les coups de reins devinrent plus appuyés, plus profonds, sans jamais devenir brutaux. Ses mains ne quittaient pas sa poitrine et son ventre. Il pétrissait ses seins comme s’il massait encore, pinçait les tétons, caressait le dessous lourd. Clara sentait un deuxième orgasme monter, plus lent, plus large que le premier. Elle s’accrocha à ses épaules, enfonça ses ongles dans sa peau. Quand il arriva, elle cria dans sa bouche, se contracta violemment autour de sa queue, les cuisses serrées contre ses flancs.

Éric continua encore quelques instants, le rythme un peu plus irrégulier. Puis il se figea, gémit bas, et jouit dans le préservatif. Elle le sentit pulser en elle. Ils restèrent ainsi, collés, respirant l’un contre l’autre. La musique instrumentale continuait en fond, indifférente.

Quand il se retira, lentement, Clara sentit le vide. Il retira le préservatif, le noua, le jeta. Puis il revint s’asseoir au bord de la table, une main posée sur sa cuisse. Ils ne parlèrent pas tout de suite. Clara regardait le plafond. Son corps vibrait encore. Elle pensait à son mari, à la maison, aux draps froids de leur lit. Elle pensait aussi à la façon dont Éric l’avait touchée, comme si chaque centimètre de sa peau méritait une attention particulière.

Elle se redressa sur les coudes. Ses seins lourds se déplacèrent. « Je devrais partir », dit-elle d’une voix un peu rauque.

Éric hocha la tête. « Oui. »

Elle resta pourtant assise un moment de plus. Puis elle glissa hors de la table, marcha jusqu’à ses vêtements. Elle s’habilla lentement, sans se cacher. Quand elle eut fini, elle se tourna vers lui. Il était encore nu, assis sur le bord de la table, le regard calme.

« Est-ce que tu voudrais recommencer ? » demanda-t-elle. Sa voix tremblait à peine. « Mais pas ici. Chez moi. Sans table de massage. »

Éric la regarda un long moment. Puis il sourit, un sourire discret. « Oui. »

Clara ouvrit son sac, griffonna son numéro sur un bout de papier, le lui tendit. Leurs doigts se touchèrent une seconde de trop. « Appelle-moi. Quand tu veux. »

Elle quitta l’appartement sans se retourner. Dans la cage d’escalier, ses jambes tremblaient encore. Dehors, le soleil de fin d’après-midi lui parut trop vif. Elle marcha jusqu’à sa voiture, s’assit au volant, et resta immobile plusieurs minutes. Entre ses cuisses, elle était encore humide. Sur sa peau, elle sentait encore le fantôme de ses mains.

Elle démarra. En conduisant, elle pensait déjà à la prochaine fois. À sa propre chambre. À un lit ordinaire. À des draps qui sentiraient son parfum à elle. À Éric qui entrerait, fermerait la porte, et recommencerait à la découvrir, centimètre après centimètre, sans plus aucune excuse thérapeutique.

Son téléphone vibra dans son sac avant même qu’elle ait atteint le premier feu rouge. Elle ne regarda pas tout de suite. Elle savait déjà qui c’était.






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