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La lutte pour la tête du gouvernement israélien en octobre 2026 : lecture des sondages et des alliances post-électorales
La scène politique israélienne traverse actuellement l’une des périodes les plus controversées depuis des années. Alors que les élections législatives, prévues pour le 27 octobre prochain, approchent, la compétition fait rage entre le Premier ministre sortant, Benyamin Netanyahou, et l’ancien chef d’état-major, Gadi Eizenkot. Pourtant, cette rivalité dépasse le simple affrontement personnel entre deux hommes politiques ; elle reflète des transformations profondes dans la structure partisane et les alliances politiques qui pourraient redessiner les contours d’Israël pour les années à venir. Ce qui rend ces élections différentes des précédentes, c’est que les sondages n’apportent pas de réponse tranchée quant à l’identité du futur Premier ministre. Ils esquissent plutôt plusieurs scénarios, témoignant d’une paralysie partisane qui pourrait se prolonger des mois après l’annonce des résultats officiels.
Les sondages publiés par la chaîne publique israélienne et d’autres médias brossent un tableau complexe, marqué par une concurrence très serrée entre les deux principaux pôles politiques. Un sondage de la chaîne 12, réalisé le 20 août, attribue au parti "Yachar", mené par Gadi Eizenkot, vingt-quatre sièges si les élections avaient lieu aujourd’hui, contre vingt et un pour le "Likoud" de Netanyahou. Mais l’indicateur le plus frappant est celui de la "pertinence pour la fonction de Premier ministre" : selon un sondage de la chaîne publique, quarante-quatre pour cent des électeurs préfèrent Eizenkot, contre seulement trente-quatre pour cent pour Netanyahou, tandis que seize pour cent restent indécis. Cet écart dans la perception de la pertinence traduit un changement important dans les préférences des électeurs, d’autant que Netanyahou a longtemps reposé sur son image de leader sécuritaire indispensable face aux défis existentiels de l’État hébreu.
Un autre sondage, publié par le journal "Maariv", révèle un écart encore plus important entre les deux partis, avec vingt-six sièges pour "Yachar" contre vingt pour le "Likoud", tandis que l’alliance "Yahad" conduite par Naftali Bennett et Yaïr Lapid obtiendrait quatorze sièges. Cet écart en sièges signifie que le camp de l’opposition anti-Netanyahou disposerait d’une majorité claire de soixante sièges contre quarante-neuf pour la coalition sortante. Pourtant, ces chiffres, aussi significatifs soient-ils, ne racontent pas toute l’histoire. Le paysage partisan israélien souffre d’une fragmentation extrême qui rend la transformation de ces chiffres en gouvernement stable extrêmement difficile. Les nombreux petits partis qui partagent l’objectif de destituer Netanyahou divergent radicalement sur la sécurité nationale, la gestion du dossier de Gaza, les relations avec les Palestiniens, ou encore la forme du futur gouvernement, ce qui empêche la constitution d’un bloc cohérent et capable de gouverner efficacement.
Le cœur de la crise politique actuelle réside dans l’incapacité de l’un ou l’autre camp à obtenir la majorité absolue de soixante et un sièges. Selon le sondage de la chaîne publique, le camp Netanyahou obtiendrait quarante-neuf sièges si le nouveau parti du général Ofer Winter entre dans la course électorale – un scénario qui affaiblit effectivement le bloc d’extrême droite traditionnellement favorable à Netanyahou. En revanche, le camp du changement, mené par Eizenkot, obtiendrait soixante sièges, n’ayant besoin que d’un seul siège supplémentaire pour atteindre la majorité requise pour former une coalition. Quant aux partis arabes, ils recueilleraient ensemble onze sièges selon ce même sondage. Mais transformer ce nombre en soutien effectif à un gouvernement Eizenkot reste semé d’embûches politiques et idéologiques, notamment en raison du refus d’une large frange de l’électorat juif de s’appuyer sur les partis arabes pour former un gouvernement.
Cette équation complexe a placé Eizenkot et son équipe devant des choix difficiles. Ces dernières semaines, le parti "Yachar" a commencé à préparer un scénario de repli : la formation d’un gouvernement minoritaire, s’appuyant sur seulement cinquante-huit ou cinquante-neuf sièges. Ce scénario est autorisé par la loi israélienne, qui n’exige pas que le gouvernement recueille l’approbation de soixante et un députés, mais seulement une majorité simple des votants présents lors de la séance de vote. Ce scénario témoigne de la conscience profonde qu’a Eizenkot de la persistance probable de la paralysie partisane après les élections, et que la voie la plus réaliste pour évincer Netanyahou n’est peut-être pas l’obtention d’une majorité absolue, mais l’exploitation des failles du système parlementaire permettant de former un gouvernement avec moins que la majorité numérique. Fait intéressant, les proches d’Eizenkot posent à l’opinion publique une question fondamentale : un gouvernement minoritaire soutenu par cinquante-huit députés, représentant environ quarante-neuf pour cent des électeurs, est-il moins légitime que le maintien de Netanyahou à son poste de Premier ministre intérimaire, avec le soutien d’un bloc ne dépassant pas cinquante sièges, représentant quarante et un pour cent des électeurs ? Cette question reflète un changement de discours dans la vie politique israélienne, où l’on ne parle plus seulement de qui détient la majorité, mais aussi de la légitimité du pouvoir en l’absence de majorité claire.
Les racines de cette crise remontent à la période 2019-2021, qui a vu quatre élections législatives successives, toutes aboutissant à une impasse et à l’incapacité de former un gouvernement stable. Pendant toute cette période, Netanyahou est resté Premier ministre par intérim, non parce qu’il disposait d’une majorité parlementaire, mais simplement parce qu’il occupait déjà le poste. Cette situation a perduré jusqu’au milieu de l’année 2021, lorsqu’une coalition hétéroclite a réussi à l’écarter provisoirement. Le camp du changement craint aujourd’hui la répétition de ce scénario, où Netanyahou pourrait une fois de plus rester en place pendant que les tentatives de former un gouvernement alternatif s’enlisent. C’est ici que l’option du gouvernement minoritaire prend toute son importance. Même si ce gouvernement ne survit pas longtemps, même si son échec conduit à la dissolution de la Knesset et à de nouvelles élections, il modifierait radicalement l’équation politique, car il ferait d’Eizenkot le Premier ministre par intérim pendant la période transitoire, privant Netanyahou de l’avantage de la continuité du pouvoir sur lequel il a longtemps compté.
L’autre option pour former un gouvernement consiste à inclure le parti arabe "Raam", dirigé par Mansour Abbas, dans la coalition. Cette option ajouterait quatre ou cinq sièges décisifs, permettant à Eizenkot de franchir aisément le seuil de la majorité. Mais elle se heurte à une forte opposition au sein de l’électorat juif : cinquante-cinq pour cent des électeurs du camp Netanyahou rejettent catégoriquement cette éventualité. Même au sein du camp du changement, ce choix ne fait pas l’unanimité. Naftali Bennett a ainsi déclaré qu’il ne renouvellerait pas l’alliance avec Raam en cas de victoire, signe clair de l’évolution du climat politique après les événements du 7 octobre, qui ont rendu toute coopération ouverte avec les partis arabes plus sensible qu’elle ne l’était en 2021. La racine de cette sensibilité tient à l’identité même de Raam, né comme une branche méridionale du mouvement islamique en Israël. Malgré les efforts constants d’Abbas pour distancier le parti de l’autorité spirituelle religieuse du mouvement, une grande partie du public juif continue de considérer toute alliance politique avec lui comme une ligne rouge infranchissable. Cette situation place Eizenkot face à une équation délicate : soit opter pour un gouvernement minoritaire, moins stable mais plus acceptable pour sa base électorale, soit risquer de perdre le soutien de ses électeurs en s’engageant dans une coopération ouverte avec les partis arabes.
De son côté, l’alliance "Yahad", qui réunit Naftali Bennett et Yaïr Lapid, constitue une autre tentative d’unifier les rangs de l’opposition. Pourtant, cette alliance révèle elle-même des divergences fondamentales entre ses dirigeants. Bennett prône une doctrine offensive, fondée sur un changement de l’équation de dissuasion face à l’Iran et au Hezbollah : toute attaque du Hezbollah devrait entraîner une riposte directe contre l’Iran. Il appelle également à refondre la politique israélienne à l’égard de Gaza, à exclure la Turquie et le Qatar des arrangements d’après-guerre au profit de l’Égypte, tout en préservant la liberté d’action militaire israélienne dans la bande de Gaza. En revanche, Lapid semble plus prudent vis-à-vis de la Turquie, prônant une désescalade plutôt qu’une confrontation, estimant que le maintien d’un conflit ouvert n’est pas dans l’intérêt d’Israël. Ces divergences entre deux partenaires d’une même coalition reflètent l’hétérogénéité du camp du changement, et soulèvent des questions sur sa capacité à offrir une vision commune et cohérente du pouvoir en cas de victoire sur Netanyahou. Ces interrogations s’intensifient à mesure que les sondages donnent Eizenkot gagnant, renforçant les craintes de ses concurrents de le voir devenir la force dominante au sein de l’opposition, confrontée à un double défi : renverser Netanyahou d’un côté, et empêcher les luttes internes pour le leadership et la forme du gouvernement de diluer sa force électorale de l’autre.
Ce qui rend le paysage encore plus complexe, c’est la dynamique constante des alliances partisanes. Un récent sondage de la chaîne publique montre que la fusion des partis "Front" et "Rassemblement national démocratique" au sein de la Liste arabe unie a permis de gagner un siège supplémentaire, la liste unie obtenant sept sièges contre cinq pour Raam. Par ailleurs, "Yachar" reste le premier parti avec vingt-quatre sièges, tandis que le Likoud recule à vingt-trois. Ces variations minimes dans la répartition des sièges peuvent s’avérer décisives dans l’équation de la formation gouvernementale, d’autant que l’approche des élections laisse aux petits partis la possibilité d’ajuster leurs stratégies. Un autre sondage indique que le bloc d’Eizenkot – comprenant Bennett, Lapid, Lieberman et les Démocrates – disposerait d’environ cinquante-huit ou cinquante-neuf sièges, des chiffres proches de la majorité mais insuffisants. Cette proximité rend chaque siège supplémentaire précieux, et explique les pressions intenses exercées par les différents partis sur leurs électeurs pour tenter de gagner les voix supplémentaires qui pourraient tout faire basculer.
Il est important de souligner que ces sondages reflètent les intentions de vote à un moment donné, et qu’ils peuvent évoluer significativement à mesure que les élections approchent, d’autant que les partis d’extrême droite, qui faisaient partie de la coalition Netanyahou, font face à une menace existentielle avec l’entrée en lice de nouveaux partis. Par exemple, le parti "Sionisme religieux", qui disposait de quatre sièges, pourrait perdre toute représentation parlementaire si le parti du général Winter entre en compétition, ce qui redistribuerait les sièges en affaiblissant le bloc d’extrême droite et en renforçant la position de l’opposition. Cette dynamique rappelle comment les petits partis peuvent influencer les équilibres de pouvoir dans les systèmes parlementaires, et comment des changements minimes dans la répartition des voix peuvent produire des écarts considérables dans les résultats finaux. C’est précisément ce qui rend les prévisions pour ces élections plus difficiles que d’habitude.
À la lecture de ces sondages et analyses, il semble que le prochain Premier ministre israélien sera très probablement Gadi Eizenkot. Mais ce résultat n’est pas encore assuré. Les chemins menant à ce poste sont multiples et complexes, et exigeront probablement d’intenses efforts pour former des alliances post-électorales. L’écart entre Eizenkot et Netanyahou en sièges et dans l’indice de pertinence pour la fonction donne un avantage à l’ancien chef d’état-major, mais l’histoire politique israélienne est pleine de surprises de dernière minute et de retournements inattendus. La question la plus pressante n’est donc pas seulement qui gagnera les élections, mais plutôt de savoir si Israël entrera dans une nouvelle crise de gouvernance, semblable à celle de 2019-2021, ou si l’un des camps parviendra à trancher et à former un gouvernement stable. Ce qui complique encore la situation, c’est que les options offertes à Eizenkot – gouvernement minoritaire ou alliance avec les partis arabes – comportent des risques politiques susceptibles de déstabiliser tout gouvernement formé. Cela signifie que le paysage politique israélien pourrait rester dans l’expectative et le mouvement bien après l’annonce des résultats officiels. En définitive, l’enjeu réel de ces élections ne tient pas seulement à l’identité du Premier ministre, mais à l’avenir du système politique israélien lui-même et à sa capacité à sortir de l’impasse dans laquelle il est englué depuis des années.
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