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Amal: (7) Lumineuse (nouvelle)

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Amal: (7) Lumineuse




Le dimanche après-midi était doux, l’un de ces jours de fin d’été où la lumière de Paris devient presque dorée. Amal marchait le long des quais de Seine, sans but précis, juste pour sentir l’air et le bruit de l’eau. Elle portait une robe légère couleur sable, les cheveux relevés en un chignon souple, des sandales plates. Elle n’avait rien prévu. Elle voulait seulement marcher.

C’est alors qu’elle le vit. Un homme d’une cinquantaine d’années, appareil photo en bandoulière, appuyé contre le parapet. Il la regardait déjà. Quand elle passa près de lui, il sourit, poliment.

— Pardon. Je sais que c’est indiscret, mais la lumière sur vous en ce moment… vous êtes lumineuse. Est-ce que je pourrais prendre quelques photos ? Juste quelques-unes. Je suis amateur.

Elle hésita. Les inconnus, d’habitude, elle les évitait. Mais il y avait quelque chose de calme dans sa voix, de non pressant. Elle accepta d’un signe de tête.

Il s’appelait Julien. Photographe amateur depuis vingt ans, cadre dans une maison d’édition le reste du temps. Il lui montra comment se placer, lui demanda de regarder la Seine, puis vers lui, puis de sourire à peine. L’obturateur cliqueta doucement. Il ne lui demanda jamais de poser de façon vulgaire. Il cherchait la lumière sur sa joue, le vent dans les mèches libres de son chignon, la façon dont la robe soulignait ses hanches quand elle se tournait.

Au bout d’une vingtaine de minutes, il rangea l’appareil.

— Elles seront prêtes ce soir, si vous voulez. J’habite juste de l’autre côté, rue des Saints-Pères. Vous pourriez passer voir les clichés. Un verre, rien de plus.

Elle regarda la Seine un instant. Puis elle dit oui.

Son appartement était au troisième étage d’un immeuble ancien, clair, presque nu. Des tirages noir et blanc accrochés aux murs, un grand canapé de cuir usé, une table basse en bois clair. Julien alluma l’ordinateur, lui versa un verre de vin blanc bien frais, et fit défiler les photos.

Amal s’assit à côté de lui. Sur l’écran, elle se vit comme elle ne s’était jamais vue. La lumière caressait son visage, adoucissait les traits, rendait ses yeux plus profonds. Sur une photo, elle regardait au loin, et on aurait dit qu’elle attendait quelqu’un. Sur une autre, un demi-sourire, et elle paraissait à la fois fragile et sûre d’elle. Elle ne se reconnut pas tout de suite. Puis elle comprit : c’était elle, désirée par l’objectif, révélée par un regard qui ne cherchait pas à la juger.

— Vous voyez ? murmura Julien. Lumineuse.

Elle ne répondit pas. Sa gorge était serrée. Il fit défiler une dernière photo, où elle se tenait de profil, la main posée sur le parapet. Le vent avait soulevé un pan de sa robe. On devinait la courbe de sa cuisse.

Julien posa doucement sa main sur la sienne, sur la table.

— Je peux effacer si ça vous gêne.

— Non, dit-elle. Gardez-les.

Le silence qui suivit fut chargé. Elle sentait sa présence à côté d’elle, la chaleur de sa cuisse près de la sienne. Quand il se tourna vers elle, elle ne détourna pas les yeux. Il pencha la tête. Leurs lèvres se touchèrent.

Le baiser fut lent, exploratoire. Il goûtait le vin et quelque chose de plus ancien, de plus retenu. Sa main monta le long de son bras, s’arrêta sur son épaule, puis glissa vers sa nuque. Amal ouvrit la bouche, laissa sa langue rencontrer la sienne. Un frisson lui parcourut le dos. Elle n’avait pas été embrassée ainsi depuis des mois, peut-être plus.

Quand ils se séparèrent, il garda le front contre le sien.

— Je voudrais vous photographier autrement, dit-il tout bas. Si vous voulez. Ici. Maintenant.

Elle regarda l’écran encore allumé, les images d’elle-même sur les quais. Puis elle hocha la tête.

Il se leva, prit un autre appareil, plus petit, plus discret. Il alluma seulement deux lampes de salon, baissa un peu les stores. La lumière devint douce, dorée, presque intime. Amal resta debout au milieu de la pièce. Il s’approcha, posa l’appareil sur la table, et dénoua lui-même le lien de sa robe. Le tissu glissa le long de ses bras, tomba à ses pieds. Elle n’avait en dessous qu’une culotte fine couleur chair. Il la regarda longuement, sans toucher encore.

— Ne bougez pas, murmura-t-il.

Il reprit l’appareil. Le déclencheur cliqua. Une photo d’elle debout, les bras le long du corps, les seins lourds, le ventre doux, les hanches larges. Puis une autre, où elle tournait légèrement la tête. Il s’approcha, posa une main sur sa taille, l’autre tenant toujours l’appareil. Ses doigts étaient chauds. Il prit une photo de près, de son profil, de sa bouche entrouverte.

Puis il posa l’appareil un instant, et posa les lèvres sur son épaule. Le baiser fut léger. Il remontait le long de sa gorge, s’arrêta sous son oreille. Amal ferma les yeux. Ses mains trouvèrent sa poitrine, la caressèrent à travers le tissu de sa chemise. Quand il se redressa, ses yeux étaient plus sombres.

Il la guida vers le canapé. Elle s’y assit. Il s’agenouilla devant elle, entre ses genoux, et prit plusieurs photos de son visage, de sa poitrine, du creux de sa gorge. Puis il posa l’appareil, et de ses deux mains ouvrit ses cuisses. Il embrassa l’intérieur de l’une, puis de l’autre. Ses lèvres remontèrent jusqu’à la culotte. Il l’embrassa à travers le tissu, inspira son odeur. Amal posa une main dans ses cheveux.

Il tira la culotte vers le bas. Elle se retrouva nue. Il reprit l’appareil, photographia son sexe de près, les lèvres déjà humides, le clitoris un peu gonflé. Le déclencheur cliqua plusieurs fois. Puis il posa l’appareil à côté d’eux et posa sa bouche là où l’objectif avait été.

Sa langue était chaude, précise. Elle lécha lentement, de bas en haut, s’attarda sur le clitoris, le suçota doucement. Deux doigts glissèrent en elle, la trouvèrent déjà trempée. Il les courba, chercha. Amal gémit, les hanches se soulevant. Il photographia encore une fois, d’une main, pendant que l’autre et sa bouche continuaient. Le clic de l’appareil se mêlait à ses gémissements.

Elle jouit une première fois ainsi, les cuisses tremblantes autour de sa tête, un long soupir rauque. Il ne s’arrêta pas tout de suite. Il continua à la lécher plus doucement, jusqu’à ce qu’elle le repousse faiblement. Puis il se releva, l’embrassa. Elle goûta son propre désir sur sa bouche.

Il la fit se lever, se placer près de la fenêtre entrebâillée. La lumière du soir entrait encore. Il la photographia de dos, nue, les mains posées sur le rebord. Puis de profil. Puis face à lui, un bras levé contre le cadre. Entre chaque photo, il s’approchait, caressait un sein, pinçait un mamelon, glissait une main entre ses cuisses. Elle était déjà de nouveau mouillée.

Il la ramena vers le canapé, la fit s’agenouiller dessus, les avant-bras sur le dossier. Il se plaça derrière elle, photographia son sexe ainsi offert, ses fesses, le creux de ses reins. Puis il posa l’appareil et s’agenouilla. Sa langue retrouva son clitoris par-derrière, lécha longuement, fit entrer un doigt, puis deux. Amal gémissait plus fort maintenant, le visage enfoui dans ses bras. Il la fit jouir une deuxième fois dans cette position, en la tenant fermement par les hanches.

Quand elle redescendit, il se déshabilla. Son corps était solide, poitrine un peu grisonnante, sexe déjà dur. Il la fit se retourner, s’asseoir sur le canapé, et s’agenouilla à nouveau entre ses cuisses. Il la pénétra d’un mouvement lent et profond, tout en tenant l’appareil d’une main. Il prit une photo de leur union, de son sexe enfoncé en elle. Puis il posa l’appareil et commença à bouger.

Les coups de reins étaient lents, profonds, attentifs. Il la regardait jouir de chaque friction. Une de ses mains tenait sa hanche, l’autre caressait son clitoris. Amal croisa les chevilles dans son dos. Elle jouit une troisième fois autour de lui, les muscles se contractant par vagues. Il gémit, ralentit, mais ne sortit pas.

Il la fit changer de position. Elle se mit à califourchon sur lui, sur le canapé. Elle s’empala seule, les mains sur sa poitrine. Il photographia son visage pendant qu’elle le chevauchait, puis ses seins qui bougeaient, puis l’endroit où leurs corps se rejoignaient. Entre les clics, il pinçait ses mamelons, la guidait par les hanches. Elle se pencha pour l’embrasser, ses cheveux maintenant complètement défaits. Elle jouit une quatrième fois en le chevauchant, le corps tendu, la tête renversée.

La nuit tomba complètement. Ils passèrent dans la chambre. Le lit était large, les draps blancs. Il alluma une seule lampe. Il la photographia allongée sur le dos, les bras au-dessus de la tête, les cuisses ouvertes. Puis sur le côté. Puis à quatre pattes. Chaque fois, après avoir pris la photo, il la touchait : une main sur un sein, des doigts entre ses lèvres, sa bouche sur son sexe. Il la fit jouir une cinquième fois avec sa langue seulement, pendant qu’il tenait l’appareil d’une main et déclenchait au moment exact de son orgasme.

Ensuite il la pénétra à nouveau, cette fois plus profondément, plus fort. Elle était sur le dos, les jambes relevées contre sa poitrine. Il photographia encore, puis abandonna l’appareil pour se concentrer entièrement sur elle. Ses coups de reins devinrent plus rapides. Il la regardait dans les yeux. Quand elle jouit une sixième fois, il la suivit presque aussitôt, s’enfonçant jusqu’au bout, jouissant en elle avec un gémissement rauque.

Ils restèrent enlacés un long moment. Puis il reprit l’appareil. Il la photographia ainsi, encore pleine de lui, les cuisses ouvertes, le sexe brillant. Le regard qu’il posait sur elle à travers l’objectif était presque dévot. Elle se sentait vue. Vraiment vue. Pas seulement désirée, mais regardée dans chaque détail de son plaisir.

La nuit continua. Ils dormirent par intermittence. Parfois il se réveillait, allumait la petite lampe, et la photographiait endormie, ou à moitié éveillée. Parfois ses mains la caressaient jusqu’à ce qu’elle ouvre les yeux et l’attire contre elle. Une fois, vers trois heures, il la prit doucement par-derrière, cuillère, pendant qu’il tenait l’appareil devant eux et prenait des photos de ses seins dans ses mains, de son visage détendu par le plaisir. Elle jouit encore, plus sourdement, en serrant son bras contre sa poitrine.

À l’aube, la lumière grise entra par les stores mal fermés. Amal s’éveilla la première. Julien dormait sur le ventre, une main encore posée sur sa hanche. Elle se leva sans bruit, alla dans la salle de bain, se regarda dans le miroir. Son visage était reposé, ses lèvres un peu gonflées, son cou marqué de légers rouges. Entre ses cuisses, elle sentait encore la trace de lui.

Elle revint dans la chambre. Il s’était réveillé. Il la regarda s’approcher, nue dans la lumière pâle, et sourit.

— Une dernière ? demanda-t-il en montrant l’appareil.

Elle hocha la tête. Elle s’allongea sur le lit, les cheveux épars, les cuisses légèrement ouvertes. Il prit plusieurs photos. Puis il posa l’appareil, s’allongea contre elle, et l’embrassa longuement. Sa main glissa entre ses jambes, la trouva encore sensible, encore humide. Il la caressa jusqu’à ce qu’elle jouisse une dernière fois, doucement, contre sa bouche.

Après, elle s’habilla en silence. La robe sable, les sandales. Il lui prépara un café. Ils le burent près de la fenêtre, en regardant la rue s’éveiller. Il ne lui demanda pas son numéro. Elle ne le lui demanda pas non plus. Il lui montra juste le dossier des photos sur l’ordinateur, et lui dit qu’il les lui enverrait si elle voulait.

À la porte, il l’embrassa une dernière fois, tendrement.

— Merci, dit-il. D’avoir accepté d’être vue.

Elle sourit.

— Merci à vous. De m’avoir regardée.

Elle descendit l’escalier. Dehors, l’air du matin était frais. Les quais n’étaient plus très loin. Elle marcha un moment sans but, sentant encore sur sa peau la mémoire de ses mains, de sa bouche, de l’objectif qui l’avait suivie toute la nuit. Pour la première fois depuis très longtemps, elle ne se sentait plus invisible. Elle avait été lumineuse. Elle avait été désirée. Elle avait été vraiment vue.

Et ce sentiment-là, plus encore que les orgasmes, lui donnait envie de continuer à marcher, le cœur un peu plus léger, le corps encore chaud du souvenir.





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