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Les Murs de Barcelone (nouvelle)

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Les Murs de Barcelone





La céramique catalane était fraîche sous ses pieds nus. Yaiza aimait cette sensation, ce contact minéral qui la ramenait toujours à l'essentiel, à la terre, à ce qui ne mentait pas. Les murs de leur appartement de l'Eixample étaient épais comme des remparts, sauf dans la salle de bains, cet espace exigu qu'elle avait surnommé "la cabine d'écoute" depuis qu'elle avait découvert, une nuit d'insomnie, que les cloisons y étaient fines comme du papier à cigarette.

Elle se leva du lit sans faire de bruit, glissant ses doigts le long du drap froissé. Antonio dormait, son souffle régulier et profond, une main négligemment posée sur l'oreiller où sa tête aurait dû reposer. Il avait ce don, lui, de s'abandonner totalement au sommeil, comme s'il plongeait dans une piscine sans fond et sans remous. Yaiza, elle, était une dormeuse nerveuse, toujours aux aguets, toujours prête à capter les vibrations du monde autour d'elle.

La nuit barcelonaise filtrait à travers les persiennes à moitié closes, dessinant des rayures lumineuses sur le parquet. La ville ne dormait jamais vraiment, mais à deux heures du matin, elle se faisait plus discrète, plus intime, comme si elle retenait son souffle pour écouter les secrets qu'on lui confiait. Yaiza poussa la porte de la salle de bains, une simple planche de bois blanc qui grinçait toujours sur son dernier centimètre de course.

Elle n'avait pas allumé la lumière, n'en ressentant pas le besoin. Ses yeux s'étaient habitués à l'obscurité, à ce clair-obscur qui transformait les carreaux de la douche en miroirs troubles où elle pouvait entrevoir son propre reflet, cette silhouette fine qu'elle connaissait par cœur, ce corps qu'elle avait appris à aimer après tant d'années à le détester.

C'est là qu'elle les entendit.

D'abord, ce ne fut qu'un murmure, une rumeur lointaine comme le bruit de la mer quand on l'écoute du haut d'une falaise. Mais très vite, les sons se firent plus nets, plus précis, et Yaiza comprit que ses nouveaux voisins avaient, eux aussi, choisi la salle de bains comme lieu de confidences nocturnes. Sauf que leurs confidences, à eux, n'avaient rien de silencieux.

Elle aurait dû faire demi-tour. Elle aurait dû tirer la chasse d'eau, tousser, faire quelque chose pour signaler sa présence, pour préserver une forme de décence. Mais elle resta là, immobile, le dos contre le mur de céramique froide, les jambes soudainement molles.

La voix de la femme était grave, un peu rauque, comme si elle fumait trop ou comme si elle venait de passer des heures à crier dans un bar. Maria, elle s'appelait. Yaiza l'avait croisée dans l'ascenseur la veille, une brune aux yeux noirs, aux cheveux sauvages, qui portait une robe rouge si courte qu'on pouvait voir le début de ses cuisses, cette ligne incertaine entre le public et le privé.

"Plus fort," disait Maria dans un espagnol roulé, celui des quartiers populaires de Barcelone, "plus fort, bon Dieu, t'es pas un petit garçon ou quoi ?"

L'homme répondit quelque chose que Yaiza ne comprit pas, une langue étrangère, peut-être du suédois ou du norvégien. Elle se souvint de l'avoir aperçu sur le palier, grand comme une porte, blond comme les blés de l'Empordà, les épaules larges et cette façon de se tenir, toujours un peu penché en avant, comme s'il s'excusait d'occuper autant d'espace. Le "viking", elle l'avait surnommé mentalement, un cliché certes, mais tellement évident.

Et puis il y eut ce bruit.

Yaiza ferma les yeux, mais ça ne changea rien, parce que ce qu'elle entendait maintenant, c'était bien plus que des mots. C'était des souffles, des halètements, des gémissements qui montaient et descendaient comme des vagues sur la côte de la Barceloneta. C'était le bruit des corps qui s'entrechoquent, qui se cherchent, qui se trouvent. C'était tout ce qu'elle n'avait pas depuis longtemps, tout ce qu'elle croyait avoir oublié.

"Oui, comme ça," murmura Maria, sa voix enrouée par le désir, "comme ça, exactement comme ça. Plus profond, mon amour, plus profond encore."

Les murs de la salle de bains étaient si fins que Yaiza pouvait presque entendre les doigts de Maria s'enfonçant dans la chair de son amant, les ongles qui griffent le dos, les dents qui mordent l'épaule. Elle pouvait presque voir les corps enchevêtrés, les positions qu'ils prenaient, les angles qu'ils épousaient. Et ce qu'elle voyait, dans son esprit, c'était sa propre image, son propre corps, son propre désir.

Elle se sentit rougir, une chaleur qui montait de son ventre à ses joues, qui se répandait dans tout son corps comme un poison délicieux. Ses doigts, posés à plat contre le mur, se crispèrent, et elle dut faire un effort pour ne pas les laisser glisser plus bas, pour ne pas suivre le chemin évident que tout son être réclamait.

Le viking parlait maintenant, un murmure guttural que Yaiza ne comprenait pas mais qui n'avait pas besoin de traduction. Certaines choses se comprennent dans toutes les langues, et ce qu'il disait, c'était "tu es belle", "je te veux", "je te prends". Ou peut-être était-ce "tu me fais souffrir", "tu me détruis", "tu me fais revivre". Les mots n'avaient pas d'importance, seule comptait cette vibration, cette intonation qui transformait le murmure en caresse et le cri en prière.

"Ne t'arrête pas," ordonna Maria, "ne t'arrête surtout pas. Je vais venir, je vais venir, je..."

Et elle vint. Yaiza l'entendit, ce cri qu'elle retenait, qui s'échappait en un hoquet, une plainte, une explosion de jouissance qui semblait venir de très loin et de très près à la fois. Elle entendit aussi le viking, qui l'accompagna dans cette chute, cette libération, ce moment de grâce absolu où le temps suspend son vol et où plus rien n'existe que le corps et sa promesse de bonheur.

Puis ce fut le silence. Le bruit de la chasse d'eau, tirée machinalement. Des pas sur le carrelage. Une porte qui s'ouvre et se referme. Et plus rien que le ronronnement du vieux frigo dans la cuisine, ce bruit familier que Yaiza connaissait si bien.

Elle resta là, collée au mur, à écouter les battements de son propre cœur, trop forts, trop rapides. Elle avait les jambes qui tremblaient, le souffle court, et une sensation étrange au creux du ventre, comme si quelque chose s'était brisé en elle, ou au contraire, comme si quelque chose venait de naître.

L'image d'elle-même lui revint, celle qu'elle apercevait parfois dans les miroirs des vestiaires, celle qu'elle évitait soigneusement de regarder trop longtemps. Elle était belle, elle le savait, mais d'une beauté ambiguë, incertaine, qui avait toujours besoin d'être confirmée par le regard des autres. Ses cheveux noirs, coupés court, dessinaient une ligne nette sur sa nuque fine. Son corps était mince, presque androgyne, et elle portait avec une fierté mordante cette cicatrice sur le ventre, cette marque qui avait scellé son passage d'un monde à l'autre.

Mais elle n'avait pas encore fait l'opération. Ses seins étaient là, petits mais présents, fruits mûrs qui attendaient la cueillette. Et en bas, là où le regard glissait comme sur une pente savonneuse, elle était encore ce qu'elle avait toujours été, mais qu'elle n'avait jamais vraiment été. Un corps en devenir, un corps qui se cherche, qui se tâtonne, qui se définit dans l'étreinte, dans le baiser, dans la peau à peau.

Elle se souvint d'Antonio, de sa main sur sa joue quand elle lui avait dit, la première fois, "Je te préviens, je ne suis pas une femme comme les autres". Il avait ri, ce rire chaud et grave qu'il avait, celui qui faisait vibrer toutes les cordes de son être. "Je ne veux pas d'une femme comme les autres," avait-il dit, "je te veux toi, avec tout ce que tu es, avec tout ce que tu n'es pas encore."

Antonio. Son amour. Son refuge. Le seul homme au monde qui l'avait regardée et avait vu autre chose que ce que son corps disait, autre chose que ce que son passé racontait. Il était là, à deux pas, dormant dans leur lit, avec cette main négligemment posée sur l'oreiller vide.

Yaiza quitta la salle de bains sur la pointe des pieds, mais son corps tout entier vibrait encore de ce qu'elle avait entendu, de ce qu'elle avait imaginé, de ce qu'elle voulait maintenant, tout de suite, sans attendre.

Elle traversa le couloir comme une somnambule, comme si ses pieds connaissaient le chemin mieux que sa tête. Le carrelage frais, la petite table du salon où traînaient des verres et une bouteille de vin entamée, le canapé où ils s'étaient aimés la première fois, un dimanche après-midi pluvieux où tout Barcelone semblait s'être donné rendez-vous sous les nuages.

Elle s'arrêta devant la chambre, et regarda Antonio dormir. Il avait ce visage paisible des enfants qui rêvent de choses simples, ce visage qu'elle aimait tant, avec ses pommettes hautes et ses lèvres un peu trop pleines pour un homme. Il était beau, Antonio, d'une beauté méditerranéenne, tout en courbes et en ombres. Son corps long et mince, musclé juste comme il faut, reposait sous le drap léger qui dessinait ses contours.

Yaiza se défit de son pyjama, un geste machinal, comme si elle se débarrassait d'une peau devenue trop étroite. Elle resta nue, offerte à l'air tiède de la nuit, et glissa sous le drap aux côtés d'Antonio.

Il remua, marmonna quelque chose d'incompréhensible, et posa sa main sur sa hanche, par réflexe, par habitude. Cette main chaude, cette main qui connaissait son corps mieux qu'elle-même, qui avait appris à lire ses courbes, ses creux, ses secrets.

"Yaiza," murmura-t-il, sans ouvrir les yeux, "qu'est-ce que tu fais ? Il est deux heures du matin."

Elle ne répondit pas tout de suite. Elle se blottit contre lui, sentant la chaleur de son corps, l'odeur de sa peau, ce parfum mêlé de sueur et de sommeil qu'elle aimait tant. Sa main à elle descendit le long de son torse, effleurant les poils de sa poitrine, s'attardant sur la ligne qui descendait vers son ventre, vers ce qui commençait à bouger, à s'éveiller, à répondre à son toucher.

"Yaiza," répéta-t-il, sa voix un peu plus rauque, un peu moins endormie. "Les voisins, ils vont entendre. Et puis je travaille demain, moi."

Elle rit, un rire léger qui dansa sur sa peau. "Les voisins," murmura-t-elle, "justement, il faut que je te parle des voisins."

Il ouvrit les yeux, enfin. Dans l'obscurité, elle voyait briller ses pupilles, ces deux étoiles noires qui la regardaient comme on regarde un miracle qu'on ne mérite pas.

"Qu'est-ce qu'ils ont fait, les voisins ?" demanda-t-il, suspicieux.

Yaiza posa sa bouche contre son oreille, et elle commença à raconter. Elle lui raconta la voix de Maria, cette voix rauque qui disait "plus fort". Elle lui raconta le viking, son murmure guttural qui promettait des mondes. Elle lui raconta les bruits, les souffles, les gémissements, tout ce qu'elle avait entendu depuis la salle de bains, tout ce qui l'avait transformée, changée, ouverte.

Plus elle racontait, plus Antonio se tendait contre elle. Sa main, qui était restée sur sa hanche, se mit à bouger, à caresser son ventre, ses seins, sa nuque. Elle sentit son sexe durcir, se presser contre sa cuisse, une présence insistante qui demandait à être reconnue.

"Tu as entendu tout ça ?" demanda-t-il, sa voix devenue soudain très grave. "Et tu es restée là, à écouter ?"

"J'étais clouée au mur," avoua-t-elle. "Je ne pouvais pas bouger. Je ne voulais pas bouger."

Il la retourna, d'un geste brusque, la plaquant contre le matelas. Sa bouche trouva la sienne, un baiser vorace, affamé, comme s'il n'avait pas embrassé une femme depuis des mois. Ses dents mordaient sa lèvre inférieure, cette lèvre qu'il adorait mordre, qu'il adorait faire gonfler sous ses morsures.

"Tu es une cochonne," murmura-t-il contre sa peau. "Tu es ma petite cochonne à moi."

Elle rit encore, mais le rire se transforma en gémissement quand sa bouche descendit, quand ses dents rencontrèrent son cou, cette chair fragile qu'il savait si bien faire crier. Ses mains glissaient sur son corps, parcourant les courbes familières, s'arrêtant là où elles savaient que ça faisait le plus de bien.

"Ils ont fait tout ça ?" demanda-t-il, les lèvres sur sa gorge. "Ils ont fait tout ça, et tu es venue me raconter, me montrer ?"

"Je suis venue te demander de faire pareil," murmura-t-elle. "Je suis venue te demander de me prendre comme il a pris Maria. Je veux sentir ce qu'elle a senti."

Antonio se releva, la regarda. Dans l'obscurité, elle vit son sourire, ce sourire qu'il avait quand il allait faire quelque chose de défendu, de dangereux, d'irréversible.

"Tu es sûre ?" demanda-t-il. "Parce que quand je commence, j'arrête pas."

"Alors commence," répondit-elle.

Il ne se le fit pas dire deux fois. Il la retourna sur le ventre, d'une main experte, et sa bouche descendit le long de son dos, baisant chaque vertèbre, chaque courbe, chaque creux. Elle frissonna, un frisson qui partait de sa nuque et se répandait dans tout son corps comme une vague, comme une promesse.

Ses lèvres atteignirent ses fesses, et il mordit, doucement, dans la chair tendre, juste assez pour lui faire pousser un petit cri, ce cri qu'elle retenait toujours, ce cri qu'elle n'arrivait jamais à étouffer complètement.

"Fais du bruit," murmura-t-il. "Fais du bruit pour que tes voisins entendent. Qu'ils sachent que toi aussi, tu peux crier."

Et il la prit.

Yaiza poussa un cri, un vrai, un long cri qui déchira l'air de la chambre comme une lame. Sa tête se rejeta en arrière, ses mains s'agrippèrent aux draps, ses doigts cherchant une prise, un ancrage dans ce monde qui basculait.

Antonio était lent, au début, d'une lenteur exquise qui la faisait crier de frustration autant que de plaisir. Sa main caressait son ventre, ses doigts jouant avec son sexe, le caressant, le massant, le préparant à ce qui allait suivre.

"Comme ça ?" demanda-t-il, sa voix rauque contre son oreille. "Comme ça, la voisine, elle l'a aimé ?"

"Oui," haleta Yaiza. "Oui, comme ça. Plus fort maintenant. Plus profond."

Il obéit. Ses mouvements s'accélérèrent, devinrent plus puissants, plus profonds. Yaiza sentit son corps se soulever, se tendre, se préparer à l'explosion. Le drap sous ses doigts était trempé de sueur, et son souffle se faisait court, de plus en plus court.

"On va venir ensemble," murmura Antonio. "On va venir ensemble, comme ils sont venus ensemble."

"Oui," cria-t-elle, "oui, ensemble !"

Elle le sentit en elle, ce pic, ce moment où tout bascule, où le monde s'effondre et se reconstruit en même temps. Sa bouche s'ouvrit, et ce cri qu'elle avait retenu toute sa vie sortit enfin, un cri de jouissance pure, de libération totale, d'abandon absolu.

Elle l'entendit, elle l'entendit crier aussi, un cri profond, puissant, animal, qui semblait venir du plus profond de son être. Et ils s'effondrèrent ensemble, enlacés, collés l'un à l'autre, les corps encore parcourus de spasmes, les souffles mêlés, les peaux confondues.

Yaiza resta longtemps immobile, les yeux grands ouverts dans l'obscurité. Elle écoutait les battements du cœur d'Antonio, ce rythme régulier qui s'apaisait peu à peu. Elle sentait les gouttes de sueur perler sur son corps, cette humidité chaude qui la collait à lui, qui les rendait une seule chair, une seule présence.

"Alors," dit-elle enfin, sa voix rauque, "qu'est-ce que tu en penses ?"

Antonio rit, ce rire fatigué qu'il avait après l'amour, ce rire qui disait tout ce qu'il ne pouvait pas dire avec des mots.

"Je pense que si tous les voisins font du bruit, je vais bientôt pouvoir prendre ma retraite."

Elle le frappa doucement sur la poitrine. "Imbécile. Ce n'est pas ce que je te demande. Qu'est-ce que tu as pensé de Maria, de son viking, de leurs cris ? Est-ce que ça t'a excité ?"

Il s'arrêta de rire. Sa main, qui caressait machinalement son dos, se figea. Dans l'obscurité, Yaiza sentit qu'il la regardait, qu'il cherchait ses yeux, qu'il cherchait la vérité.

"Ça m'a excité," avoua-t-il. "Je ne sais pas pourquoi, mais ça m'a excité. Entendre ces cris, ces bruits, ça m'a fait imaginer des choses, des choses que je n'aurais jamais imaginées tout seul."

"Quelles choses ?" demanda-t-elle.

"Toi et moi," murmura-t-il. "Mais pas comme d'habitude. Toi et moi en train de faire tout ce qu'ils ont fait. Toi et moi en train d'être eux."

Yaiza se releva, le regarda. Elle était belle, dans ce demi-jour, belle d'une beauté qui n'appartenait qu'à elle, une beauté faite de contrastes et de promesses.

"Et si on continuait ?" proposa-t-elle.

Il la regarda, un sourire aux lèvres. "Je travaille demain," dit-il.

"Antonio," murmura-t-elle, "il y a un temps pour le travail, et un temps pour tout le reste. Le reste, c'est maintenant."

Il la regarda, longuement, comme s'il la voyait pour la première fois. Cette femme, cette créature étrange qui partageait sa vie, qui partageait son lit, qui partageait tout ce qu'il avait de plus précieux.

"Je te préviens," dit-il, "je ne vais pas être tendre."

"Je n'attends que ça," répondit-elle.

Il l'attrapa par les cheveux, d'un geste brusque, et elle poussa un petit cri, un cri qui n'était pas de douleur mais de surprise, de plaisir, d'attente.

Et il recommença.

Cette fois, il n'y eut pas de lenteur. Il la prit comme on prend une chose qui vous appartient, comme on prend ce qu'on a toujours voulu, comme on prend ce qu'on a cru ne jamais mériter. Sa bouche était partout, sur sa peau, sur ses lèvres, sur ces endroits qu'elle croyait avoir oubliés. Ses mains étaient des griffes, des ailes, des promesses.

Il la retourna, l'agenouilla, la prit par derrière. Elle sentit ses mains sur ses hanches, cette pression qui la maintenait en place, qui l'empêchait de s'enfuir, qui l'empêchait de faire autre chose que de subir, de ressentir, de jouir.

"Regarde," murmura-t-il, et il se pencha vers elle, "regarde tes voisins. Tu vois comment ils nous regardent ?"

Elle suivit son regard, et dans l'obscurité, elle vit le mur, ce mur qui la séparait de Maria et du viking. Mais dans son imagination, le mur n'existait plus, et Maria était là, la regardant, la jugeant, l'envieuse peut-être.

"Oui," haleta Yaiza, "elle nous regarde. Elle voit tout ce que tu me fais."

"Et tu veux qu'elle voie ? demanda Antonio. Tu veux qu'elle voie à quel point tu es à moi ?"

"Oui," cria Yaiza. "Oui, je veux qu'elle voie. Je veux qu'elle sache."

Il accéléra le rythme, plus fort, plus rapide, plus profond. Yaiza sentit son corps se tendre, se préparer, s'ouvrir. Les cris sortaient maintenant sans qu'elle puisse les contrôler, des sons qu'elle ne reconnaissait pas, des plaintes qui ressemblaient à des prières.

Antonio ne disait rien, mais son souffle était lourd, ses mains étaient des serres, son corps était une vague qui la submergeait, qui l'emportait, qui la noyait dans un océan de sensations.

"C'est toi qui es venue me chercher," murmura-t-il, "alors maintenant, assume."

Et elle assuma. Elle s'abandonna totalement, corps et âme, à cette danse primitive, à ce rituel aussi vieux que le monde. Plus rien n'existait que cette fusion, cette communion, cette déchirure qui était aussi une renaissance.

Elle vint en criant son nom, ce nom qu'elle avait choisi, ce nom qu'elle portait comme un drapeau, ce nom qui disait tout ce qu'elle était, tout ce qu'elle voulait être. Antonio vint derrière elle, un long gémissement qui semblait ne jamais devoir s'arrêter.

Et ils s'écroulèrent à nouveau, épuisés, comblés, vides.

Le silence retomba sur la chambre. La ville, dehors, avait cessé de respirer. Le frigo ronronnait dans la cuisine. Le temps s'était arrêté.

Yaiza était allongée sur le dos, le regard perdu dans le plafond. Elle sentait les dernières gouttes de sueur refroidir sur sa peau, cette sensation étrange de vide et de plénitude à la fois, comme après une longue maladie ou une longue traversée.

Antonio, à côté d'elle, respirait profondément. Sa main chercha la sienne, leurs doigts s'entrelacèrent.


"Bon Dieu," murmura-t-il, "je ne vais pas pouvoir me lever demain."

Elle rit, un rire fatigué mais heureux. "Considère ça comme un petit sacrifice pour ta chère Yaiza," dit-elle. "Ce petit cul ne valait-il pas la peine ?"

Il tourna la tête vers elle, un sourire dans les yeux. "Ce petit cul," répéta-t-il, "ce petit corps, cette petite femme, tout ça... Si je dois être crevé demain, alors que je sois crevé. Ça valait le coup."

Elle se blottit contre lui, sa tête sur son épaule. Elle écoutait les battements de son cœur, ce rythme qui ralentissait, qui retrouvait peu à peu son tempo normal.

"Tu te souviens de la première fois ? demanda-t-elle. La première fois que tu m'as vue ?"

"Tu te demandais où étaient les toilettes," dit-il. "Tu étais perdue dans ce bar de la Barceloneta. Je t'ai montré le chemin."

"Et tu m'as embrassée," murmura-t-elle. "Tu m'as embrassée avant même de savoir qui j'étais."

"Je savais qui tu étais," dit-il. "Je l'ai su tout de suite. Tu es une femme qui sait ce qu'elle veut, et qui n'a pas peur d'aller le chercher."

Elle rit encore. "Et tu n'as pas eu peur ? De ce que j'étais, de ce que j'allais devenir ?"

Il la serra plus fort contre lui. "J'ai eu peur," avoua-t-il. "J'ai eu peur de ne pas être à la hauteur. J'ai eu peur de ne pas savoir te donner ce que tu mérites. Mais j'ai été plus fort que ma peur. Et regarde où on est."

"Au lit," dit-elle, "à deux heures du matin, épuisés par les cris de nos voisins."

"Exactement," sourit-il. "Où d'autre voudrais-tu être ?"

Elle se leva, s'étira, sentant les courbatures naissantes, cette douleur exquise qui lui rappelait tout ce qu'ils avaient fait. Elle marcha jusqu'à la fenêtre, écarta un peu les persiennes.

Dehors, Barcelone s'étendait, ses toits rouges, ses coupoles, ses clochers. La Sagrada Familia veillait, lointaine, ses tours pointées vers le ciel comme des doigts qui imploraient Dieu. Au loin, on entendait le bruit de la mer, ce bruit qui ne s'arrêtait jamais, qui rythmait la ville depuis des siècles.

"J'aime cette ville," murmura-t-elle. "J'aime cette ville qui me dit que je peux être tout ce que je veux être."

Antonio vint derrière elle, posa ses mains sur ses épaules. "Tu peux tout être," dit-il. "Tu es tout ce que je veux."

Elle se retourna, le regarda. Il était nu, lui aussi, et dans la lumière naissante du petit matin, il était plus beau que jamais. Ce corps qu'elle connaissait si bien, ces yeux qui la regardaient avec tant d'amour, ces mains qui l'avaient tant caressée.

"Tu sais quoi ?" dit-elle.

"Quoi ?"

"Je veux recommencer."

Il rit, un rire fatigué mais complice. "Tu es une insatiable."

"Et alors ?" demanda-t-elle. "Tu veux que je m'arrête ?"

Il la prit dans ses bras, la souleva comme si elle ne pesait rien. "Non," dit-il, "je ne veux pas que tu t'arrêtes. Je ne veux jamais que tu t'arrêtes."

Il la porta jusqu'au lit, la déposa avec une douceur infinie. Il se pencha sur elle, et ses lèvres trouvèrent les siennes, ce baiser qui disait tout ce que les mots ne pouvaient pas dire.

"Je t'aime, Yaiza," murmura-t-il. "Je t'aime comme tu es, comme tu seras, comme tu as toujours été."

Les premiers rayons du soleil entraient par la fenêtre, posant des baisers de lumière sur leurs corps. Yaiza ferma les yeux, et sourit.

"Je t'aime aussi, Antonio," murmura-t-elle. "Maintenant, arrête de parler et montre-moi."

Et le temps s'arrêta à nouveau.

Les heures qui suivirent furent un long fleuve de caresses, de baisers, de gémissements. Ils firent l'amour comme si c'était la dernière fois, comme si le monde allait s'arrêter dans quelques instants. Ils explorèrent chaque parcelle de leur corps, chaque recoin de leur âme. Ils se racontèrent des histoires, des souvenirs, des secrets. Ils se promirent des choses, des voyages, des enfants.

À l'aube, quand les premiers bruits de la ville se firent entendre, ils étaient allongés dans les bras l'un de l'autre, épuisés, heureux, comblés.

La sonnerie du réveil les tira de cette douce torpeur. Antonio grogna, tâtonna pour éteindre ce bruit qui arrivait trop tôt.

"Mon Dieu," murmura-t-il, "on est lundi. Je dois aller travailler."

Yaiza rit, encore dans la brume du sommeil. "Va travailler," dit-elle. "Moi, je vais dormir encore un peu."

Il se leva, chercha ses vêtements. Elle le regardait faire, avec tendresse, avec émotion. Ce corps qu'elle connaissait si bien, ces gestes si familiers, cette vie qu'ils partageaient.

"Yaiza," dit-il, sur le pas de la porte, "tu me promets quelque chose ?"

"Quoi ?"

"Ce soir, si tu entends les voisins, tu viens me chercher."

Elle sourit. "Promis."

Et il partit.

Yaiza resta allongée, les yeux grands ouverts. Elle écoutait les bruits de la ville qui s'éveillait, les moteurs des voitures, les cris des vendeurs de rue, le chant des oiseaux sur les toits. Elle écoutait aussi les bruits de l'immeuble, les portes qui claquaient, les pas dans l'escalier, la vie qui reprenait ses droits.

Et soudain, elle entendit une porte s'ouvrir, à côté. Des pas sur le palier. Une voix de femme, la voix rauque de Maria.

"Ce soir, tu reviens ?" demandait Maria.

Une voix d'homme, grave, gutturale. "Ce soir, je reviens."

Et Yaiza sourit. Elle sourit à ce monde qui lui offrait tout, à cette vie qui n'avait pas toujours été tendre mais qui lui offrait maintenant tout ce qu'elle avait rêvé. Elle sourit à Antonio, qui était son ancrage, son refuge, son amour. Elle sourit à Maria et au viking, qui lui avaient offert ce don inattendu, cette étincelle qui avait ravivé la flamme de son désir.

Elle ferma les yeux, et elle dansa. Elle dansa dans son lit, encore nue, encore chaude, encore pleine de tout ce qu'elle avait vécu. Elle dansa pour elle, pour Antonio, pour Maria et son viking, pour tous les amants de Barcelone qui, en cette nuit d'été, avaient aimé, crié, joui.

La ville tournait autour d'elle, son rythme de toujours, son souffle infini. Et elle était là, au centre de ce tourbillon, une femme qui savait enfin qui elle était, qui elle voulait être, qui elle allait devenir.

Les murs de Barcelone étaient épais, mais les murs de l'amour étaient plus forts. Ils nous protègent des regards, mais ils ne peuvent rien contre les sons, contre les vibrations, contre ce qui passe à travers eux, contre ce qui nous unit malgré tout, contre ce qui fait de nous des êtres de désir, de plaisir, de vie.

Yaiza s'endormit en souriant, bercée par le bruit des vagues qui venaient mourir sur la côte de la Barceloneta, par le chant des oiseaux, par les battements de son propre cœur.

Et elle rêva. Elle rêva qu'elle était Maria, qu'elle était Antonio, qu'elle était le viking. Elle rêva qu'elle était toutes les femmes et tous les hommes de Barcelone, réunis dans une seule et même étreinte, une seule et même jouissance, une seule et même prière.

Elle rêva d'amour. Elle rêva de vie.

Quand elle se réveilla, le soleil était haut dans le ciel, la lumière traversait les persiennes en rayons dorés. Elle s'étira, sentit les courbatures, cette douleur agréable qui lui rappelait tout ce qu'elle avait fait.

Elle se leva, marcha jusqu'à la salle de bains. Elle se regarda dans le miroir, ce miroir qui avait été le témoin de tant de secrets, de tant de confessions, de tant d'abandons.

Elle se trouva belle. Elle se trouva forte. Elle se trouva vivante.

Elle releva la tête, regarda le mur qui la séparait des voisins. Ce mur qui avait été si fin, si transparent, si poreux.

Et elle sourit.

"Ce soir," murmura-t-elle, "ce soir, je viendrai t'écouter à nouveau, Maria. Et Antonio viendra avec moi. On écoutera ensemble. On écoutera vos cris, vos gémissements, vos prières. On écoutera tout ce que vous avez à nous donner. Et après, on se donnera à notre tour."

Elle posa sa main sur le mur, une main ouverte, une main qui offrait, qui recevait.

"On est voisins," murmura-t-elle. "On est amants. On est des êtres humains qui cherchent l'amour, qui cherchent le plaisir, qui cherchent la vie. Et on la trouve, parfois, dans les endroits les plus inattendus. Dans les murs les plus fins. Dans les nuits les plus noires. Dans les corps les plus blessés."

Elle se retourna, regarda la chambre, le lit encore défait, les draps froissés, les traces de leur amour.

"Antonio," murmura-t-elle, "mon amour. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi. Je ne sais pas qui je serais sans toi."

Elle se souvint de leur rencontre, de leur premier baiser, de leur première fois. Elle se souvint de toutes les nuits, de toutes les promesses, de tous les combats.

Elle se souvint de ce jour où elle avait décidé de devenir qui elle était vraiment, ce jour où elle avait choisi la vie, ce jour où elle avait choisi l'amour.

"Je t'aime, Antonio," murmura-t-elle. "Je t'aime pour toujours."

Elle retourna au lit, s'y allongea. Elle ferma les yeux, et elle attendit.

Elle attendit le retour de son amour, le retour de la nuit, le retour de Maria et de son viking.

Elle attendit que la vie se remette à couler, à danser, à crier.

Et elle sourit.

Barcelone était belle. La vie était belle. L'amour était beau.

Elle était Yaiza, elle était une femme, elle était vivante.

Et ça valait bien toutes les nuits du monde.





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Le Dompteur de Cœurs Sauvages (nouvelle)

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Le Dompteur de Cœurs Sauvages





Le bus cahotait sur la route départementale, soulevant des nuages de poussière dorée qui venaient lécher les vitres poussiéreuses. Blake, le front collé contre la fraîcheur relative du carreau, regardait défiler le paysage de son enfance. Les champs de tournesols, immenses et jaunes, semblaient saluer son retour, leurs têtes lourdes et inclinées sous le poids du soleil de juin. Il avait oublié à quel point l’air ici pouvait être épais, chargé de l'odeur sucrée du foin coupé et de la terre chaude. Un parfum de nostalgie, un arôme de déracinement.

Il avait changé. En trois ans d’université, loin de cette petite ville endormie, Blake s’était découvert, s’était taillé une nouvelle identité, loin des sentiers battus de son adolescence. Il portait aujourd’hui un t-shirt bleu ciel, un peu trop grand, qui glissait sur une de ses épaules, dévoilant une fine bretelle de soutien-gorge en dentelle blanche. Son short en jean, coupé haut, laissait voir ses longues jambes fines et bronzées, parfaitement épilées. Ses cheveux, qu’il avait laissés pousser, formaient une cascade de boucles châtain clair, encadrant un visage qu'il maquillait désormais d’une touche subtile de fard à paupières rose et d'un rouge à lèvres nude et brillant. Il était un garçon, oui, mais un garçon qui aimait les jupes, les paillettes et la douceur des matières soyeuses. Il était Blake, tout simplement.

Sa mère l’avait accueilli à l’arrêt de bus, les bras grands ouverts, les yeux humides. Son père, plus réservé, lui avait serré la main avec une fierté mal dissimulée, avant de le prendre dans une brève accolade. La maison familiale, avec son jardin fleuri et sa petite clôture blanche, était un refuge immuable. Mais Blake sentait une dissonance. Les murs de sa chambre d’enfant, toujours recouverts d’affiches de groupes de rock qu’il n’écoutait plus, lui semblaient trop petits. Il avait l’impression d’avoir grandi, pas seulement en taille, mais en âme, et que cet espace, pourtant familier, ne pouvait plus le contenir entièrement.

Le premier soir, alors qu’il sirotait une limonade sur la véranda, il le vit. William. Son voisin d’à côté, l’homme qui avait été son héros d’enfance, celui qui lui apprenait à réparer sa bicyclette, qui le portait sur ses épaules pour voir les feux d’artifice, celui à qui il racontait tous ses secrets d’adolescent. Il était dans son jardin, arrosant des géraniums. Le soleil couchant jouait dans sa courte barbe brune, parsemée de quelques fils gris, et éclairait la musculature de ses bras, que son simple t-shirt blanc moulait parfaitement. Il avait toujours été beau, William, d’une beauté sereine et robuste. Mais aujourd’hui, en le voyant, Blake sentit un frisson différent, une onde de chaleur qui ne venait pas de la tiédeur estivale.

William leva la tête et leur regard se croisa. Un large sourire éclaira son visage fatigué, creusant ses rides du rire aux coins des yeux. Il posa son arrosoir et fit quelques pas vers la clôture.

« Blake ! » Sa voix, chaude et grave, était un baume. « Je me disais bien que tu arriverais aujourd’hui. La mère de Mike n’arrêtait pas de jacasser à ce sujet. »

Blake se leva, son cœur battant la chamade. Il s’approcha de la clôture, un sourire gêné aux lèvres. « Salut, Will. Tu as l’air en pleine forme. »

« Toi par contre, tu as l’air d’un vrai petit prince de la ville », plaisanta William, son regard s’attardant une seconde de trop sur la bretelle de dentelle, sur le brillant des lèvres de Blake. Il y avait dans ses yeux une lueur nouvelle, une curiosité qui fit rougir Blake jusqu’aux racines de ses cheveux. « Tu as tellement changé... En bien, bien sûr », ajouta-t-il rapidement, comme s’il avait peur d’avoir offensé.

Ils parlèrent quelques minutes. William lui demanda des nouvelles de ses études, de la grande ville. Mais Blake percevait une ombre au fond de ses yeux, une lassitude que William tentait de masquer par un sourire trop enjoué. La maison de William, juste derrière lui, était silencieuse et sombre. La mort de Sarah, sa femme, deux ans plus tôt, avait laissé un vide béant dans ce foyer.

Quelques jours passèrent. Le rythme estival s’installait, paresseux et enivrant. Blake et William se voyaient souvent, par-dessus la clôture, pour des conversations anodines qui duraient des heures. Ils avaient même partagé un barbecue chez les parents de Blake. Mais Blake était devenu hyper-conscient de chaque geste de William, de la manière dont ses doigts s’enroulaient autour d’une canette de bière, de la façon dont son regard se perdait parfois sur lui lorsqu'il s’étirait au soleil. L’attirance était là, électrique, palpable, comme un troisième protagoniste silencieux entre eux.

Un après-midi, alors qu’ils étaient tous les deux dans le jardin de Blake, William finit par aborder le sujet. Il était assis sur la balancelle, ses coudes posés sur ses genoux, le menton dans ses mains.

« Je vais sortir samedi soir », dit-il soudain, les yeux fixés sur l’herbe.

« Ah bon ? » fit Blake, feignant la désinvolture, son cœur se serrant.

« Oui. Une amie à moi, enfin, une collègue de la bibliothèque, m’a invité à dîner. Juste un dîner entre amis, tu vois… » Il se racla la gorge, mal à l’aise. « En fait, elle est très gentille, elle s’appelle Laura, et… je me suis dit que ça me ferait du bien. Ça fait deux ans, après tout. »

« C’est super, Will », mentit Blake. Un nœud d’angoisse se forma dans son ventre. « Il est temps que tu te fasses un peu de bien. »

William leva les yeux vers lui, un sourire reconnaissant, mais triste, sur les lèvres. « Le problème, c’est Amy. Elle a huit ans, tu sais, elle est encore petite, et elle ne veut pas que je la laisse avec une baby-sitter inconnue. Elle a peur. Mais avec toi, elle s’entend bien, non ? Elle te trouve trop beau avec tes… » il chercha ses mots, « avec tes tenues de paillettes. »

Blake ne put s’empêcher de rire, un rire nerveux. « Amy est adorable. Oui, bien sûr, je veux bien la garder samedi. Ça me fera plaisir. »

Le visage de William s’illumina d’un soulagement si pur que Blake sentit une douceur aigre lui percer le cœur. Il était prêt à se sacrifier pour cet homme, à jouer le rôle du bon petit voisin, du Femboy Babysitter, juste pour le voir sourire.

Le samedi soir arriva. William avait préparé un repas pour Amy et avait laissé des instructions détaillées sur un papier. Il était vêtu d’un polo bleu marine qui faisait ressortir ses yeux, d’un jean propre et d’une veste en toile. Il sentait bon l’après-rasage et le propre. Il était magnifique. Blake, quant à lui, avait choisi une jupe en jean courte, un haut en résille noir sur un débardeur blanc, et s’était maquillé d’un trait d’eyeliner noir et d’un rouge à lèvres framboise. Le contraste entre leurs deux mondes était saisissant.

« Tu es… vraiment très élégant ce soir, Blake », murmura William, un peu intimidé, en l’embrassant sur les deux joues. « Amy est dans sa chambre, elle te montrera ses dessins. Je devrais rentrer vers minuit. Merci, du fond du cœur. »

La porte se referma sur lui. Amy, une petite fille à la frange brune et aux grands yeux curieux, sortit immédiatement de sa chambre. « Blake ! Tu es venu avec des paillettes sur les yeux ! » s’exclama-t-elle. Elle l’attrapa par la main et l’entraîna dans son univers de princesses et de licornes. Ils dessinèrent, regardèrent un film d’animation, et mangèrent des cookies. Amy était une enfant douce et intelligente, mais Blake percevait en elle la même fragilité que chez son père. Elle parlait de sa maman avec une mélancolie d’adulte, disant qu’elle était une étoile qui veillait sur eux.

Vers 22 heures, Blake installa Amy dans son lit. Alors qu’il se penchait pour l’embrasser sur le front, elle lui chuchota : « Tu es mon préféré, Blake. Même plus que Laura. »

Il ferma la porte et retourna dans le salon, un sourire aux lèvres. La maison était calme. Il s’assit sur le canapé, un verre d’eau à la main. Il avait envie de pleurer. Pourquoi était-il si attaché à cette famille ? Pourquoi son cœur se serrait-il à la pensée que William était en train de dîner avec une autre femme ? Il était ridicule. Il n’était qu’un voisin, un ami d’enfance, un garçon excentrique qui se déguisait en fille pour se sentir lui-même.

Il se leva et commença à errer dans la maison. Il voulait un peu de cet univers, un peu de lui. Il s’arrêta devant la bibliothèque. Une photo sur la cheminée attira son regard : un William plus jeune, le sourire éclatant, tenant dans ses bras une femme souriante et une petite Amy, bébé. C’était Sarah. Elle était belle. Blake se sentit soudain comme un intrus dans un sanctuaire. Il allait se détourner quand il aperçut le petit carnet, juste à côté de la photo, à moitié caché par une pile de livres.

Ce n’était pas un journal intime, plutôt un carnet de notes, un agenda professionnel peut-être. Mais il était ouvert sur une page où quelques lignes étaient écrites à la main. Il n’aurait pas dû regarder. Mais la curiosité, ou plutôt un besoin viscéral de comprendre l’homme qu’il aimait, fut plus fort.

"M. 15 juin. Laura est une femme très gentille, intelligente. Le dîner s’est bien passé. Le dîner fut agréable. Mais je n’ai pensé qu’à lui. À son rire, à ses yeux. Pourquoi ai-je accepté ce dîner alors que je ne peux pas arrêter de penser au garçon d’à côté, avec ses paillettes et son sourire lumineux ? J’ai la quarantaine, je suis un homme brisé, et je suis amoureux de Blake, le petit voisin qui est devenu un homme si… si différent. Je suis un idiot. Il a toute la vie devant lui. Je ne peux pas lui imposer mes fardeaux."

Le monde s’écroula autour de Blake. Le verre d’eau qu’il tenait à la main trembla, un peu d’eau se renversa sur le bois de la cheminée. Il relut le passage, encore et encore. William… William ressentait la même chose que lui. Les mots dansaient devant ses yeux, une douleur et une joie si violentes qu’il crut qu’il allait s’évanouir. Il n’était pas seul dans son tourment. Ce n’était pas un amour à sens unique.

Il reposa le carnet, exactement dans la position où il l’avait trouvé, et recula. Son esprit tournait à cent à l’heure. Que devait-il faire ? Allait-il lui dire ? Il était trop tôt, c’était la première fois que William sortait depuis deux ans, il ne pouvait pas ruiner cela. Mais l’information était là, brûlante, et elle changeait tout.

Il se rassit sur le canapé, le cœur battant la chamade. Il devait se calmer. Il ferma les yeux, tentant de reprendre son souffle. Mais la seule image qui lui venait était celle de William, sa façon de le regarder, sa voix grave, sa main si large et si chaude…

Le cliquetis de la serrure le tira de ses pensées. Il sursauta. William rentrait. Il était plus tôt que prévu. La porte s’ouvrit et William apparut. Son visage était fermé, un peu las. Il n’avait pas l’air d’avoir passé une bonne soirée.

« Will ? Tout va bien ? » demanda Blake en se levant, son cœur encore affolé, mais pour une toute autre raison.

William ôta sa veste, la jeta sur une chaise. « Oui, oui, très bien. La soirée était… sympa. Laura est une femme très gentille. » Il s’arrêta, son regard tombant sur Blake. Il sembla remarquer l’agitation sur son visage, le tremblement presque imperceptible de ses mains. « Qu’est-ce qu’il y a ? Amy va bien ? »

« Amy va très bien, elle dort comme un ange. »

« Alors qu’est-ce qui te fait cet air ? » s’enquit William en s’approchant. « Tu as l’air de quelqu’un qui a vu un fantôme. »

Blake détourna le regard, sentant les larmes lui monter aux yeux. Il ne pouvait pas lui mentir. Pas après avoir lu ces mots.

« Je suis désolé, Will », dit-il, la voix étranglée. « Je n’aurais pas dû. Je suis allé dans la bibliothèque, j’ai vu le carnet… près de la photo… »

Le visage de William se décomposa. Il devint pâle comme un linge. Il comprit. Il savait. « Oh non », murmura-t-il, passant une main dans ses cheveux. « Oh non, Blake, il ne fallait pas. Tu n’aurais pas dû lire ça. »

« Will, je… » commença Blake, mais William l’interrompit.

« Non, écoute-moi », dit-il, sa voix tremblante de colère et d’humiliation. « Ce que j’ai écrit, ce sont des pensées stupides. Des élucubrations d’un vieux con qui n’arrive pas à tourner la page. Ce n’est pas… ce n’est pas réel. Je suis confus, c’est tout. Tu es si jeune, tu es… tu es une promesse pour l’avenir. Je suis un père célibataire, un veuf, une épave. »

« Ne dis pas ça ! » s’écria Blake, une larme roulant sur sa joue, emportant un peu de son fard à joues. « Ne dis jamais que tu es une épave. Tu es l’homme le plus fort, le plus gentil que je connaisse. Et ce que tu as écrit, ce n’est pas une élucubration, c’est la vérité. Je le sais. Parce que je ressens la même chose. »

William le regarda, les yeux écarquillés. Il ne bougea pas d’un centimètre, comme pétrifié par la déclaration.

« Will », reprit Blake en faisant un pas vers lui, ses talons cliquetant doucement sur le parquet. « Depuis que je suis rentré, tout ce que je vois, c’est toi. Je voulais garder ça pour moi, j’ai essayé, je te jure. J’ai cru que c’était juste un crush, une réminiscence de l’enfance. Mais c’est plus fort que ça. C’est dans chaque battement de mon cœur. »

Un silence assourdissant tomba entre eux. Seul le tic-tac d’une vieille pendule brisait l’immobilité de la pièce. William restait là, son regard lourd, indéchiffrable. Puis, ses épaules s’affaissèrent. La colère avait disparu, ne laissant place qu’à une vulnérabilité profonde.

« Tu es sûr de ça ? » demanda-t-il enfin, sa voix rauque, presque un murmure. « Je ne pourrais pas supporter l’idée que ce n’est que de la pitié, ou un jeu d’été. »

Blake s’approcha encore plus près. Il pouvait sentir l’odeur de son parfum, un mélange de bois et de cèdre. Il pouvait voir les veines bleues sous la peau fine de ses tempes.

« Regarde-moi, Will », dit-il doucement. « Est-ce que j’ai l’air de jouer ? »

Il leva une main tremblante et la posa sur la joue de William, sa peau lisse et chaude sous ses doigts. William ferma les yeux, se laissant aller à la caresse, comme s’il buvait enfin une gorgée d’eau après une longue traversée du désert.

« Je t’aime, William », murmura Blake, les mots s’échappant de ses lèvres comme un secret longtemps retenu. « Je ne sais pas ce que ça implique, je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve, mais je t’aime. C’est la seule chose dont je sois certain. »

Un son rauque s’échappa de la gorge de William. Une sorte de sanglot étouffé. Il ouvrit les yeux, et Blake y vit une tempête d’émotions : de la peur, de l’espoir, un désir immense et brûlant. Il n’eut pas le temps d’ajouter un mot. William s’était penché, et ses lèvres avaient capturé les siennes.

Le baiser n’était pas timide, pas hésitant. Il était passionné, brutal même, la libération de deux ans de silence, de deux ans de deuil et de désir refoulé. Les lèvres de William étaient fermes, sa barbe râpait délicatement la peau douce de Blake. Ce n’était pas un baiser de vieil ami, c’était un baiser d’amant. Il exprimait tout ce que William n’avait pas pu dire, toute la frustration, tout le désir qu’il avait enterré sous des couches de culpabilité.

Blake s’abandonna, ses doigts s’accrochant à l’épaule de l’homme, à ce corps robuste qu’il avait tant fantasmé. La bouche de William s’ouvrit, sa langue cherchant la sienne avec une faim insatiable. Blake l’accueillit, son propre désir s’embrasant, liquéfiant toute retenue.

Quand ils se séparèrent, ils étaient tous les deux essoufflés. William tenait le visage de Blake entre ses mains, comme s’il était un objet précieux qu’il avait peur de briser.

« Blake », souffla-t-il, son regard brillant d’une lueur intense. « Mon Dieu, Blake… Je t’ai regardé tant de fois, je t’ai fantasmé tant de fois. Tu ne sais pas ce que tu me fais. »

« Je crois que si », répondit Blake, un sourire nerveux aux lèvres, sa poitrine se soulevant sous son haut en résille. « Montre-moi. »

Ce fut l’étincelle. William l’embrassa de nouveau, plus profondément, plus sauvagement, tandis que ses mains commençaient à explorer le corps mince de Blake. Elles caressèrent ses hanches, ses cuisses nues, descendirent sous sa jupe pour palper la chair ferme de ses fesses. Blake gémit contre sa bouche, ses propres mains s’aventurant sous le polo de William, touchant la peau chaude, les muscles durs de son ventre. Il sentit la réaction physique de William, son désir pressant contre sa hanche, et un frisson de pouvoir le traversa.

William le souleva comme s’il ne pesait rien, le portant jusqu’au canapé. Il le déposa sur les coussins, se penchant au-dessus de lui, dévorant son cou, ses épaules, la naissance de sa poitrine. Il mordilla la fine bretelle de dentelle, la repoussant du bout des dents, tandis que sa main remontait le long de la cuisse de Blake, attisant le feu déjà insoutenable sous sa jupe.

« Will… » gémit Blake, la tête renversée en arrière, s’offrant entièrement à ses caresses. Il se sentait vulnérable et puissant à la fois. Il aimait la façon dont William le regardait, comme s’il était le spectacle le plus fascinant du monde.

William se redressa un instant, son regard brûlant. Il était magnifique, sa barbe ébouriffée, les muscles de ses avant-bras saillants. Sans un mot, il fit glisser la jupe de Blake, révélant ses longues jambes, puis sa culotte en dentelle noire, qui laissait à peine deviner la forme de son sexe, dur et pressant contre le tissu. Il sembla captivé par ce contraste, par cette féminité assumée qui abritait une virilité évidente. Il laissa ses doigts tracer le contour de la dentelle, un sourire admiratif aux lèvres.

« Tu es si beau, Blake », murmura-t-il. « Tellement… parfait. »

Il se pencha et planta un baiser brûlant sur le ventre de Blake, juste au-dessus de la culotte, tandis que ses doigts caressaient l’intérieur de ses cuisses, de plus en plus haut, de plus en plus près. Blake arquait le dos, ses doigts se crispant sur les cheveux de William. La sensation était divine, une promesse de plaisir. William écarta le tissu de la culotte, et sa bouche le remplaça, embrassant, léchant, goûtant chaque centimètre de Blake, le faisant gémir et trembler. Il le prit dans sa bouche, expert et lent, le faisant planer au bord de l’extase avant de le ramener doucement à la réalité, ses doigts jouant avec son sexe, le caressant, le préparant.

« Je veux te sentir, Blake », souffla William, sa voix rauque de désir. « Je veux être en toi. »

Il se défit de son jean et de son caleçon. Blake le regarda, ses yeux s’écarquillant. Le désir de William était là, imposant, prêt. Une vague de peur et de désir l’envahit, mais il fit confiance à cet homme, comme il lui avait toujours fait confiance. Il hocha la tête, attirant William vers lui.

« Tout doux, Will », murmura-t-il. « C’est… c’est la première fois que je… »

Les yeux de William s’adoucirent. Il l’embrassa avec une infinie tendresse, lui murmurant des paroles rassurantes, des « je suis là », des « je te veux ». Ses doigts, enduits d’un lubrifiant trouvé dans la table basse, commencèrent à préparer Blake, avec une lenteur et une patience qui firent fondre l’adolescent. Il sentait chaque doigt, chaque pression, chaque caresse, son corps répondant à l’intrusion avec une surprise mêlée de plaisir intense.

« Maintenant », supplia Blake, sa voix étranglée.

William s’aligna sur lui, le regardant dans les yeux. Il s’enfonça en lui, lentement, centimètre par centimètre. Blake sentit une brûlure aiguë, une plénitude presque insoutenable, mais il y avait aussi William, son souffle chaud sur son visage, ses lèvres effleurant les siennes, qui le maintint ancré dans la réalité. Une fois que William fut complètement en lui, il s’arrêta, les deux hommes respirant profondément.

« Tu es bien ? » murmura William, un filet de sueur perlant à son front.

« Oui… oui, bouge », répondit Blake, haletant.

Et William bougea. Il commença par des mouvements lents, profonds, qui faisaient vibrer Blake de l’intérieur. La douleur initiale s’estompa, remplacée par une sensation de chaleur, de plénitude, de connexion pure. Les gémissements de Blake encouragèrent William à accélérer, ses mouvements devenant plus amples, plus vigoureux. Le canapé grinçait sous leur poids. Ils n’étaient plus deux individus, mais un seul être, mû par un même rythme.

Blake était perdu dans un océan de sensations. Il sentait le poids de William sur lui, ses muscles se tendre et se détendre, ses mains tenant fermement ses hanches. Il voyait le visage de William, tordu par le plaisir, ses yeux noirs de désir. Il se sentait aimé, désiré, possédé. L’orgasme monta en lui comme une vague puissante, inévitable. Il s’accrocha à William en criant son nom, son corps se cambrant, libérant la pression accumulée. William, sentant la jouissance de Blake, le suivit presque aussitôt, s’enfonçant une dernière fois en lui avec un grognement sourd.

Ils restèrent ainsi, enlacés, haletants, le cœur battant à tout rompre. La sueur collait leurs peaux l’une à l’autre. William avait enfoui son visage dans le cou de Blake, y déposant des baisers apaisants.

« Je ne savais pas… » commença William, la voix encore rauque. « Je ne savais pas que ça pouvait être comme ça. »

« Moi non plus », répondit Blake, une larme silencieuse coulant sur sa joue. Ce n’était pas une larme de tristesse, mais de soulagement, d’un bonheur si grand qu’il faisait presque mal.

Ils se séparèrent doucement. William s’allongea à côté de lui, l’attirant contre sa poitrine. Leurs corps s’ajustèrent l’un à l’autre comme des pièces d’un puzzle. La pièce était silencieuse, en dehors de leur respiration qui revenait peu à peu à la normale.

Après un long moment, Blake parla, sa voix un chuchotement. « Et maintenant ? Qu’est-ce qu’on fait ? »

Il sentit le corps de William se tendre légèrement, puis se détendre aussitôt. L’homme caressa ses cheveux, les enroulant autour de ses doigts.

« Je ne sais pas », avoua-t-il. « Je sais que je t’aime, Blake. Ça, je le sais. Et je sais que je veux être avec toi. Mais je suis un père, j’ai des responsabilités. Et j’ai une vie compliquée. »

« Je ne te demande pas de m’épouser demain matin, Will », dit Blake en levant les yeux vers lui, une lueur amusée dans le regard. « Je te demande juste une chance. Je veux être là pour toi, pour Amy. Je n’ai pas peur de ta vie compliquée. C’est ta vie, c’est toi. »

William le regarda longuement, le visage illuminé par un sourire qui n’était pas celui d’un homme brisé, mais celui d’un homme qui recommençait à espérer.

« Tu es quelqu’un d’extraordinaire, tu sais ça ? » murmura-t-il. « Quand tu es arrivé cet été, en voisin timide, je ne savais pas que je t’attendais. Mais c’était le cas. J’étais en train de me noyer, et tu m’as tendu la main. »

Blake se blottit un peu plus contre lui. « C’est toi qui m’as appris à nager, quand j’étais petit, à la piscine municipale », dit-il en souriant.

William rit, un rire profond et sincère. « C’est vrai. » Il l’embrassa sur le front. « Alors… c’est parti. On va apprendre à nager ensemble, dans cette nouvelle vie. »

Le lendemain matin, Blake se réveilla en sursaut. La lumière du jour filtrait à travers les rideaux. Il était nu, enlacé à William, qui dormait encore paisiblement, sa respiration calme. Il se souvint de tout, un sourire béat aux lèvres. Puis un bruit de pas dans le couloir lui rappela soudain la réalité. Amy.

Il se leva en silence, enfila son t-shirt et sa jupe, et se dirigea vers la salle de bain. Il se maquilla rapidement, tentant de masquer les traces de la nuit passée. Quand il sortit, Amy était déjà dans la cuisine, en pyjama, en train de verser des céréales dans un bol.

« Blake ! » s’exclama-t-elle. « T’as dormi ici ? Papa a dit que tu ne restais pas. »

Son père, qui était entré à ce moment-là, les cheveux en bataille, leva les yeux vers Blake. Il sembla hésiter une seconde, une flamme complice dans ses yeux, puis il se tourna vers sa fille.

« En fait, ma puce, Blake est resté parce qu’on a beaucoup parlé », dit-il, avec un sourire malicieux. « Et, euh, on a décidé une chose. Blake, ça te dirait de venir souvent avec nous ? À la piscine, au parc, ce genre de choses ? »

Amy ouvrit de grands yeux. « Comme un copain à toi, papa ? »

William jeta un regard à Blake. Un regard qui disait tout. Puis, se tournant vers sa fille, il répondit : « Oui, un peu comme ça. Tu veux bien ? »

Amy sauta sur son père, puis sur Blake, les serrant tous les deux dans ses bras. « Génial ! Alors on va faire de la purée de licorne ! »

Ce fut le début d’un été nouveau. Les jours passèrent entre balades et soirées en famille. Ils allèrent à la plage, où Blake, dans un maillot de bain deux pièces audacieux, avait fait tourner les têtes, et où William l’avait protégé des regards trop appuyés d’une main possessive sur ses fesses. Ils allèrent au parc d’attractions, où Amy eut la nausée après le grand huit, et où Blake et William l’avaient soignée avec des gaufres et des sourires. Ils étaient un trio inhabituel, mais un trio soudé. Blake faisait ses devoirs d’été sur la table de la cuisine pendant que William préparait le dîner, un rituel doux et paisible.

Le soir, quand Amy était couchée, leurs corps parlaient le langage du désir et de l’amour. Sur le canapé, dans la chambre, à l’ombre des arbres du jardin, ils exploraient leur passion avec une intensité nouvelle. Leurs ébats étaient à l’image de leur relation : parfois tendres, parfois sauvages, toujours empreints d’une connexion profonde.

Une nuit, sous un ciel étoilé, alors qu’ils faisaient l’amour dans l’herbe haute du jardin, William s’arrêta, le corps de Blake tendu sous lui, pour lui chuchoter à l’oreille : « Je t’aime, mon petit félin sauvage. »

Et Blake, dans un murmure, lui répondit : « Je t’aime, mon dompteur de cœur. »

L’été touchait à sa fin. Blake savait qu’il devait bientôt prendre une décision concernant ses études. Mais un matin, alors qu’il prenait son café avec William sur la terrasse, ce dernier lui prit la main.

« J’ai réfléchi toute la nuit », dit-il. « Je ne veux pas que ce soit une aventure d’été. Je veux que ce soit une histoire qui dure. Je sais que tu as des projets, que tu es jeune, et que je ne dois pas t’enfermer. Mais sache une chose : quelle que soit ta décision, ma maison sera toujours ta maison. »

Blake le regarda, sentant son cœur s’emplir de cette chaleur qu’il avait tant cherchée. Leur histoire n’avait pas commencé par un simple coup de foudre. Elle avait germé dans l’enfance, avait grandi dans l’absence, et avait éclos dans l’été. C’était le récit de deux âmes qui s’étaient trouvées, malgré les conventions, malgré la douleur du passé. C’était l’histoire d’un cœur brisé qui apprenait à battre à nouveau, et d’un esprit sauvage qui avait trouvé son refuge.

« Alors », dit Blake, un sourire espiègle aux lèvres, en se penchant pour embrasser son amant, « on va bien voir où ce chemin nous mène. »

Et alors qu’ils s’embrassaient, la porte s’ouvrit sur Amy qui arrivait en courant, ses dessins à la main, pour leur montrer sa dernière création. Une licorne qui portait un cœur sur sa corne, et deux petites figurines à l’intérieur, qu’elle avait baptisées « Papa et Blake ». Et tout cela, c’était leur été. Leur été pour toujours.






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