Translate

Le Dompteur de Cœurs Sauvages (nouvelle)

.


.
Le Dompteur de Cœurs Sauvages





Le bus cahotait sur la route départementale, soulevant des nuages de poussière dorée qui venaient lécher les vitres poussiéreuses. Blake, le front collé contre la fraîcheur relative du carreau, regardait défiler le paysage de son enfance. Les champs de tournesols, immenses et jaunes, semblaient saluer son retour, leurs têtes lourdes et inclinées sous le poids du soleil de juin. Il avait oublié à quel point l’air ici pouvait être épais, chargé de l'odeur sucrée du foin coupé et de la terre chaude. Un parfum de nostalgie, un arôme de déracinement.

Il avait changé. En trois ans d’université, loin de cette petite ville endormie, Blake s’était découvert, s’était taillé une nouvelle identité, loin des sentiers battus de son adolescence. Il portait aujourd’hui un t-shirt bleu ciel, un peu trop grand, qui glissait sur une de ses épaules, dévoilant une fine bretelle de soutien-gorge en dentelle blanche. Son short en jean, coupé haut, laissait voir ses longues jambes fines et bronzées, parfaitement épilées. Ses cheveux, qu’il avait laissés pousser, formaient une cascade de boucles châtain clair, encadrant un visage qu'il maquillait désormais d’une touche subtile de fard à paupières rose et d'un rouge à lèvres nude et brillant. Il était un garçon, oui, mais un garçon qui aimait les jupes, les paillettes et la douceur des matières soyeuses. Il était Blake, tout simplement.

Sa mère l’avait accueilli à l’arrêt de bus, les bras grands ouverts, les yeux humides. Son père, plus réservé, lui avait serré la main avec une fierté mal dissimulée, avant de le prendre dans une brève accolade. La maison familiale, avec son jardin fleuri et sa petite clôture blanche, était un refuge immuable. Mais Blake sentait une dissonance. Les murs de sa chambre d’enfant, toujours recouverts d’affiches de groupes de rock qu’il n’écoutait plus, lui semblaient trop petits. Il avait l’impression d’avoir grandi, pas seulement en taille, mais en âme, et que cet espace, pourtant familier, ne pouvait plus le contenir entièrement.

Le premier soir, alors qu’il sirotait une limonade sur la véranda, il le vit. William. Son voisin d’à côté, l’homme qui avait été son héros d’enfance, celui qui lui apprenait à réparer sa bicyclette, qui le portait sur ses épaules pour voir les feux d’artifice, celui à qui il racontait tous ses secrets d’adolescent. Il était dans son jardin, arrosant des géraniums. Le soleil couchant jouait dans sa courte barbe brune, parsemée de quelques fils gris, et éclairait la musculature de ses bras, que son simple t-shirt blanc moulait parfaitement. Il avait toujours été beau, William, d’une beauté sereine et robuste. Mais aujourd’hui, en le voyant, Blake sentit un frisson différent, une onde de chaleur qui ne venait pas de la tiédeur estivale.

William leva la tête et leur regard se croisa. Un large sourire éclaira son visage fatigué, creusant ses rides du rire aux coins des yeux. Il posa son arrosoir et fit quelques pas vers la clôture.

« Blake ! » Sa voix, chaude et grave, était un baume. « Je me disais bien que tu arriverais aujourd’hui. La mère de Mike n’arrêtait pas de jacasser à ce sujet. »

Blake se leva, son cœur battant la chamade. Il s’approcha de la clôture, un sourire gêné aux lèvres. « Salut, Will. Tu as l’air en pleine forme. »

« Toi par contre, tu as l’air d’un vrai petit prince de la ville », plaisanta William, son regard s’attardant une seconde de trop sur la bretelle de dentelle, sur le brillant des lèvres de Blake. Il y avait dans ses yeux une lueur nouvelle, une curiosité qui fit rougir Blake jusqu’aux racines de ses cheveux. « Tu as tellement changé... En bien, bien sûr », ajouta-t-il rapidement, comme s’il avait peur d’avoir offensé.

Ils parlèrent quelques minutes. William lui demanda des nouvelles de ses études, de la grande ville. Mais Blake percevait une ombre au fond de ses yeux, une lassitude que William tentait de masquer par un sourire trop enjoué. La maison de William, juste derrière lui, était silencieuse et sombre. La mort de Sarah, sa femme, deux ans plus tôt, avait laissé un vide béant dans ce foyer.

Quelques jours passèrent. Le rythme estival s’installait, paresseux et enivrant. Blake et William se voyaient souvent, par-dessus la clôture, pour des conversations anodines qui duraient des heures. Ils avaient même partagé un barbecue chez les parents de Blake. Mais Blake était devenu hyper-conscient de chaque geste de William, de la manière dont ses doigts s’enroulaient autour d’une canette de bière, de la façon dont son regard se perdait parfois sur lui lorsqu'il s’étirait au soleil. L’attirance était là, électrique, palpable, comme un troisième protagoniste silencieux entre eux.

Un après-midi, alors qu’ils étaient tous les deux dans le jardin de Blake, William finit par aborder le sujet. Il était assis sur la balancelle, ses coudes posés sur ses genoux, le menton dans ses mains.

« Je vais sortir samedi soir », dit-il soudain, les yeux fixés sur l’herbe.

« Ah bon ? » fit Blake, feignant la désinvolture, son cœur se serrant.

« Oui. Une amie à moi, enfin, une collègue de la bibliothèque, m’a invité à dîner. Juste un dîner entre amis, tu vois… » Il se racla la gorge, mal à l’aise. « En fait, elle est très gentille, elle s’appelle Laura, et… je me suis dit que ça me ferait du bien. Ça fait deux ans, après tout. »

« C’est super, Will », mentit Blake. Un nœud d’angoisse se forma dans son ventre. « Il est temps que tu te fasses un peu de bien. »

William leva les yeux vers lui, un sourire reconnaissant, mais triste, sur les lèvres. « Le problème, c’est Amy. Elle a huit ans, tu sais, elle est encore petite, et elle ne veut pas que je la laisse avec une baby-sitter inconnue. Elle a peur. Mais avec toi, elle s’entend bien, non ? Elle te trouve trop beau avec tes… » il chercha ses mots, « avec tes tenues de paillettes. »

Blake ne put s’empêcher de rire, un rire nerveux. « Amy est adorable. Oui, bien sûr, je veux bien la garder samedi. Ça me fera plaisir. »

Le visage de William s’illumina d’un soulagement si pur que Blake sentit une douceur aigre lui percer le cœur. Il était prêt à se sacrifier pour cet homme, à jouer le rôle du bon petit voisin, du Femboy Babysitter, juste pour le voir sourire.

Le samedi soir arriva. William avait préparé un repas pour Amy et avait laissé des instructions détaillées sur un papier. Il était vêtu d’un polo bleu marine qui faisait ressortir ses yeux, d’un jean propre et d’une veste en toile. Il sentait bon l’après-rasage et le propre. Il était magnifique. Blake, quant à lui, avait choisi une jupe en jean courte, un haut en résille noir sur un débardeur blanc, et s’était maquillé d’un trait d’eyeliner noir et d’un rouge à lèvres framboise. Le contraste entre leurs deux mondes était saisissant.

« Tu es… vraiment très élégant ce soir, Blake », murmura William, un peu intimidé, en l’embrassant sur les deux joues. « Amy est dans sa chambre, elle te montrera ses dessins. Je devrais rentrer vers minuit. Merci, du fond du cœur. »

La porte se referma sur lui. Amy, une petite fille à la frange brune et aux grands yeux curieux, sortit immédiatement de sa chambre. « Blake ! Tu es venu avec des paillettes sur les yeux ! » s’exclama-t-elle. Elle l’attrapa par la main et l’entraîna dans son univers de princesses et de licornes. Ils dessinèrent, regardèrent un film d’animation, et mangèrent des cookies. Amy était une enfant douce et intelligente, mais Blake percevait en elle la même fragilité que chez son père. Elle parlait de sa maman avec une mélancolie d’adulte, disant qu’elle était une étoile qui veillait sur eux.

Vers 22 heures, Blake installa Amy dans son lit. Alors qu’il se penchait pour l’embrasser sur le front, elle lui chuchota : « Tu es mon préféré, Blake. Même plus que Laura. »

Il ferma la porte et retourna dans le salon, un sourire aux lèvres. La maison était calme. Il s’assit sur le canapé, un verre d’eau à la main. Il avait envie de pleurer. Pourquoi était-il si attaché à cette famille ? Pourquoi son cœur se serrait-il à la pensée que William était en train de dîner avec une autre femme ? Il était ridicule. Il n’était qu’un voisin, un ami d’enfance, un garçon excentrique qui se déguisait en fille pour se sentir lui-même.

Il se leva et commença à errer dans la maison. Il voulait un peu de cet univers, un peu de lui. Il s’arrêta devant la bibliothèque. Une photo sur la cheminée attira son regard : un William plus jeune, le sourire éclatant, tenant dans ses bras une femme souriante et une petite Amy, bébé. C’était Sarah. Elle était belle. Blake se sentit soudain comme un intrus dans un sanctuaire. Il allait se détourner quand il aperçut le petit carnet, juste à côté de la photo, à moitié caché par une pile de livres.

Ce n’était pas un journal intime, plutôt un carnet de notes, un agenda professionnel peut-être. Mais il était ouvert sur une page où quelques lignes étaient écrites à la main. Il n’aurait pas dû regarder. Mais la curiosité, ou plutôt un besoin viscéral de comprendre l’homme qu’il aimait, fut plus fort.

"M. 15 juin. Laura est une femme très gentille, intelligente. Le dîner s’est bien passé. Le dîner fut agréable. Mais je n’ai pensé qu’à lui. À son rire, à ses yeux. Pourquoi ai-je accepté ce dîner alors que je ne peux pas arrêter de penser au garçon d’à côté, avec ses paillettes et son sourire lumineux ? J’ai la quarantaine, je suis un homme brisé, et je suis amoureux de Blake, le petit voisin qui est devenu un homme si… si différent. Je suis un idiot. Il a toute la vie devant lui. Je ne peux pas lui imposer mes fardeaux."

Le monde s’écroula autour de Blake. Le verre d’eau qu’il tenait à la main trembla, un peu d’eau se renversa sur le bois de la cheminée. Il relut le passage, encore et encore. William… William ressentait la même chose que lui. Les mots dansaient devant ses yeux, une douleur et une joie si violentes qu’il crut qu’il allait s’évanouir. Il n’était pas seul dans son tourment. Ce n’était pas un amour à sens unique.

Il reposa le carnet, exactement dans la position où il l’avait trouvé, et recula. Son esprit tournait à cent à l’heure. Que devait-il faire ? Allait-il lui dire ? Il était trop tôt, c’était la première fois que William sortait depuis deux ans, il ne pouvait pas ruiner cela. Mais l’information était là, brûlante, et elle changeait tout.

Il se rassit sur le canapé, le cœur battant la chamade. Il devait se calmer. Il ferma les yeux, tentant de reprendre son souffle. Mais la seule image qui lui venait était celle de William, sa façon de le regarder, sa voix grave, sa main si large et si chaude…

Le cliquetis de la serrure le tira de ses pensées. Il sursauta. William rentrait. Il était plus tôt que prévu. La porte s’ouvrit et William apparut. Son visage était fermé, un peu las. Il n’avait pas l’air d’avoir passé une bonne soirée.

« Will ? Tout va bien ? » demanda Blake en se levant, son cœur encore affolé, mais pour une toute autre raison.

William ôta sa veste, la jeta sur une chaise. « Oui, oui, très bien. La soirée était… sympa. Laura est une femme très gentille. » Il s’arrêta, son regard tombant sur Blake. Il sembla remarquer l’agitation sur son visage, le tremblement presque imperceptible de ses mains. « Qu’est-ce qu’il y a ? Amy va bien ? »

« Amy va très bien, elle dort comme un ange. »

« Alors qu’est-ce qui te fait cet air ? » s’enquit William en s’approchant. « Tu as l’air de quelqu’un qui a vu un fantôme. »

Blake détourna le regard, sentant les larmes lui monter aux yeux. Il ne pouvait pas lui mentir. Pas après avoir lu ces mots.

« Je suis désolé, Will », dit-il, la voix étranglée. « Je n’aurais pas dû. Je suis allé dans la bibliothèque, j’ai vu le carnet… près de la photo… »

Le visage de William se décomposa. Il devint pâle comme un linge. Il comprit. Il savait. « Oh non », murmura-t-il, passant une main dans ses cheveux. « Oh non, Blake, il ne fallait pas. Tu n’aurais pas dû lire ça. »

« Will, je… » commença Blake, mais William l’interrompit.

« Non, écoute-moi », dit-il, sa voix tremblante de colère et d’humiliation. « Ce que j’ai écrit, ce sont des pensées stupides. Des élucubrations d’un vieux con qui n’arrive pas à tourner la page. Ce n’est pas… ce n’est pas réel. Je suis confus, c’est tout. Tu es si jeune, tu es… tu es une promesse pour l’avenir. Je suis un père célibataire, un veuf, une épave. »

« Ne dis pas ça ! » s’écria Blake, une larme roulant sur sa joue, emportant un peu de son fard à joues. « Ne dis jamais que tu es une épave. Tu es l’homme le plus fort, le plus gentil que je connaisse. Et ce que tu as écrit, ce n’est pas une élucubration, c’est la vérité. Je le sais. Parce que je ressens la même chose. »

William le regarda, les yeux écarquillés. Il ne bougea pas d’un centimètre, comme pétrifié par la déclaration.

« Will », reprit Blake en faisant un pas vers lui, ses talons cliquetant doucement sur le parquet. « Depuis que je suis rentré, tout ce que je vois, c’est toi. Je voulais garder ça pour moi, j’ai essayé, je te jure. J’ai cru que c’était juste un crush, une réminiscence de l’enfance. Mais c’est plus fort que ça. C’est dans chaque battement de mon cœur. »

Un silence assourdissant tomba entre eux. Seul le tic-tac d’une vieille pendule brisait l’immobilité de la pièce. William restait là, son regard lourd, indéchiffrable. Puis, ses épaules s’affaissèrent. La colère avait disparu, ne laissant place qu’à une vulnérabilité profonde.

« Tu es sûr de ça ? » demanda-t-il enfin, sa voix rauque, presque un murmure. « Je ne pourrais pas supporter l’idée que ce n’est que de la pitié, ou un jeu d’été. »

Blake s’approcha encore plus près. Il pouvait sentir l’odeur de son parfum, un mélange de bois et de cèdre. Il pouvait voir les veines bleues sous la peau fine de ses tempes.

« Regarde-moi, Will », dit-il doucement. « Est-ce que j’ai l’air de jouer ? »

Il leva une main tremblante et la posa sur la joue de William, sa peau lisse et chaude sous ses doigts. William ferma les yeux, se laissant aller à la caresse, comme s’il buvait enfin une gorgée d’eau après une longue traversée du désert.

« Je t’aime, William », murmura Blake, les mots s’échappant de ses lèvres comme un secret longtemps retenu. « Je ne sais pas ce que ça implique, je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve, mais je t’aime. C’est la seule chose dont je sois certain. »

Un son rauque s’échappa de la gorge de William. Une sorte de sanglot étouffé. Il ouvrit les yeux, et Blake y vit une tempête d’émotions : de la peur, de l’espoir, un désir immense et brûlant. Il n’eut pas le temps d’ajouter un mot. William s’était penché, et ses lèvres avaient capturé les siennes.

Le baiser n’était pas timide, pas hésitant. Il était passionné, brutal même, la libération de deux ans de silence, de deux ans de deuil et de désir refoulé. Les lèvres de William étaient fermes, sa barbe râpait délicatement la peau douce de Blake. Ce n’était pas un baiser de vieil ami, c’était un baiser d’amant. Il exprimait tout ce que William n’avait pas pu dire, toute la frustration, tout le désir qu’il avait enterré sous des couches de culpabilité.

Blake s’abandonna, ses doigts s’accrochant à l’épaule de l’homme, à ce corps robuste qu’il avait tant fantasmé. La bouche de William s’ouvrit, sa langue cherchant la sienne avec une faim insatiable. Blake l’accueillit, son propre désir s’embrasant, liquéfiant toute retenue.

Quand ils se séparèrent, ils étaient tous les deux essoufflés. William tenait le visage de Blake entre ses mains, comme s’il était un objet précieux qu’il avait peur de briser.

« Blake », souffla-t-il, son regard brillant d’une lueur intense. « Mon Dieu, Blake… Je t’ai regardé tant de fois, je t’ai fantasmé tant de fois. Tu ne sais pas ce que tu me fais. »

« Je crois que si », répondit Blake, un sourire nerveux aux lèvres, sa poitrine se soulevant sous son haut en résille. « Montre-moi. »

Ce fut l’étincelle. William l’embrassa de nouveau, plus profondément, plus sauvagement, tandis que ses mains commençaient à explorer le corps mince de Blake. Elles caressèrent ses hanches, ses cuisses nues, descendirent sous sa jupe pour palper la chair ferme de ses fesses. Blake gémit contre sa bouche, ses propres mains s’aventurant sous le polo de William, touchant la peau chaude, les muscles durs de son ventre. Il sentit la réaction physique de William, son désir pressant contre sa hanche, et un frisson de pouvoir le traversa.

William le souleva comme s’il ne pesait rien, le portant jusqu’au canapé. Il le déposa sur les coussins, se penchant au-dessus de lui, dévorant son cou, ses épaules, la naissance de sa poitrine. Il mordilla la fine bretelle de dentelle, la repoussant du bout des dents, tandis que sa main remontait le long de la cuisse de Blake, attisant le feu déjà insoutenable sous sa jupe.

« Will… » gémit Blake, la tête renversée en arrière, s’offrant entièrement à ses caresses. Il se sentait vulnérable et puissant à la fois. Il aimait la façon dont William le regardait, comme s’il était le spectacle le plus fascinant du monde.

William se redressa un instant, son regard brûlant. Il était magnifique, sa barbe ébouriffée, les muscles de ses avant-bras saillants. Sans un mot, il fit glisser la jupe de Blake, révélant ses longues jambes, puis sa culotte en dentelle noire, qui laissait à peine deviner la forme de son sexe, dur et pressant contre le tissu. Il sembla captivé par ce contraste, par cette féminité assumée qui abritait une virilité évidente. Il laissa ses doigts tracer le contour de la dentelle, un sourire admiratif aux lèvres.

« Tu es si beau, Blake », murmura-t-il. « Tellement… parfait. »

Il se pencha et planta un baiser brûlant sur le ventre de Blake, juste au-dessus de la culotte, tandis que ses doigts caressaient l’intérieur de ses cuisses, de plus en plus haut, de plus en plus près. Blake arquait le dos, ses doigts se crispant sur les cheveux de William. La sensation était divine, une promesse de plaisir. William écarta le tissu de la culotte, et sa bouche le remplaça, embrassant, léchant, goûtant chaque centimètre de Blake, le faisant gémir et trembler. Il le prit dans sa bouche, expert et lent, le faisant planer au bord de l’extase avant de le ramener doucement à la réalité, ses doigts jouant avec son sexe, le caressant, le préparant.

« Je veux te sentir, Blake », souffla William, sa voix rauque de désir. « Je veux être en toi. »

Il se défit de son jean et de son caleçon. Blake le regarda, ses yeux s’écarquillant. Le désir de William était là, imposant, prêt. Une vague de peur et de désir l’envahit, mais il fit confiance à cet homme, comme il lui avait toujours fait confiance. Il hocha la tête, attirant William vers lui.

« Tout doux, Will », murmura-t-il. « C’est… c’est la première fois que je… »

Les yeux de William s’adoucirent. Il l’embrassa avec une infinie tendresse, lui murmurant des paroles rassurantes, des « je suis là », des « je te veux ». Ses doigts, enduits d’un lubrifiant trouvé dans la table basse, commencèrent à préparer Blake, avec une lenteur et une patience qui firent fondre l’adolescent. Il sentait chaque doigt, chaque pression, chaque caresse, son corps répondant à l’intrusion avec une surprise mêlée de plaisir intense.

« Maintenant », supplia Blake, sa voix étranglée.

William s’aligna sur lui, le regardant dans les yeux. Il s’enfonça en lui, lentement, centimètre par centimètre. Blake sentit une brûlure aiguë, une plénitude presque insoutenable, mais il y avait aussi William, son souffle chaud sur son visage, ses lèvres effleurant les siennes, qui le maintint ancré dans la réalité. Une fois que William fut complètement en lui, il s’arrêta, les deux hommes respirant profondément.

« Tu es bien ? » murmura William, un filet de sueur perlant à son front.

« Oui… oui, bouge », répondit Blake, haletant.

Et William bougea. Il commença par des mouvements lents, profonds, qui faisaient vibrer Blake de l’intérieur. La douleur initiale s’estompa, remplacée par une sensation de chaleur, de plénitude, de connexion pure. Les gémissements de Blake encouragèrent William à accélérer, ses mouvements devenant plus amples, plus vigoureux. Le canapé grinçait sous leur poids. Ils n’étaient plus deux individus, mais un seul être, mû par un même rythme.

Blake était perdu dans un océan de sensations. Il sentait le poids de William sur lui, ses muscles se tendre et se détendre, ses mains tenant fermement ses hanches. Il voyait le visage de William, tordu par le plaisir, ses yeux noirs de désir. Il se sentait aimé, désiré, possédé. L’orgasme monta en lui comme une vague puissante, inévitable. Il s’accrocha à William en criant son nom, son corps se cambrant, libérant la pression accumulée. William, sentant la jouissance de Blake, le suivit presque aussitôt, s’enfonçant une dernière fois en lui avec un grognement sourd.

Ils restèrent ainsi, enlacés, haletants, le cœur battant à tout rompre. La sueur collait leurs peaux l’une à l’autre. William avait enfoui son visage dans le cou de Blake, y déposant des baisers apaisants.

« Je ne savais pas… » commença William, la voix encore rauque. « Je ne savais pas que ça pouvait être comme ça. »

« Moi non plus », répondit Blake, une larme silencieuse coulant sur sa joue. Ce n’était pas une larme de tristesse, mais de soulagement, d’un bonheur si grand qu’il faisait presque mal.

Ils se séparèrent doucement. William s’allongea à côté de lui, l’attirant contre sa poitrine. Leurs corps s’ajustèrent l’un à l’autre comme des pièces d’un puzzle. La pièce était silencieuse, en dehors de leur respiration qui revenait peu à peu à la normale.

Après un long moment, Blake parla, sa voix un chuchotement. « Et maintenant ? Qu’est-ce qu’on fait ? »

Il sentit le corps de William se tendre légèrement, puis se détendre aussitôt. L’homme caressa ses cheveux, les enroulant autour de ses doigts.

« Je ne sais pas », avoua-t-il. « Je sais que je t’aime, Blake. Ça, je le sais. Et je sais que je veux être avec toi. Mais je suis un père, j’ai des responsabilités. Et j’ai une vie compliquée. »

« Je ne te demande pas de m’épouser demain matin, Will », dit Blake en levant les yeux vers lui, une lueur amusée dans le regard. « Je te demande juste une chance. Je veux être là pour toi, pour Amy. Je n’ai pas peur de ta vie compliquée. C’est ta vie, c’est toi. »

William le regarda longuement, le visage illuminé par un sourire qui n’était pas celui d’un homme brisé, mais celui d’un homme qui recommençait à espérer.

« Tu es quelqu’un d’extraordinaire, tu sais ça ? » murmura-t-il. « Quand tu es arrivé cet été, en voisin timide, je ne savais pas que je t’attendais. Mais c’était le cas. J’étais en train de me noyer, et tu m’as tendu la main. »

Blake se blottit un peu plus contre lui. « C’est toi qui m’as appris à nager, quand j’étais petit, à la piscine municipale », dit-il en souriant.

William rit, un rire profond et sincère. « C’est vrai. » Il l’embrassa sur le front. « Alors… c’est parti. On va apprendre à nager ensemble, dans cette nouvelle vie. »

Le lendemain matin, Blake se réveilla en sursaut. La lumière du jour filtrait à travers les rideaux. Il était nu, enlacé à William, qui dormait encore paisiblement, sa respiration calme. Il se souvint de tout, un sourire béat aux lèvres. Puis un bruit de pas dans le couloir lui rappela soudain la réalité. Amy.

Il se leva en silence, enfila son t-shirt et sa jupe, et se dirigea vers la salle de bain. Il se maquilla rapidement, tentant de masquer les traces de la nuit passée. Quand il sortit, Amy était déjà dans la cuisine, en pyjama, en train de verser des céréales dans un bol.

« Blake ! » s’exclama-t-elle. « T’as dormi ici ? Papa a dit que tu ne restais pas. »

Son père, qui était entré à ce moment-là, les cheveux en bataille, leva les yeux vers Blake. Il sembla hésiter une seconde, une flamme complice dans ses yeux, puis il se tourna vers sa fille.

« En fait, ma puce, Blake est resté parce qu’on a beaucoup parlé », dit-il, avec un sourire malicieux. « Et, euh, on a décidé une chose. Blake, ça te dirait de venir souvent avec nous ? À la piscine, au parc, ce genre de choses ? »

Amy ouvrit de grands yeux. « Comme un copain à toi, papa ? »

William jeta un regard à Blake. Un regard qui disait tout. Puis, se tournant vers sa fille, il répondit : « Oui, un peu comme ça. Tu veux bien ? »

Amy sauta sur son père, puis sur Blake, les serrant tous les deux dans ses bras. « Génial ! Alors on va faire de la purée de licorne ! »

Ce fut le début d’un été nouveau. Les jours passèrent entre balades et soirées en famille. Ils allèrent à la plage, où Blake, dans un maillot de bain deux pièces audacieux, avait fait tourner les têtes, et où William l’avait protégé des regards trop appuyés d’une main possessive sur ses fesses. Ils allèrent au parc d’attractions, où Amy eut la nausée après le grand huit, et où Blake et William l’avaient soignée avec des gaufres et des sourires. Ils étaient un trio inhabituel, mais un trio soudé. Blake faisait ses devoirs d’été sur la table de la cuisine pendant que William préparait le dîner, un rituel doux et paisible.

Le soir, quand Amy était couchée, leurs corps parlaient le langage du désir et de l’amour. Sur le canapé, dans la chambre, à l’ombre des arbres du jardin, ils exploraient leur passion avec une intensité nouvelle. Leurs ébats étaient à l’image de leur relation : parfois tendres, parfois sauvages, toujours empreints d’une connexion profonde.

Une nuit, sous un ciel étoilé, alors qu’ils faisaient l’amour dans l’herbe haute du jardin, William s’arrêta, le corps de Blake tendu sous lui, pour lui chuchoter à l’oreille : « Je t’aime, mon petit félin sauvage. »

Et Blake, dans un murmure, lui répondit : « Je t’aime, mon dompteur de cœur. »

L’été touchait à sa fin. Blake savait qu’il devait bientôt prendre une décision concernant ses études. Mais un matin, alors qu’il prenait son café avec William sur la terrasse, ce dernier lui prit la main.

« J’ai réfléchi toute la nuit », dit-il. « Je ne veux pas que ce soit une aventure d’été. Je veux que ce soit une histoire qui dure. Je sais que tu as des projets, que tu es jeune, et que je ne dois pas t’enfermer. Mais sache une chose : quelle que soit ta décision, ma maison sera toujours ta maison. »

Blake le regarda, sentant son cœur s’emplir de cette chaleur qu’il avait tant cherchée. Leur histoire n’avait pas commencé par un simple coup de foudre. Elle avait germé dans l’enfance, avait grandi dans l’absence, et avait éclos dans l’été. C’était le récit de deux âmes qui s’étaient trouvées, malgré les conventions, malgré la douleur du passé. C’était l’histoire d’un cœur brisé qui apprenait à battre à nouveau, et d’un esprit sauvage qui avait trouvé son refuge.

« Alors », dit Blake, un sourire espiègle aux lèvres, en se penchant pour embrasser son amant, « on va bien voir où ce chemin nous mène. »

Et alors qu’ils s’embrassaient, la porte s’ouvrit sur Amy qui arrivait en courant, ses dessins à la main, pour leur montrer sa dernière création. Une licorne qui portait un cœur sur sa corne, et deux petites figurines à l’intérieur, qu’elle avait baptisées « Papa et Blake ». Et tout cela, c’était leur été. Leur été pour toujours.






.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

(Ar) مرحبا بكم على هذه المدونة

 . . أهلاً بكم في ملاذي الأدبي يسعدني حقاً أن أرحب بكم هنا. سواءً أكان وصولكم بدافع الفضول، أو مصادفةً من خلال رابط مشترك، أو بدافع حب الكل...