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Le Seigneur des Anneaux -ch06 (novella)

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Le Seigneur des Anneaux

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Chapitre 6 — Le premier baiser et l'amour naissant




Les semaines s'écoulèrent comme un ruisseau tranquille, une eau claire qui coule sans bruit entre les pierres, emportant avec elle les débris du passé, les cailloux de la douleur, les feuilles mortes des souvenirs amers. Ginevra apprenait à parler.

Ce n'était pas facile. Les mots ne venaient pas naturellement, ils étaient comme des étrangers qui frappaient à la porte d'une maison vide, des inconnus qu'il fallait accueillir un par un, leur trouver une place, les apprivoiser. Elena s'était installée comme institutrice, patiente et douce, répétant les mots des centaines de fois, montrant les objets, les gestes, les émotions.

"Pain," disait-elle, en tenant une miche de pain frais sous le nez de Ginevra. "Pain."

"Pane," répétait Ginevra, sa voix claire et haut perchée, presque féminine, comme celle d'un enfant qui n'a pas encore mué.

"Eau," disait Elena, en versant de l'eau claire dans une coupe.

"Acqua."

"Oui," disait Elena, en souriant. "Très bien, Ginevra. Acqua."

Il apprenait vite. Son esprit, longtemps endormi, s'éveillait comme un champ après la pluie. Il avait passé des années à ne rien dire, à ne rien comprendre, à ne rien vouloir. Maintenant, les mots fleurissaient dans sa bouche comme des bourgeons au printemps.

"Merci," dit-il un jour, quand Elena lui tendit une coupe de vin. C'était le premier mot qu'il prononçait sans qu'on le lui ait appris, sans qu'on le lui ait demandé.

Elena s'arrêta, surprise, et elle le regarda avec des yeux qui brillaient.

"Merci, Ginevra. Tu dis merci. C'est un beau mot, merci."

"Merci," répéta Ginevra, comme s'il goûtait le mot sur sa langue. "Elena. Merci."

Et il sourit. Ce sourire qui était devenu plus fréquent, qui n'était plus une rareté, mais une habitude. Ce sourire qui éclairait son visage comme une bougie allumée dans une pièce obscure.

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Les mots s'accumulèrent. Oui, non, encore, faim, soif, chaud, froid, peur, joie. Chaque jour, Ginevra ajoutait un nouveau mot à son vocabulaire, comme un collectionneur ajoute une perle à son collier. Il apprit à nommer les choses autour de lui : le lit, la fenêtre, la bougie, la robe, le vin. Il apprit à nommer les émotions : la tristesse, la colère, la surprise. Et il apprit à nommer les gens : Lorenzo, Elena, et son propre nom, Ginevra.

"Ginevra," disait-il, en se touchant la poitrine. "Je suis Ginevra."

"Oui," disait Elena. "Tu es Ginevra. Tu es notre Ginevra."

Il apprit aussi à poser des questions. C'était plus difficile, plus complexe. Les questions demandaient une structure, une intention, une curiosité qui avait été étouffée pendant des années. Mais peu à peu, les questions vinrent.

"Pourquoi ?" demanda-t-il un soir, alors qu'Elena était en train de le préparer pour la nuit.

"Pourquoi quoi, Ginevra ?"

"Pourquoi... tu fais ça ? Pourquoi tu es... douce ?"

Elena s'arrêta. Elle le regarda longuement, et elle sentit son cœur se serrer. Cette question, cette question si simple, si naïve, si enfantine, disait plus que tous les mots du monde. Elle disait qu'il avait connu la dureté, la brutalité, l'indifférence. Elle disait qu'il ne comprenait pas pourquoi quelqu'un pouvait être doux avec lui.

"Parce que je t'aime, Ginevra," dit-elle. "Parce que tu mérites la douceur. Parce que tu es une bonne personne, une belle personne, une personne qui mérite d'être aimée."

Il la regarda, ses yeux bleus grands ouverts, et il y avait dans son regard quelque chose qui ressemblait à la foi.

"Je t'aime aussi, Elena," dit-il.

C'était la première fois qu'il prononçait ces mots de lui-même. Pas en réponse, pas en écho, pas en imitation. Mais comme une vérité, comme une évidence, comme une promesse.

Elena le prit dans ses bras, et elle pleura.

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Lorenzo avait changé, lui aussi. Les nuits avec Ginevra n'étaient plus des prises de possession, des conquêtes, des dominations. Elles étaient devenues autre chose, quelque chose de plus doux, de plus lent, de plus partagé.

Il avait remarqué que Ginevra réagissait mieux quand il prenait son temps. Quand il le caressait longtemps avant de le pénétrer. Quand il glissait ses doigts dans son anneau avec une lenteur infinie, tournant autour de l'anneau de chair, sentant la paroi se réchauffer, se faire plus accueillante.

Il aimait ces moments, ces moments où il ne faisait que toucher, que caresser, que préparer. Il aimait sentir la chair de Ginevra s'ouvrir à lui, l'accueillir, l'enserrer. Il aimait entendre les petits gémissements que Ginevra poussait, ces sons qui n'étaient pas des mots mais qui disaient tout.

"Encore," disait parfois Ginevra, quand Lorenzo retirait ses doigts. "Encore."

Et Lorenzo souriait, et il remettait ses doigts, ses doigts qui exploraient, qui caressaient, qui aimaient.

"Tu aimes ça, Ginevra ?" demandait-il.

"Oui," répondait Ginevra. "J'aime."

Il n'y avait pas de honte dans sa voix, pas de peur, pas de soumission. Juste une vérité simple, une vérité qui venait de son corps, de sa chair, de son plaisir.

Lorenzo était fasciné. Il avait possédé des centaines de corps, des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux. Mais il n'avait jamais vu un corps comme celui de Ginevra, un corps castré qui avait trouvé le plaisir, un corps vide qui s'était rempli de sensation.

"Tu es un miracle, Ginevra," disait-il. "Un vrai miracle."

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Les nuits n'étaient plus seulement des nuits de sexe. Parfois, ils ne faisaient pas l'amour du tout. Parfois, ils restaient simplement allongés, l'un contre l'autre, à parler, à se toucher, à se tenir.

Lorenzo avait découvert le plaisir de ces nuits sans sexe, de ces nuits où il n'y avait que des corps qui se tiennent, des souffles qui se mêlent, des cœurs qui battent à l'unisson. Il avait découvert une intimité qu'il n'avait jamais connue, une intimité qui n'était pas faite de pénétration et de jouissance, mais de présence et de paix.

Elena était souvent là, elle aussi. Elle dormait avec eux, parfois dans les bras de Lorenzo, parfois dans les bras de Ginevra, parfois entre les deux. Ils formaient un trio étrange, un trio qui n'avait pas de nom, un trio qui n'avait pas de règles, un trio qui était simplement ce qu'il était.

"Vous êtes ma famille," disait Lorenzo, comme il le disait souvent. "Ma seule famille."

Et Ginevra répétait le mot, comme s'il le découvrait : "Famille. Ma famille."

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Un soir, après que Lorenzo se fut endormi, Ginevra resta éveillé. Il était allongé dans les bras d'Elena, sa tête posée sur sa poitrine, ses oreilles contre son cœur. Il écoutait les battements, ce rythme régulier qui le berçait, qui l'apaisait.

Elena aussi était éveillée. Elle caressait les cheveux roux de Ginevra, doucement, en cercles lents. Elle sentait son souffle sur sa peau, sa chaleur contre son corps. Elle était heureuse, plus heureuse qu'elle ne l'avait jamais été.

"Ginevra," murmura-t-elle.

"Oui, Elena ?"

"Je veux te dire quelque chose. Je veux te dire... je veux que tu saches..."

Elle s'arrêta. Elle cherchait les mots, les mots justes, les mots qui diraient ce qu'elle ressentait.

"Je veux que tu saches que tu es important pour moi. Que tu es plus qu'un serviteur, plus qu'un esclave, plus qu'un jouet. Tu es..."

Elle s'arrêta encore. Ses yeux se remplirent de larmes.

"Tu es mon enfant," dit-elle enfin. "Tu es l'enfant que je n'ai jamais eu. Tu es mon fils, Ginevra."

Ginevra leva la tête. Il la regarda, ses yeux bleus brillant dans la pénombre.

"Je suis ton fils ?" demanda-t-il, sa voix à peine audible.

"Oui," dit Elena. "Si tu veux. Si tu le veux, tu es mon fils."

Il la regarda longuement. Et puis il s'approcha d'elle, et il l'embrassa.

Ce n'était pas un baiser d'amant, pas un baiser de désir. C'était un baiser d'enfant, un baiser de fils, un baiser de gratitude. Il posa ses lèvres sur les siennes, doucement, timidement, comme on pose une offrande sur un autel.

Et Elena répondit. Elle l'embrassa en retour, un baiser long, tendre, presque chaste. Un baiser qui disait : "Je t'aime, mon enfant. Je t'aime pour toujours."

Ginevra ne savait pas quoi faire. Il n'avait jamais embrassé personne, pas vraiment, pas comme ça. Il avait subi des baisers, des baisers de maîtres, des baisers de violeurs, des baisers qui n'étaient pas des baisers mais des prises de possession. Mais ce baiser-ci était différent. Ce baiser était un don.

Il ouvrit les lèvres, et il laissa la langue d'Elena entrer. Il sentit sa chaleur, sa douceur, son amour. Il sentit ses bras autour de lui, ses seins contre sa poitrine, son cœur battant sous sa joue.

"Elena," murmura-t-il, quand il se sépara d'elle. "Elena, je t'aime."

C'étaient les premiers mots qu'il prononçait de lui-même, sans qu'on les lui ait appris, sans qu'on les lui ait demandés. C'étaient les premiers mots qui venaient de lui, de son cœur, de son âme.

Elena pleura. Elle pleura de joie, de bonheur, de gratitude. Elle le serra contre elle, si fort, si fort, comme si elle ne voulait jamais le lâcher.

"Je t'aime aussi, Ginevra," dit-elle, à travers ses larmes. "Je t'aime aussi, mon enfant."

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Lorenzo, à moitié endormi, entendit tout. Il entendit les mots, les larmes, les baisers. Il entendit Elena dire "je t'aime", et Ginevra répondre "je t'aime aussi". Il entendit le silence qui suivit, un silence plein de tout ce qui avait été dit, de tout ce qui n'avait pas besoin d'être dit.

Il sourit dans l'obscurité. Il tendit la main, trouva la main de Ginevra, la serra.

"Je t'aime aussi, Ginevra," dit-il, sa voix rauque de sommeil. "Je t'aime aussi, mon ange."

Ginevra tourna la tête vers lui. Il sourit, ce sourire qui était devenu sa signature, ce sourire qui illuminait son visage comme une aube.

"Lorenzo," dit-il. "Je t'aime aussi."

Lorenzo le serra contre lui, avec Elena, les deux corps enlacés comme un seul. Il les tenait contre sa poitrine, il sentait leurs souffles, leurs cœurs, leurs vies. Il sentait qu'il était aimé, lui aussi, aimé pour la première fois de sa vie.

"On dort," dit-il. "On dort tous les trois, ensemble. Demain, on recommencera. Et après-demain, et toujours."

Il ferma les yeux, et il s'endormit, le sourire aux lèvres, les bras autour de ceux qu'il aimait.

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Ginevra resta éveillé, un long moment. Il écoutait les battements de cœur des deux corps qui l'entouraient, le rythme régulier de leurs respirations, la chaleur de leur peau. Il sentait les bras de Lorenzo autour de lui, les bras d'Elena autour de lui, et il se sentait en sécurité.

Il se sentait en sécurité. C'était une sensation qu'il n'avait jamais connue, pas vraiment, pas complètement. Il avait été en sécurité chez les Turcs, dans le sens où il n'avait pas été tué, pas été battu à mort. Mais ce n'était pas la même sécurité. C'était la sécurité d'un objet qu'on ne casse pas parce qu'il a de la valeur. Ce n'était pas la sécurité d'une personne qu'on aime parce qu'elle est elle.

Maintenant, il était aimé. Aimé par Elena, aimé par Lorenzo. Aimé pour ce qu'il était, pas pour ce qu'il pouvait donner. Aimé pour lui, pas pour son corps, pas pour son anus, pas pour son plaisir. Aimé pour lui.

Il ferma les yeux, et il s'endormit, les larmes aux yeux, le sourire aux lèvres.

Il rêva, cette nuit-là. Il rêva qu'il était un petit garçon roux qui courait dans un champ de blé, poursuivi par une femme brune et un homme aux yeux noirs. Il rêva qu'ils le rattrapaient, qu'ils le prenaient dans leurs bras, qu'ils l'embrassaient sur le front. Il rêva qu'ils lui disaient : "Tu es notre fils, notre ange, notre Ginevra."

Il rêva qu'il était chez lui. Pour la première fois de sa vie, il rêva qu'il était chez lui.

Et au matin, quand il se réveilla, entouré par les deux corps qui l'aimaient, il sut que ce n'était pas un rêve. C'était réel. Il était chez lui. Et il n'avait plus jamais besoin de partir.

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La journée qui suivit fut une journée de lumière. Le soleil brillait sur les collines toscanes, les oliviers dansaient dans la brise, les cyprès se dressaient comme des sentinelles immobiles. Ginevra sortit dans le jardin, pour la première fois depuis son arrivée au château.

Il marcha pieds nus dans l'herbe, sentant l'humidité du matin entre ses orteils, la fraîcheur de la terre sous ses pas. Il s'arrêta près d'un olivier, posa sa main sur son tronc rugueux, et il ferma les yeux.

Il entendait les oiseaux, le vent, les chants lointains des paysans dans les vignes. Il sentait le parfum du romarin, du thym, de la lavande. Il sentait la vie, la vie qui était là, partout, autour de lui.

Elena s'approcha de lui, silencieusement. Elle posa une main sur son épaule.

"Tu aimes le jardin, Ginevra ?"

Il ouvrit les yeux, et il sourit.

"Oui," dit-il. "J'aime le jardin. J'aime les arbres. J'aime l'herbe. J'aime tout."

Elle le regarda, ses yeux bruns remplis de tendresse.

"Tu vas apprendre à aimer beaucoup d'autres choses, Ginevra. Le vin, le pain, le fromage. Les livres, la musique, les histoires. La vie, Ginevra. Tu vas apprendre à aimer la vie."

Il la regarda, et il dit : "Je l'aime déjà, la vie. Je l'aime parce que vous êtes là."

Elle le prit dans ses bras, et elle le tint contre elle, sous le soleil de Toscane, sous le ciel bleu, sous les oliviers.

"Tu es notre Ginevra," dit-elle. "Notre ange. Notre fils. Notre amour."

Il ferma les yeux, et il se laissa porter par le vent, par la chaleur, par l'amour.

Il était chez lui. Il était aimé. Il était vivant.

Et c'était tout ce qui comptait.





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