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Le Seigneur des Anneaux -ch03 (novella)

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Le Seigneur des Anneaux

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Chapitre 3 — La toilette et la première nuit





La salle d'eau du château de Montepulciano était une pièce que même les visiteurs les plus illustres ne voyaient jamais. Elle se trouvait dans une aile reculée, derrière la chambre de Lorenzo, accessible uniquement par un couloir étroit que seuls les initiés connaissaient. C'était là que les secrets les plus intimes du seigneur étaient confiés à l'eau chaude, à la vapeur, aux herbes et aux huiles. C'était là que les corps étaient préparés, purifiés, offerts.

Elena y emmena le jeune homme.

Elle le fit entrer doucement, une main sur son épaule fine, l'autre tenant une lampe à huile qui projetait des ombres dansantes sur les murs de pierre. La pièce était chauffée par des braises incandescentes placées dans des réchauds de terre cuite, et la vapeur d'eau qui s'élevait d'une grande bassine de cuivre emplissait l'air d'une chaleur humide, moite, enveloppante.

Il faisait bon dans cette pièce. Il faisait chaud, doux, parfumé. Les murs étaient couverts de carreaux de faïence bleue et blanche, où des scènes mythologiques étaient peintes : des nymphes se baignant dans des fontaines, des dieux poursuivant des mortelles, des amours s'enlaçant dans des bosquets de myrte. Le sol était dallé de pierre polie, et au centre trônait une baignoire de bois cerclée de fer, assez grande pour un homme, assez large pour deux.

Elena déposa sa lampe sur une petite table, près des flacons d'huile, des pots de pommade, des éponges de mer et des linges de lin blanc. Elle se tourna vers le jeune homme, qui était resté immobile sur le seuil, les yeux grands ouverts, le regard vide, les bras pendants le long de son corps.

"Viens," dit-elle, d'une voix douce, maternelle. "Viens, ne reste pas là."

Il obéit. Il traversa la pièce en quelques pas, ses pieds nus faisant un bruit à peine audible sur la pierre polie. Il s'arrêta près de la baignoire, et il attendit.

Elena s'approcha de lui. Elle le regarda longuement, comme on regarde une œuvre d'art qu'on va restaurer. Elle voyait la crasse sur sa peau, les nœuds dans ses cheveux roux, les cernes sous ses yeux bleus, les cicatrices sur ses bras et ses jambes. Elle voyait aussi la beauté cachée, la finesse des os, la délicatesse des traits, la perfection de ce corps qui avait été façonné pour le plaisir des hommes.

"Je vais te laver maintenant," dit-elle. "Il faut enlever toute cette saleté. Il faut que tu sois propre pour Lorenzo."

Elle fit un geste, et il leva les bras, comme on le lui avait appris, comme on le lui avait ordonné. Il avait fait ce geste des centaines de fois, des milliers de fois, pour d'autres femmes, d'autres maîtres, d'autres bains. Il n'y avait plus de pensée dans ce geste, plus de volonté, plus de présence. Juste un automatisme, une réponse mécanique à une commande familière.

Elena défit la chemise de lin qu'il portait, la fit glisser sur ses épaules, la laissa tomber à ses pieds. Il était nu, complètement nu, offert comme une proie.

Elle prit une éponge, la trempa dans l'eau tiède, et elle commença.

Elle lava d'abord ses cheveux, longuement, méticuleusement. Elle les démêla avec ses doigts, puis avec un peigne d'ivoire, puis avec une brosse de poils de sanglier. Elle enleva les nœuds, les poussières, les impuretés. Elle les rinça à l'eau de rose, les essora, les enveloppa dans un linge blanc.

Puis elle lava son visage. Elle passa l'éponge sur son front, sur ses joues, sur son menton. Elle nettoya ses paupières closes, le coin de ses yeux, ses oreilles, sa nuque. Elle s'attarda sur ses lèvres, ces lèvres charnues qui semblaient trop grandes pour ce visage trop maigre, et elle les lava avec une douceur infinie, comme on lave un fruit précieux qu'on ne veut pas abîmer.

Puis elle lava son corps. De haut en bas, avec une lenteur qui tenait plus du rituel que de la nécessité. Elle lava ses épaules, son torse, son ventre. Elle lava ses bras, ses mains, ses doigts, chaque doigt un par un. Elle lava son dos, ses omoplates saillantes, sa colonne vertébrale qui dessinait une ligne sous sa peau. Elle lava ses fesses, fermes et rondes, surprenantes de plénitude sur ce corps trop mince. Elle lava l'intérieur de ses cuisses, ses genoux, ses mollets, ses pieds.

Partout, l'eau emportait la crasse, la sueur, les années de saleté. Partout, la peau apparaissait, une peau d'une blancheur laiteuse, presque bleuâtre par endroits, traversée de veines fines comme des rivières sur une carte. Partout, la beauté se révélait, une beauté androgyne, hors du temps, hors du genre, hors de tout ce qu'Elena avait connu.

Et puis elle arriva là où elle savait qu'elle devait arriver. Le pubis, avec son duvet roux, clair, léger, comme une ombre de poil sur une peau d'albâtre. Le pénis, petit, mou, inerte, qui pendait comme un appendice sans usage. Les testicules, atrophiées, si petites qu'on les devinait à peine sous la peau du scrotum vide, plissé, ridé comme un fruit sec.

Elena s'arrêta. Elle regarda cette partie du corps, cette partie qui faisait de lui un homme, cette partie qui était là mais ne servait plus. Elle ne montra rien, ne dit rien. Elle lava avec la même douceur, avec la même attention qu'elle avait mise à laver le reste. Elle lava le scrotum vide, les testicules dures comme des noix, le petit appendice qui ne répondrait jamais à aucune caresse. Elle lava comme on lave une relique, comme on lave un objet sacré.

Elle ne demanda rien. Elle ne fit aucun commentaire. Elle savait ce qu'était la castration, elle en avait vu d'autres, des eunuques dans les palais de Florence, des chanteurs dans les chapelles, des serviteurs dans les harems. Elle savait ce que cela faisait aux corps, aux esprits, aux vies. Elle savait que ce jeune homme avait été brisé, et elle savait que le briser davantage ne servirait à rien.

Elle le rinça à l'eau claire, puis elle l'essuya avec un linge de lin doux. Elle l'enduisit d'huile de lavande, une huile parfumée qui sentait la Provence, le soleil, les champs en fleurs. Elle massait sa peau avec des gestes lents, profonds, comme si elle voulait faire pénétrer l'huile jusqu'à ses os, jusqu'à son âme.

Puis elle s'occupa de ses cheveux. Elle les coupa, à la hauteur des épaules, avec des ciseaux d'argent qui brillaient dans la lumière des braises. Elle les égala, les tailla, les fit tomber en une cascade rousse qui encadrait son visage comme une flamme. Elle y tressa des rubans de soie blanche, fins comme des fils d'araignée, qui brillaient au milieu des mèches de feu.

Enfin, elle l'habilla.

La robe était en soie blanche, une soie légère, transparente, qui tombait sur son corps comme une caresse. Elle était longue jusqu'aux chevilles, mais fendue sur les côtés, des fentes profondes qui laissaient voir ses jambes, ses cuisses, le début de ses fesses. Elle était sans manches, dévoilant ses bras fins, ses épaules délicates. Et elle n'avait pas de culotte. Rien sous la soie. Juste la peau, juste le corps, juste l'offrande.

Elena recula d'un pas. Elle regarda son œuvre. Le jeune homme était debout au milieu de la pièce, les cheveux roux retenus par des rubans blancs, la robe de soie collée à sa peau par la chaleur humide. Il était beau. Une beauté étrange, presque surnaturelle, une beauté qui n'appartenait à aucun sexe, à aucun âge, à aucune époque. Il ressemblait à un ange, à un rêve, à une vision.

"Viens," dit Elena. "Il est temps."

Elle le prit par la main, et elle l'emmena à travers le couloir étroit, jusqu'à la chambre de Lorenzo.

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La chambre était vaste, tapissée de velours rouge, éclairée par des bougies de cire blanche qui brûlaient dans des candélabres d'argent. Au centre trônait un lit monumental, un lit à baldaquin dont les rideaux étaient tirés, dévoilant des draps de soie noire et des oreillers de plumes d'oie. C'était le lit des nuits de Lorenzo, le lit où il aimait, le lit où il rêvait, le lit où il se vengeait du monde.

Lorenzo était assis dans un fauteuil, près de la fenêtre. Il portait une robe de chambre de velours bleu, ses cheveux noirs étaient encore humides, et il tenait une coupe de vin dans sa main. Il avait attendu. Il avait attendu que son œuvre soit prête.

Quand Elena fit entrer le jeune homme, Lorenzo se leva lentement. Il déposa sa coupe, il s'approcha. Il regarda la silhouette de soie blanche, les cheveux roux retenus par des rubans, la peau pâle qui brillait à travers le tissu.

Il ne dit rien. Il fit signe à Elena de se retirer. Elle s'inclina, jeta un dernier regard au jeune homme, et elle sortit, refermant la porte derrière elle.

Ils étaient seuls.

Lorenzo s'approcha du jeune homme. Il le regarda longuement, en silence, comme on regarde une toile qu'on a commandée à un grand maître, comme on regarde une statue qu'on a fait venir de loin, comme on regarde un rêve qui s'est matérialisé sous ses yeux.

"Tu es magnifique," murmura-t-il. "Tu es la plus belle chose que j'aie jamais vue."

Il tendit la main, écarta les rubans de soie, les laissa glisser sur les cheveux roux. Il caressa la joue, le menton, la nuque. Il sentit la peau chaude, douce, parfumée à l'huile de lavande.

Il glissa ses doigts sous la robe, la souleva, la fit glisser sur les épaules. La soie tomba, en cascade, et le jeune homme se retrouva nu devant lui. Nu, offert, sans défense.

Lorenzo le fit asseoir sur le lit. Il s'agenouilla devant lui. Il écarta les cuisses, doucement, et il regarda. Il regarda ce qu'il avait acheté, ce qu'il avait attendu, ce qu'il avait désiré. L'anneau de chair, rose, parfait, immaculé. Le petit trou qui promettait tant, qui offrait tout, qui attendait depuis des années qu'on le possède vraiment.

Il glissa un doigt à l'intérieur. Ce n'était pas un geste brutal, pas une pénétration violente. C'était une exploration, une question, une prière. Le doigt entra, et la chair l'accueillit, chaude, souple, étonnamment accueillante. Lorenzo tourna son doigt, lentement, sentant l'anneau se refermer sur lui comme une bague vivante, comme une promesse de plaisir.

Il glissa un deuxième doigt, puis un troisième. L'anneau s'ouvrit, se dilata, s'adapta à la présence étrangère. Le jeune homme ne bougea pas. Ses mains étaient posées sur les draps de soie noire, ses yeux étaient grands ouverts, fixes, regardant le plafond sans le voir. Il avait l'air d'être ailleurs, d'être nulle part, d'être un corps vide habité par une absence.

"Tu t'appelleras Ginevra," dit Lorenzo, sa voix grave, presque chantante. "Comme un ange, comme une femme, comme rien de ce monde. Tu seras mon Ginevra, mon ange, ma chose la plus précieuse."

Il retira ses doigts, avec lenteur, et il les enduisit d'huile, puis de miel, un miel doré qui coulait comme une larme. Il enduisit l'anneau, l'ouvrit, le prépara. Il y glissa à nouveau ses doigts, puis il les retira, et il posa son sexe contre l'anneau, le fit glisser, le fit entrer.

Le jeune homme cria.

Ce n'était pas un grand cri, pas un cri de douleur ou de plaisir. C'était un petit cri, une plainte à peine audible, le bruit d'un corps qui se souvient de ce qu'on lui a fait et qui n'a pas appris à oublier. Ses mains s'agrippèrent aux draps, ses doigts se crispèrent dans la soie noire, ses yeux restèrent grands ouverts, fixes, regardant au-delà du plafond, au-delà des murs, au-delà du monde.

Lorenzo entra en lui avec une lenteur infinie. Il sentit l'anneau s'ouvrir, l'accueillir, l'enserrer. Il sentit la chaleur, la douceur, la vie. Il entra jusqu'au bout, et il s'arrêta, un instant, juste pour savourer la sensation d'être là, d'être à l'intérieur de ce corps parfait, d'être enfin chez lui.

Il commença à bouger. Doucement, d'abord, comme une berceuse. Puis plus vite, plus fort, plus profond. Il sentait le jeune homme trembler sous lui, sentir l'anneau se resserrer et se relâcher au rythme de ses mouvements. Il sentait les mains qui s'agrippaient aux draps, les doigts qui se crispaient, la respiration qui devenait plus courte.

Il jouit en lui, un long cri rauque qui déchira le silence de la chambre. Il resta en lui, un long moment, à sentir l'anneau pulser autour de son sexe, à sentir la chaleur qui l'étreignait, à sentir la vie qui ne voulait pas le lâcher.

Puis il se retira, lentement, comme on retire un couteau d'une plaie. Il regarda le corps allongé sur les draps de soie noire, les cheveux roux épars sur l'oreiller, les yeux grands ouverts qui regardaient le plafond sans le voir, les mains qui s'étaient relâchées, les jambes qui tremblaient encore un peu.

Il dit : "Elena."

La porte s'ouvrit. Elena entra, sans faire de bruit, sans poser de questions. Elle s'approcha du lit, elle regarda le jeune homme, elle vit les traces sur ses cuisses, le mélange d'huile, de miel et de semence qui coulait entre ses fesses. Elle ne dit rien. Elle prit un linge propre, de l'eau tiède, et elle nettoya Ginevra avec une douceur infinie.

Elle le borde, le berce, lui caresse les cheveux jusqu'à ce qu'il ferme les yeux. Elle chante une chanson, une vieille chanson toscane, une berceuse pour les enfants qui n'en ont pas eu.

Lorenzo regardait la scène, assis dans son fauteuil, sa robe de chambre bleue refermée sur son corps encore chaud. Il était heureux. Il était plus heureux qu'il ne l'avait jamais été. Il avait son ange. Il avait son œuvre. Il avait son Ginevra.

"Tu es à moi, maintenant," murmura-t-il, comme une prière. "Tu es à moi pour toujours."

Il éteignit les bougies, une par une, et il s'allongea près de Ginevra, enveloppant le corps frêle dans ses bras. Il sentit le souffle du jeune homme sur sa peau, un souffle qui se calmait peu à peu, un souffle qui s'endormait, un souffle qui s'abandonnait.

Et il s'endormit avec lui, en lui, autour de lui, comme un amant, comme un père, comme un dieu.





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