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Le Seigneur des Anneaux -ch07 (novella)

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Le Seigneur des Anneaux

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Chapitre 7 — Les confessions du passé




Le soir était tombé sur Montepulciano, un soir d'automne où le vent portait l'odeur des raisins fermentés et des feuilles mortes. Les bougies brûlaient dans la chambre de Lorenzo, projetant des ombres dansantes sur les murs de velours rouge, sur les tapisseries usées, sur les corps nus allongés dans le grand lit.

Ils avaient fait l'amour, mais doucement, sans hâte, sans violence. Lorenzo avait pris Ginevra avec une lenteur qui tenait plus de la prière que de la possession, et Elena avait été là, comme toujours, ses mains caressant les deux corps, les unissant, les réchauffant. Maintenant, ils étaient allongés, les trois ensemble, les corps encore chauds, les souffles encore courts.

Ginevra était au milieu, comme souvent. Il avait la tête posée sur la poitrine d'Elena, ses jambes entrelacées avec celles de Lorenzo, ses bras autour de leurs tailles. Il se sentait en sécurité, protégé, aimé. Il se sentait chez lui.

C'est alors qu'il parla.

"Je veux vous raconter," dit-il, sa voix claire et haut perchée, presque féminine, mais ferme. "Je veux vous raconter ma vie. Avant vous."

Elena et Lorenzo échangèrent un regard. Ils savaient que ce moment viendrait, qu'un jour Ginevra voudrait parler, voudrait dire ce qu'il avait gardé en lui pendant toutes ces années. Ils ne l'avaient pas forcé, ils ne l'avaient pas pressé. Ils avaient attendu, patiemment, que les mots viennent.

"Je ne me souviens pas de mon nom," commença Ginevra, sa voix à peine audible. "Je ne me souviens pas de mes parents. Je ne me souviens pas de ma vie avant... avant qu'ils m'enlèvent."

Il ferma les yeux, comme s'il cherchait des images dans le noir de sa mémoire.

"Je devais avoir six ans, peut-être sept. Je jouais dans un champ. Il y avait du blé, du blé qui montait jusqu'à ma taille. Je me souviens du soleil, de la chaleur, du vent qui faisait danser les épis. Et puis des hommes sont venus. Des hommes à cheval, avec des turbans, des sabres. Ils m'ont attrapé, ils m'ont jeté sur un cheval, ils sont partis."

Il ouvrit les yeux, et il y avait dans son regard quelque chose qui ressemblait à de la douleur, une douleur ancienne, enfouie, mais pas oubliée.

"Je ne me souviens pas de ce qui s'est passé après. Je me souviens d'un bateau, d'une cale sombre, d'autres enfants qui pleuraient. Je me souviens de la faim, de la soif, de la peur. Et puis je me souviens d'un marché, d'un homme qui m'a regardé, qui m'a touché, qui m'a acheté."

Il s'arrêta, sa gorge serrée. Elena serra ses bras autour de lui, le rapprochant de sa poitrine. Lorenzo posa sa main sur la joue de Ginevra, ses doigts caressant doucement la peau pâle.

"Tu n'es pas obligé de continuer," murmura Lorenzo. "Tu n'es pas obligé de te souvenir."

"Si," dit Ginevra, d'une voix plus ferme. "Je veux que vous sachiez. Je veux que vous sachiez tout."

Il prit une profonde inspiration, et il continua.

"Le Turc, celui qui m'a acheté, s'appelait Mehmet. Il était gros, il avait une barbe noire et des doigts épais, des doigts qui sentaient l'ail et le tabac. Il m'a emmené dans sa maison, une grande maison à Constantinople, pleine de serviteurs, de femmes, d'autres garçons comme moi."

Il se tut un instant, ses yeux fixant le plafond, comme s'il voyait les images défiler dans sa tête.

"Mehmet m'a fait couper les cheveux, m'a fait laver, m'a fait habiller dans des vêtements de soie. Il m'a regardé, et il a dit : 'Tu es beau. Tu es très beau.' Je ne savais pas ce que cela signifiait. Je croyais qu'il était gentil. Je croyais qu'il allait être mon père."

Il rit, un rire amer, un rire qui n'était pas vraiment un rire.

"Je n'avais que sept ans. Je ne savais pas ce que les hommes font aux garçons. Je ne savais pas ce qu'il voulait de moi."

Il sentit les larmes monter, mais il les retint. Il ne voulait pas pleurer. Il voulait parler, il voulait dire tout ce qu'il avait gardé en lui.

"La première nuit, il m'a emmené dans sa chambre. Il m'a déshabillé. Il m'a mis sur le lit. Et il a fait... il a fait ce que les hommes font avec les garçons."

Il s'arrêta, sa voix se brisant. Elena le serra plus fort, ses larmes coulant sur ses joues. Lorenzo retint son souffle, sa main toujours sur la joue de Ginevra.

"Ça a duré des années," dit Ginevra. "Des années, Ginevra, des années. Il me prenait presque tous les soirs. Parfois plusieurs fois par nuit. Il me frappait quand je pleurais, quand je résistais, quand je ne faisais pas ce qu'il voulait. J'ai appris à ne pas pleurer. J'ai appris à ne pas résister. J'ai appris à faire ce qu'il voulait avant même qu'il le demande."

Il tourna la tête vers Elena, et il la regarda droit dans les yeux.

"J'ai appris à flotter au-dessus de mon corps. A me retirer, à m'absenter, à laisser mon corps faire ce qu'on lui demandait pendant que mon esprit s'envolait ailleurs. Parfois, je montais jusqu'au plafond, et je regardais le petit garçon roux qui se faisait prendre par l'homme gros, et je me disais : 'Ce n'est pas moi. Ce n'est pas moi qui suis là.'"

Elena ne put retenir un sanglot. Elle le serra contre elle, comme si elle pouvait le protéger, comme si elle pouvait effacer ces années de douleur.

"Puis il s'est lassé de moi," continua Ginevra. "J'avais dix ans, peut-être onze. Il a dit : 'Tu grandis, tu n'es plus beau, tu n'es plus un enfant. Je vais te faire castrer. Comme ça, tu resteras un enfant pour toujours.'"

Il ferma les yeux, et il vit la scène. Il la voyait toujours, parfois, dans ses cauchemars.

"Ils m'ont emmené dans une pièce. Un homme avec un couteau. Un autre homme pour me tenir. Ils m'ont attaché. Et ils ont..."

Il s'arrêta. Il ne pouvait pas dire les mots. Il ne pouvait pas décrire la douleur. Il ne pouvait pas décrire les cris, les siens et ceux qu'il entendait encore dans sa tête.

"Quand je me suis réveillé, j'étais différent. J'avais mal, partout. Il y avait du sang, des bandages. Et en bas, il n'y avait plus... plus de... vous comprenez."

Lorenzo posa sa main sur le ventre de Ginevra, là où les testicules atrophiées n'étaient plus que deux petites boules dures sous la peau. Il sentit le corps trembler sous sa main.

"Après ça, Mehmet ne m'a plus touché," dit Ginevra. "Il a dit que j'étais parfait. Que j'étais un ange. Un ange sans sexe, un ange sans désir. Mais il m'a fait servir ses invités. Il m'a prêté à ses amis, à ses associés, à ses visiteurs. Ils me prenaient, tous, un par un, parfois plusieurs à la fois. Et je flottais toujours au plafond, regardant le petit ange roux qui faisait ce qu'on lui demandait, sans rien ressentir, sans rien vouloir."

Il se tourna vers Lorenzo, et il le regarda droit dans les yeux.

"J'ai cru que j'étais mort," dit-il. "J'ai cru que j'étais vide. J'ai cru que je ne ressentirais plus jamais rien. J'ai cru que j'étais une chose, une chose qu'on utilisait, une chose qu'on jetait."

Il s'arrêta, et sa voix se fit plus douce, plus fragile.

"Mais ici, avec vous, je me sens vivant. Je ne suis pas vide. Je sens. Je sens vos mains, vos caresses, vos baisers. Je sens votre chaleur, votre tendresse, votre amour. Je ne suis plus une chose. Je suis... je suis quelqu'un."

Elena le prit dans ses bras, le serra contre elle, l'embrassa sur le front, sur les joues, sur les lèvres.

"Tu n'es pas vide," dit-elle à travers ses larmes. "Tu es l'être le plus plein que j'aie jamais rencontré."

Lorenzo s'approcha, posa sa main sur la joue de Ginevra. Il le regarda longuement, ses yeux noirs brillant de larmes retenues.

"Tu n'es pas vide, Ginevra," dit-il, sa voix grave et tendre. "Tu n'es pas une chose. Tu es un être humain. Tu es l'être humain le plus précieux que j'aie jamais connu."

Ginevra pleura. Il pleura comme il n'avait jamais pleuré, des larmes qui venaient du plus profond de son être, des larmes qui lavaient les années de douleur, des larmes qui étaient des libérations. Il pleura dans les bras d'Elena, contre la poitrine de Lorenzo, et il se sentit purifié, comme après une longue maladie.

"Mehmet m'appelait 'mon petit ange'," dit-il, entre deux sanglots. "Mais ce n'était pas un ange. C'était une chose. Une chose qu'on prenait, qu'on utilisait, qu'on jetait. Mais vous, vous me regardez comme un être humain."

Il leva la tête vers eux, ses yeux bleus rouges de larmes.

"Vous me regardez comme si j'étais quelqu'un. Comme si j'étais important. Comme si j'étais aimé."

"Tu es aimé, Ginevra," dit Elena. "Tu es aimé plus que tout au monde."

"Tu es aimé, Ginevra," répéta Lorenzo. "Tu es aimé comme je n'ai jamais aimé personne."

Ginevra se blottit contre eux, les deux corps qui le protégeaient, qui l'aimaient, qui le reconnaissaient.

"Je ne veux plus être un objet," dit-il, sa voix plus ferme, plus décidée. "Je veux être... je ne sais pas quoi. Mais je veux être quelque chose."

Elena le prit par le menton, elle le força à la regarder.

"Tu es Ginevra," dit-elle. "C'est tout ce que tu as à être."

Lorenzo posa sa main sur la sienne, sur la joue de Ginevra.

"Tu es notre Ginevra," dit-il. "Et cela suffit."

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Le silence retomba sur la chambre. Ce n'était pas un silence lourd, pas un silence de mort. C'était un silence de paix, un silence de reconnaissance, un silence de réconciliation.

Ginevra était allongé entre Elena et Lorenzo, les bras autour de leurs tailles, la tête posée sur la poitrine d'Elena. Il écoutait les battements de leurs cœurs, ces cœurs qui battaient pour lui, ces cœurs qui l'aimaient.

Il se sentait léger, étrangement léger, comme si le poids des années venait de tomber de ses épaules. Il avait dit tout ce qu'il avait à dire, il avait tout raconté, il avait tout donné. Et ils l'avaient écouté. Ils l'avaient compris. Ils l'avaient aimé.

"Merci," murmura-t-il. "Merci de m'avoir écouté. Merci de ne pas avoir eu peur. Merci d'être là."

"Nous serons toujours là, Ginevra," dit Elena. "Toujours."

"Nous ne te quitterons jamais," ajouta Lorenzo. "Jamais."

Ginevra ferma les yeux, et il sourit. Ce sourire qui était devenu le sien, ce sourire qui disait tout ce que les mots ne pouvaient pas dire.

"Je vous aime," dit-il. "Je vous aime tous les deux."

"Nous t'aimons aussi, Ginevra," dirent-ils en même temps.

Et cette nuit-là, ils dormirent tous les trois enlacés, comme une seule chair, comme un seul cœur, comme une seule âme. Ils dormirent comme une famille, une famille qui s'était trouvée, qui s'était choisie, qui s'était aimée.

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Le matin vint, comme il venait toujours, apportant sa lumière et ses promesses. Ginevra ouvrit les yeux, et il vit le soleil qui entrait par la fenêtre, qui dansait sur les murs de velours rouge, qui éclairait les visages de ceux qu'il aimait.

Il se leva, doucement, pour ne pas les réveiller. Il alla à la fenêtre, il regarda les collines toscanes, les oliviers, les cyprès, les vignes. Il regarda le monde, ce monde qu'il avait cru perdu, ce monde qu'il avait cru ne plus mériter.

Il posa sa main sur son ventre, là où les testicules atrophiées n'étaient plus que des souvenirs de ce qu'il avait été. Il se dit qu'il n'était plus un enfant, qu'il n'était plus un objet, qu'il n'était plus une chose. Il était Ginevra. Il était l'être aimé de deux personnes. Il était chez lui.

Il sourit, et il retourna au lit, se glissant entre Elena et Lorenzo, retrouvant leurs bras, leur chaleur, leur amour.

"Bonjour, Ginevra," murmura Elena, à moitié endormie.

"Bonjour, Elena. Bonjour, Lorenzo."

"Bonjour, mon ange," dit Lorenzo.

Il ferma les yeux, et il se laissa porter par la journée, par la lumière, par l'amour. Il était chez lui. Il était aimé. Il était vivant. Et c'était tout ce qui comptait.




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