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Le Seigneur des Anneaux
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Chapitre 1 — Le marché de Lisbonne, 1572
Le soleil de Lisbonne était un soleil qui savait mentir. Il brillait avec une générosité presque divine sur les toits de tuiles roses, sur les façades blanches des églises, sur la mer qui s'étendait à perte de vue comme une promesse d'ailleurs. Mais sous ce soleil, dans les ruelles qui descendaient vers le Tage, il y avait des choses que la lumière ne pouvait pas laver. Des choses qui sentaient le suif, la sueur, le sang séché et le bois moisi des cales de bateaux où des hommes avaient traversé l'océan sans voir le ciel.
Lorenzo de' Medici n'était pas un homme facile à tromper. Il avait vu Venise, Constantinople, Paris, Rome. Il avait vu des papes mourir et des rois trahir. Il avait vu des femmes se vendre pour un morceau de pain et des hommes tuer pour un soupçon de pouvoir. À quarante-cinq ans, il croyait avoir tout vu, tout touché, tout possédé. C'était un homme riche, un homme puissant, un homme qui pouvait s'offrir n'importe quel plaisir. Et pourtant, ce jour-là, à Lisbonne, il s'ennuyait.
Les affaires diplomatiques avaient été réglées plus vite que prévu. Le roi du Portugal, dans sa générosité calculée, lui avait offert un dîner, des danses, des promesses vagues d'alliances futures. Lorenzo avait souri, incliné la tête, bu le vin doux des Alentejo, et il s'était retiré dans sa chambre avec ce goût de cendre dans la bouche. Il n'y avait rien à faire à Lisbonne, rien à conquérir, rien à acheter qui pût lui donner ce frisson qu'il cherchait depuis si longtemps. C'est alors que son secrétaire, un petit homme nerveux nommé Bartolomeo, lui avait parlé du marché.
"Les Portugais ont des marchandises que vous n'avez jamais vues," avait-il dit. "Des choses de l'Orient. Des choses de l'Afrique. Des choses que même les Médicis n'ont pas."
Lorenzo avait haussé les épaules. "Des épices ? De l'or ? Des pierres précieuses ?"
"Des hommes," avait répondu Bartolomeo, sa voix soudain plus basse. "Des hommes qui ont été... transformés. Pour des usages particuliers."
Lorenzo avait senti quelque chose remuer dans sa poitrine, cette étincelle qu'il croyait éteinte. Il avait ordonné qu'on lui prépare une chaise à porteurs, qu'on le mène là-bas, dans ce marché dont personne ne parlait à la cour mais que tout le monde connaissait.
Le marché aux esclaves se tenait près du port, dans un amas de bâtiments de pierre grise qui semblaient suer l'humidité. L'odeur y était un mélange de marée basse, de cuir humide et de chair humaine. Des hommes et des femmes étaient alignés sur des estrades, nus ou presque, les poignets liés, le regard vide. Les marchands criaient leurs prix, tapaient sur les corps pour en montrer la fermeté, ouvraient les bouches pour montrer les dents, soulevaient les seins, palpaient les sexes, comme on évalue un bœuf à la foire de Sienne.
Lorenzo traversa la foule avec le détachement d'un homme qui a vu trop de misère pour en être ému. Il passa devant des Noirs de Guinée aux muscles luisants, devant des Berbères aux yeux d'aigle, devant des Circassiens à la peau de lait. Il passa devant des femmes, nombreuses, certaines belles, certaines brisées, et il ne s'arrêta pas. Il cherchait autre chose, il ne savait pas quoi, mais il le saurait quand il le verrait.
C'est alors qu'il entendit une voix. Une voix de marchand, grasse et mielleuse, qui l'interpellait avec l'assurance de celui qui sait qu'il a quelque chose d'unique à vendre.
"Seigneur italien ! Seigneur aux habits de soie ! Venez voir ! J'ai quelque chose pour vous."
Lorenzo se retourna. Le marchand était un Portugais basané, le visage couturé de cicatrices, les doigts chargés de bagues en or trop lourdes. Il portait un pourpoint rouge délavé et un sourire qui découvrait des dents jaunes. Il se tenait devant une cage, une de ces cages en bois grossier où l'on parquait les esclaves avant la vente.
"Qu'avez-vous à me montrer qui vaille mon temps ?" demanda Lorenzo, sans bouger.
"Venez voir, seigneur, venez voir. C'est une pièce rare. Vraiment rare. Je ne l'ai pas eue facilement. Elle vient tout droit de Constantinople, par le canal des marchands ottomans. Un produit de première qualité."
Lorenzo s'approcha, avec lenteur, comme on s'approche d'une chose dont on pressent qu'elle va vous changer. Il regarda à travers les barreaux de la cage.
Il y avait là un corps. Un corps recroquevillé, blotti dans un coin, les bras autour des genoux, la tête enfouie entre les bras, les cheveux longs, sales, emmêlés, d'une couleur rousse qui semblait brûler même dans la pénombre de la cage. C'était un corps mince, trop mince, où l'on voyait les côtes saillir comme les cordages d'un navire échoué. La peau, là où elle n'était pas couverte de crasse, était d'une pâleur presque laiteuse, traversée de bleu par endroits, de griffures, de marques de coups anciennes et récentes.
"Un garçon ?" demanda Lorenzo, sans certitude.
"Un garçon, oui. Un jeune homme, en fait. Enfin, quelque chose entre les deux. Regardez comme il est imberbe. Regardez la finesse des épaules, la petite taille des os. Et pourtant, il a dix-sept, dix-huit ans peut-être. On ne sait pas vraiment. Quand ils sont faits comme ça, ils ne vieillissent pas tout à fait comme les autres."
"Faits comme ça ?"
Le marchand s'approcha de Lorenzo, baissa la voix. "Castré, seigneur. Complètement. À onze ans. Le marchand turc qui me l'a vendu m'a montré les cicatrices, je vous jure, c'est du travail fin, du travail d'artiste. Les testicules, broyées, atrophiées. Un petit sac vide, rien de plus. Mais tout le reste est intact. Le membre, il est là, propre, inoffensif. Il ne bandera jamais, bien sûr. Mais pour l'autre usage... Vous comprenez ce que je veux dire, seigneur."
Lorenzo comprenait. Il comprenait parfaitement. Il s'accroupit devant la cage, comme on s'accroupit devant un animal blessé. Il plongea son regard entre les barreaux, cherchant le visage caché sous les cheveux.
"Lève la tête," ordonna-t-il.
Le corps ne bougea pas. Pas un muscle ne tressaillit. Seul un léger tremblement parcourut les épaules, comme un chien battu qui craint un nouveau coup.
"Lève la tête, je t'ai dit."
Le marchand intervint, d'une voix pressante : "Il n'entend pas, seigneur. Ou il ne comprend pas. Ça fait des années qu'il est chez les Turcs, il ne parle pas notre langue. Il ne parle peut-être pas du tout. C'est un animal, vous voyez ? Un bel animal, mais un animal."
Lorenzo ne l'écoutait pas. Il tendit la main à travers les barreaux, attrapa une mèche de cheveux roux, tira doucement. Le visage se dégagea. Et Lorenzo retint son souffle.
C'était le visage le plus étrange qu'il eût jamais vu. Pas laid, non. Pas beau non plus, pas dans le sens ordinaire du terme. C'était un visage d'ange déchu, un visage qui n'appartenait à aucun genre, à aucun âge, à aucune catégorie humaine connue. Les os étaient fins, les pommettes hautes, la mâchoire délicate. Mais c'étaient les lèvres qui captivaient l'attention : des lèvres pleines, charnues, d'un rouge pâle presque douloureux, qui semblaient trop grandes pour ce visage trop maigre. Et les yeux. Des yeux d'un bleu si clair qu'ils en devenaient transparents, comme de l'eau de source au fond d'un puits. Des yeux qui n'avaient rien à voir avec ce corps, avec cette cage, avec cette puanteur. Des yeux qui auraient dû appartenir à un saint dans une fresque, pas à un esclave dans un marché portugais.
Le jeune homme le regarda. Il le regarda sans le voir, comme s'il regardait à travers lui, à travers le mur, à travers le monde. Il n'y avait ni peur, ni espoir, ni colère dans ses yeux. Il n'y avait rien du tout. Juste un vide absolu, une absence totale de présence. C'était comme regarder le fond d'un puits asséché.
"Comment s'appelle-t-il ?" demanda Lorenzo, sans détourner le regard.
"Seigneur, il n'a pas de nom. Du moins, il n'a plus de nom. Les Turcs l'appelaient 'mon petit ange' ou quelque chose comme ça, mais il ne répond à rien. C'est comme ça qu'ils sont, vous savez. On les broie tellement qu'ils finissent par ne plus être personne. Mais ils sont dociles. Très dociles."
Lorenzo libéra la mèche de cheveux, la laissa retomber sur ce visage. Il se releva, lentement. Il sentait son cœur battre plus vite, et cette sensation lui était devenue si rare qu'il la reconnut à peine. C'était la sensation de la convoitise, mais pas la convoitise ordinaire, celle qu'il éprouvait pour une femme belle ou un tableau précieux. C'était quelque chose de plus profond, de plus trouble, de plus inavouable.
"Déshabillez-le."
"Seigneur ?"
"Vous m'avez entendu. Ouvrez la cage, sortez-le, déshabillez-le."
Le marchand obéit avec empressement. Il ouvrit la cage d'un geste brusque, attrapa le jeune homme par le bras, le tira dehors. Le corps vacilla, se tint debout avec une fragilité d'oiseau blessé. Le marchand déchira les quelques loques qui couvraient ses parties, d'un geste qui n'était pas de la pudeur mais de l'habitude.
Lorenzo regarda.
Le corps était long, élancé, comme un dessin à la craie sur un mur de pierre. La poitrine était plate, sans aucun renflement, juste deux petits mamelons roses sur une peau de porcelaine. Le ventre était creux, traversé de lignes d'ombre qui trahissaient des semaines, des mois, des années de malnutrition. Les hanches étaient étroites, presque celles d'un enfant. Mais ce n'était pas la poitrine, ni le ventre, ni les hanches qui intéressaient Lorenzo.
C'était en bas. Le pubis portait un duvet roux, clair, léger, comme une ombre de poil, à peine visible. Et en dessous, un pénis. Un petit pénis d'enfant, mou, inerte, qui pendait comme un appendice sans usage, un ornement inutile. Les testicules n'étaient que deux petites boules dures, atrophiées, si petites qu'on les devinait à peine sous la peau du scrotum plissé et vide. Un sac vide. Une promesse de virilité qui n'avait jamais eu lieu.
"Tournez-le," dit Lorenzo.
Le marchand tourna le jeune homme, le força à se pencher légèrement. Les fesses étaient fermes, rondes, surprenantes pour un corps si maigre. Et entre elles, un petit trou rose, parfait, immaculé. Un anneau de chair qui semblait n'avoir jamais été touché, ou alors avec tant de soin, tant de douceur, qu'il en avait gardé cette apparence de bouton de rose.
Lorenzo s'approcha. Il tendit la main, lentement, comme on tend la main vers une flamme pour savoir si elle brûle. Il posa un doigt sur l'anneau. Il sentit une chaleur, une tiédeur à peine perceptible, une réponse de chair vivante sous son doigt. Il appuya un peu, et l'anneau s'ouvrit, accueillit le bout de son doigt, l'enserra d'une étreinte douce, chaude, presque aimante.
Le jeune homme ne bougea pas. Il ne cria pas, ne se plaignit pas, ne se tendit pas. Il resta là, comme une statue, comme un objet, comme une chose.
Lorenzo retira son doigt, le regarda. Il brillait, humide et chaud. Il porta le doigt à son nez, respira. Il y avait une odeur, une odeur de chair, de sel, de vie.
"Combien ?" demanda-t-il.
Le marchand sourit, découvrant ses dents jaunes. "Ah, seigneur, c'est une pièce rare. Très rare. Je l'ai payée cher, vous comprenez. La route depuis Constantinople, les dangers, les pirates, les douaniers... Un prix de mille écus serait juste."
Lorenzo éclata de rire. Un rire froid, sec, qui fit reculer le marchand d'un pas.
"Mille écus ? Pour un eunuque usé, un corps de paille, des yeux morts ? Vous me prenez pour un imbécile, marchand."
"Mais seigneur, regardez comme il est beau ! Regardez ces lèvres, ces yeux, cette peau ! Et surtout, regardez cet endroit !" Le marchand désigna l'anus du jeune homme d'un geste obscène. "Un anneau parfait ! Jamais abîmé ! Les Turcs, ils savaient ce qu'ils faisaient, ils l'ont gardé intact pour l'usage exclusif, vous comprenez ? Ils ne l'utilisaient qu'à la fin, quand tout le reste était épuisé, pour ne pas l'endommager. C'est un instrument de précision, seigneur."
"Quatre cents écus," dit Lorenzo.
Le marchand ouvrit la bouche, outré. "Quatre cents ? Mais c'est une insulte ! Ce garçon vaut au moins huit cents !"
"Cinq cents, et pas un sou de plus."
Les négociations durèrent près d'une heure. Le marchand joua la comédie, se frappa la poitrine, parla de sa famille affamée, des dangers de la mer. Lorenzo, impassible, but un verre de vin aigre qu'on lui avait servi et laissa le marchand s'épuiser en gestes et en promesses. Finalement, ils tombèrent d'accord à six cent cinquante écus, payables en pièces d'or et en lettres de change sur la banque des Médicis à Florence.
"Je vous préviens," dit le marchand en encaissant l'argent, "il ne bandera jamais. Il ne vous donnera jamais un enfant. Il ne vous donnera jamais rien de ce que les hommes attendent d'un mâle. Vous voulez du plaisir, c'est le bon. Mais vous voulez de la virilité, oubliez. Il n'en a plus."
Lorenzo sourit, un sourire lent, secret, qui n'atteignit pas ses yeux.
"Je ne veux pas de virilité," dit-il. "Je veux précisément ce qu'il n'a plus. L'absence de tout. Le vide. La page blanche sur laquelle on peut écrire ce qu'on veut. C'est exactement ce que je cherche."
Il se tourna vers le jeune homme, qui était resté immobile, nu, indifférent à ce qui se passait autour de lui. La chaleur du soleil de Lisbonne tombait sur sa peau pâle, dessinait des ombres sur ses côtes saillantes, faisait briller ses cheveux roux comme un brasier couvant sous la cendre.
"Quel est ton nom ?" demanda Lorenzo, en italien d'abord, puis en portugais, puis en latin.
Le jeune homme leva les yeux vers lui. Les yeux bleus, transparents, vides. Il ouvrit la bouche, et Lorenzo s'attendit à entendre une voix, un mot, une plainte. Mais rien ne sortit. Juste un souffle, un petit souffle qui semblait venir d'un lieu très lointain, d'un lieu où il n'y avait plus de mots.
"On lui a enlevé jusqu'aux mots," murmura Lorenzo, pour lui-même.
Il prit la cape brodée d'argent qu'il portait sur les épaules, l'enleva, l'enroula autour des épaules nues du jeune homme. Le contact du tissu précieux sur la peau sale parut surprendre le jeune homme. Un frémissement le traversa, un tremblement, et pour la première fois, ses yeux bougèrent. Ils regardèrent Lorenzo, vraiment regardèrent. Un instant, une fraction de seconde, il y eut quelque chose dans ce regard. Pas de l'espoir, pas de la reconnaissance, pas de la peur. Quelque chose de plus simple. Une question. Une question muette : "Qui es-tu ?"
Lorenzo posa sa main sur la joue du jeune homme. La peau était chaude, douce, malgré la crasse.
"Je suis ton nouveau maître," dit-il. "Je suis celui qui va t'apprendre à revivre."
Il se tourna vers le marchand, qui comptait déjà ses pièces.
"Faites-le laver. Nourrissez-le. Habillez-le d'une robe de soie blanche. Je le récupère dans deux heures. Si je le retrouve avec une seule égratignure de plus, je vous fais brûler votre entrepôt et j'empoisonne vos puits."
Le marchand pâlit, s'inclina, jura sur tous les saints du Portugal.
Lorenzo sortit du marché, remonta vers la ville. Le soleil était encore haut, la mer brillait comme une plaque d'argent. Il n'avait jamais été aussi heureux. Il savait, avec une certitude absolue, qu'il venait d'acheter la chose la plus précieuse de toute sa vie. Pas un esclave, pas un jouet, pas une commodité. Une œuvre d'art. Une œuvre vivante, un corps d'ange, un vide à remplir, une page à écrire.
Et il se jura, à cet instant, qu'il serait à la hauteur de cette œuvre. Qu'il serait le sculpteur, le poète, le dieu de ce corps d'argile. Qu'il ferait de ce garçon sans nom, sans voix, sans passé, la créature la plus parfaite que le monde eût jamais connue.
Les cloches de Lisbonne sonnaient l'Angélus. Il s'arrêta un instant, regarda le ciel, et murmura :
"Ginevra. Je t'appellerai Ginevra. Comme l'ange qui garde la porte du paradis. Et ensemble, nous construirons notre paradis."
Il ignora les regards des passants, les murmures des marchands, les odeurs de la ville. Il marcha d'un pas léger, le cœur battant, et il sut que ce jour était le premier jour du reste de sa vie.
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Le jeune homme, resté dans la cage, sentit le poids de la cape sur ses épaules. C'était une sensation étrange, cette étoffe précieuse, cette chaleur venue de nulle part. Il se souvenait de l'homme aux habits de soie, de ses yeux noirs, de sa main sur sa joue. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il ne comprenait pas grand-chose, depuis des années. Mais il y avait quelque chose dans cette main, dans cette voix, qui ne ressemblait à rien de ce qu'il avait connu.
Il n'avait pas de nom. Il n'avait pas de passé. Il n'avait pas d'avenir. Il était juste un corps, un corps qu'on avait façonné, un corps qu'on avait vidé, un corps qu'on avait rempli de vide. Mais pour la première fois depuis des années, il sentit une chaleur qui ne venait pas de la douleur. Une chaleur qui venait de la cape, de la main, de cette voix qui avait dit : "Je vais t'apprendre à revivre."
Il ne savait pas si c'était vrai. Il ne savait pas si c'était possible. Mais il avait faim. Il avait faim depuis si longtemps, de tout, de pain, de tendresse, de mots. Et l'homme aux yeux noirs lui avait promis du pain, de la tendresse, des mots.
Il se recroquevilla à nouveau, serrant la cape sur ses épaules nues, et pour la première fois depuis une éternité, il eut quelque chose qui ressemblait à une pensée.
"Il m'a touché," se dit-il, dans un langage qui n'avait plus de mots. "Il m'a touché comme on touche une chose précieuse."
Il ne savait pas si cela était bon ou mauvais. Mais cela le réchauffait. Et c'était suffisant.
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