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Le Seigneur des Anneaux -ch04 (novella)

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Le Seigneur des Anneaux

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Chapitre 4 — Les semaines d'apprentissage




Les jours qui suivirent la première nuit s'écoulèrent comme un long fleuve tranquille, une eau chaude qui emporte tout sur son passage, les souvenirs amers, les douleurs anciennes, les peurs irraisonnées. Lorenzo s'était installé dans une routine, une routine qu'il avait imaginée longtemps avant d'acheter Ginevra, une routine qu'il avait rêvée dans les insomnies de ses nuits florentines, une routine qu'il mettait enfin en pratique avec la précision d'un horloger et la passion d'un amant.

Chaque soir, quand le soleil disparaissait derrière les collines toscanes et que les ombres s'allongeaient sur les oliviers, Lorenzo faisait appeler Ginevra dans sa chambre. Il ne le faisait jamais pendant la journée, jamais sous la lumière crue du soleil. Le jour, il était le seigneur, le maître, l'homme d'affaires qui gérait ses domaines, ses vignes, ses comptes. La nuit, il était autre chose. Il était l'artiste, le sculpteur, le dieu qui façonnait sa créature.

Ginevra arrivait toujours de la même manière, sans faire de bruit, comme une ombre qui se glisse sous la porte. Elena le conduisait jusqu'au seuil, lui donnait une petite tape sur l'épaule, et elle se retirait, laissant les deux hommes seuls dans la chambre éclairée aux bougies. Ginevra portait toujours la même robe, la robe de soie blanche, fendue sur les côtés, sans rien en dessous. Ses cheveux roux étaient toujours retenus par les rubans de soie, ses pieds étaient toujours nus, son corps était toujours prêt.

Lorenzo le faisait asseoir sur le lit, ou sur le fauteuil, ou sur un coussin de velours placé près de la fenêtre. Il le regardait longuement, en silence, avant de le toucher. Il aimait ce moment, ce moment où il pouvait contempler son œuvre, la voir dans toute sa splendeur, avant de la toucher, avant de la transformer.

Puis il s'approchait, il écartait les pans de la robe, et il commençait.

Le rituel était toujours le même. D'abord, les doigts. Un doigt, d'abord, glissant le long des fesses, descendant vers l'anneau de chair, s'y arrêtant, le caressant, le contournant. Puis le doigt entrait, lentement, avec une lenteur presque cruelle, et Lorenzo sentait la chair s'ouvrir, l'accueillir, l'enserrer. Il tournait son doigt à l'intérieur, lentement, comme on tourne une bague autour d'un doigt, sauf que c'était l'inverse, c'était l'anneau qui le portait, qui le retenait, qui le possédait.

Puis un deuxième doigt, plus large, qui écartait un peu plus la chair, qui préparait l'anneau à ce qui allait venir. Lorenzo aimait ce moment, ce moment où les deux doigts étaient à l'intérieur, à explorer la paroi chaude, à sentir les plis de la muqueuse, à écouter les petits bruits que faisait le corps de Ginevra. Il aimait aussi la sensation de l'anneau qui se refermait sur ses doigts, qui les retenait, qui ne voulait pas les lâcher.

Puis un troisième doigt, le plus difficile, celui qui demandait de la patience, de la douceur, de la persévérance. Ginevra avait appris à s'ouvrir, à ne pas se crisper, à accueillir la présence étrangère sans la rejeter. Il était devenu souple, docile, offert. L'anneau s'élargissait, s'adaptait, se faisait plus chaud, plus accueillant.

Et puis, quand Lorenzo sentait que l'anneau était prêt, quand il sentait que la chair était assez souple, assez chaude, assez humide, il retirait ses doigts, un par un, avec une lenteur qui faisait gémir Ginevra. Il enduisait son sexe de l'huile parfumée, parfois de miel, parfois des deux, et il entrait.

Lentement. Toujours lentement. Il entrait comme on entre dans un lieu sacré, avec respect, avec piété, avec une lenteur presque religieuse. Il sentait l'anneau s'ouvrir devant lui, l'accueillir, l'enserrer. Il sentait la chaleur, la douceur, la vie. Il entrait jusqu'au bout, et il s'arrêtait, un instant, juste pour savourer la sensation d'être là, d'être à l'intérieur de ce corps, d'être enfin chez lui.

Puis il commençait à bouger. Lentement, au début, comme une berceuse. Puis plus vite, plus fort, plus profond. Il prenait Ginevra dans toutes les positions, comme un peintre qui explore toutes les perspectives, comme un sculpteur qui tourne autour de son œuvre. Sur le ventre, pour sentir l'anneau se resserrer autour de lui, plus étroit, plus chaud. À genoux, les fesses levées, pour entrer plus profond, pour atteindre des endroits qu'il n'avait pas encore explorés. Sur le dos, les jambes levées, pour voir le visage de Ginevra, pour voir ses yeux, pour voir ses lèvres. Assis sur ses cuisses, pour le tenir contre lui, pour sentir son corps contre le sien, pour sentir son souffle sur sa joue.

Ginevra subissait tout cela sans résister, sans protester, sans jamais refuser. Il avait appris, au cours de ses années chez les Turcs, que la résistance ne servait à rien. Il avait appris que le corps pouvait flotter au-dessus de la douleur, au-dessus du plaisir, au-dessus de tout. Il avait appris à se retirer, à s'absenter, à laisser son corps faire ce qu'on lui demandait pendant que son esprit s'envolait ailleurs.

Mais avec Lorenzo, quelque chose changeait.

Peut-être était-ce la lenteur, cette lenteur que ses maîtres turcs n'avaient jamais eue. Peut-être était-ce les doigts, ces doigts qui exploraient, qui caressaient, qui préparaient, qui ne prenaient jamais sans donner. Peut-être était-ce la chambre, la lumière des bougies, l'odeur des huiles, le silence de la campagne toscane. Peut-être était-ce tout cela à la fois.

Quoi qu'il en soit, Ginevra commença à ressentir. Pas comme un homme normal, pas comme ceux qui ont le choix, pas comme ceux qui peuvent aimer ou ne pas aimer, prendre ou laisser. Il commença à ressentir comme un corps qui se souvient, comme une chair qui s'éveille, comme une âme qui sort de sa torpeur.

Les doigts de Lorenzo, quand ils tournaient à l'intérieur de lui, ne lui faisaient pas mal. Ils lui faisaient autre chose, une chose qu'il n'avait pas de mot pour nommer. Une chaleur, d'abord, qui montait de son ventre vers sa poitrine, vers sa gorge, vers ses joues. Une chaleur qui n'était pas de la fièvre, pas de la douleur, pas de la honte. Une chaleur qui ressemblait à la vie.

La langue de Lorenzo, quand elle léchait son anus, quand elle tournait autour de l'anneau, quand elle entrait à l'intérieur, cette langue lui faisait des choses qu'il n'avait jamais ressenties. Des frissons, des picotements, des sensations qui n'avaient pas de nom. Il se surprenait à gémir, pas parce qu'on le lui demandait, pas parce qu'il jouait un rôle, mais parce qu'il ne pouvait pas s'en empêcher.

Le sexe de Lorenzo, quand il entrait en lui, quand il le remplissait, quand il le possédait, ce sexe lui faisait sentir qu'il était vivant. Qu'il était plus qu'un objet, plus qu'une chose, plus qu'un corps vide. Il lui faisait sentir qu'il existait, que sa chair existait, que son plaisir existait.

Et il commença à bouger. Pas parce qu'on le lui demandait. Pas parce qu'on l'y forçait. Mais parce que son corps le réclamait. Ses hanches se soulevaient pour rencontrer la pénétration, ses fesses se serraient pour retenir Lorenzo à l'intérieur, ses mains s'agrippaient aux draps pour ne pas s'envoler, sa bouche s'ouvrait pour laisser sortir des sons qu'il n'avait jamais entendus.

Lorenzo était fasciné.

Il n'avait jamais vu ça. Il avait connu des esclaves, des hommes, des femmes, des bêtes. Mais il n'avait jamais vu un corps castré, un corps vidé de sa virilité, un corps qui ne pouvait ni bander ni jouir comme les autres, découvrir le plaisir dans son plus profond, dans son plus intime, dans son plus caché. Il n'avait jamais vu un homme sans testicules trembler de plaisir, gémir de plaisir, chercher le plaisir.

C'était une révélation.

"Tu ressens," dit-il un soir, tandis que Ginevra gémissait sous lui, les hanches soulevées, la bouche ouverte, les yeux mi-clos. "Tu ressens vraiment, Ginevra."

Ginevra ne répondit pas. Il ne pouvait pas répondre. Ses mots étaient encore trop loin, trop enfouis, trop oubliés. Mais son corps répondit. Il se tendit, il s'ouvrit, il se donna. Un cri sortit de sa gorge, un cri qui n'était pas de douleur, un cri qui n'était pas de soumission, un cri qui était autre chose. Un cri qui ressemblait à de la joie.

Lorenzo jouit en lui, ce soir-là, plus violemment que d'habitude. Il resta en lui, secoué par les spasmes, les bras autour du corps frêle, la tête posée sur l'épaule de Ginevra. Il sentait les battements du cœur du jeune homme, ce cœur qui battait plus vite que d'habitude, ce cœur qui n'était pas mort, ce cœur qui aimait peut-être.

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Elena était présente pendant la plupart de ces séances. Elle ne participait pas, pas encore. Elle se tenait dans un coin de la chambre, près de la table où étaient disposées les huiles, les linges, les vins. Elle regardait, impassible, ou souriante, selon les jours. Elle était là comme une gardienne, comme une témoin, comme une mère qui veille sur son enfant.

Parfois Lorenzo l'invitait à s'approcher. Il lui demandait de toucher Ginevra, de le caresser, de le préparer. Elena obéissait toujours, avec une grâce tranquille. Elle s'approchait du lit, elle posait ses mains sur la peau de Ginevra, et elle le touchait comme on touche un enfant, avec douceur, avec tendresse, avec une sorte de dévotion.

Ses mains étaient différentes de celles de Lorenzo. Elles étaient plus douces, plus lentes, plus maternelles. Elles ne cherchaient pas à pénétrer, à prendre, à posséder. Elles cherchaient à caresser, à réchauffer, à guérir. Elles suivaient les courbes du corps, les creux, les bosses, les lignes. Elles s'attardaient sur les endroits que Lorenzo oubliait : la nuque, les omoplates, l'intérieur des cuisses. Elles étaient des mains de femme, des mains de mère, des mains qui n'avaient jamais fait de mal à personne.

Ginevra, qui avait passé des années chez des maîtres turcs à n'être qu'un objet, découvrit qu'entre les mains d'Elena, il pouvait être autre chose. Un fils, peut-être. Un frère, peut-être. Un ami, peut-être. Quelque chose qui n'était pas seulement un corps à utiliser, une chose à consommer, un objet à jeter.

Un soir, après que Lorenzo se fut retiré et endormi, Elena resta près de Ginevra. Elle le lava, comme elle le faisait toujours, avec des gestes doux et précis. Elle le sécha, le parfuma, le borda. Mais ce soir-là, elle ne se retira pas immédiatement. Elle s'assit sur le bord du lit, posa sa main sur la joue de Ginevra, et elle le regarda longuement.

"Tu sais, Ginevra," dit-elle, à voix basse, pour ne pas réveiller Lorenzo, "tu es plus fort que tu ne le penses. Tu as survécu. Tu as supporté des choses que personne ne devrait supporter. Et tu es encore là, tu es encore vivant."

Ginevra la regarda. Ses yeux bleus, dans la pénombre, brillaient comme deux étoiles. Il ne comprenait pas tous les mots, il ne comprenait pas la langue, pas encore. Mais il comprenait le ton, il comprenait la douceur, il comprenait la tendresse.

"Je t'aime," dit-il, d'une voix rauque, la première fois qu'il prononçait ces mots de sa propre volonté.

Elena sourit. Elle se pencha, embrassa son front, et elle dit : "Je t'aime aussi, Ginevra. Je t'aime comme un fils, comme un ami, comme un frère."

Elle se leva, souffla les bougies, et elle sortit de la chambre en silence.

Ginevra resta allongé dans le noir, les yeux ouverts, le cœur battant. Il avait prononcé des mots. Il avait dit "je t'aime". Il ne savait pas ce que cela signifiait, vraiment, mais il savait que cela le réchauffait. Cela le réchauffait comme le feu, comme le vin, comme les bras de Lorenzo.

Il ferma les yeux, et il s'endormit en souriant.

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Les semaines passèrent. Les nuits se succédèrent, chacune semblable à la précédente, et pourtant chacune différente. Lorenzo explorait le corps de Ginevra comme un musicien explore un instrument, cherchant toujours une note nouvelle, une harmonie inédite, un accord parfait. Ginevra apprenait à répondre, à s'offrir, à se donner. Elena veillait, discrète, maternelle, indispensable.

Un soir, Lorenzo décida de faire quelque chose de nouveau. Il allongea Ginevra sur le ventre, et il lui demanda de regarder le mur. Il s'approcha de lui, et il commença à parler.

"Ginevra," dit-il, "je veux que tu m'écoutes. Je veux que tu m'entendes. Je veux que tu saches ce que tu es pour moi."

Il entra en lui, lentement, et il continua à parler.

"Tu es la plus belle chose que j'aie jamais possédée. Mais tu n'es pas une chose, Ginevra. Tu es une personne. Tu es un être humain. Tu es mon Ginevra."

Il bougea en lui, doucement, et il sentit l'anneau se resserrer autour de lui.

"Je t'ai acheté parce que tu étais parfait. Mais tu ne l'es pas à cause de ce que les Turcs t'ont fait. Tu l'es parce que tu es toi. Parce que tu as survécu. Parce que tu es là, maintenant, avec moi."

Ginevra écoutait. Il écoutait les mots, même s'il n'en comprenait pas tous. Il écoutait la voix, cette voix grave, chaude, qui lui parlait comme on parle à un ami, comme on parle à un amant, comme on parle à un égal.

"Je veux que tu apprennes à parler, Ginevra. Je veux que tu apprennes à dire ce que tu ressens, ce que tu veux, ce que tu aimes. Je veux que tu deviennes plus qu'un corps. Je veux que tu deviennes une personne."

Lorenzo jouit en lui, et Ginevra jouit avec lui, ce petit frisson qui parcourait tout son corps, sans éjaculation, sans virilité, mais avec une intensité qui le laissait pantelant.

"Tu es mon Ginevra," répéta Lorenzo. "Tu es mon ange. Tu es ma vie."

Après l'amour, Lorenzo resta allongé près de Ginevra. Il posa sa main sur son ventre, il sentit sa respiration, il sentit son cœur. Il se dit que c'était là, dans ce lit, dans ce corps, dans cette chambre, qu'il avait trouvé ce qu'il cherchait depuis toujours. Non pas un objet de plaisir, non pas un esclave, non pas un jouet. Mais une âme. Une âme qui commençait à s'éveiller, à parler, à aimer.

"Demain," dit-il, "je vais t'apprendre les mots. Je vais t'apprendre à parler, Ginevra. Parce que j'ai besoin de t'entendre. J'ai besoin de savoir ce que tu penses, ce que tu ressens, ce que tu veux."

Ginevra tourna la tête vers lui. Ses yeux bleus brillaient dans l'obscurité.

"Oui," dit-il, sa voix à peine audible.

C'était le premier mot qu'il prononçait sans qu'on le lui demande. Le premier mot qu'il choisissait. Le premier mot qui venait de lui.

Lorenzo sourit, et il le prit dans ses bras, et il s'endormit en le tenant contre lui, comme un trésor, comme un rêve, comme un miracle.





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