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LA MÉTAMORPHOSE DE L'ABYSSINIE
La mer cognait contre le rivage comme un cœur trop gros pour sa cage. Alexandre était assis sur le sable brûlant de cette crique varoise, les genoux remontés contre la poitrine, et il se sentait minuscule. À trente-deux ans, comptable dans un cabinet gris de la banlieue parisienne, il traînait sa carcasse comme un fardeau inutile. Il était marié depuis huit ans à Claire, une femme aux os fins, à la voix précise et au corps si léger qu’il avait parfois l’impression de faire l’amour à une ombre, à une idée abstraite du plaisir plutôt qu’à une réalité charnelle. Ils s’étaient disputés violemment avant son départ. Toujours les mêmes mots : routine, silence, absence de désir. Elle lui avait lancé qu’il était un « mort-vivant ». Il n’avait rien trouvé à répondre. Alors il était parti seul, avec une valise trop lourde et l’espoir idiot qu’un peu de sel et de soleil le ramèneraient parmi les vivants.
Le premier matin, il ne cherchait rien. Il regardait seulement l’eau, les vaguelettes qui venaient mourir à ses pieds, quand elle apparut.
Elle sortait de la mer comme une divinité païenne rejetée par les flots. L’eau ruisselait sur sa peau d'un ébène profond, épaisse, luisante comme du satin noir sous l'éclat de midi. Le soleil s’accrochait à chaque courbe de son corps comme s’il refusait de la lâcher. Son corps n'était pas une silhouette, c’était une insurrection de la matière. Des seins énormes, lourds, presque violents d'affirmation, étaient à peine contenus par un minuscule triangle à sequins argentés qui semblait prêt à craquer sous la pression de cette chair débordante. Ils tremblaient à chaque pas avec une densité charnelle qui coupait le souffle. Son ventre, rond et doux, tombait en un tablier sensuel qui venait mourir sur le bas de son bikini, lequel disparaissait littéralement sous des hanches monumentales.
Alexandre resta pétrifié. Ne connaissant pas son nom, il l’appela immédiatement **Diane** dans le secret de ses pensées. Diane, la chasseresse. Mais ici, c'était elle qui le traquait sans le savoir, simplement par sa présence tellurique. Il l’imaginait dans sa chambre d’hôtel, l’appelait « Diane » en caressant son sexe dur, fantasmant sur le poids de ses cuisses — deux colonnes de chair sombre qui se frottaient l’une contre l’autre dans un bruissement humide qu'il entendait presque depuis sa serviette.
Pendant trois jours, il fut son satellite silencieux. Il la regardait s’enduire de crème, ses mains pétrissant la chair de son ventre, soulevant un sein après l'autre avec une placidité impériale. Il rentrait le soir pour se masturber furieusement, le nom de « Diane » aux lèvres comme une incantation de possédé.
Le quatrième jour, un ballon de plage rouge roula jusqu'à ses pieds. Il le ramassa. Elle était debout devant lui, immense, ruisselante.
— Tu peux me le lancer ? demanda-t-elle. Sa voix était grave, cuivrée, avec une musicalité que son "Diane" imaginaire n'avait pas prévue.
Il lança. Elle attrapa le ballon contre sa poitrine, et ses seins l'engloutirent presque. Alexandre bégaya quelques mots. Ils commencèrent à discuter. Il apprit alors qu'elle s'appelait **Desta**.
— Ça veut dire "Joie" en amharique, expliqua-t-elle avec un rire qui fit onduler toute la masse splendide de ses épaules. Mes ancêtres viennent des hauts plateaux d'Éthiopie.
Alexandre sentit un frisson parcourir son échine. Desta. Ce n'était plus une déesse grecque de marbre blanc ; c'était une femme de terre rouge et de nuit étoilée. Elle était institutrice, aimait la poésie et ne s’excusait jamais d’occuper tant d’espace.
Le soir de leur rencontre décisive, l'air de la chambre d'Alexandre était saturé de l'odeur du jasmin et du sel marin. À peine la porte fut-elle close que Desta prit les commandes. Elle n'était pas une ombre, elle était un monde. Elle se déshabilla avec une lenteur cérémonieuse. Quand le soutien-gorge céda, ses seins jaillirent comme des fruits de vie, d'une lourdeur magnifique, aux aréoles larges comme des soucoupes sombres.
— Tu as faim, Alexandre ? souffla-t-elle en l'attirant contre elle.
Elle le poussa sur le lit et grimpa sur lui. Alexandre poussa un grognement étouffé sous l'assaut de cette chair. Elle s'allongea de tout son long sur lui, et ce fut l'étouffement le plus délicieux de son existence. Le ventre de Desta, immense, chaud et moelleux, écrasait le sien ; ses seins l'enveloppaient comme des coussins de soie brûlante. Il se sentait submergé, noyé dans cette masse féminine qui lui redonnait le sentiment d'exister. Il chercha sa bouche, mais Desta se fit prédatrice. Elle s'acharna sur ses lèvres avec une fureur orgasmique, les dévorant, les aspirant comme si elle voulait lui arracher l'âme pour la loger dans son propre corps.
Elle descendit ensuite le long de son torse, sa langue traçant des sillons de feu sur sa peau pâle. Quand elle atteignit son sexe, dressé et palpitant, elle s'en saisit avec une gourmandise qui fit gémir Alexandre. Elle le suça avec un acharnement presque sauvage, ses joues pleines se creusant, ses mains pétrissant ses propres seins lourdement tombants pendant qu'elle l'honorait. Alexandre, les mains perdues dans les cheveux bouclés de Desta, sentait son bassin se soulever involontairement, porté par une extase qu'il n'avait jamais connue.
Puis, elle se redressa et écarta ses cuisses monumentales. Alexandre vit alors la clarté rose de sa vulve, protégée par un buisson de poils sombres et drus. C'était un contraste saisissant, une promesse de paradis. Il s'installa entre ses jambes, les cuisses de Desta se refermant sur ses hanches comme un étau de velours.
Il y pénétra avec une fureur douce, une rage de vivre qui explosait enfin. À chaque coup de reins, il s'enfonçait dans une chaleur humide et serrée qui semblait ne pas avoir de fin. Desta poussait des cris rauques, sa tête balayant l'oreiller, ses mains griffant les draps. Il la baisait avec un acharnement de naufragé, cherchant le fond de son être, tandis que le ventre de la jeune femme claquait contre le sien dans un rythme hypnotique.
— Plus fort, Alexandre ! Deviens moi ! criait-elle dans un souffle.
Il s'exécuta, ses mouvements devenant plus profonds, plus rudes. Il aimait la sensation de sa verge disparaissant dans cette chair sombre, il aimait l'odeur musquée qui montait de leur jonction. Desta commença à jouir, ses muscles internes se contractant avec une force inouïe autour de lui. Elle saisit le visage d'Alexandre et le ramena contre ses lèvres, l'embrassant avec une sauvagerie désespérée alors qu'il se répandait en elle, hurlant son nom, son vrai nom : « Desta ! Desta ! »
Les jours suivants ne furent qu'une longue suite de découvertes. Ils ne se quittaient plus. Alexandre découvrit que Desta n'était pas seulement un corps, mais une intelligence vive, une femme qui avait surmonté un divorce douloureux en choisissant de s'aimer inconditionnellement.
— Mon ex-mari voulait que je disparaisse, confia-t-elle un soir sur la terrasse. Il voulait que je sois plus fine, plus discrète. Mais on ne peut pas cacher la joie, Alexandre. On ne peut pas réduire Desta.
Il l'écoutait, fasciné. Il lui raconta sa vie de chiffres, son mariage avec Claire qui n'était plus qu'une cohabitation de spectres. Desta l'écoutait sans juger, posant simplement sa main massive sur la sienne, lui insufflant une force qu'il n'avait jamais possédée.
Ils faisaient l'amour partout où l'ombre les protégeait. Dans les recoins des falaises, Alexandre la prenait par derrière, ses mains s'enfonçant dans la graisse ferme de ses fesses qui vibraient sous ses assauts. Il aimait voir l'ombre de son corps dominer le sien sur le sable. Il aimait l'acharnement avec lequel elle le réclamait, comme si son appétit sexuel était le moteur même de sa vitalité éthiopienne.
Une après-midi, ils s'isolèrent dans une grotte marine. L'eau leur arrivait à la taille. Alexandre la plaqua contre la paroi rocheuse. Il souleva une de ses jambes pesantes et la pénétra avec une force renouvelée. Le sel de l'eau agissait comme un piment sur leurs peaux. Desta se jeta sur son cou, mordillant son épaule, ses seins flottant lourdement sur la surface de l'eau.
— Tu es vivant, Alexandre, murmurait-elle entre deux halètements. Sens-tu comme tu es vivant ?
Il ne répondit que par des baisers furieux, explorant chaque pli de son corps, chaque recoin de sa peau sombre. Il n'y avait plus de comptable, plus de mari, plus de honte. Il n'y avait qu'un homme et une femme, le blanc et l'ébène, la fragilité et la puissance, fusionnant dans l'écume.
La dernière nuit fut la plus déchirante. Ils savaient que le train de quatorze heures le ramènerait à Paris le lendemain. Dans la pénombre de la chambre, ils ne firent pas l'amour avec la fureur habituelle, mais avec une lenteur sacrée. Alexandre passa des heures à explorer le corps de Desta. Il embrassa le dessous de ses seins, là où la peau est la plus tendre, il lécha les vergetures argentées sur ses hanches comme si c'étaient des fils d'or, il s'attarda sur son ventre, le pétrissant avec une gratitude infinie.
Il l'étouffa une dernière fois sous son poids, cherchant à s'imprégner de son odeur, de sa chaleur, de sa densité. Quand il pénétra sa vulve pour la dernière fois, ce fut un acte de mémoire. Il voulait que chaque cellule de son sexe se souvienne de ce rose vif, de cette étreinte moite et profonde. Desta pleura doucement, ses larmes coulant sur les tempes d'Alexandre alors qu'elle le serrait contre sa poitrine monumentale.
— N'oublie pas la joie, Alexandre, souffla-t-elle alors qu'il jouissait en elle. N'oublie pas Desta.
Le lendemain, sur le quai de la gare, elle ne vint pas. C'était leur accord. Il monta dans le wagon, sa valise semblant plus légère malgré les souvenirs qu'elle contenait. Dans sa poche, il trouva un petit morceau de papier sur lequel elle avait écrit : « Le désir est une boussole. Ne te perds plus. »
Alexandre regarda défiler les paysages du Sud, puis ceux plus mornes du centre de la France. Il sentait encore sur sa peau le contact du sel et de l'ébène. Il savait que Claire l'attendait dans leur appartement aux teintes pastels. Mais il savait aussi qu'il ne pourrait plus jamais être l'ombre qu'il était.
Il ferma les yeux et revit Diane, la chasseresse de ses fantasmes, se transformer en Desta, la Joie de sa réalité. Une femme aux racines éthiopiennes et au corps d'univers avait ouvert une brèche dans sa cage. Il n'était plus un mort-vivant. Il était un homme qui avait connu l'absolu de la chair et la vérité du cœur. Et quelque part, au bord de la Méditerranée, Desta marchait probablement vers l'eau, ses seins lourds offerts au soleil, sachant qu'elle avait rendu un homme à la vie. Alexandre, lui, se fit une promesse : peu importe la suite, il ne laisserait plus jamais personne réduire sa propre joie au silence.
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