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Avant Toi, On Était Deux - Ch07 (novella)

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CHAPITRE 7 – LE GRAND RENVERSEMENT



L’après-midi du dimanche s’était installée sur Paris avec une lourdeur sépulcrale. Derrière les rideaux de velours du salon, que Rafael avait ordonné de tirer pour instaurer une pénombre artificielle, la ville continuait de respirer, mais son tumulte semblait appartenir à une autre dimension. À l’intérieur de l’appartement de Nadia, l’air était saturé d’une tension électrique, un mélange d’ozone, de parfum de cuir neuf et de la sueur froide des corps qui savent qu’ils vont être brisés.
Le salon, autrefois un espace de réception élégant, s’était transformé en une arène silencieuse. Au centre, sur le tapis d’Orient dont les motifs complexes semblaient s’animer sous l’effet de la lumière tamisée, Nadia était déjà en position. Elle s’était mise à quatre pattes, sa masse de cent kilos imposante, ses genoux s'enfonçant dans la laine épaisse. Elle portait toujours son short noir extensible, mais elle avait retiré son pull sur ordre de Rafael. Son dos large, ses épaules puissantes et ses seins lourds qui pendaient vers le sol étaient offerts à la vue, une géographie de chair blanche et marbrée par l'excitation et la peur.
Rafael se tenait debout devant elle, les jambes écartées, tel un colosse de l'Antiquité observant une cité vaincue. Dans sa main droite, il tenait le harnais de cuir noir, un enchevêtrement de sangles luisantes et de boucles de métal argenté. L'accessoire n'était pas un simple jouet ; c'était un instrument de transfert de pouvoir, l'outil qui allait achever de déconstruire le lien qui unissait autrefois les deux femmes.
— Léna, approche, ordonna-t-il sans quitter Nadia des yeux.
Léna s'avança. Elle était déjà dans un état de transe, ses pupilles dilatées par l'adrénaline et la fatigue accumulée. Son maquillage pourpre lui donnait l'air d'une divinité païenne, une idole de chair blonde prête pour un rituel de sang. Rafael lui tendit le harnais.
— Mets-le. Devant elle.
Léna commença à s'équiper. Le bruit du cuir qui froisse et le cliquetis des boucles de métal furent les seuls sons qui remplirent la pièce pendant de longues minutes. Nadia, la tête basse, regardait les pieds fins de Léna. Elle voyait sa compagne sangler ses hanches, ajuster la pièce de cuir entre ses cuisses, fixer le godemichet noir, long et imposant, qui se dressait désormais comme une extension artificielle de sa volonté. Pour Nadia, voir Léna — sa petite Léna, si douce, si soumise d’ordinaire — s'armer ainsi était un choc psychologique d'une violence inouïe. La hiérarchie qu'elle avait bâtie pendant des années, cette protection maternelle et dominatrice qu'elle exerçait sur la plus jeune, s'effondrait définitivement.
— Regarde-la, Nadia, dit Rafael d'une voix qui semblait venir de très loin. Regarde ce que ta protégée va te faire. Aujourd'hui, elle est l'homme. Aujourd'hui, elle est mon bras armé.
Nadia releva la tête. Elle vit Léna debout au-dessus d'elle, le visage fermé, les mains posées sur ses propres hanches sanglées de cuir. Léna ne tremblait plus. Elle semblait avoir intégré la cruauté de Rafael, l’avoir absorbée pour survivre.
— Léna, prends-la, commanda Rafael. Et ne sois pas tendre. Je veux qu'elle sente chaque centimètre de ton obéissance à mes ordres.
Léna se plaça derrière Nadia. Nadia sentit le contact du plastique froid contre son entrée. Elle laissa échapper un sanglot nerveux, ses bras massifs fléchissant légèrement sous son poids. Léna posa ses mains sur les fesses de Nadia, écartant la chair avec une vigueur qu'elle n'avait jamais montrée auparavant.
Le premier assaut fut brutal. Léna s’enfonça en Nadia d’un coup de reins sec, poussée par l’impulsion de Rafael qui gardait sa main posée sur l’épaule de la jeune femme. Nadia poussa un cri déchirant qui résonna contre les murs du salon. Ce n’était pas seulement la douleur physique de la pénétration, c’était la douleur métaphysique de voir son monde s’inverser. Celle qu’elle avait nourrie, aimée et dominée était en train de la violer symboliquement sous les yeux de leur maître.
— Plus fort, Léna. Utilise tes hanches comme je t'ai montré, instruisait Rafael.
Le rythme s'installa, implacable. Nadia était secouée par les poussées de Léna, ses cent kilos de chair oscillant sur le tapis. Elle sentait le frottement du cuir contre ses cuisses, l’odeur de la sueur de Léna et le regard pesant de Rafael qui circulait autour d’elles, observant chaque détail de la dégradation. Rafael s'approcha de la tête de Nadia. Il saisit ses cheveux bruns et lui releva le visage.
— Regarde ton salon, Nadia. Regarde tes tableaux, tes livres. Tout ça ne t'appartient plus. Tu n'es plus qu'une extension de ce tapis. Tu es la chose que Léna laboure pour moi.
Nadia voyait les étagères de sa bibliothèque, les manuscrits de ses romans inachevés, et tout lui paraissait absurde. La culture, l'intellect, la renommée… tout s'effaçait devant la réalité de ce morceau de plastique noir qui l'envahissait. Elle n'était plus qu'un orifice, un volume de chair subissant la loi du plus fort.
Léna, de son côté, semblait possédée. Ses yeux bleu-vert étaient fixés sur le dos de Nadia, son visage marqué par un mélange d'effroi et d'extase sauvage. Elle découvrait une puissance nouvelle, une forme de virilité d'emprunt que Rafael lui avait instillée. Elle ne pleurait plus. Elle frappait le corps de Nadia avec ses hanches, un bruit sourd et régulier de chair contre chair qui rythmait l'après-midi.
Soudain, Rafael se déshabilla à son tour. En quelques secondes, il fut nu, son sexe dressé, prêt pour la conclusion du week-end.
— Arrête-toi, Léna, dit-il.
Léna se figea, haletante, le godemichet encore enfoncé en Nadia. Rafael s'approcha. Il se plaça devant le visage de Nadia, forçant celle-ci à pratiquer une fellation tandis que Léna restait en place derrière. Puis, dans un mouvement de coordination parfaite, il ordonna à Léna de reprendre son mouvement tandis qu'il pénétrait Nadia par la bouche.
Nadia était prise en étau. Elle était le centre d'un engrenage de chair et de cuir. Elle ne pouvait plus respirer que par intermittence, étouffée par la présence de l'homme et l'assaut de la femme. C'était la double pénétration, l'acte qui scellait leur trinité asymétrique. Nadia sombrait dans une transe de douleur et de plaisir interdit, ses sens saturés, son ego pulvérisé. Elle n'existait plus en tant qu'individu ; elle était devenue le point de rencontre de deux volontés supérieures.
Le climax fut une explosion de violence sensorielle. Rafael, sentant la fin approcher, accéléra la cadence. Ses mains pétrissaient les seins de Nadia avec une force qui laissait des marques violacées. Léna, derrière, poussait des cris gutturaux, ses propres hanches s'entrechoquant contre le cuir du harnais.
Quand Rafael jouit enfin, il le fit avec un grognement qui semblait sortir des profondeurs de la terre. Il se retira de la bouche de Nadia pour se répandre sur son visage, marquant ses joues, ses yeux clos et son front de sa semence. Au même instant, Léna, épuisée, se retira de Nadia et s'effondra sur son dos, ses bras entourant la masse imposante de sa compagne.
Le silence retomba sur le salon, un silence épais, presque solide. On n'entendait plus que les souffles courts et le bruit d'une horloge dans le couloir.
Rafael resta debout au-dessus d'elles un moment, récupérant son souffle. Il regarda le tableau qu'elles formaient : la femme de cent kilos, le visage souillé, prostrée sur le tapis, et la jeune femme blonde, encore sanglée de cuir, accrochée à elle comme une naufragée à une épave.
— Bien, dit-il enfin, sa voix retrouvant son calme olympien. Le week-end est fini.
Il alla ouvrir les rideaux. La lumière déclinante du dimanche soir envahit la pièce, révélant la crudité de la scène. Les poussières dansaient dans les rayons du soleil couchant. Rafael commença à se rhabiller avec une désinvolture déconcertante, comme s'il venait de terminer une séance de sport ordinaire.
Nadia se redressa lentement. Elle s'assit sur ses talons, ses mains tremblantes essuyant son visage. Elle regarda Léna, qui était en train de détacher les boucles du harnais. Leurs regards se croisèrent. Il n'y avait plus de haine, plus de honte, seulement une reconnaissance mutuelle de leur état. Elles étaient passées de l'autre côté du miroir.
Léna retira l'accessoire et le posa au sol, comme un objet sacré dont on a fini l'usage. Elle se rapprocha de Nadia et posa sa tête sur l'épaule massive de son aînée. Nadia l'entoura de ses bras, sentant la fragilité de Léna contre sa propre puissance désormais inutile.
Rafael finit de boutonner sa chemise. Il s'approcha du balcon, alluma une cigarette et contempla Paris. Le ciel virait au rose et au violet, les lumières de la ville s'allumaient une à une. Il se retourna vers elles.
— Vous savez ce qui va se passer maintenant ? demanda-t-il.
Nadia leva les yeux vers lui. Elle ne craignait plus la réponse. Elle la désirait.
— Demain, je reviens, continua Rafael. Et tous les jours après. L'appartement est à moi. Vous êtes à moi. Vous allez reprendre vos vies, votre travail, vos sorties, mais avec la conscience permanente que vous n'êtes que mes représentantes ici-bas. Tout ce que vous ferez, vous le ferez pour me le raconter le soir.
Il marcha vers la porte d'entrée. Il s'arrêta sur le seuil, sa silhouette se découpant contre le couloir sombre.
— Comment vous sentez-vous ?
Ce fut Léna qui répondit. Sa voix était métamorphosée, plus profonde, dépouillée de ses minauderies habituelles. Elle se blottit contre le flanc de Nadia, ses doigts caressant la chair de sa compagne.
— Avant toi, on était deux, murmura-t-elle. On s'étouffait dans notre propre confort. On tournait en rond dans notre petite perfection.
Elle marqua une pause, un sourire étrange étirant ses lèvres pourpres.
— Maintenant, on existe.
Nadia hocha la tête en silence. Elle comprenait. En perdant leur liberté, elles avaient gagné une identité. Elles n'étaient plus des spectatrices de leur propre vie, elles en étaient devenues les matières premières.
Rafael sourit — un sourire rare, bref, presque imperceptible — et franchit la porte. Le bruit de la serrure qui se fermait résonna comme la fin d'un chapitre et le début d'un livre nouveau.
Nadia et Léna restèrent seules dans le salon. Elles ne se pressèrent pas pour se laver ou pour ranger. Elles restèrent là, nues sur le tapis, au milieu des marques du week-end, contemplant l'ombre qui envahissait l'appartement. Elles étaient les ombres de Paris, les servantes d'un culte qu'elles seules comprenaient désormais.
Nadia prit la main de Léna et la porta à ses lèvres. Elle sentait le poids de ses cent kilos, la fatigue de ses muscles, la brûlure de sa peau, et pour la première fois de sa vie de femme de cinquante ans, elle se sentait parfaitement complète. Le grand renversement était accompli. La reine était devenue la base du trône, et dans cette chute, elle avait trouvé son éternité.
Le soir tomba tout à fait sur la ville, mais dans l'appartement de la rue de Rivoli, une lumière nouvelle venait de s'allumer : celle de la servitude consentie, plus brillante et plus durable que toutes les libertés du monde.





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