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Chloé
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Chapitre 3 – Le déshabillage
Gabriel arrive à 20h02.
Chloé le sait parce qu'elle regarde l'heure toutes les trente secondes depuis dix-neuf heures. La bougie qu'elle a allumée sur la table basse — une seule, pas trois — vacille dans le courant d'air du couloir. Elle a mis sa robe. La noire. Celle qu'elle garde pour les grandes occasions. Un fourreau simple, en coton épais, qui tombe juste au-dessus du genou. Pas de décolleté — ses seins pointent assez comme ça — mais la robe épouse ses hanches, moule ses fesses, suit ses courbes comme une seconde peau.
Sous la robe : un ensemble dentelle noire. Culotte. Pas de soutien-gorge. Juste la dentelle qui tient ses seins sans les écraser. Pour elle. Pour elle seule.
Ses cheveux blonds sont libres. Ils tombent sur ses épaules en vagues douces. Elle a mis du rouge à lèvres. Rouge foncé. Presque brun. Elle se regarde dans le miroir — la fissure est toujours là — et elle se trouve belle.
Pour combien de temps ? pense-t-elle.
La sonnette retentit.
Elle respire. Une fois. Deux fois. Elle ouvre.
Gabriel est là.
Il a changé de pull. Il porte une chemise blanche, les manches retroussées sur ses avant-bras, et un pantalon sombre. Il sent bon. Pas de parfum. Juste la lessive, et quelque chose de plus profond, de plus personnel — la peau, la sueur propre, le cuir de ses chaussures.
Il la regarde. Il ne dit rien. Il descend des yeux — ses cheveux, son visage, sa bouche rouge, ses seins, ses hanches, ses jambes — et il remonte. Lentement.
— J'avais raison, dit-il enfin. Tu es belle.
— Entre, murmure-t-elle.
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Le dîner est un prétexte.
Ils mangent à la cuisine, parce que Chloé n'a pas de table dans son salon. Juste un plan de travail, deux tabourets hauts, une assiette de pâtes qu'elle a préparées, un verre de vin rouge. Il l'aide à faire la vaisselle. Il essuie les assiettes pendant qu'elle les passe sous l'eau. Leurs épaules se frôlent. Il ne recule pas.
— Tu as une belle cuisine, dit-il.
— C'est une cuisine de pauvre.
— Les cuisines de pauvre sont les meilleures. On y mange avec les doigts.
Elle rit. Il rit aussi.
Le vin est chaud dans sa gorge. Ses joues rosissent. Ses seins pointent un peu plus sous la dentelle, elle le sent. La chaleur monte.
Gabriel pose son verre vide. Il se tourne vers elle. Il écarte une mèche blonde derrière son oreille. Son index effleure sa tempe, sa joue, le coin de ses lèvres.
— Chloé.
— Oui.
— J'ai envie de toi. Depuis la librairie. Depuis que je t'ai vue accroupie devant cette étagère.
Elle ne répond pas. Sa bouche est sèche.
— Est-ce que j'ai le droit d'avoir envie de toi ? demande-t-il.
Elle hoche la tête.
— Alors ce soir, dit-il, je ne vais pas me presser.
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Ils passent au salon.
La bougie brûle encore. Gabriel s'assoit sur le canapé. Il la regarde. Elle reste debout, adossée au mur, les bras croisés sur sa poitrine — un geste automatique, presque défensif.
— Viens, dit-il.
Elle s'approche. Il tend la main. Il prend la sienne. Il la tire doucement vers lui. Elle s'assoit à côté de lui. Le canapé grince. Leurs cuisses se touchent.
Il pose sa main sur son genou. Il ne monte pas. Il reste là. Il caresse du bout des doigts, des cercles lents sur le coton de sa robe.
— Tu es tendue, dit-il.
— Je suis toujours tendue.
— Pourquoi ?
Elle le regarde. Elle pourrait mentir. Elle pourrait dire "le travail", "la vie", "je suis comme ça".
— Parce qu'il y a quelque chose que tu ne sais pas, finit-elle par dire. Quelque chose que je devrais te dire. Avant.
— Alors dis-le.
Elle ferme les yeux. Ses mains tremblent. C'est le moment. Le moment où tout bascule. Où il va se lever. Où il va dire "je dois y aller". Où elle va passer la nuit à pleurer dans son bain.
— Je ne suis pas… commence-t-elle.
Gabriel pose son doigt sur ses lèvres. Il la fait taire.
— Pas ce soir, dit-il. Demain. Après-demain. Jamais, si tu veux. Ce que tu as entre les jambes, Chloé, je m'en fous. Ce n'est pas pour ça que je suis là.
Elle ouvre les yeux. Elle le regarde. Il est sérieux. Pas un muscle de son visage ne bouge.
— Comment tu peux t'en foutre ? chuchote-t-elle. Tout le monde s'en fout, au début. Puis ils regardent. Puis ils partent.
— Je ne suis pas tout le monde.
Il prend son visage entre ses mains. Elle se laisse faire. Il l'embrasse.
D'abord doucement. Ses lèvres sur les siennes, à peine. Puis plus fort. Sa langue demande. Elle ouvre la bouche. Elle le goûte. Vin rouge. Lui. Elle pose ses mains sur sa poitrine. Sa chemise est douce. En dessous, son cœur bat.
Il recule. Il la regarde. Il attend.
— Qu'est-ce que tu veux, Chloé ?
— Je veux que tu me voies, murmure-t-elle. Je veux que tu restes.
— Alors lève-toi.
Elle se lève.
— Enlève ta robe. Si tu veux.
Elle hésite. Ses doigts cherchent la fermeture éclair dans son dos. Elle trouve. Elle tire. La glisse métallique descend lentement. Le coton se relâche. Il glisse sur ses épaules.
Elle laisse tomber la robe. Elle est debout devant lui, en dentelle noire. Ses seins pointent. Sa culotte tient ses hanches. Ses fesses sont nues. La dentelle ne couvre que l'avant.
Gabriel ne dit rien.
Il la regarde. Ses yeux descendent. Lentement. Il voit ses seins. La pointe rose qui durcit sous la dentelle. Il voit le creux de sa taille, la rondeur de ses hanches. Il voit le renflement. Sous la culotte noire. Ce qu'elle cache. Ce qu'elle n'a pas choisi.
Il ne bronche pas.
— Magnifique, dit-il.
Elle éclate en sanglots.
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Il se lève. Il la prend dans ses bras. Il la serre fort. Elle pleure contre sa poitrine, secouée, ses mains crispées sur sa chemise blanche. Il ne dit rien. Il la berce. Il caresse ses cheveux blonds. Il attend que la vague se calme.
— Je sais, dit-il contre ses tempes. Je sais ce que ça coûte.
— Tu ne peux pas savoir, souffle-t-elle.
— Non. Je ne peux pas. Mais je peux rester.
Il recule. Il la regarde. Des larmes noires coulent de ses yeux, parce qu'elle a mis du mascara. Il les essuie avec son pouce.
— Tu es si belle quand tu pleures, dit-il.
— C'est malsain, de dire ça.
— Je suis malsain. Ça te dérange ?
Elle rit. À travers les larmes. Un rire brisé.
Il la prend par la main. Il la conduit vers le lit. Il la fait asseoir sur le bord. Il s'agenouille devant elle. Ses mains remontent le long de ses cuisses. Sa peau est douce. Elle frissonne.
— Je vais te toucher, dit-il. Je vais te toucher partout. Et si tu as mal, si tu as peur, si tu veux arrêter, tu dis stop. D'accord ?
— D'accord, souffle-t-elle.
Il écarte ses genoux. Il s'installe entre ses cuisses. Il lève les yeux vers elle. Ses mains remontent, ouvrent la dentelle. Ses seins apparaissent. Il les regarde. Il se penche.
Il baise ses seins.
Sa bouche est douce. Chaude. Il prend le téton gauche entre ses lèvres, le suce doucement, le caresse du bout de la langue. Chloé frissonne. Sa tête tombe en arrière. Ses doigts s'enfoncent dans ses cheveux à lui.
Il alterne. Gauche. Droite. Ses dents mordillent à peine, juste ce qu'il faut pour qu'elle gémisse. Ses mains tiennent ses hanches. Elle pousse un peu ses seins vers sa bouche. Il sourit contre sa peau.
— Tu aimes ça, dit-il.
— Oui, répond-elle. Comme si elle s'en excusait.
Il continue. Longtemps. Il les baise comme on boit l'eau après la soif. Il lèche, il suce, il mord, il souffle. Ses tétons sont rouges, durcis, presque douloureux quand il les lâche.
Puis il descend.
Sa bouche suit la ligne de son ventre. Ses lèvres dessinent des cercles autour de son nombril. Sa langue descend plus bas. Elle retient son souffle.
Il arrive à la culotte.
Il la regarde. Elle hoche la tête.
Il écarte le tissu d'un doigt. Il voit.
Elle ferme les yeux. Elle n'ose pas regarder son visage.
Il se penche. Il embrasse. Là.
Là où personne n'a jamais embrassé.
Sa bouche est chaude sur son sexe. Il ne recule pas. Il ne fait pas la grimace. Il baise. Doucement. Il remonte, descend, trouve le rythme. Elle gémit. Ses mains tirent ses cheveux blonds. Elle se cambre.
Il remonte. Il écarte la culotte complètement. Il la regarde. Vraiment. Il voit son sexe. Il voit sa vulnérabilité. Il voit tout ce qu'elle a caché pendant des années.
Il ne dit rien. Il sourit.
— Tu es entier, dit-il. Tu es entière. C'est la même chose.
Il se penche encore. Il l'embrasse. Là. Longuement. Sa langue fait des cercles. Elle pleure encore. Mais ce ne sont plus des larmes de peur.
Elle jouit. La première fois de sa vie. Sans se toucher elle-même. Avec la bouche d'un homme. La bouche d'un homme qui a dit "je reste".
Elle crie. Elle serre ses cuisses autour de sa tête. Il ne bronche pas. Il continue. Il boit son plaisir comme on boit la pluie.
Quand ça redescend, elle est molle. Brisée. Entière.
Il remonte. Il se couche à côté d'elle. Il l'attire contre lui. Il lui caresse les cheveux.
— C'était bien ? demande-t-il.
— C'était… elle cherche ses mots. C'était la première fois.
— La première fois que tu jouis ?
— La première fois que je ne me sens pas monstre.
Il la serre plus fort.
— Tu n'as jamais été un monstre, Chloé. Tu as juste attendu le bon.
Ils restent là, enlacés. La bougie meurt. L'obscurité les enveloppe. Il ne fait rien d'autre. Pas ce soir. Il lui dit : "ce soir, c'était toi. Demain, ce sera nous."
Elle s'endort dans ses bras.
Pour la première fois, elle ne rêve pas.
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