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Salma: (1) Temps Mélangés (nouvelle)

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Salma: (1) Temps Mélangés





La boutique sentait la soie neuve et le talc. Salma ajustait une robe de mariée sur un mannequin quand la cloche de la porte tinta. Elle releva la tête sans se presser. Puis elle le vit.

Hakim.

Il avait changé, bien sûr. Les tempes grisonnaient un peu, le visage s’était durci, mais les yeux étaient les mêmes : noirs, directs, incapables de mentir longtemps. Il ferma la porte derrière lui et resta immobile un instant, comme s’il n’osait pas avancer plus loin dans l’espace qu’elle avait construit sans lui.

— Salma.

Sa voix avait gardé ce grain rauque qu’elle connaissait trop bien. Elle sentit quelque chose se fissurer derrière ses côtes, mais elle sourit poliment, professionnelle.

— Hakim. Quelle surprise.

Il s’approcha du comptoir. Elle resta de l’autre côté, les mains posées à plat sur le bois verni pour les empêcher de trembler. Il regarda autour de lui, les robes blanches alignées, les voiles, les porte-jarretelles délicats qu’elle vendait aussi, discrètement, aux futures mariées qui osaient.

— Tu as toujours aimé les belles choses, dit-il.

— Je gagne ma vie avec. Tu es de passage ?

— Oui. Quelques jours seulement. Ma fille veut voir la mer où j’ai grandi.

Le mot « fille » tomba entre eux comme une pierre. Salma hocha la tête. Elle savait déjà. Elle avait entendu dire qu’il s’était marié, qu’il avait une enfant, qu’il vivait à Tunis. Elle n’avait jamais cherché plus loin.

— Elle a quel âge ?

— Quinze ans.

Quinze ans. Quand leur histoire s’était brisée, elle avait vingt-huit ans et lui trente. Aujourd’hui elle en avait quarante-six. Les chiffres tournaient dans sa tête pendant qu’elle lui servait un café, par politesse, dans la petite arrière-boutique. Ils parlèrent de tout et de rien. Du quartier qui avait changé, des amis disparus, de la chaleur de cet été. Elle le regardait parler et se souvenait de la façon dont sa bouche s’ouvrait autrefois contre son cou, de la façon dont il disait son nom en jouissant.

Elle ne lui demanda pas s’il était heureux. Il ne lui demanda pas si elle avait refait sa vie. Ils savaient tous les deux que les réponses seraient trop lourdes pour cette heure de l’après-midi, dans une boutique de robes de mariées.

Quand il partit, il s’attarda une seconde de trop près de la porte.

— Tu habites toujours au même endroit ?

Elle hésita.

— Oui.

Il hocha la tête et s’en alla. Salma resta seule, le cœur battant trop fort, la robe de mariée encore entre ses doigts. Elle se dit qu’elle ne le reverrait pas. Elle se dit aussi qu’elle mentait.

Le soir, à vingt-trois heures passées, on frappa à sa porte.

Elle savait que c’était lui avant même d’ouvrir. Elle avait enlevé le tailleur de la journée et enfilé un peignoir de soie rouge, celui qu’elle gardait pour les soirs où elle avait besoin de se sentir belle pour elle seule. Les cheveux dénoués, les pieds nus. Quand elle tourna la poignée, Hakim se tenait là, dans le couloir sombre, une veste légère sur les épaules.

Ils se regardèrent sans parler. Puis elle s’écarta pour le laisser entrer.

L’appartement sentait le jasmin qu’elle mettait toujours sur la table basse. Il ferma la porte derrière lui. Le clic du verrou résonna trop fort. Salma s’adossa au mur du couloir, les bras croisés sous sa poitrine.

— Tu n’aurais pas dû venir, dit-elle.

— Je sais.

Il s’approcha. Elle ne bougea pas. Quand il posa sa main contre sa joue, elle ferma les yeux. La chaleur de sa paume était exactement la même qu’autrefois. Dix-huit ans n’avaient rien changé à ça.

— J’ai passé la journée à penser à toi, murmura-t-il. À la façon dont tu riais quand je te chatouillais derrière le genou. À la marque que j’avais laissée un soir sur ton épaule.

Elle ouvrit les yeux.

— Arrête.

Mais sa voix n’avait aucune force. Il pencha la tête et l’embrassa. Doucement d’abord, comme s’il testait. Puis plus profondément quand elle ouvrit la bouche. Le goût de lui la frappa de plein fouet. Elle gémit contre ses lèvres, une main agrippée à sa veste, l’autre déjà glissant dans ses cheveux. Le baiser devint vorace. Il la plaqua contre le mur, ses hanches contre les siennes, et elle sentit qu’il était déjà dur.

Ils s’embrassèrent longtemps dans le couloir étroit, comme des adolescents qui n’avaient nulle part ailleurs où aller. Puis il la souleva presque et l’entraîna vers le salon. Le peignoir s’était entr’ouvert. Il s’agenouilla devant elle, écarta le tissu, et regarda.

Salma resta immobile, le souffle court. Elle avait quarante-six ans. Son ventre n’était plus aussi plat, ses seins plus lourds, la peau de ses cuisses un peu moins ferme. Elle savait ce qu’il voyait. Elle avait peur, soudain, d’une façon qu’elle n’avait pas connue à vingt-huit ans.

Hakim ne dit rien. Il posa ses lèvres sur le creux de son ventre, puis plus bas, sur le haut de sa cuisse. Ses mains remontèrent le long de ses hanches, écartèrent le peignoir complètement. Elle était nue en dessous. Il la regarda longuement, comme s’il apprenait un nouveau paysage.

— Tu es plus belle, dit-il enfin, la voix rauque. Différente. Mais plus belle.

Elle voulut protester, dire quelque chose d’ironique pour se protéger, mais il avait déjà collé sa bouche entre ses jambes. Un cri lui échappa. Ses doigts s’enfoncèrent dans ses cheveux. Il la léchait avec une application presque douloureuse, se souvenant exactement de ce qu’elle aimait, de l’endroit précis où sa langue devait insister, de la pression qu’il fallait. Elle jouit trop vite, les jambes tremblantes, une main plaquée contre sa propre bouche pour ne pas trop crier.

Il se releva, le visage brillant, et l’embrassa pour qu’elle goûte. Puis il la porta jusqu’au canapé. Elle l’aida à se déshabiller, maladroite, pressée. Quand il fut nu, elle le prit en main, le caressa, le sentit palpiter contre sa paume. Elle se souvenait de ce poids, de cette chaleur. Elle se souvenait aussi de la façon dont il gémissait quand elle le prenait dans sa bouche.

Elle s’agenouilla entre ses genoux et le fit. Lentement d’abord, savourant. Puis plus profond, plus rythmé. Il murmurait son nom, une main posée sur sa nuque, sans forcer. Quand il la tira vers le haut, elle comprit. Elle s’straddla sur lui, le guida, et s’enfonça d’un seul mouvement lent.

Le silence qui suivit fut presque religieux. Elle le sentait tout entier en elle, exactement comme autrefois et pourtant différent. Son corps avait changé, le sien aussi, mais l’ajustement restait parfait. Elle commença à bouger, roulant les hanches, le regardant dans les yeux. Il tenait sa taille, la guidait, parfois la soulevant pour la redescendre plus fort.

— Regarde-moi, dit-il.

Elle le regarda. Dans ses yeux elle vit tout : le désir, le regret, la possession, la peur de devoir repartir. Elle pencha le front contre le sien et continua de le chevaucher, plus vite maintenant. La friction était délicieuse, humide, bruyante. Elle jouit une deuxième fois en le serrant de l’intérieur, la tête renversée, un gémissement long qui n’avait plus rien de retenu.

Il la retourna sans sortir d’elle, la plaquant sur le dos contre les coussins. Il prit un rythme plus profond, plus possessif. Chaque coup de reins la faisait glisser un peu plus haut. Elle accrocha ses talons dans le bas de son dos et le força encore plus loin. Il parlait maintenant, des choses sales et tendres à la fois, lui disant qu’il n’avait jamais oublié la façon dont elle se serrait autour de lui, qu’il avait baisé sa femme en pensant à elle, qu’il était un salaud, qu’il le savait, mais qu’il ne pouvait pas s’arrêter.

Elle l’embrassa pour le faire taire et jouit encore, plus fort, en le griffant.

Quand il fut proche, il ralentit, presque immobile, juste des petits mouvements circulaires qui la rendaient folle.

— Je ne peux pas rester, murmura-t-il contre sa bouche.

— Je sais.

— Je ne te demanderai rien.

— Ne me demande rien.

Il reprit son rythme et jouit en elle, profondément, en grognant son nom. Elle le sentit pulser, le sentit se vider, et quelque chose en elle se brisa un peu plus.

Ils restèrent enlacés longtemps après. La sueur refroidissait sur leur peau. Hakim caressait distraitement son sein, le pouce tournant autour du mamelon encore sensible. Salma fixait le plafond et voyait défiler d’autres nuits.

Il y a dix-huit ans, dans une chambre d’hôtel à Sousse, il l’avait prise contre le miroir. Elle avait regardé son propre visage pendant qu’il la pénétrait par-derrière, les seins écrasés contre la glace froide. Elle avait vingt-huit ans et croyait que ça durerait toujours. Une autre nuit, sur la plage, le sable dans le dos, la mer trop proche. Il l’avait fait jouir avec sa main pendant que des gens passaient à quelques mètres, et elle avait dû mordre son épaule pour ne pas crier. Une autre encore, dans sa voiture, trop étroite, elle à califourchon, la robe relevée, lui qui lui disait qu’il l’aimait pendant qu’il venait en elle.

Aujourd’hui il ne disait plus qu’il l’aimait. Il disait seulement son nom, encore et encore, comme une prière ou une excuse.

Plus tard, elle se leva pour aller dans la salle de bain. Elle avait besoin d’eau froide sur le visage. Elle n’avait pas fermé la porte. Quelques minutes après, il la rejoignit.

La salle de bain était petite, carrelée de blanc, une seule fenêtre haute. Salma était penchée sur le lavabo, le peignoir à peine refermé. Hakim s’approcha derrière elle. Elle le vit dans le miroir. Il n’avait rien remis. Il colla son corps nu contre le sien et glissa une main sous le tissu pour lui caresser le ventre, puis plus bas.

— Encore ? demanda-t-elle, la voix déjà altérée.

— Oui.

Il écarta le peignoir et le laissa tomber. Elle était nue devant le miroir, lui derrière elle. Ses mains remontèrent jusqu’à ses seins, les pesèrent, les pétrirent. Elle regardait leurs reflets. Son corps à elle, mûr, marqué par le temps, et le sien toujours puissant. Il pencha la tête et mordilla le côté de son cou pendant que ses doigts descendaient entre ses cuisses, la trouvant déjà trempée de leur mélange.

— Tu es pleine de moi, dit-il contre son oreille.

Elle frissonna. Il fit glisser deux doigts en elle, lentement, les sortit, les montra au miroir, brillants, puis les porta à sa bouche. Elle gémit. Il recommença, cette fois en lui faisant goûter. Le goût d’eux deux. Elle suça ses doigts en le regardant dans la glace.

Il la pencha un peu plus en avant, contre le lavabo, et s’agenouilla derrière elle. Sa langue la trouva, chaude, insistante, la léchant longuement, s’attardant sur le point exact qui la faisait trembler. Elle agrippa les bords du lavabo, les cuisses écartées, le souffle court. Il la mangeait sans pudeur, le nez pressé contre elle, les mains écartant ses fesses pour aller plus loin, plus profond. Elle jouit comme ça, pliée en deux, les genoux flageolants, un cri étouffé contre le miroir embué.

Il se releva, le visage luisant, et la pénétra d’un seul coup sec. Elle cria pour de bon. Il la prit fort, les mains agrippées à ses hanches, la regardant dans le miroir pendant qu’il la baisait. Les seins de Salma balançaient à chaque coup. Elle voyait tout : son visage défait, la façon dont son ventre se contractait, la façon dont il disparaissait en elle et ressortait brillant.

— Plus fort, souffla-t-elle.

Il obéit. Le bruit de leur peau qui claquait emplit la petite pièce. Il lui parlait, des mots crus, des souvenirs.

— Tu te souviens de la fois où je t’ai prise dans la douche de ton ancien appartement ? Tu avais les cheveux collés au visage et tu me suppliais de ne pas m’arrêter.

— Oui…

— Tu es toujours aussi serrée. Toujours aussi mouillée pour moi.

Elle poussa un gémissement long. Il sortit presque entièrement, ne laissant que le gland, puis s’enfonça d’un coup jusqu’à la garde. Elle cria son nom. Il recommença, encore et encore, ce mouvement cruel et délicieux. Une de ses mains glissa devant, trouva son clitoris, le frotta en rythme. Salma jouit si fort qu’elle faillit perdre l’équilibre. Il la retint, continua, la forçant à un autre orgasme presque immédiatement après, jusqu’à ce qu’elle implore, la voix brisée.

Seulement alors il se laissa aller. Il jouit en elle une deuxième fois, profond, long, en grognant contre son épaule, en la mordant sans douceur. Elle sentit chaque pulsation. Elle sentit le surplus couler le long de sa cuisse quand il se retira enfin.

Ils restèrent un moment penchés tous les deux sur le lavabo, essoufflés, collés. L’eau coulait encore. Hakim posa son front entre ses omoplates et resta là, immobile.

Plus tard, dans le lit, elle alluma une seule lampe basse. Ils étaient nus sous le drap léger. Elle traçait des cercles absents sur sa poitrine. Lui caressait ses cheveux.

— Ma femme sait que je suis à Bizerte, dit-il finalement. Elle ne sait pas pour toi.

— Je ne te demanderai pas de rester.

— Je sais.

— Je ne supplierai pas.

Il tourna la tête vers elle. Dans la demi-pénombre, ses yeux brillaient.

— Tu as toujours été trop fière pour supplier. C’est pour ça que je t’ai aimée.

Le passé simple tomba entre eux comme un aveu. Salma ferma les yeux. Elle sentit la gorge se nouer.

— Ne dis pas ça. Pas maintenant.

Il l’embrassa, tendrement cette fois, presque chaste. Puis plus profondément. Elle sentit le désir remonter encore, plus lent, plus douloureux. Ils firent l’amour une dernière fois, face à face, très lentement, en se regardant. Pas de mots sales cette fois. Seulement des souffles, des noms chuchotés, des mains qui s’accrochaient. Quand elle jouit, ce fut en silence, les larmes aux yeux. Lui aussi. Il resta en elle longtemps après, le front collé au sien.

Vers cinq heures du matin, il se leva. Elle ne bougea pas. Elle l’entendit s’habiller dans le noir, chercher ses chaussures, ouvrir la porte de la chambre. Il s’arrêta sur le seuil.

— Salma.

— Oui.

— Merci.

Elle ne répondit pas. Elle entendit la porte d’entrée se fermer, puis le bruit de ses pas dans l’escalier. Elle resta allongée, nue, sentant encore le poids de lui entre ses cuisses, le goût de lui dans sa bouche, l’odeur de lui sur les draps.

Dehors, Bizerte s’éveillait doucement. La mer n’était pas loin. Elle se dit qu’elle irait s’y baigner plus tard, seule, pour laver ce qui pouvait encore l’être. Elle se dit aussi qu’une partie d’elle resterait salie pour toujours, et que c’était peut-être mieux ainsi.

Elle ferma les yeux et, pour la première fois depuis des années, pleura sans retenue, face contre l’oreiller qui sentait encore sa peau.





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Le Lait des Collines (nouvelle)

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Le Lait des Collines




Le crépuscule tombait sur les collines de Provence comme une nappe d'or liquide. Les chèvres, en troupeau paisible, remontaient vers la bergerie en un lent balancement de cloches et de sabots sur la terre sèche. L'odeur du thym, du romarin et du foin flottait dans l'air, mêlée à celle, plus animale, du lait et de la laine.

Clara ajusta son objectif, accroupie derrière un buisson de lavande. Elle était photographe, envoyée par un magazine pour réaliser un reportage sur la vie en pleine nature, sur ces femmes qui vivaient hors du monde, en harmonie avec les bêtes et les saisons. Lise était l'une d'elles.

Elle la vit d'abord de loin, une silhouette ronde et généreuse qui se découpait contre le soleil couchant. Lise était nue. Totalement nue. Sa peau était hâlée, dorée par des années de soleil, et son corps était un paysage de courbes puissantes. Ses seins étaient lourds, pleins, rebondissant à chaque mouvement. Ses fesses, larges et fermes, ondulaient lorsqu'elle marchait. Ses cheveux longs, bruns et emmêlés, tombaient en cascade sur ses épaules nues.

Clara sentit son cœur s'emballer. Elle avait photographié des centaines de sujets, mais jamais une femme aussi libre, aussi à l'aise dans sa peau.

Lise s'approcha de la bergerie, un seau à la main. Elle s'accroupit près d'une chèvre, ses doigts trouvant les trayons avec une habileté ancestrale. Le lait jaillit dans le seau, un bruit rythmé, apaisant.

Clara appuya sur le déclencheur. Le clic était un murmure dans le silence.

Lise releva la tête, tourna son visage vers elle. Ses yeux étaient verts, profonds, et ils la regardaient comme si elle l'avait toujours attendue.

— Tu peux t'approcher, dit Lise. Je ne mords pas.

Clara sentit ses joues s'empourprer. Elle se leva, l'appareil pendant contre sa poitrine, et s'avança vers la bergerie. Lise ne s'était pas levée. Elle continuait à traire la chèvre, son corps offert à la lumière déclinante.

— Tu travailles toujours nue ? demanda Clara, la voix un peu plus haute que d'habitude.

— Quand je suis seule, oui. La nature n'a pas besoin de vêtements. Ni moi.

Clara déglutit. Elle portait un pantalon en toile, une chemise boutonnée, des chaussures de randonnée. Elle se sentait lourde, empêtrée, ridicule.

— Tu veux essayer ? demanda Lise en levant les yeux vers elle.

— Essayer quoi ?

— La traite. Ou la nudité. Les deux, si tu veux.

Clara rit, un rire nerveux.

— Je ne suis pas sûre d'être capable de traire une chèvre.

— J'apprends à tout le monde. Et pour le reste, c'est plus facile que tu ne le penses.

Lise se leva, s'approcha d'elle. Elle était plus grande que Clara, plus large, et son corps dégageait une chaleur qui semblait rayonner à travers l'air frais du soir.

— Enlève tes vêtements, dit-elle doucement. Personne ne te regarde. Juste moi.

Clara sentit ses doigts trembler en défaisant les boutons de sa chemise. Elle n'avait jamais fait ça. Pas en extérieur. Pas devant une inconnue. Pas avec une femme qui la regardait comme si elle était la chose la plus belle qu'elle ait jamais vue.

Le tissu glissa sur ses épaules. Elle sentit l'air frais sur sa peau, et ses bras se croisèrent instinctivement sur sa poitrine.

— Ne te cache pas, murmura Lise. Laisse-moi te voir.

Clara baissa les bras, lentement. Son corps était rond, doux, marqué par les années et les repas partagés. Ses seins étaient pleins, ses hanches larges, son ventre un peu rebondi. Elle n'avait jamais été fière de son corps. Mais dans les yeux de Lise, elle ne voyait pas de jugement. Juste une admiration silencieuse.

— Tu es belle, dit Lise. Maintenant, viens.

Elle la prit par la main, la guida vers la chèvre. Clara s'accroupit, comme elle l'avait vue faire. Les trayons étaient chauds, rugueux, et elle sentit le lait jaillir entre ses doigts.

— Pas trop fort, dit Lise. Doucement. Comme une caresse.

Clara s'exerça. Le lait coula plus régulièrement, et elle sentit une fierté naïve l'envahir.

— Voilà, dit Lise. Tu es une bergère.

Clara se releva, ses doigts encore humides. Elle porta le lait à ses lèvres, le but directement du seau. Le goût était doux, crémeux, un peu animal.

Lise la regardait, un sourire aux lèvres.

— Tu aimes ?

— Oui, dit Clara. C'est bon.

— Tu veux goûter autre chose ?

Clara sentit son cœur s'accélérer.

— Quoi ?

Lise s'approcha, ses seins se soulevant à chaque respiration. Elle prit la main de Clara, la posa sur sa poitrine.

— Le lait des femmes, dit-elle. C'est ce qu'il y a de plus naturel au monde.

Clara sentit le sein de Lise sous sa main, chaud, lourd, le mamelon durci par l'air du soir. Elle n'avait jamais touché une poitrine de femme, pas comme ça. Pas avec cette intention.

— Je n'ai jamais fait ça, murmura-t-elle.

— Fais-le, dit Lise.

Clara se pencha, sa bouche trouvant le mamelon. Elle lécha d'abord, timidement, puis elle suça. Le lait n'était pas abondant, mais le goût était là, sucré, salé, vivant. Lise gémit, un son profond qui vibra dans la poitrine de Clara.

— Oui, dit Lise. Comme ça.

Les doigts de Clara s'enfoncèrent dans la chair généreuse, caressant, massant. Elle sentit le corps de Lise se tendre contre elle.

Lise la repoussa doucement, la fit reculer contre le mur de la bergerie. La pierre était rugueuse contre la peau de Clara, mais elle ne sentit que la chaleur du corps de Lise contre le sien.

— Maintenant, je vais te montrer, murmura Lise. Je vais te montrer ce que c'est que d'être aimée par une femme.

Ses mains trouvèrent les hanches de Clara, descendirent le long de ses cuisses, soulevèrent ses jambes pour les enrouler autour de sa taille. Clara s'accrocha à ses épaules, ses doigts s'enfonçant dans la chair moelleuse.

Les doigts de Lise glissèrent entre ses cuisses. Clara haleta, surprise par la sensation, la chaleur, l'intrusion. Lise avait des mains de paysanne, larges, calleuses, mais ses gestes étaient doux, précis.

— Tu es humide, dit Lise.

— C'est pour toi, répondit Clara.

Les doigts de Lise s'enfoncèrent en elle, lents, profonds. Clara sentit son corps s'ouvrir, s'abandonner, une vague de plaisir qui partait de son ventre pour irradier tout son être.

Lise la prit contre le mur, son corps puissant la soutenant, la portant. Ses doigts allaient et venaient en Clara, trouvant son rythme. Les chèvres bêlaient autour d'elles, mais Clara n'entendait plus rien. Juste le souffle de Lise, le battement de son cœur, la chaleur de sa peau.

— Regarde-moi, dit Lise.

Clara ouvrit les yeux. Le soleil couchant nimbait le visage de Lise d'une lumière dorée, ses yeux verts brillant d'une flamme intense.

— Je te veux, dit Clara. Je te veux tout entière.

Lise retira ses doigts, les porta à ses lèvres, les lécha. Clara sentit une honte délicieuse l'envahir.

— Toi aussi, dit Lise. Je te veux.

Elle s'accroupit, sa bouche trouvant le sexe de Clara. La sensation fut un choc, un éblouissement. Clara cria, ses mains s'agrippant aux épaules de Lise. La langue de Lise était chaude, humide, précise, et elle semblait connaître chaque pli, chaque frémissement.

Clara sentit ses genoux fléchir. Lise la soutint, ses mains puissantes sur ses hanches.

— Laisse-toi aller, murmura Lise contre sa peau.

Clara s'abandonna. Le plaisir montait en elle, une marée qui déferlait, la submergeant. Elle cria, un son rauque, déchirant, qui se mêla au bêlement des chèvres.

Lise se releva, la serra contre elle. Leurs corps étaient mouillés de sueur et de désir. Leurs seins se pressaient l'un contre l'autre, leurs ventres se touchaient.

— Tu veux la même chose ? demanda Lise.

— Oui, répondit Clara.

Lise la guida vers la berge en pierre, l'allongea sur le foin encore chaud. Elle s'agenouilla sur elle, ses jambes écartées, son sexe exposé à la lumière déclinante.

— Regarde, dit Lise. Regarde ce que tu me fais.

Clara tendit la main. Ses doigts effleurèrent le sexe de Lise, humide et chaud. Elle caressa d'abord, puis s'enfonça, un, puis deux doigts. Lise gémit, se pencha, sa bouche trouvant celle de Clara.

Leurs langues s'entrelacèrent, leurs corps se mêlèrent. Clara sentait le rythme de Lise, ses mouvements, ses soupirs. Elle s'enfonça plus profondément, ses doigts massant les parois, trouvant le point qui faisait frémir Lise.

— Oui, dit Lise. Comme ça.

Leurs corps se frottèrent l'un contre l'autre, leurs seins se pressant, leurs ventres ondulant. C'était un ballet lent, une danse primitive.

Clara retira ses doigts, se glissa sous Lise. Leurs sexes se touchèrent, se frottèrent, s'embrassèrent. Les vagues de plaisir les submergeaient toutes les deux, synchronisées, puissantes.

Les chèvres bêlaient, le soleil se couchait, et Clara hurla son plaisir en s'accrochant au corps généreux de Lise.

L'orgasme la traversa comme un éclair, la laissant tremblante, haletante. Lise la suivit presque aussitôt, son corps se tendant contre le sien.

Elles restèrent allongées dans le foin, leurs corps enlacés, leurs souffles mêlés. La nuit tombait sur les collines, et les premières étoiles apparaissaient dans le ciel.

Clara caressa les cheveux de Lise, ses doigts glissant dans la chevelure emmêlée.

— Je n'ai jamais fait ça, dit-elle. Pas comme ça.

— Avec une femme ?

— Avec une femme, oui.

Lise se tourna vers elle, ses yeux verts brillant dans la pénombre.

— Et tu as aimé ?

— J'ai adoré.

Lise sourit, posa un baiser sur son front.

— Alors, ce n'est que le début.

Clara se blottit contre elle, sa tête sur sa poitrine. Elle entendait le battement de son cœur, lent et régulier.

— Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda-t-elle.

— On vit, dit Lise. On aime. On traie les chèvres.

Clara rit.

— Je ne sais pas traire les chèvres.

— Je t'apprendrai.

Elles restèrent ainsi longtemps, nues dans le foin, leurs corps se réchauffant l'un l'autre. Le vent du soir caressait leur peau, le bêlement des chèvres berçait leur silence.

Lise se leva la première, tendit la main à Clara.

— Viens, dit-elle. Je vais te montrer la maison.

Clara prit sa main, se leva. Leurs corps étaient encore chauds, leurs peaux encore humides.

Elles marchèrent vers la maison en pierre, leurs silhouettes découpées par la lune naissante. Les chèvres les suivaient, leurs cloches tintant doucement.

Clara se retourna une dernière fois. Les collines étaient calmes, la nuit était douce, et elle se sentait chez elle.

— Merci, dit-elle.

— Pour quoi ?

— Pour m'avoir montré qui j'étais.

Lise la serra contre elle.

— Tu es une femme libre, dit-elle. Ne l'oublie jamais.

Elles entrèrent dans la maison. Le feu crépitait dans la cheminée, éclairant la pièce de lueurs dansantes.

Lise guida Clara vers le lit, l'allongea sur les draps de lin.

— Je n'ai pas fini de t'aimer, murmura-t-elle.

Clara sourit.

— Moi non plus.

Elles se retrouvèrent, leurs corps s'embrassant, leurs lèvres se cherchant. Les heures s'écoulèrent comme des minutes, et quand l'aube se leva sur les collines, elles étaient encore enlacées.

Clara savait qu'elle ne repartirait pas. Elle avait trouvé ce qu'elle cherchait sans le savoir. Un amour simple, vrai, nourri de lait et de lumière.

Elle se blottit contre Lise, ses doigts caressant ses seins pleins.

— Je t'aime, murmura-t-elle.

Lise ouvrit les yeux, les posa sur elle.

— Moi aussi.

Et les chèvres bêlèrent au loin, saluant le jour nouveau.




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Les Vierges de l'Atelier (nouvelle)

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Les Vierges de l'Atelier




La lumière d'hiver entrait par les hautes fenêtres du loft, blanche et froide, coupant l'air en longues diagonales de poussière suspendue. Le plancher de bois craquait sous les pas d'Élise, et le silence était si profond qu'elle entendait battre son propre cœur.

Elle ajusta son appareil, un reflex noir et lourd, et regarda à travers le viseur. Sylvie était assise sur la chaise, au centre de la pièce. Nue.

Ses courbes étaient généreuses, pleines, ses seins lourds et ronds, son ventre doux, ses hanches larges. Sa peau était claire, marquée de quelques taches de rousseur ici et là, et ses cheveux châtains tombaient en cascades sur ses épaules. Elle ne bougeait pas. Elle regardait l'objectif avec une sérénité qui déconcertait Élise.

— C'est bien comme ça ? demanda Sylvie.

Sa voix était calme, professionnelle, mais il y avait une douceur en elle qui faisait fondre les angles.

— Oui, répondit Élise. Ne bouge pas.

Elle appuya sur le déclencheur. Le clic claqua dans le silence. Puis un autre. Puis un autre.

Élise avait commencé cette série sur les corps de femmes quadragénaires trois mois plus tôt. Elle photographiait des inconnues, des amies, des collègues. Mais Sylvie était différente. Sylvie était thérapeute, et elle avait accepté de poser pour Élise après une séance où Élise avait parlé de son projet, de sa difficulté à capturer la beauté des corps qui vieillissent.

— Tu veux que je pose pour toi ? avait proposé Sylvie. Je peux te montrer qu'un corps de femme de quarante-cinq ans peut être beau sans être parfait.

Élise avait accepté, un peu par défi, un peu par curiosité.

Et maintenant, la douzième séance.

Les deux premières séances avaient été tendues. Sylvie était venue avec sa robe, l'avait enlevée sans hésitation, s'était installée sur la chaise. Élise avait photographié, mais elle n'avait pas réussi à capturer ce qu'elle cherchait. Les images étaient belles, mais froides.

— Tu as peur de moi, avait dit Sylvie à la quatrième séance.

— Non, avait répondu Élise.

— Si. Tu as peur de regarder. Tu photographies avec tes yeux, pas avec ton cœur.

Élise s'était arrêtée, l'appareil pendant contre sa poitrine.

— Je ne sais pas faire autrement.

Sylvie s'était levée, était venue vers elle. Elle avait posé une main sur l'épaule d'Élise.

— Alors apprends.

À partir de ce jour, les séances s'étaient transformées. Élise avait commencé à parler, à raconter sa vie, ses blessures, ses peurs. Sylvie l'écoutait, sans jugement. Et, peu à peu, les photos étaient devenues plus profondes, plus intimes.

Aujourd'hui, c'était la douzième séance.

Élise photographiait Sylvie, nue, les bras le long du corps, le regard plongeant dans l'objectif. La lumière d'hiver dessinait des ombres douces sur sa peau, soulignait la courbe de ses hanches, le creux de ses aisselles. Élise sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine.

Elle baissa l'appareil.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Sylvie.

Élise ne répondit pas. Elle s'approcha lentement. Ses doigts tremblaient légèrement. Elle n'avait jamais fait ça. Elle n'avait jamais touché ses modèles. Elle les photographiait, les regardait, les admirait, mais elle ne les touchait pas. C'était la règle.

Elle posa son appareil sur la table.

— Est-ce que je peux te toucher ? demanda-t-elle.

Sa voix était à peine plus qu'un murmure.

Sylvie la regarda, surprise, puis un sourire doux s'étira sur ses lèvres.

— Oui, répondit-elle. Tu peux.

Élise s'approcha encore. Sa main tremblait quand elle effleura l'épaule de Sylvie. La peau était douce, chaude, vivante. Elle sentit son cœur s'emballer.

Elle glissa ses doigts le long du bras de Sylvie, suivant la courbe de son biceps, puis descendit jusqu'à son poignet. Sylvie ne bougeait pas. Elle laissait faire, ses yeux fixés sur ceux d'Élise.

— Pourquoi n'as-tu jamais touché tes modèles ? demanda Sylvie doucement.

Élise détourna le regard.

— Parce que c'est plus sûr, dit-elle. Parce que si je les touche, je vais tomber amoureuse. Et ça fait trop mal.

Sylvie prit sa main, la serra.

— Tomber amoureux, ce n'est pas une maladie, dit-elle. C'est une guérison.

Élise sentit ses yeux s'embuer. Elle n'avait jamais dit ça à personne. Elle n'avait jamais dit qu'elle ne se laissait pas toucher parce qu'elle avait peur d'aimer.

— Tu es la première personne à poser pour moi sans broncher, dit-elle. La première à ne pas avoir honte de son corps. La première à me laisser voir qui tu es vraiment.

Sylvie se leva, toujours nue, et vint vers elle. Sa main caressa la joue d'Élise.

— Et toi, demanda-t-elle. Qui es-tu vraiment ?

Élise sentit un sanglot monter dans sa gorge.

— Je ne sais plus, dit-elle. Je me suis cachée si longtemps que j'ai oublié.

— Alors laisse-toi voir, murmura Sylvie.

Elle défit les boutons de la chemise d'Élise, un par un. Le tissu glissa sur ses épaules, tomba au sol. Élise frissonna, non pas de froid, mais de honte.

— Ne te cache pas, dit Sylvie.

Elle défit le soutien-gorge, le laissa tomber avec la chemise. Élise avait les bras croisés sur sa poitrine, ses doigts serrés sur ses épaules.

— Je ne suis pas comme toi, dit-elle. Je suis trop mince, trop anguleuse, trop...

— Trop quoi ? demanda Sylvie.

— Trop laide.

Sylvie écarta doucement ses bras. Sa main caressa sa clavicule, la courbe de son sein, son mamelon durci. Élise sentit une décharge électrique la traverser.

— Tu es belle, dit Sylvie. C'est une honte que tu ne le saches pas.

Elle pencha la tête et l'embrassa.

Le baiser était doux, lent, patient. Sylvie ne pressait pas. Elle offrait son corps comme un sanctuaire, comme un refuge. Élise sentit ses défenses s'effondrer.

Elle pleurait. Elle ne savait pas pourquoi. Peut-être parce que c'était la première fois qu'elle se laissait toucher ainsi. La première fois qu'elle ne fuyait pas.

Sylvie la guida vers le canapé, la fit s'asseoir, s'allonger. Ses mains glissaient sur la peau d'Élise, l'explorant, la reconnaissant. Elle touchait chaque centimètre de son corps, chaque cicatrice, chaque irrégularité.

— Tu es parfaite, murmura Sylvie. Pas parfaite comme une statue. Parfaite comme une femme.

Ses doigts descendirent le long de son ventre, trouvèrent le creux entre ses cuisses. Élise sentit une chaleur monter en elle, une vague qui partait de son bas-ventre pour irradier tout son corps.

— Je n'ai jamais fait ça, dit-elle. Pas avec une femme.

— Alors laisse-moi être la première, dit Sylvie.

Elle posa sa main sur elle, ses doigts glissant entre ses lèvres humides. Élise cria, un son rauque, déchirant. Elle s'accrocha aux épaules de Sylvie, ses ongles s'enfonçant dans sa peau.

— Regarde-moi, dit Sylvie. Regarde-moi quand tu jouis.

Élise ouvrit les yeux. Elle vit le visage de Sylvie au-dessus d'elle, ses yeux verts pleins de tendresse, son sourire bienveillant. Elle sentit la main de Sylvie s'enfoncer en elle, la remplir, l'emporter.

Le plaisir la traversa comme un éclair. Elle cria le nom de Sylvie, son corps se tendant, se cambrant, s'abandonnant.

Et quand l'orgasme s'apaisa, elle pleura encore, mais cette fois, c'était des larmes de gratitude.

Elles restèrent allongées sur le canapé, leurs corps nus enlacés, la lumière d'hiver les enveloppant d'une douceur froide. Élise sentait la respiration de Sylvie contre sa joue, le battement de son cœur contre le sien.

— Pourquoi tu fais ça ? demanda Élise. Pourquoi tu es si gentille avec moi ?

— Parce que tu as besoin de quelqu'un pour te montrer que tu es digne d'être aimée, dit Sylvie.

— Tu es thérapeute, même au lit ?

Sylvie rit.

— Non, je suis une femme qui a vu une autre femme se cacher trop longtemps.

Élise se blottit contre elle, son visage enfoui dans son cou. Elle se sentait en sécurité. Protégée.

— Je ne veux plus prendre de photos, dit-elle. Pas de toi. Pas de moi. Pas de personne.

Sylvie caressa ses cheveux.

— Alors qu'est-ce que tu veux faire ?

— Vivre, dit Élise. Juste vivre. Avec toi.

Sylvie la serra plus fort.

— Alors vis.

Elles restèrent ainsi longtemps, nues sous la lumière d'hiver, leurs corps apprivoisés. Le silence du loft était doux, enveloppant, et le temps semblait suspendu.

Élise sentit la main de Sylvie tracer des cercles sur son dos, des vagues, des caresses qui apaisaient toutes ses blessures.

— Je n'ai jamais laissé personne me toucher, dit-elle. Pas comme ça.

— Je sais.

— Comment tu le sais ?

— Parce que ton corps tremble quand je le touche. Pas de peur. D'étonnement.

Élise leva la tête et la regarda. Les yeux de Sylvie étaient doux, ses lèvres entrouvertes.

— Mon corps ne sait pas quoi faire de cette douceur, dit-elle.

— Il va apprendre, dit Sylvie. Pas à pas.

Elle la renversa sur le canapé, se pencha au-dessus d'elle. Sa bouche trouva celle d'Élise, l'embrassa avec une lenteur infinie. Sa main descendit sur sa poitrine, caressa son sein, son mamelon.

Élise sentit le désir renaître, plus calme que la première fois, mais plus profond. Elle ne savait pas que son corps pouvait éprouver cela, cette chaleur qui s'installait sans brûler.

Les doigts de Sylvie glissèrent entre ses cuisses, trouvant le chemin qu'elles connaissaient déjà. Élise gémit, un son doux, presque un chant.

— Laisse-toi aller, murmura Sylvie. N'aie pas peur.

Élise ferma les yeux. Elle sentit la main de Sylvie en elle, lente, mesurée, comme une marée qui montait et descendait. Son corps s'ouvrait, s'abandonnait.

L'orgasme fut plus long à venir, mais quand il arriva, il la submergea tout entière, une vague chaude qui l'emporta loin de toutes ses peurs.

Elle s'accrocha à Sylvie, tremblante, haletante.

— Tu vois, dit Sylvie. Tu es capable de sentir.

Élise sourit, pour la première fois depuis longtemps.

— Oui, dit-elle. Je crois que oui.

Elles s'endormirent enlacées sur le canapé, leurs corps nus couverts par la lumière d'hiver. La lune avait pris la place du soleil, projetant une douce lueur sur leurs peaux.

Quand Élise se réveilla, elle ne savait pas quelle heure il était. Le loft était plongé dans le noir, et Sylvie dormait encore, sa respiration douce et régulière contre sa joue.

Elle se leva silencieusement. Elle regarda son appareil photo posé sur la table. Pendant un instant, elle eut envie de le prendre, de photographier Sylvie endormie, nue, vulnérable.

Mais elle ne le fit pas.

Elle retourna vers le canapé, s'allongea contre Sylvie, sa main posée sur son ventre. Elle sentit la chaleur de sa peau, le pouls de sa vie.

Elle n'avait plus besoin de photographier. Elle n'avait plus besoin de capturer la beauté dans des images. Elle voulait la vivre. La toucher. La sentir.

Elle enfouit son visage dans les cheveux de Sylvie, inspira son odeur.

— Je t'aime, murmura-t-elle.

Elle n'avait jamais dit ça à personne. Pas comme ça.

Sylvie ouvrit les yeux, lentement. Elle sourit.

— Je t'aime aussi, dit-elle.

Elle caressa la joue d'Élise.

— Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ?

Élise réfléchit. Il n'y avait pas de réponse simple. Pas un seul moment, pas une seule révélation. C'était un chemin, une série de pas.

— La photo, dit-elle. C'était une barrière. Je me cachais derrière l'appareil. Mais avec toi, je n'ai plus voulu me cacher.

Sylvie posa un baiser sur son front.

— Alors ne te cache plus.

Elles restèrent allongées, leurs corps mêlés, leurs souffles confondus. La nuit s'écoula, lente et douce.

Quand le soleil se leva, Élise se leva, s'habilla. Mais elle ne boutonna pas sa chemise. Elle laissa le tissu flotter sur sa peau.

— Tu vas où ? demanda Sylvie.

— Nulle part, dit Élise. Je vais juste vivre.

Elle s'approcha du canapé, s'agenouilla devant Sylvie. Elle posa sa main sur sa joue, l'embrassa doucement.

— Je vais arrêter la photographie, dit-elle.

— Pourquoi ?

— Parce que j'ai passé ma vie à regarder les autres vivre. Je veux vivre moi-même.

Sylvie sourit.

— Et tu vas faire quoi, à la place ?

Élise réfléchit.

— Je ne sais pas encore. Mais je veux que tu sois là.

— Je serai là, dit Sylvie.

Élise se blottit contre elle.

Elle se sentait légère.

Elle se sentait libre.

Et pour la première fois de sa vie, elle n'avait pas peur.







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Les Baigneuses de Minuit (nouvelle)

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Les Baigneuses de Minuit





La route de terre cahotait sous les pneus, secouant la vieille voiture dans un bruit de graviers et de branches. Camille tenait son sac contre sa poitrine, ses doigts blancs serrés autour de la bandoulière. Elle regardait par la fenêtre la masse sombre des pins défiler, rythmée par les phares qui découpaient des ombres mouvantes.

— On arrive bientôt.

Noémie avait la voix calme, comme si elle conduisait vers un supermarché et non vers une plage déserte en pleine nuit. Camille sentit son estomac se nouer un peu plus.

— Il n'y a personne à cette heure-ci, dit Noémie. C'est pour ça que j'ai choisi minuit.

Camille hocha la tête. Elle n'arrivait pas à parler. Ses dents claquaient légèrement, et elle n'était pas sûre que ce soit à cause du froid.

La voiture s'arrêta au bout du chemin, là où le sable succédait aux graviers. Noémie coupa le moteur. Le silence tomba comme une couverture. Camille entendait son propre cœur battre, les vagues au loin, un cri d'oiseau nocturne.

— Viens, dit Noémie en ouvrant sa portière.

Camille sortit à son tour, ses jambes molles. L'air marin la frappa, salé, frais, chargé d'iode. Elle frissonna. La lune était pleine, énorme, suspendue au-dessus de l'eau comme une pièce d'argent. La plage s'étendait à perte de vue, vide, immense, baignée dans une lumière laiteuse. Les vagues venaient mourir sur le sable avec un murmure régulier, hypnotique.

Noémie retira ses sandales. Elle le fit avec une lenteur délibérée, comme si elle se préparait à une cérémonie. Camille la regarda, fascinée. Noémie était grande, ses bras fuselés, sa peau hâlée par des années de plein air. Elle portait une robe légère qui flottait autour de ses hanches comme une seconde peau.

— Tu veux que je t'aide ?

Camille déglutit. Elle avait la gorge sèche.

— Je... je ne sais pas si je peux.

Noémie s'approcha, posa une main sur son épaule. La chaleur de sa paume traversa le tissu de la chemise de Camille.

— Il n'y a rien à craindre, dit Noémie. La nuit est notre amie. La lune est notre témoin. Et la mer ne juge personne.

Camille ferma les yeux. Elle entendait le souffle de Noémie, le bruissement de la robe qui tombait sur le sable. Quand elle les rouvrit, Noémie était nue devant elle.

Son corps était un poème écrit dans la lumière argentée. Les muscles longs de ses cuisses, la courbe douce de ses hanches, ses seins pleins qui se soulevaient au rythme de sa respiration. Elle n'avait pas honte. Elle était comme une statue grecque, une déesse sortie des flots.

— À ton tour, dit Noémie en tendant la main.

Camille sentit ses doigts trembler en saisissant l'ourlet de sa chemise. Elle l'enleva trop vite, comme si elle arrachait un pansement. Le froid la gifla, et elle croisa les bras sur sa poitrine.

— Ne te cache pas, murmura Noémie. Laisse-toi voir.

Camille obéit. Elle baissa les bras, les laissa tomber le long de son corps. La lune caressa sa peau claire, ses seins petits et ronds, le duvet blond sur son ventre, l'ombre entre ses cuisses. Elle se sentit nue, vulnérable, exposée à l'immensité du ciel.

Noémie avança, prit sa main.

— Viens.

Elles marchèrent vers l'eau, leurs pieds s'enfonçant dans le sable humide. Camille sentit la texture granuleuse sous ses plantes, la fraîcheur du soir. Noémie ne la lâchait pas. Ses doigts étaient chauds, solides, comme une ancre.

L'eau les atteignit d'abord aux chevilles, froide et salée. Camille haleta. Noémie rit doucement.

— On s'habitue, promit-elle.

Elles avancèrent ensemble, pas à pas. L'eau monta jusqu'aux genoux, puis aux cuisses. Camille sentait la marée l'effleurer, caresser son ventre, lécher ses seins. La lune se reflétait à la surface, brisée par les vagues en milliers d'éclats d'argent.

Noémie s'arrêta là où l'eau lui arrivait à la taille. Elle se tourna vers Camille, ses yeux brillants dans la pénombre.

— Comment tu te sens ?

Camille réfléchit. Elle aurait dû avoir peur, avoir froid, avoir honte. Mais non. Il n'y avait que l'eau qui la portait, la lune qui la regardait, et Noémie qui la tenait.

— Libérée, murmura-t-elle.

Noémie sourit. Ses mains quittèrent les poignets de Camille pour remonter le long de ses bras, de ses épaules, de sa nuque. Elles étaient chaudes malgré l'eau, et leur contact fit naître un frisson qui n'avait rien à voir avec le froid.

— Tu es belle, dit Noémie. Je le savais.

Camille sentit ses joues s'empourprer. Elle n'était pas habituée aux compliments. Sa peau claire se couvrait souvent de rougeur, comme si elle trahissait ses émotions. Mais là, dans l'obscurité, elle n'avait pas à les cacher.

Noémie l'attira contre elle. Leurs corps nus se rencontrèrent sous l'eau, chauds l'un contre l'autre. Camille sentit la poitrine de Noémie se presser contre la sienne, ses cuisses glisser entre les siennes, son souffle chaud sur sa joue.

— Je peux t'embrasser ? demanda Noémie.

Camille hocha la tête.

Les lèvres de Noémie étaient douces, salées de l'océan. Elles effleurèrent les siennes d'abord, comme une question. Puis elles s'appesantirent, s'écartèrent pour laisser passer sa langue. Camille gémit, un son qu'elle ne se connaissait pas.

La sensation était infinie. La chaleur de Noémie contre sa peau glacée, l'eau qui dansait autour d'elles, les vagues qui les bousculaient doucement, les poussant l'une contre l'autre. Camille sentait le corps de Noémie onduler contre le sien, ses hanches, ses seins, ses cuisses. Elle sentait le désir monter en elle comme une marée.

Noémie descendit le long de sa mâchoire, de sa gorge, de sa clavicule. Elle laissa un baiser sur le haut de son sein, puis autour de son mamelon durci par le froid. Camille sentit un frisson la traverser, plus intense que les vagues.

— J'ai envie de te toucher, murmura Noémie. Est-ce que tu veux ?

Camille sentit son cœur battre plus fort. Elle n'avait jamais fait ça. Elle n'avait jamais laissé une femme la toucher comme ça, sous les étoiles, dans l'eau salée.

— Oui, dit-elle. S'il te plaît.

La main de Noémie glissa entre leurs corps. Elle était chaude, plus chaude que l'eau, et ses doigts trouvèrent le creux entre les cuisses de Camille. Le contact fit sursauter la bibliothécaire, un cri étranglé s'échappa de ses lèvres.

Noémie sourit contre sa joue.

— Laisse-toi aller, murmura-t-elle. La mer te porte.

Ses doigts s'enfoncèrent doucement. Camille sentit d'abord la pression, puis l'intrusion, puis un plaisir qui naissait au creux de son ventre, plus brûlant que l'eau ne l'était froide. Elle s'accrocha aux épaules de Noémie, ses ongles s'enfonçant dans la peau hâlée.

— Oui, dit Noémie. C'est ça. Respire.

Camille inspira, et l'air marin lui brûla les poumons. Les doigts de Noémie allaient et venaient en elle, trouvant son rythme, épousant ses mouvements. La lune dansait sur l'eau, les vagues se brisaient autour d'elles, et le plaisir grandissait, plus fort que le froid, plus fort que la peur.

Elle sentit son corps se tendre, son ventre se contracter, un cri monter dans sa gorge. Elle le laissa s'échapper, un son rauque et sauvage qui se mêla au bruit de l'océan. La jouissance la traversa comme un éclair, projetant des vagues de chaleur dans tout son corps.

Elle flotta, légère, contre Noémie. Ses jambes tremblaient. Ses doigts s'accrochaient toujours à ses épaules, comme si elle allait couler sans elle.

Noémie l'embrassa sur le front.

— Bienvenue, dit-elle. Bienvenue dans ton propre corps.

Camille pleura. Pas de tristesse, non. Des larmes de libération, de gratitude, d'abandon. Elle n'avait jamais su que son corps pouvait éprouver cela. Elle n'avait jamais su que l'eau, la lune et une femme pouvaient faire fondre toutes les barrières.

Elles restèrent longtemps ainsi, enlacées dans l'eau froide, leurs corps se réchauffant l'un l'autre. Les vagues les berçaient doucement, les étoiles tournaient au-dessus d'elles, et le temps semblait suspendu.

Quand Camille eut fini de frissonner, Noémie l'entraîna vers le rivage.

— Viens, dit-elle. Il ne faut pas attraper froid.

Elles marchèrent hors de l'eau, leurs corps ruisselants, la lune les moulant d'argent. Le sable était doux sous leurs pieds, tiède encore de la chaleur du jour. Noémie étendit un drap sur le sable, près d'une dune.

— Allonge-toi, dit-elle.

Camille obéit. Elle s'étendit sur le dos, le drap doux contre sa peau humide. Elle regarda le ciel étoilé, la lune si proche qu'elle semblait pouvoir la toucher. Noémie s'allongea à côté d'elle, tournée vers elle, sa main posée sur son ventre.

— Alors, demanda Noémie. Qu'est-ce que tu ressens ?

Camille resta silencieuse un moment. Elle sentait encore les vagues battre dans sa poitrine, la chaleur du plaisir brûler entre ses cuisses, la présence de Noémie contre elle.

— Je suis vivante, dit-elle enfin. Je n'ai jamais senti ça avant.

Noémie sourit. Sa main caressa le ventre de Camille, traçant des cercles sur sa peau.

— Ce n'était que le début, dit-elle. On peut aller plus loin.

Camille tourna la tête vers elle. La lune éclairait le visage de Noémie, creusant ses pommettes, faisant briller ses yeux. Elle était belle, plus belle que toutes les statues qu'elle avait pu voir. Elle était réelle, chaude, vivante.

— Plus loin comment ? demanda Camille.

Noémie se pencha sur elle. Sa bouche trouva la sienne, l'embrassa avec une lenteur infinie. Sa main descendit sur sa poitrine, caressa son sein durci, son mamelon. Camille sentit le désir renaître, aussi brûlant que l'eau avait été froide.

— Je vais te montrer, murmura Noémie.

Elle se déplaça, s'agenouilla entre les cuisses de Camille. Ses mains écartèrent doucement ses jambes, les exposant à l'air frais de la nuit. Camille sentit son souffle sur sa peau, chaud malgré la brise.

— Je n'ai jamais fait ça, dit-elle. Pas avec une femme.

Noémie posa un baiser sur l'intérieur de sa cuisse.

— Alors laisse-moi être la première.

Sa bouche descendit, ses lèvres trouvant le creux entre les cuisses de Camille. Le contact fut un choc, un éblouissement. Camille sentit la langue de Noémie glisser sur elle, lente, précise, brûlante. Elle arqua le dos, cria, ses doigts s'enfonçant dans les cheveux de Noémie.

Noémie ne pressait pas. Elle prenait son temps, goûtant chaque pli, chaque frémissement. Camille sentait le plaisir monter en elle, plus lent que dans l'eau mais plus profond, comme une marée qui gonflait dans son ventre.

— S'il te plaît, murmura-t-elle. S'il te plaît...

Noémie accéléra, sa langue trouvant le rythme qu'il fallait. Camille sentit ses muscles se tendre, son ventre se contracter, le cri monter. Elle le laissa s'échapper, long, rauque, brisé. Le plaisir la submergea, plus intense que le premier, la laissant haletante sur le drap.

Noémie remonta le long de son corps, ses lèvres salées, son sourire éclatant.

— C'était bien ? demanda-t-elle.

Camille rit, un rire qui se brisa en sanglot.

— Oui, dit-elle. Oui, c'était incroyable.

Noémie l'enlaça. Elles restèrent allongées, leurs corps nus pressés l'un contre l'autre, le drap doux sous elles, le ciel étoilé au-dessus.

Camille sentit les doigts de Noémie tracer des motifs sur son dos, des cercles, des vagues, des caresses sans fin.

— Pourquoi moi ? demanda-t-elle.

Noémie la regarda, ses yeux brillants de tendresse.

— Parce que tu étais prête, dit-elle. Parce que je t'ai vue, la première fois que tu es entrée dans mon cours de yoga. Tu avais l'air perdue, mais pas cassée. Je me suis dit que peut-être, un jour, tu aurais besoin de quelqu'un pour te montrer la voie.

Camille se blottit contre elle.

— Je n'ai jamais eu besoin de quelqu'un, dit-elle. Je ne sais pas comment le dire.

— Tu viens de le faire, dit Noémie. Tu es venue. Tu t'es déshabillée. Tu t'es baignée. Tu m'as laissée te toucher. Tu as crié. C'est tout ce que je voulais.

Camille se tut. Elle regarda les étoiles, la lune, les vagues qui venaient mourir sur le sable. Elle sentit le corps de Noémie contre le sien, chaud et solide.

— Et après ? demanda-t-elle. Demain, qu'est-ce qu'on fait ?

Noémie posa un baiser sur son épaule.

— Demain, on se lève, on se rhabille, on rentre en ville. Tu retournes à ta bibliothèque, moi à mon studio. Mais si tu veux, on pourra recommencer.

— Recommencer quoi ?

Noémie sourit.

— Tout. La route. La plage. L'eau. La lune. Tout.

Camille sentit son cœur se gonfler.

— Oui, dit-elle. Oui, je veux bien.

Elles restèrent allongées sur le sable, nues sous les étoiles, jusqu'à ce que l'aube blanchisse l'horizon. Le ciel passa du noir au bleu nuit, puis au violet, puis à l'orange pâle. La lune s'effaça, et le soleil se leva sur l'océan, un immense disque de feu.

Camille se tourna vers Noémie. Elle avait le visage éclairé par la lumière naissante, ses yeux profonds, son sourire calme. Elle tendit la main.

— Il est temps de rentrer.

Camille prit sa main, se leva. Le sable collait à sa peau, l'air était frais, et elle se sentait vivante.

Elle enfila sa chemise, mais elle ne la boutonna pas. Elle laissa l'air caresser sa peau, la lumière l'habiller.

Noémie la regarda, un sourire aux lèvres.

— Tu as changé, dit-elle.

Camille hocha la tête.

— Oui. J'ai changé.

Elles remontèrent vers la voiture, leurs pas laissant des empreintes sur le sable. Camille s'arrêta un instant, regarda derrière elle. La plage était vide, la mer calme, le soleil haut.

Elle sourit.

Et elle sut qu'elle reviendrait.





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