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Peaux Salées (nouvelle)

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Peaux Salées




Tabarka, ce matin-là, respirait déjà la chaleur douce des fins d’été. L’air sentait le pin, le sel et un peu de jasmin qui montait des jardins en terrasse. Saloua avait ouvert toutes les portes de sa maison blanche aux volets bleus, celle qu’elle avait héritée de sa mère et qu’elle gardait comme un secret précieux face à la mer. Les murs gardaient encore la fraîcheur de la nuit. Dans la cuisine, le café à la cardamome bouillait doucement, et le parfum des makrouds aux dattes se mêlait à celui de l’huile d’argan qu’elle venait d’étaler sur ses bras.

Elle avait quarante-deux ans, le corps souple d’une femme qui nageait chaque matin d’été, les seins lourds et ronds sous le peignoir de soie rouge qu’elle portait encore. Ses cheveux châtains, un peu plus clairs aux pointes à force de soleil, étaient relevés négligemment. Elle attendait ses sœurs d’âme. Salma, sa vraie sœur, plus jeune de deux ans, arriverait la première. Puis Dhikra et Hela, les deux amies de toujours, celles qui avaient partagé les mêmes bancs d’école à Tunis, les mêmes chagrins d’amour, les mêmes nuits à parler jusqu’à l’aube.

Salma poussa la porte sans frapper, comme toujours. Elle était en short blanc et débardeur noir, les cheveux bruns attachés en queue de cheval haute, le visage encore un peu endormi mais déjà souriant. Son corps était plus fin que celui de Saloua, les hanches marquées, les seins plus petits mais fermes, la peau mate et lisse. Elle embrassa sa sœur sur les deux joues, puis plus longuement sur la bouche, un baiser de complicité qui dura une seconde de trop.

— Tu sens bon, murmura-t-elle contre ses lèvres. Comme quand on était petites et qu’on se cachait dans le lit de maman.

Saloua sourit, passa une main dans le dos de Salma, laissa ses doigts glisser un instant sous le débardeur, juste pour sentir la chaleur de la peau.

Dhikra arriva ensuite, les bras chargés de fruits, pastèques, figues de barbarie, raisins noirs. Elle avait le rire le plus sonore du groupe, les cheveux bouclés courts, presque crépus, qui formaient un halo autour de son visage ouvert. Son corps était généreux, les seins pleins, le ventre légèrement arrondi, les cuisses fortes. Elle portait une robe légère jaune qui collait déjà un peu à sa peau. Hela ferma le cortège, élégante même en jeans et tee-shirt, les cheveux noirs lisses tirés en chignon, le regard profond, le corps longiligne, les seins hauts, les fesses fermes. Elle posa une bouteille de vin blanc glacé sur la table et embrassa chacune longuement.

Elles s’installèrent dans le salon qui donnait sur la terrasse. Le soleil montait. Saloua servit le café. Elles parlèrent d’abord de leurs vies, comme toujours. Saloua raconta ses journées à la clinique dentaire de Bizerte, les patients, la fatigue, le vide du soir quand elle rentrait seule dans son appartement de la capitale. Salma parla de son salon de coiffure à Ariana, des clientes qui se confiaient, de l’homme avec qui elle avait couché la semaine précédente et qu’elle n’avait pas rappelé. Dhikra, institutrice, évoqua ses élèves, son divorce finalisé l’année d’avant, la liberté étrange de ne plus partager son lit. Hela, architecte, parla d’un chantier à Sousse, d’un collègue qui la regardait trop, et du désir qui la prenait parfois au milieu de la nuit, seule, les doigts entre ses cuisses.

Puis le silence se fit, chargé. Saloua se leva, alla ouvrir le placard de la chambre d’amis et en sortit quatre sacs.

— J’ai préparé. On va à la plage. Toutes. Aujourd’hui. Pas de téléphones, pas de devoirs, pas de regrets. Juste nous.

Elles rirent. Elles se changèrent dans la même pièce, sans pudeur. Saloua enfila le bikini rouge vif, celui qui mettait en valeur la courbe de ses seins et l’arrondi de ses fesses. Salma choisit le bleu à motifs floraux blancs, qui contrastait avec sa peau dorée. Dhikra enfila le jaune, simple, qui laissait libre ses hanches généreuses. Hela le turquoise, presque collant, qui dessinait parfaitement la ligne de son ventre plat et la fente de son sexe.

Elles se regardèrent dans le grand miroir. Quatre corps de femmes de quarante ans, marqués par la vie, par les enfants pour certaines, par les amours, par le temps, mais encore désirables, encore vivants. Saloua passa derrière Salma, lui posa les mains sur les hanches, colla son ventre contre ses fesses.

— Tu es belle, souffla-t-elle. Tu as toujours été la plus désirable des deux.

Salma se tourna, l’embrassa vraiment cette fois, la langue glissant entre ses lèvres. Dhikra et Hela les regardèrent un instant, puis Hela prit la main de Dhikra et l’attira vers elle. Leurs bouches se rencontrèrent, plus douces, plus exploratrices. Elles restèrent ainsi quelques minutes, se touchant à travers les tissus fins des maillots, se caressant les seins, les cuisses, se souriant.

Puis elles prirent les serviettes, le ballon de volley, les sacs de fruits et le vin, et descendirent vers la plage. Le chemin de sable passait entre les pins. L’eau de la Méditerranée était d’un bleu intense, presque turquoise près du rivage. Peu de monde encore. Quelques familles plus loin, des parasols colorés. Elles s’installèrent à l’écart, près de l’eau.

Elles nageèrent d’abord. L’eau était tiède. Saloua plongea, sentit le sel sur sa peau, la caresse liquide entre ses cuisses. Quand elle ressortit, Salma était déjà là, les cheveux collés au visage, les seins qui pointaient sous le tissu mouillé. Elles se prirent dans les bras dans l’eau, s’embrassèrent longuement, les mains glissant sur les corps glissants. Dhikra et Hela les rejoignirent. Les quatre femmes formèrent un cercle, se touchant, se frottant, riant quand une vague les déséquilibrait.

Sur le sable, elles s’allongèrent. Le soleil sécha leurs peaux. Saloua sortit l’huile d’argan et commença à en étaler sur les épaules de Salma. Ses doigts glissèrent plus bas, sous les bretelles du bikini, caressant les seins, pinçant légèrement les tétons déjà durs. Salma gémit doucement, les yeux fermés. Dhikra, allongée à côté, observait, une main posée sur sa propre cuisse. Hela se rapprocha, prit le flacon et oignit le dos de Dhikra, puis ses fesses, glissant un doigt sous le bas du maillot, le long de la fente déjà humide.

Le désir montait, lent, inévitable. Elles se relèvèrent pour jouer au ballon, comme pour retarder. Le ballon jaune volait entre elles. Elles sautaient, riaient, leurs seins bougeaient, leurs fesses se tendaient. Saloua attrapa le ballon contre sa poitrine, Salma se jeta sur elle, elles roulèrent dans le sable mouillé, les corps enlacés, les bouches cherchant. Dhikra et Hela les rejoignirent. Bientôt les quatre étaient à genoux, puis allongées, les mains partout.

Personne ne regardait de près. Elles étaient assez isolées. Saloua tira le haut du bikini de Salma, libéra ses seins, les prit dans sa bouche, suca les tétons salés. Salma gémit, écarta les cuisses. Dhikra s’agenouilla derrière Saloua, lui baissa le bas du maillot, écarta ses fesses et posa sa langue sur son anus, puis plus bas, sur sa chatte déjà ouverte et mouillée. Hela se plaça face à Dhikra, lui enleva son haut jaune, prit ses seins lourds dans ses mains, les malaxa, puis se pencha pour les sucer.

Les gémissements se mêlaient au bruit des vagues. Saloua, la tête entre les cuisses de sa sœur, léchait avidement, la langue large, plate, puis pointue, entrant dans la fente chaude, goûtant le sel et le jus. Salma agrippait les cheveux de sa sœur, poussait son bassin. Dhikra, à quatre pattes, recevait la langue d’Hela qui s’était glissée sous elle, lappant son clitoris gonflé. Hela, de son côté, se frottait contre la cuisse de Saloua, cherchant le contact.

Elles changèrent de positions sans un mot. Salma s’allongea sur le dos, les jambes écartées. Saloua s’installa à califourchon sur son visage, baissant son sexe sur la bouche ouverte de sa sœur. Salma lécha avec ferveur, la langue plongée profondément. Dhikra s’agenouilla entre les jambes de Salma et enfonça deux doigts en elle, puis trois, les faisant entrer et sortir en rythme avec les mouvements de langue. Hela s’assit sur les seins de Salma, offrant son propre sexe à la bouche de Saloua qui se pencha en avant pour la lécher.

Le soleil chauffait leurs peaux. La sueur et le sel se mêlaient. Saloua jouit la première, le corps tremblant, le jus coulant dans la bouche de Salma. Puis Salma, les doigts de Dhikra en elle, la langue de sa sœur sur son clitoris, explosa en un long cri étouffé. Dhikra suivit, la bouche d’Hela avidement collée à elle. Hela, enfin, se frotta contre le visage de Saloua jusqu’à atteindre l’orgasme, les cuisses serrées, le corps arquée.

Elles restèrent allongées un moment, les respirations calmes, les mains se caressant encore, plus doucement. Puis elles se rhabillèrent à moitié, se partagèrent le vin blanc tiédi et les figues. Le jus sucré coulait sur les doigts, elles se les léchèrent mutuellement, recommençant presque.

L’après-midi avança. Elles nageèrent de nouveau, cette fois plus lentement, se tenant par la taille, s’embrassant dans l’eau. Sous la surface, les mains exploraient. Saloua glissa deux doigts dans la chatte de Hela pendant qu’elles flottaient, la faisant jouir silencieusement, le visage contre son cou. Dhikra et Salma s’embrassaient longuement, leurs seins collés, leurs sexes se frottant à travers les tissus.

Vers le soir, elles rentrèrent à la maison. Les corps encore chauds, les maillots mouillés collés. Dans la salle de bain spacieuse, elles se doucheèrent ensemble. L’eau chaude coulait. Saloua savonna le corps de sa sœur, ses mains glissant entre les fesses, le long de la fente, entrant légèrement. Salma en fit autant. Dhikra et Hela s’embrassaient sous le jet, se masturbant mutuellement, les doigts rapides.

Puis elles passèrent dans la grande chambre de Saloua. Le lit était large. Elles s’y allongèrent nues. La lumière du crépuscule entrait par les volets entrebâillés. Saloua alluma une bougie parfumée. Elles recommencèrent, plus lentement cette fois, plus profondément.

Salma s’allongea sur le ventre. Saloua s’agenouilla derrière elle, écarta ses fesses et la pénétra avec la langue, longuement, profondément, puis avec les doigts, cherchant le point qui la faisait gémir. Dhikra s’installa à califourchon sur le visage de Salma, qui lécha immédiatement. Hela se plaça derrière Saloua, la pénétra avec deux doigts, puis trois, les faisant aller et venir pendant qu’elle lui suçait le cou.

Les corps s’emboîtaient. Les bouches trouvaient les seins, les sexes, les anus. Elles se léchaient, se suçaien, se pénétraient. Saloua sortit un petit vibromasseur rose de son tiroir, celui qu’elle gardait pour les nuits seules. Elle l’alluma et le posa sur le clitoris de Dhikra pendant que Hela la léchait plus bas. Dhikra jouit en criant le nom de chacune. Puis elles utilisèrent le jouet sur Hela, puis sur Salma, puis sur Saloua.

La nuit tomba complètement. Elles allumèrent d’autres bougies. Elles se nourrirent de fruits, de fromage, de pain, se nourrissant aussi l’une de l’autre. Saloua se coucha entre les jambes de Hela et la mangea longuement, savourant chaque goutte. Salma se colla derrière elle, la pénétra avec les doigts, lui murmura des mots sales et tendres à l’oreille. Dhikra observait, se caressait, puis rejoignit, offrant ses seins à la bouche de Saloua.

Vers minuit, elles s’endormirent enlacées, les corps nus, les peaux collées, les respirations mêlées. Saloua, au centre, tenait la main de sa sœur d’un côté, celle de Hela de l’autre. Dhikra était derrière Salma, un bras passé autour de sa taille.

Au petit matin, le soleil se leva sur Tabarka. Elles se réveillèrent lentement, se touchèrent encore, se firent jouir une dernière fois, doucement, presque tendrement, comme un adieu à la nuit. Puis elles se levèrent, préparèrent le petit-déjeuner, parlèrent de leurs vies avec une nouvelle douceur. Elles savaient que cette journée resterait gravée, un secret partagé, un feu qui continuerait de brûler en elles.

Saloua regarda ses trois amies, sa sœur, et sourit. La mer était encore là, dehors. Et elles aussi. Quatre femmes, quarante ans, vivantes, désirantes, aimantes. Le sable de la veille collait encore un peu à leurs peaux, et le goût du sel et du plaisir aussi.

Elles restèrent encore deux jours. Chaque après-midi, elles retournaient à la plage, chaque nuit elles se retrouvaient dans le lit. Elles explorèrent tout : les doigts, les langues, les jouets, les positions, les mots. Elles se dirent des choses qu’elles n’avaient jamais dites à personne. Saloua avoua qu’elle avait désiré sa sœur depuis l’adolescence. Salma répondit qu’elle aussi. Dhikra parla de la solitude après le divorce, Hela de la peur de vieillir seule. Elles se consolèrent avec leurs corps, se guérirent avec leurs bouches et leurs mains.

Le dernier matin, avant de partir, elles se baignèrent une dernière fois. Nues cette fois, loin de tout regard. L’eau les entourait. Elles s’embrassèrent, se caressèrent, se firent jouir une dernière fois, debout dans les vagues, les cris couverts par le bruit de la mer.

Puis elles se rhabillèrent, se dirent au revoir. Salma embrassa longuement sa sœur. Dhikra et Hela firent de même. Elles savaient qu’elles reviendraient. Que Tabarka les attendrait. Que leurs corps se souviendraient.

Saloua ferma la porte de sa maison et resta un moment sur le seuil, le goût du sel encore sur les lèvres, le souvenir des peaux chaudes contre la sienne. Elle sourit. La vie, parfois, offrait des cadeaux inattendus. Quatre femmes. Une plage. Une journée qui s’était transformée en quelque chose de plus grand, de plus profond, de plus charnel et de plus tendre à la fois.

Elle rentra, rangea les maillots encore humides, et alluma le café. Dehors, la mer continuait de battre. Et en elle, le feu aussi.







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