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Emma
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Chapitre 6 – La confrontation dans le couloir
Le lendemain matin, Carole partit juste après le petit-déjeuner. Jean l’accompagna jusqu’à l’arrêt de bus, l’embrassa brièvement, puis rentra seul. La maison était silencieuse. Emma avait déjà rangé la cuisine. Il accrocha son manteau et monta les escaliers sans but précis. C’est en passant devant la salle de bain qu’il entendit le bruit de l’eau. La douche. Son cœur s’accéléra aussitôt. L’habitude était prise. Il s’approcha à pas lents, le souffle court, et posa l’oreille contre le bois. L’eau coulait fort. Il posa la main sur la poignée, tourna doucement. La porte s’ouvrit sans résistance.
La salle de bain était vide. La vapeur embuait encore le miroir, l’eau continuait de couler dans la baignoire vide, mais personne n’était là. Jean resta planté sur le seuil, désorienté. Il avait entendu l’eau. Il était sûr. Il fit un pas à l’intérieur, regarda derrière le rideau de douche. Rien. Seulement le carrelage mouillé et la chaleur moite.
— J’avais oublié mon gel douche.
La voix venait de derrière lui. Jean se retourna d’un bond. Emma se tenait dans le couloir, enroulée dans une grande serviette blanche. Ses cheveux noirs étaient encore secs. L’eau n’avait pas coulé sur elle. La serviette était nouée juste au-dessus de sa poitrine, laissant voir le haut de ses seins lourds et le début du sillon entre eux. Ses épaules étaient nues, sa peau encore marquée par la chaleur de la chambre. Elle le regardait calmement, sans colère, sans surprise.
Jean ouvrit la bouche. Aucun son n’en sortit. Emma fit un pas vers lui. L’odeur de sa peau le frappa, tiède, légèrement parfumée.
— Tu m’espionnes depuis des jours, dit-elle d’une voix basse, presque douce. Je le sais. Les portes entrouvertes. Les regards par la fente. Les silences. Les rougeurs. Tu crois que je n’ai rien remarqué ?
Jean recula d’un pas, le dos contre le chambranle. Sa gorge était sèche. Emma s’approcha encore. La serviette glissa un peu, révéla davantage la courbe d’un sein.
— Ta curiosité me plaît, continua-t-elle. Je ne suis pas fâchée. Au contraire. Ça me… touche. De savoir que tu regardes. Que tu veux voir.
Le silence qui suivit fut dense, chargé. Jean sentait son cœur battre dans ses tempes. Emma pencha légèrement la tête.
— Tu veux prendre une douche avec moi ? proposa-t-elle simplement. Maintenant. Ensemble.
La panique monta en Jean comme une vague. Il secoua la tête, trop vite.
— Non. Je… non. Je peux pas.
Emma le regarda un long moment. Puis elle sourit, un sourire petit, presque triste, presque tendre. Elle avança jusqu’à la porte de la salle de bain, la ferma doucement derrière elle, et se retrouva seule avec lui dans le couloir étroit. Elle était si près qu’il sentait la chaleur de son corps à travers la serviette. Elle se haussa légèrement sur la pointe des pieds et lui murmura à l’oreille, la voix chaude contre sa peau :
— J’attendrai dans ma chambre. Quand tu voudras. Quand tu seras prêt.
Puis elle s’écarta, contourna Jean sans le toucher, et gagna sa propre chambre. La porte se ferma sans bruit. Jean resta seul dans le couloir, le dos collé au mur, le souffle court, le sexe déjà douloureux dans son pantalon. Les mots d’Emma tournaient dans sa tête. « Ta curiosité me plaît. » « J’attendrai dans ma chambre. » Il passa une main sur son visage. Ses doigts tremblaient.
Il descendit au bout de plusieurs minutes. Emma était déjà dans la cuisine. Elle avait enfilé un peignoir ample et préparait le déjeuner comme si de rien n’était. Des œufs, du pain, du fromage. Elle leva les yeux quand il entra et lui sourit normalement.
— Tu as faim ? Assieds-toi.
Jean s’assit. Ses mains étaient moites. Emma servit, s’assit en face de lui. Le silence dura un moment. Puis elle posa sa fourchette et le regarda droit dans les yeux.
— Tout va bien entre toi et Carole ? demanda-t-elle d’une voix calme. Sentimentalement, je veux dire.
Jean hocha la tête, la gorge serrée.
— Oui. Ça va.
— Et sexuellement ? reprit Emma sans détour. Vous vous entendez bien de ce côté-là aussi ?
Le sang monta au visage de Jean. Il détourna les yeux vers son assiette.
— Oui. Ça va. On… on se protège.
Emma hocha la tête lentement.
— C’est bien. Elle est un vrai trésor, tu sais. Belle, gentille, intelligente. Tu devrais la garder. Les filles comme elle ne se trouvent pas facilement.
Elle reprit sa fourchette, mangea quelques bouchées en silence. Jean n’osait plus lever les yeux. Les mots d’Emma résonnaient encore. La proposition de douche. L’attente dans sa chambre. Et maintenant ce conseil de garder Carole, dit d’une voix presque maternelle, presque trop douce. Le contraste le rendait fou.
Après le repas, Emma se leva et se mit à la vaisselle. Jean resta assis, incapable de bouger. Il regardait son dos, la courbe de ses hanches sous le peignoir, la nuque où ses cheveux noirs s’accumulaient. Emma lava chaque assiette avec soin, chaque verre, chaque couvert. Puis elle se sécha les mains, se retourna et dit d’une voix légère :
— Je vais faire une petite sieste. Je suis fatiguée. Tu sais où me trouver si tu as besoin de quelque chose.
Elle passa près de lui. Sa main effleura l’épaule de Jean un instant. Puis elle monta les escaliers. Jean entendit sa porte se fermer. Le silence redescendit sur la maison.
Il resta seul à table, le cœur battant si fort qu’il l’entendait dans ses oreilles. Les phrases d’Emma se bousculaient. « Je sais que tu m’espionnes. » « Ta curiosité me plaît. » « J’attendrai dans ma chambre quand tu voudras. » Et le conseil de garder Carole, comme si de rien n’était. Il se leva, marcha jusqu’à la fenêtre, revint. Son sexe était encore semi-dur, sensible. L’image d’Emma en serviette dans le couloir ne le quittait pas. La peau de ses épaules. Le haut de ses seins. La voix chaude contre son oreille.
Il monta à son tour. Dans le couloir, il s’arrêta devant la porte de la chambre d’Emma. Il posa la main sur le bois. De l’autre côté, le silence. Elle attendait. Elle avait dit qu’elle attendrait. Jean retira sa main comme s’il s’était brûlé et gagna sa propre chambre. Il s’enferma, s’assit sur le lit, la tête entre les mains. Le cœur continuait de battre à tout rompre. Tout avait basculé. Plus de secrets. Plus de regards volés. Elle savait. Elle acceptait. Elle l’attendait. Et lui restait là, seul, le corps en feu, l’esprit en tempête, incapable de faire un pas de plus… pour l’instant.
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