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Emma
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Chapitre 3 – Dimanche matin et la porte entrouverte
Le soleil d’hiver filtrait à peine à travers les rideaux de la cuisine quand Emma alluma la cafetière. L’odeur du café monta aussitôt, chaude et ronde, se mêlant à celle du pain qu’elle venait de sortir du four. Elle avait mis la table avec un soin particulier : nappe à carreaux, assiettes blanches, confitures alignées, beurre doux, œufs déjà battus dans un bol. Elle portait un peignoir de coton épais, noué à la taille, qui dissimulait ses formes tout en laissant deviner la lourdeur de sa poitrine. Ses cheveux noirs étaient encore un peu en désordre, tombant sur ses épaules. Elle sourit en entendant des pas dans l’escalier.
Jean apparut le premier, les cheveux en bataille, un t-shirt froissé sur le torse. Derrière lui, Carole, déjà habillée, le visage frais, un peu rougie par la nuit. Emma les accueillit d’une voix chantante.
— Bonjour les amoureux. Asseyez-vous. Tout est prêt.
Elle se pencha pour embrasser Jean sur la tempe, un baiser un peu trop long, les lèvres appuyées contre sa peau. Puis elle sourit à Carole et lui servit le café en premier. Les plaisanteries vinrent naturellement. Emma demanda si la nuit avait été bonne, les yeux brillants d’une tendresse ostentatoire. Jean rougit légèrement. Carole rit, un rire clair qui fit tinter les verres. Emma insista pour resservir les œufs, pour beurrer elle-même une tranche de pain et la tendre à Jean. Ses doigts frôlèrent les siens. Elle le regarda dans les yeux plus longtemps que nécessaire, un regard complice, presque possessif, comme si Carole n’était qu’une invité passagère. Jean répondit aux plaisanteries, mais quelque chose en lui restait distrait. L’odeur du corps de Carole collait encore à sa peau, mêlée à celle des draps. Pourtant, c’était la présence d’Emma qui occupait l’espace, sa voix, ses gestes, la façon dont le peignoir s’ouvrait un peu trop quand elle se penchait.
Le petit-déjeuner dura presque une heure. On parla du temps, des cours de la semaine, d’un projet de cinéma que Carole voulait voir. Emma riait trop fort, touchait l’épaule de Jean à chaque occasion, lui repoussait une mèche de cheveux derrière l’oreille. La tendresse était affichée, presque excessive. Carole semblait ne rien remarquer, ou faire semblant. À la fin du repas, elle regarda sa montre et se leva.
— Il faut que j’y aille. Ma mère m’attend pour le déjeuner.
Jean se leva aussitôt.
— Je t’accompagne jusqu’à l’arrêt.
Emma les suivit jusqu’à l’entrée. Elle embrassa Carole sur les joues, lui souhaita une bonne journée d’une voix douce, puis serra Jean contre elle un instant, les seins écrasés contre son torse. « Reviens vite, mon grand. » Jean hocha la tête, passa son manteau et sortit avec Carole.
Dehors, l’air était froid, sec. Ils marchèrent côte à côte jusqu’à l’arrêt de bus, à cinq minutes de la maison. Carole parla de la soirée, dit qu’elle avait passé un bon moment, que sa mère était sympa. Jean répondait par monosyllabes. À l’arrêt, il l’embrassa longuement, les mains sur ses hanches, mais son esprit était déjà ailleurs. Le bus arriva. Carole monta, lui fit un signe de la main. Jean attendit que le véhicule s’éloigne, puis rebroussa chemin.
La maison était silencieuse quand il rentra. Il accrocha son manteau, monta les escaliers sans trop réfléchir. C’est en passant devant la salle de bain qu’il entendit le bruit de l’eau. La douche. Un filet de vapeur s’échappait sous la porte. Et la porte n’était pas fermée. Elle était restée entrouverte, juste assez pour laisser passer un rayon de lumière et le bruit de l’eau qui cognait contre le carrelage.
Jean s’arrêta. Son cœur battait déjà plus fort. Il aurait dû continuer, gagner sa chambre, faire comme si de rien n’était. Mais quelque chose le retint. Une curiosité sourde, un besoin qu’il ne s’expliquait pas. Il s’approcha à pas lents, posa la main sur le chambranle, et regarda.
L’intérieur de la salle de bain était embué. L’eau chaude coulait en un jet abondant. Emma se tenait sous la douche, de profil d’abord, puis elle tourna légèrement le corps. Elle était entièrement nue. L’eau ruisselait sur sa peau, brillait sur ses épaules, glissait entre ses seins. Ses seins étaient lourds, lourds et pleins, les mamelons foncés, légèrement tombants sous leur propre poids. L’eau les caressait, faisait perler des gouttes qui tombaient de leurs pointes. Son ventre était doux, rond, marqué de petites vergetures pâles sur les côtés. Les hanches s’élargissaient généreusement, les cuisses épaisses et fermes. Elle se savonnait lentement, les mains glissant sur sa peau, remontant le long de ses bras, descendant vers son ventre.
Jean ne respirait plus. Il ne pouvait pas détacher les yeux. Emma se tourna davantage. L’eau frappait maintenant sa poitrine de face. Ses seins s’écrasaient un peu l’un contre l’autre sous le jet. Puis son regard descendit malgré lui, plus bas, vers le triangle entre ses cuisses. Et il vit.
Entre les plis de chair, sous le ventre doux, un petit pénis reposait. Minuscule, non circoncis, le prépuce fin et pointu, légèrement rosâtre. Les testicules étaient discrets, blottis contre le corps. L’eau coulait dessus, faisait briller la peau. Emma passa une main distraite entre ses cuisses, savonna le petit membre d’un geste rapide, presque machinal, puis remonta vers son ventre.
Le choc fut total. Jean resta figé, le souffle coupé. Son esprit refusait ce qu’il voyait. Emma. Sa mère. Maman Emma. Le corps généreux qu’il connaissait sous les robes, les seins qu’il avait parfois frôlés dans un câlin, le ventre contre lequel il s’était endormi enfant… et ce petit sexe. Une stupeur glacée lui monta le long de la colonne. En même temps, une chaleur incontrôlable envahit son propre sexe. Une érection involontaire, brutale, douloureuse, le fit se redresser dans son pantalon. Il recula d’un pas, le cœur battant à tout rompre. Il heurta presque le mur du couloir. Puis il tourna les talons et gagna sa chambre à pas rapides, la porte claquée derrière lui.
Il s’adossa contre le bois, haletant. Les images tournaient dans sa tête en boucle. Les seins lourds sous l’eau. Le ventre. Les hanches. Et ce petit pénis. Le prépuce pointu. La façon dont l’eau brillait dessus. Il passa une main sur son front. Il était en sueur. Son sexe battait contre le tissu de son pantalon, douloureux, exigeant. Il s’assit sur le lit, la tête entre les mains.
Le monologue intérieur le submergea. Ce n’était pas possible. Emma était une femme. Sa mère. Elle l’avait élevé, bordé, consolé. Elle avait la voix d’une mère, les gestes d’une mère, les seins d’une mère. Et pourtant… ce qu’il avait vu. Le choc se mêlait à une confusion totale. Pourquoi n’avait-elle jamais rien dit ? Pourquoi Pierre n’avait-il jamais rien dit ? Les souvenirs se bousculaient : les câlins trop longs, les baisers sur le front, la façon dont elle le regardait parfois. Est-ce que ça changeait quelque chose ? Est-ce que ça changeait tout ? Une première obsession naissait déjà, tenace. L’image du petit sexe sous l’eau ne partait pas. Elle s’imposait, revenait, s’imprimait derrière ses paupières. Il voulait revoir. Il voulait comprendre. Il voulait… autre chose, qu’il n’osait pas nommer. Son sexe restait dur. Il glissa une main dans son pantalon, le serra un instant, puis retira la main comme s’il s’était brûlé. Non. Pas ça. Pas maintenant. Il se leva, marcha de long en large dans la chambre, le souffle court. Le trouble était total. La confusion aussi. Et au fond de tout ça, quelque chose d’autre, plus sombre, plus chaud, qui grandissait déjà.
Dans la salle de bain, Emma avait senti le changement dans l’air. Un courant plus frais. Un silence différent. Elle avait tourné la tête vers la porte entrouverte, avait vu l’ombre passer trop vite. Elle n’avait rien dit. Elle avait continué de se savonner, le cœur soudain plus lourd. Quelqu’un avait regardé. Jean. Elle le savait. Elle ferma les yeux sous le jet d’eau, laissa l’eau couler sur son visage. Quelque chose avait changé. Elle le sentait vaguement, comme une tension nouvelle dans la maison. Elle se rinça lentement, éteignit l’eau, prit sa serviette. En s’essuyant, elle passa une main entre ses cuisses, toucha le petit sexe encore humide. « Il a vu », murmura-t-elle pour elle-même. La phrase resta suspendue dans la vapeur. Elle s’enveloppa dans la serviette, sortit de la salle de bain, et regagna sa chambre sans un bruit. Derrière la porte de Jean, elle perçut des pas. Elle s’arrêta un instant, posa la main sur le bois, puis continua. Dans sa chambre, elle s’assit sur le lit, la serviette encore autour du corps, et resta immobile. Elle ne savait pas encore ce que cela allait provoquer. Elle savait seulement que plus rien ne serait tout à fait comme avant.
De l’autre côté du mur, Jean s’était allongé sur le lit, les yeux ouverts, l’image d’Emma sous la douche gravée derrière ses paupières. Le petit pénis. Les seins. L’eau. Son propre sexe encore douloureux. La confusion. Le début d’une obsession qu’il ne contrôlait déjà plus. La maison, autour d’eux, restait silencieuse, mais quelque chose d’invisible venait de basculer.
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