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Les Sables de l’Oasis Pourpre (nouvelle)

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Les Sables de l’Oasis Pourpre



Chapitre 1 : Le Tumulte et le Voile
Le Caire ne dort jamais, il halète. Sous un soleil de plomb qui transformait le goudron de la place Ramsès en une pâte malléable, Samira avançait avec une grâce lente, presque minérale. À trente-cinq ans, elle était une femme de substance, une présence que l’on ne pouvait ignorer, bien que tout dans sa tenue appelle à l’effacement.
Elle portait un abaya d’un noir profond, un tissu lourd qui tombait en plis architecturaux sur ses hanches larges et sa poitrine généreuse. Son hijab, épinglé avec une précision chirurgicale, ne laissait paraître que l’ovale de son visage : une peau couleur de datte mûre, des yeux en amande soulignés d'un trait de khôl charbonneux, et des lèvres charnues qu’elle gardait pincées pour contenir un sourire ou un soupir.
Pour le monde extérieur, Samira était l'image de la piété et de la retenue. Pour elle-même, elle était une cocotte-minute sous pression. Chaque pas dans la poussière du Caire, chaque bousculade dans le métro bondé où les corps se frôlaient avec une promiscuité électrique, ne faisait qu'attiser un feu qu'elle entretenait en secret. Elle aimait son poids ; elle aimait cette sensation de densité qui la rendait ancrée, réelle, face à la légèreté factice des publicités pour régimes qui fleurissaient sur les panneaux de la ville.



Chapitre 2 : L'Atelier de l'Ombre

Samira travaillait comme archiviste dans une vieille bibliothèque du quartier de Garden City, un vestige de l'époque coloniale où le silence était roi. Son patron, Omar, était un homme d’une cinquantaine d’années, aux mains tachées d’encre et au regard fatigué par des décennies de lecture de manuscrits anciens.
Ce soir-là, une panne d'électricité — fréquente dans le quartier — plongea la bibliothèque dans une pénombre soudaine. Seule la lueur des bougies de secours projetait des ombres démesurées sur les rayonnages de bois sombre.
— Samira ? appela Omar depuis le fond de l'atelier de reliure.
Elle s'approcha. L'air était saturé de l'odeur du vieux papier, de la colle de peau et de la cire d'abeille. Omar était debout devant un pupitre, tenant une lampe à huile. Lorsqu'elle entra dans le cercle de lumière, il s'arrêta de respirer. Dans cette semi-obscurité, le voile de Samira ne dissimulait plus ; il sculptait. On devinait la courbe souveraine de ses épaules, la puissance de ses bras, et cette chute de reins que l'abaya ne parvenait plus à masquer.
— La chaleur est insupportable, murmura Samira.
D'un geste lent, presque rituel, elle défit l'épingle de son hijab. Le tissu glissa sur ses épaules comme une caresse de soie. Ses cheveux noirs, denses et bouclés, s'échappèrent, encadrant son visage d'une aura sauvage. Pour la première fois, Omar voyait la femme derrière le symbole.



Chapitre 3 : La Fusion des Matières

Il n'y eut pas de mots inutiles. Au Caire, on sait que le temps est une illusion et que le désir est la seule vérité tangible. Omar posa sa main sur la joue de Samira. Ses doigts, habitués à manipuler des parchemins millénaires, tremblèrent en rencontrant la chaleur vivante de cette peau.
— Tu es... monumentale, souffla-t-il.
Il commença à ouvrir les boutons de son abaya. Samira ne l'arrêta pas. Elle voulait être vue. Elle voulait que son corps, cette masse de chair ferme et généreuse, soit enfin reconnue pour ce qu'elle était : un paysage de dunes, une terre promise.
Quand l'abaya tomba au sol, elle apparut dans la lumière dorée de la lampe. Elle portait sous sa robe une lingerie de dentelle rouge, un secret qu'elle gardait jalousement comme un talisman. Ses seins, lourds et fiers, semblaient défier la gravité, marqués par la trace des bretelles. Son ventre, rond et doux, portait les plis de la vie, une topographie de plaisir que Omar commença à explorer avec une ferveur de pèlerin.
Il l'allongea sur la grande table de découpe, au milieu des cuirs de chèvre et des rouleaux de lin. Le contraste était total : la finesse des matériaux de l'atelier contre la puissance brute de ce corps de femme.



Chapitre 4 : Le Chant du Nil

La pénétration fut un choc, une rencontre entre deux solitudes qui se reconnaissaient enfin. Samira entoura la taille d'Omar de ses cuisses puissantes, le verrouillant contre elle. Elle aimait sentir le poids de cet homme, mais plus encore, elle aimait sentir son propre poids s'écraser contre le bois de la table. Elle n'était plus une silhouette voilée dans la rue ; elle était une force de la nature, une déesse de la fertilité sortie des eaux du Nil.
Chaque mouvement d'Omar en elle déclenchait des vagues de plaisir qui partaient de son bas-ventre pour irradier jusqu'à la pointe de ses doigts. Elle gémissait, un son rauque et profond qui se perdait dans les rayonnages de livres. Elle griffait ses bras, marquant sa chair de son empreinte, tandis qu'il s'enfonçait toujours plus loin dans cette matrice d'ambre et de sueur.
— Regarde-moi, ordonna-t-elle.
Elle voulait qu'il voie chaque tremblement de sa chair, chaque goutte de sueur perlant entre ses seins. Elle voulait qu'il soit submergé par son abondance, qu'il se noie dans l'immensité de son désir.
L'extase fut une explosion de lumière dans l'obscurité de la bibliothèque. Samira se cambra, son corps entier vibrant comme une corde de oud trop tendue, tandis qu'Omar se libérait en elle avec un cri de délivrance. À cet instant, les siècles d'histoire qui les entouraient n'étaient plus que de la poussière. Seule comptait la vérité de leurs corps mêlés.



Chapitre 5 : Le Retour au Monde

Le courant revint quelques minutes plus tard, les néons clignotant cruellement avant de stabiliser leur lumière blanche et froide.
Samira se rhabilla avec une calme dignité. Elle replaça son hijab, ajustant chaque pli avec la même précision qu'auparavant. En quelques instants, la déesse de chair disparut de nouveau sous l'uniforme de la pudeur. Mais quelque chose avait changé.
Elle regarda Omar, qui rangeait ses outils d'un air absent, encore étourdi par la tempête. Elle ne lui demanda rien, ne promit rien.
Lorsqu'elle sortit de la bibliothèque pour retrouver le tumulte de la rue, le bruit des klaxons et les cris des marchands de ful, Samira marchait la tête haute. Sous son abaya noir, sa peau gardait la mémoire du cuir et de la main d'un homme. Elle savait désormais que son voile n'était pas une prison, mais un écrin protégeant un trésor de substance que personne ne pourrait jamais lui enlever.
Le Caire continuait de hurler autour d'elle, mais Samira, dans son silence souverain, portait en elle le calme d'une oasis pourpre.


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