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L’Inventaire des Sensations (nouvelle)

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L’Inventaire des Sensations




L’odeur du papier vieux de plusieurs siècles, mêlée à l’arôme persistant du café froid et de la cire pour parquet, constituait l’univers respiratoire de Simone. Dans sa petite librairie du quartier des Arts, le temps semblait s'être cristallisé. À quarante ans, Simone était une femme dont la présence apaisait les rayons chargés d'histoire. Sa chevelure châtaine, qu'elle laissait onduler sur ses épaules, encadrait un visage aux traits adoucis par des années de traitement hormonal, une métamorphose qu'elle chérissait chaque matin devant son miroir. Ce jour-là, elle portait sa mini-jupe en jean préférée et un petit caraco bleu marine qui soulignait la rondeur discrète de sa poitrine, un relief encore fragile mais bien réel, fruit d'une transition vécue avec une patience de moine copiste. Sous le denim, ses jambes longues et parfaitement épilées se terminaient par des escarpins noirs qui lui donnaient une cambrure élégante, même si elle passait l'essentiel de sa journée à classer des volumes.
Le tintement de la cloche de l’entrée brisa le silence feutré de la boutique. Elias entra, portant deux cartons massifs comme s’ils ne pesaient rien. C’était le transporteur habituel, un homme d’une trentaine d’années, une force de la nature au regard sombre et à la mâchoire toujours serrée. Il ne parlait jamais plus que nécessaire, mais Simone avait remarqué depuis longtemps la manière dont ses yeux s’attardaient sur ses hanches ou sur le grain de sa peau lorsqu’elle signait les bons de livraison. Elias représentait tout ce qui intimidait et fascinait Simone : une masculinité brute, sans artifice, un silence qui semblait cacher un volcan.
— Livraison pour les éditions d’art, dit-il simplement de sa voix de basse.
— Merci, Elias. Pose-les sur le comptoir, je vais vérifier la facture.
Simone s’approcha, sentant l’odeur de transpiration saine et de cuir qui émanait de l’homme. En parcourant le document, elle fronça les sourcils. Un écart de plusieurs centaines d’euros apparaissait entre la commande et le montant réclamé.
— Il y a un souci avec la facture, Elias. On ne peut pas régler ça ici, les clients vont commencer à arriver pour la séance de dédicaces de ce soir. Viens dans mon bureau, on va vérifier le détail sur l’ordinateur.
Elle le précéda dans le petit couloir menant à l’arrière-boutique. Le bureau était une pièce minuscule, encombrée de piles de livres rares, de catalogues de ventes aux enchères et d’une vieille lampe de banquier à l’abat-jour vert. L’espace était si restreint qu’une fois la porte entrouverte, Elias se retrouva presque collé à elle. La chaleur de son corps imposant semblait irradier dans la pièce exiguë. Simone s’assit sur le bord de son bureau en bois massif, un meuble d'époque dont la surface était polie par l'usage. Elle sentait le bois froid contre l'arrière de ses cuisses nues, un contraste saisissant avec l'excitation qui commençait à lui nouer l'estomac.
— Alors, cette erreur ? demanda Elias, mais sa voix avait changé. Elle n’était plus seulement professionnelle ; elle était chargée d’une tension électrique.
Il ne regardait pas l’écran. Il regardait le décolleté de Simone, puis ses jambes. Simone sentit son cœur cogner contre ses côtes. Elle aurait pu parler de chiffres, de codes barres, de logistique. Mais le silence d’Elias l’oppressait autant qu’il l’excitait. Elle savait qu’à quelques mètres de là, la porte de la librairie était déverrouillée, que n’importe quel client pouvait entrer et l’appeler. Cette vulnérabilité, cette frontière ténue entre son rôle de libraire respectée et la femme qu’elle brûlait d’être entre les mains de cet homme, la faisait frissonner.
— Je crois que l'erreur n'est pas là où on le pense, murmura-t-elle, son regard plongeant dans celui d'Elias.
L’homme fit un pas de plus, ses mains calleuses venant se poser sur les cuisses de Simone. Le contact du denim et de la peau fut une déflagration. Simone laissa sa tête basculer en arrière. Elias ne posa pas de questions. Il n'avait pas besoin de savoir que Simone était une femme transgenre, il le sentait probablement, ou peut-être s'en moquait-il. Il voyait la femme devant lui, sa soumission apparente, son désir palpable. Il fit glisser ses mains sous la mini-jupe, remontant le long de la peau satinée et parfaitement lisse de Simone. Elle s'était épilée avec soin le matin même, chaque centimètre de son corps, de ses jambes à son entrejambe, jusqu'à son anus, était un hommage à la douceur qu'elle voulait offrir.
— Tu es si belle, Simone. Si différente, grogna Elias en l'embrassant avec une brutalité qui la fit gémir.
Il la souleva et la déposa sur le bureau, écartant les piles de livres d'art qui tombèrent au sol dans un bruit sourd. Simone se retrouva allongée sur le dos, le bois froid mordant sa peau à travers son caraco, alors qu'Elias déboutonnait sa jupe. Elle ne fit aucun geste pour l'aider, savourant sa passivité, son statut d'objet de désir entre les mains de ce géant. Elle craignait d'entendre la clochette de l'entrée, d'imaginer un habitué découvrant sa libraire dans cette posture, les jambes écartées sur un bureau jonché de monographies de la Renaissance. Cette peur ne faisait qu'alimenter le feu qui la consumait.
Elias découvrit enfin son secret. Sous la dentelle de ses sous-vêtements féminins, le sexe masculin de Simone, bien que féminisé par les hormones, réagissait déjà. Il était là, dressé, témoin d'une biologie qu'elle n'avait pas voulu effacer totalement. Elias le regarda sans dégoût, avec une curiosité animale. Mais Simone ne voulait pas qu'il s'attarde sur sa virilité. Elle voulait être prise, être envahie par l'arrière, là où elle se sentait le plus femme dans l'abandon.
— Tourne-toi, ordonna-t-il.
Simone obéit avec une hâte fébrile. Elle se mit à quatre pattes sur le bureau, le visage enfoui contre un volume de cuir ancien. Elle sentait le froid du bois contre son ventre bombé et la chaleur des mains d'Elias qui écartaient les deux globes de ses fesses. Elle se sentait exposée, offerte. Elias utilisa un tube de lubrifiant qu'il sortit de sa poche — peut-être avait-il anticipé cette issue — et commença à préparer l'entrée de Simone. Le doigt s'enfonça, trouvant un passage étroit, parfaitement entretenu, un orifice qu'elle gardait aussi propre et lisse que le reste de sa peau.
Simone ferma les yeux, ses pensées s'embrouillant. Elle pensait à sa vie de libraire, aux clients qui cherchaient des conseils sur Proust ou Hugo, alors qu'en ce moment même, un homme était en train de forcer les portes de son intimité la plus brute. Elias ne perdit plus de temps. Il défit sa ceinture, libérant sa propre érection, massive et brûlante. Il se positionna derrière elle, ses mains agrippant ses hanches avec une force qui laisserait des marques.
L'entrée fut une déchirure de plaisir. Elias s'enfonça d'un coup sec, remplissant Simone d'une manière que seul un homme de sa carrure pouvait le faire. Elle laissa échapper un cri qu'elle étouffa aussitôt contre le cuir d'un livre, terrifiée par le silence de la boutique à côté. Si quelqu'un entrait maintenant, il entendrait les gémissements, le claquement de la chair contre la chair, le craquement du bois du bureau sous leur poids combiné. Mais Elias n'avait cure de la discrétion. Il commença un va-et-vient puissant, régulier, chaque poussée l'amenant plus profondément au cœur de Simone.
C’est alors que le phénomène qu’elle connaissait bien commença à se produire. Bien qu'elle soit totalement passive, bien qu'Elias ne touche pas à son pénis qui oscillait follement entre ses cuisses au rythme des chocs, la stimulation anale profonde créait un court-circuit nerveux. Sa prostate, stimulée par la verge d'Elias, envoyait des signaux d'une intensité insupportable à son propre sexe. Simone sentit son érection devenir de plus en plus dure, de plus en plus douloureuse. Elle ne voulait pas jouir de cette façon, elle voulait rester la femme pénétrée, mais son corps décidait pour elle.
Elias accéléra la cadence, ses mains remontant vers la poitrine de Simone, pétrissant ses seins naissants avec une ferveur qui la rendait folle. Il la possédait comme on conquiert un territoire sauvage. À chaque coup de boutoir, Simone sentait son sexe pulser. Elle était au bord du gouffre. Les pensées contradictoires se bousculaient : la honte de cette éjaculation masculine imminente et l'extase absolue de cette soumission totale.
— Elias... Elias, je...
Elle n'eut pas le temps de finir. Une poussée plus profonde que les autres fit basculer son système nerveux. Sans qu'une main ne l'effleure, son pénis s'anima d'une vie propre. Une première salve de sperme jaillit, venant s'écraser sur le bois du bureau, parmi les factures et les catalogues. Puis une deuxième, une troisième. Simone éjaculait avec une force qu'elle n'avait plus connue depuis des années, son corps réagissant mécaniquement à la possession anale. Elle se sentait brisée et entière à la fois, une fontaine de plaisir involontaire jaillissant de sa virilité alors qu'elle subissait l'assaut final d'Elias.
L'homme sentit les contractions de Simone autour de lui et, dans un dernier rugissement étouffé, il déversa sa propre semence au plus profond de ses entrailles. Il s'effondra sur son dos, leurs deux corps en sueur collés l'un à l'autre dans le silence revenu de l'arrière-boutique. Simone tremblait, son sexe encore palpitant sur le bureau, mêlant son liquide à la poussière des vieux livres.
Le silence qui suivit fut presque plus intense que l'acte lui-même. Simone entendit soudain le "drelin" de la clochette de l'entrée. Un client venait d'entrer.
— Bonjour ? Il y a quelqu'un ? appela une voix de femme, une cliente régulière.
La panique saisit Simone. Elle se redressa d'un bond, ses jambes flageolantes manquant de la trahir. Elias, avec un calme olympien, se rhabilla en un clin d'œil, jetant un regard de prédateur satisfait à Simone. Elle s'essuya rapidement avec un mouchoir, remit sa jupe en place, lissa ses cheveux. Son visage était rouge, ses yeux brillants de l'éclat de ceux qui ont vu l'autre côté du miroir.
— J'arrive ! cria-t-elle, sa voix légèrement chevrotante.
Elle sortit du bureau, laissant Elias terminer de ranger ses affaires. En entrant dans la librairie, elle vit sa cliente, une dame âgée cherchant un ouvrage sur les jardins secrets. Simone sourit, l'accueillit avec sa courtoisie habituelle, alors que sous sa jupe en jean, elle sentait le sperme d'Elias couler lentement le long de ses cuisses et que son propre plaisir, encore frais sur le bureau de l'arrière-boutique, commençait à sécher sur le bois. Elle était la libraire Simone, cultivée et élégante, mais elle portait en elle, au plus profond de sa chair et de son âme, l'inventaire brutal et magnifique des sensations qu'elle venait de vivre. Elle savait qu'Elias reviendrait pour la prochaine livraison, et elle savait que la facture ne serait jamais tout à fait exacte, tant qu'il y aurait entre eux ce secret de bois froid, de papier ancien et de plaisirs interdits.





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