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Les Moissons de l'Ambre (nouvelle)

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Les Moissons de l'Ambre



Chapitre 1 : Le Poids du Masque

La ville de Genève, sous un ciel d’octobre couleur de zinc, exsudait une froideur polie. Pour Marc-Antoine, quarante ans, cette froideur était un uniforme. En tant que conservateur d'instruments anciens, sa vie était une succession de gestes millimétrés, de gants de coton blanc et de silences feutrés dans les allées du musée. Il était l’homme du passé, celui qui restaure la résonance des bois séculaires sans jamais laisser sa propre voix s’élever.
Ce soir-là, pourtant, la structure de son existence semblait sur le point de se fissurer. Il attendait Éléonore.
Éléonore n'était pas une femme de demi-mesure. Violoncelliste de renommée internationale, elle possédait cette présence tellurique que Marc-Antoine vénérait en secret : une force qui ne s’excusait jamais d’occuper l’espace. Lorsqu’elle entra dans son atelier privé, niché dans les combles d’un immeuble ancien de la Vieille-Ville, l’air changea instantanément de densité. Elle portait un manteau de cachemire sombre qui dissimulait mal la puissance de sa carrure, une élégance athlétique qui contrastait avec la fragilité des objets qui l'entouraient.
— Vous avez fini de restaurer mon "Amati", Marc-Antoine ? demanda-t-elle, sa voix grave vibrant dans l’atelier comme une note de basse.
— Il est prêt, Éléonore. Il ne demande qu'à être réveillé.
Il retira le voile de soie qui protégeait l’instrument. Le vernis ambré du violoncelle brillait sous la lampe de l’établi, reflétant les courbes du bois précieux. Mais alors qu'il s'approchait pour lui tendre l'archet, leurs mains se frôlèrent. Le contact fut électrique, une décharge de vérité qui balaya dix ans de courtoisie professionnelle.



Chapitre 2 : L'Accord des Corps

Le silence qui suivit n'était pas celui du musée. C'était un silence de prédateurs, chargé d'une électricité statique. Marc-Antoine laissa tomber les gants de coton. Ses mains, sculptées par le travail du bois et du métal, saisirent les poignets d'Éléonore. Il y avait dans son regard une faim d'absolu, le besoin de toucher enfin une matière qui ne soit pas inerte.
— Ce soir, je ne veux pas entendre la musique du bois, murmura-t-il.
Éléonore sourit, un sourire de reine qui reconnaît son égal. Elle se débarrassa de son manteau d'un geste impérieux, révélant une robe de soie émeraude qui soulignait la largeur souveraine de ses hanches et la cambrure de son dos. Elle n'était pas une silhouette filiforme de magazine ; elle était une Vénus de substance, une promesse de résistance et de poids.
Il l'attira contre lui. La collision de leurs corps fut un choc de densités. Il enfouit son visage dans le creux de son cou, respirant l'odeur du santal et de la sueur naissante. Sa bouche trouva la sienne dans un baiser qui n'avait rien de romantique : c'était une conquête, une exploration brutale des muqueuses et des désirs trop longtemps contenus sous le vernis de la respectabilité.



Chapitre 3 : La Mélodie de la Chair

Marc-Antoine la souleva, l'asseyant sur son établi au milieu des outils de luthier. Les flacons de vernis, les ciseaux à bois et les copeaux d'épicéa furent balayés au sol dans un fracas libérateur. Il remonta la soie de la robe, ses mains rudes rencontrant la douceur de ses cuisses, une peau d'un blanc laiteux qui semblait irradier dans la pénombre de l'atelier.
Il ne chercha pas la finesse. Il chercha la vérité. Ses doigts s'enfoncèrent dans la chair ferme de ses fesses, pétrissant cette masse organique avec la même précision qu'il accordait aux bois les plus rares. Éléonore renversa la tête, ses mains agrippant les épaules de Marc-Antoine, ses ongles s'ancrant dans le tissu de sa chemise.
— Plus fort... ordonna-t-elle entre deux souffles courts. Je veux sentir ton poids, Marc. Je veux être brisée par ta réalité.
Il s'exécuta. Il défit sa ceinture, son sexe dressé, une colonne de sang et de pulsion, réclamant son dû. Lorsqu'il pénétra en elle, ce fut comme si l'univers retrouvait son centre de gravité. Éléonore poussa un cri qui n'était plus une note de musique, mais un rugissement de vie pure. Elle l'encercla de ses jambes puissantes, le verrouillant contre elle, l'invitant à s'enfoncer toujours plus loin dans l'abîme de son intimité.
Chaque coup de boutoir était une note dans une partition de débauche sacrée. La sueur perla sur leurs fronts, se mêlant à l'odeur de la résine et de l'huile de lin. L'établi gémissait sous leur rythme, un métronome de bois et de plaisir. Marc-Antoine se perdait dans la vision de ce corps magnifique, cette femme-continent qui absorbait toute sa violence pour la transformer en extase.



Chapitre 4 : L'Extase de l'Ambre

La tension monta jusqu'à l'insoutenable. Marc-Antoine sentit la vibration monter du plus profond de son être, une fréquence qu'aucun instrument ne pourrait jamais reproduire. Éléonore, sous lui, était en transe, ses muscles se contractant en vagues successives autour de lui, le broyant délicieusement.
— Maintenant ! cria-t-elle.
Dans un dernier élan, il déversa son torrent séminal au plus profond de sa matrice, un sacrifice de vie offert sur l'autel de leur passion. Éléonore se cambra, ses yeux révulsés sur le blanc, son corps secoué par des spasmes sismiques qui semblaient vouloir l'arracher à la terre.
Pendant de longues minutes, ils restèrent soudés, deux statues de chair et de sueur dans l'atelier silencieux. Le monde extérieur, avec ses règles et ses horloges, n'existait plus. Ils étaient devenus la substance elle-même, l'or organique qui coule dans les veines de ceux qui osent franchir le miroir.



Chapitre 5 : L'Aube Nouvelle

Lorsque les premières lueurs de l'aube commencèrent à filtrer par les lucarnes, colorant la poussière en suspension de reflets dorés, Marc-Antoine aida Éléonore à se rasseoir. Ils ne se parlèrent pas tout de suite. Les mots étaient trop légers pour porter le poids de ce qu'ils venaient de vivre.
Elle rajusta sa robe, son visage calme, une sérénité de conquérante sur les lèvres. Elle s'approcha du violoncelle Amati, le prit entre ses jambes et tira une note longue, pure, infinie. Le son emplit l'atelier, une vibration qui semblait harmoniser le chaos de la nuit passée.
— La musique a changé, dit-elle simplement.
Marc-Antoine sourit, ramassant ses outils. Il savait qu'il retournerait au musée, qu'il remettrait ses gants de coton blanc et son masque de conservateur. Mais sous le vernis de la respectabilité, il porterait désormais la mémoire indélébile de cette peau, de cette faim, et du secret magnifique de leur union. La nuit ne faisait que commencer pour ceux qui savent que la véritable lumière brille dans l'ombre des corps.


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