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La Fuite du Destin
Le robinet de la cuisine fuyait depuis trois semaines.
Eya l'avait dit à Youssef un mardi soir, entre le riz et les boulettes. Il avait hoché la tête sans lever les yeux de son téléphone. Elle l'avait répété le jeudi, puis le samedi, puis le mardi suivant. Chaque fois, le même hochement, la même absence.
« Je m'en occupe. »
Il ne s'en occupait pas.
La fuite, imperceptible d'abord, s'était transformée en goutte obstinée. Ploc. Ploc. Ploc. La nuit, dans le silence de l'appartement du huitième étage, c'était devenu une musique obsédante, la bande-son de leur mariage.
Eya, trente-cinq ans, mère de jumeaux de sept ans, enseignante de français dans un lycée privé, avait épousé Youssef, fonctionnaire au ministère du Tourisme, dix ans plus tôt. C'était un mariage arrangé, mais pas malheureux. Pas heureux non plus. Juste... existant. Comme ce robinet. Ça coule, ça fait du bruit, on s'habitue.
Jusqu'au jour où la goutte devient trop forte.
Ce matin-là, en enfilant son voile devant le miroir de l'entrée, Eya constata que la petite flaque sous l'évier avait doublé de volume. La colère l'envahit, soudaine, irrationnelle. Ce n'était pas l'eau. C'était tout le reste.
Elle appela le premier numéro sur l'application de services: "Plomberie générale – Travaux rapides – Bassem – 30 ans d'expérience".
« Je viens dans l'heure », dit une voix grave au téléphone.
Bassem arriva à dix heures précises. C'était un homme d'une cinquantaine d'années, solide, des mains larges mais propres, des ongles soigneusement taillés – détail qu'Eya nota immédiatement, sans savoir pourquoi. Il portait une salopette bleue, usée mais nette, et une casquette qu'il ôta en entrant.
« Salam Aleykoum. C'est par là, la fuite ? »
Elle le guida vers la cuisine, gênée soudain par le désordre – les jouets des enfants, le courrier entassé, le saladier dans l'évier. Il ne parut rien voir. Il s'agenouilla, ouvrit le placard sous l'évier, et disparut à moitié dans l'ouverture.
Eya resta debout, ne sachant que faire. « Je... je vous laisse travailler. Je suis dans le salon si vous avez besoin. »
« Bien, madame. »
Elle s'assit sur le canapé, alluma la télé sans la regarder. De la cuisine lui parvenaient des bruits de tuyaux qu'on tourne, de métal qu'on gratte, et parfois, un grognement d'effort. Elle ferma les yeux.
Et le fantasme commença, malgré elle.
Elle l'imagina sous l'évier, ses mains puissantes tournant les écrous, et soudain ces mains n'étaient plus sur le cuivre mais sur elle. Sur sa cheville d'abord, puis remontant lentement le long de son mollet, derrière son genou, plus haut. Elle frissonna. Il se retournerait, la regarderait, et dans ce regard il y aurait une question muette à laquelle elle répondrait sans mots.
Elle rouvrit les yeux, honteuse. Elle ne connaissait pas cet homme. Il pouvait être son père. Il était marié, probablement, avec des enfants grands. Qu'est-ce qui lui prenait ?
La réponse était simple: la sécheresse.
Dix ans sans être vraiment touchée. Dix ans de gestes mécaniques, une fois par mois peut-être, quand Youssef éteignait la télé plus tôt que d'habitude. Dix ans à compter les gouttes du robinet en se demandant si c'était ça, la vie.
Bassem émergea de sous l'évier, le front luisant de sueur. « C'est le joint. Il est mort. Je l'ai remplacé, mais le robinet lui-même est fatigué. Si vous voulez, je peux revenir demain avec un neuf. »
« Demain ? » Sa voix avait tremblé. Pourquoi avait-elle tremblé ?
« Si ça vous arrange. »
« Oui. Oui, demain. À la même heure. »
Il partit. Elle resta, le cœur battant, se demandant ce qui venait de se passer. Rien, objectivement. Un plombier avait réparé un robinet. Il reviendrait demain pour le changer. C'était banal.
Ce soir-là, Youssef rentra tard, fatigué, mangea sans parler, s'endormit devant la télé. Eya, dans leur lit, écouta le silence. Le robinet ne gouttait plus. C'était pire. Dans le silence, ses pensées résonnaient trop fort.
Elle rêva de mains. De grosses mains calleuses qui tenaient des tuyaux, et qui la tenaient, elle. Elle se réveilla en sursaut, trempée de sueur, un goût de culpabilité dans la bouche.
Le lendemain, elle mit une robe d'intérieur qu'elle n'avait pas portée depuis des années. Pas provocante – juste un peu plus légère, un peu plus fluide que ses vêtements habituels. Elle se maquilla légèrement les yeux – ce qui dépassait du voile, après tout, c'était autorisé. Elle se regarda dans le miroir, se trouva ridicule, faillit tout effacer.
Elle ne le fit pas.
Bassem arriva à dix heures, comme promis. Il tenait un robinet neuf dans une boîte en carton. « Celui-ci est plus solide. Avec la qualité de l'eau au Caire, c'est mieux. »
Il s'installa de nouveau sous l'évier. Eya s'assit sur une chaise de la cuisine, pour "surveiller", se dit-elle. Pour le regarder, en vérité.
Elle observa ses mains. Elles travaillaient avec une précision étonnante pour leur taille, dévissant l'ancien robinet, nettoyant le pas de vis, appliquant du téflon. De temps en temps, il tendait le bras vers sa caisse à outils, et le muscle de son avant-rouleait sous la peau.
« Vous faites ça depuis longtemps ? » demanda-t-elle pour dire quelque chose.
« Trente ans. J'ai commencé avec mon père, quand j'étais gamin. » Il ne la regardait pas, concentré sur sa tâche. « Vous avez des enfants ? »
« Deux. Des jumeaux. Sept ans. »
Il sourit sans la regarder. « Le bel âge. Les miens sont grands. Le dernier vient de se marier. »
Marié. Bien sûr. Évidemment. Elle se sentit bête d'être déçue.
« Votre femme doit être contente d'avoir la maison pour vous deux, maintenant », dit-elle, et regretta immédiatement – la question était trop personnelle.
Il marqua une pause, ses mains s'arrêtant une seconde sur le robinet. « Ma femme... elle est partie il y a cinq ans. Cancer. »
Le silence tomba, lourd.
« Je suis désolée », murmura Eya.
Il haussa les épaules sans se retourner. « C'est la vie. On continue. On fait ce qu'on a à faire. » Il serra un écrou. « Et vous, votre mari... il travaille ? »
« Ministère du Tourisme. »
« Ah. » Ce simple « ah » en disait long.
Le nouveau robinet fut installé en vingt minutes. Bassem se releva, essuya ses mains sur un chiffon, fit couler l'eau pour vérifier. Plus une goutte. « Voilà. Tenu. »
Eya chercha désespérément une raison pour qu'il reste. Un autre robinet qui fuit. Un problème d'évacuation. N'importe quoi. Mais tout fonctionnait.
« Combien je vous dois ? »
Il donna un prix modique. Elle paya. Il rangea ses outils. La porte d'entrée était à trois mètres. Dans une minute, il serait parti, et elle ne le reverrait jamais.
« Merci, madame. Que Dieu vous protège, vous et votre famille. »
Il tendit la main pour une poignée formelle. Elle prit sa main. La sienne était chaude, rugueuse, incroyablement présente. Leurs doigts s'attardèrent une seconde de trop.
Ses yeux à lui, pour la première fois, rencontrèrent vraiment les siens.
Dans ce regard, Eya vit quelque chose qu'elle n'avait pas vu depuis des années. Pas du désir brut – plus profond que ça. De la reconnaissance. Comme s'il la voyait, elle, Eya, pas seulement la cliente, pas seulement la femme voilée, pas seulement la mère de famille. Elle.
Il lâcha sa main. Il partit. La porte claqua doucement.
Eya s'appuya contre le mur de l'entrée, le souffle court. Ses jambes tremblaient. Dix ans de désert, et une seule seconde de regard avait suffi à la dévaster.
Les jours suivants, elle vécut dans un état second. Elle pensait à lui sans cesse. En faisant les courses, en préparant les repas, en corrigeant les copies de ses élèves. Le soir, dans le lit conjugal, pendant que Youssef ronflait, elle revoyait ses mains, sa nuque quand il se penchait, ce regard à la fin.
L'humour grinçant de la situation lui apparaissait parfois, dans un éclair de lucidité: elle, femme pieuse, voilée, respectable, ne pensait qu'à un plombier quinquagénaire rencontré deux fois. Elle imaginait des scènes torrides dans sa propre cuisine, sur le carrelage qu'elle récurait chaque semaine. Elle fantasmait sur la façon dont il dévissait les écrous, et comment il pourrait la dévisser, elle, de sa vie si bien vissée.
Elle retourna sur l'application. Elle chercha son nom. Il avait plusieurs avis: "travail rapide", "prix honnête", "homme sérieux". Elle scrolla sans but, puis éteignit son téléphone. Qu'est-ce qu'elle espérait? Qu'il ait laissé son numéro personnel? Qu'il l'appellerait?
Deux semaines passèrent. La fuite était réparée, mais une autre s'était ouverte en elle, impossible à colmater.
Un après-midi, alors qu'elle rentrait de l'école, elle le vit. Il était assis à la terrasse d'un café, un verre de thé à la main, lisant un journal. Elle s'arrêta net. Il leva les yeux. Il la reconnut immédiatement.
Il se leva. « Madame Eya. »
« Bassem. »
Ils restèrent là, debout sur le trottoir, gênés. Des passants les contournaient.
« Asseyez-vous, je vous en prie », dit-il en désignant la chaise en face de lui. « Juste un thé. »
Elle s'assit. C'était insensé. Quelqu'un pourrait la voir. Une voisine, une connaissance, quelqu'un qui le dirait à Youssef. Elle s'assit quand même.
Il commanda un deuxième thé. Ils parlèrent de tout et de rien – de la chaleur, du quartier, des prix qui montent. Puis le silence s'installa, confortable, étrange.
« Je pense à vous », dit-il soudain, sans la regarder.
Le sang d'Eya ne fit qu'un tour. « Il ne faut pas. »
« Je sais. Mais je pense. » Il tourna son verre entre ses doigts. « Ça faisait cinq ans que je ne pensais à personne. Depuis ma femme. Et puis vous êtes apparue dans votre cuisine, avec votre robe légère et vos yeux qui regardent partout sauf là où ils devraient. »
Elle voulut protester, dire qu'elle ne l'avait pas fait exprès, que ce n'était pas ce qu'il croyait. Mais c'était exactement ce qu'il croyait.
« Moi aussi, je pense à vous, » avoua-t-elle dans un souffle.
Il leva les yeux. Ce regard, encore. Plus intense. Plus dangereux.
« Je ne veux pas vous causer de problèmes, » dit-il doucement. « Je sais comment ça marche, ces choses-là. Vous êtes une femme respectable, mariée, avec des enfants. »
« Je sais ce que je suis, » coupa-t-elle. « Je sais aussi ce que je ne suis pas. Heureuse. »
Il hocha lentement la tête. « Moi non plus, je ne suis pas heureux. Pas depuis qu'elle est partie. »
Le silence retomba. Autour d'eux, Le Caire continuait son vacarme – klaxons, cris de vendeurs, rires d'enfants. Dans leur bulle, le temps s'était arrêté.
« J'ai une chambre, » dit-il soudain. « Au-dessus de mon atelier. C'est là que je dors quand je travaille tard. Personne ne vient jamais. »
Eya sentit son cœur s'emballer. C'était une proposition. Claire, nette, dangereuse.
« Je ne peux pas, » dit-elle. « Je ne suis pas... je n'ai jamais... »
« Je sais. » Il se leva, posa un billet sur la table. « La porte est au 3, rue Al-Manial, à côté de la mosquée. Je suis là tous les soirs jusqu'à huit heures. Si un jour vous voulez... juste parler. Ou ne pas parler. »
Il partit sans se retourner.
Eya resta assise longtemps, son thé refroidissant devant elle. Elle regarda les gens passer, les voitures, les pigeons, la vie qui continuait. Et elle se demanda si elle allait continuer, elle aussi, ou si elle allait enfin commencer à vivre.
Pendant trois jours, elle lutta. Elle se raisonna, se fit la morale, se rappela ses principes, ses enfants, Dieu. Le troisième soir, alors que Youssef ronflait déjà à huit heures et demie, elle se leva sans bruit, enfila son voile le plus discret, et sortit.
Le trajet jusqu'à la rue Al-Manial fut un brouillard. Elle ne se souvenait de rien, sauf du battement de son cœur. La porte était là, à côté de la mosquée, exactement comme il avait dit. Elle sonna.
Il ouvrit. Il était en marcel, ses bras nus, ses cheveux gris en désordre. Il avait l'air fatigué, et beau, et réel.
Il la fit entrer sans un mot. L'atelier sentait le cuivre et la sueur. Un escalier montait à l'étage. Elle monta. Il la suivit.
La chambre était petite, propre, avec un lit fait au carré et une photo de femme sur la commode – sa femme, probablement. Eya détourna les yeux.
« C'est la première fois que je fais ça, » dit-elle.
« Moi aussi, » dit-il. « Depuis elle. »
Il s'approcha. Lentement, avec une infinie précaution, il leva la main vers son voile. Elle retint son souffle.
« Je peux ? »
Elle hocha la tête.
Il défit le voile avec des gestes d'une douceur incroyable, comme s'il manipulait un tissu précieux. Ses cheveux à elle, qu'elle cachait depuis vingt ans à tous les hommes sauf son mari, tombèrent sur ses épaules. Il les regarda, les toucha du bout des doigts.
« Ils sont beaux, » murmura-t-il.
Et il l'embrassa.
Ce n'était pas un baiser vorace, pressé. C'était un baiser d'exploration, de redécouverte. Dix ans de privation dans cette seule pression des lèvres. Elle fondit contre lui, ses mains s'accrochant à ses épaules.
Il la guida vers le lit. Il défit sa robe avec la même lenteur, la même révérence. Quand elle fut nue devant lui, il recula pour la regarder.
« Tu es belle, » dit-il simplement.
Elle aurait voulu rire, dire qu'elle avait des vergetures, des rondeurs, des marques. Mais dans son regard à lui, il n'y avait que de l'émerveillement.
Il se déshabilla à son tour. Son corps était celui d'un homme qui avait travaillé dur toute sa vie – solide, marqué, sans grâces mais avec une présence. Il vint contre elle, peau contre peau, et ce simple contact la fit gémir.
Il n'y eut pas de longs préliminaires. Leur désir était trop pressant, trop longtemps contenu. Il entra en elle avec une lenteur délibérée, comme pour graver chaque seconde dans sa mémoire. Elle l'accueillit, les yeux fermés, les ongles plantés dans son dos.
Ce fut rapide, presque brutal dans son intensité. Quelques minutes à peine. Un quickie, dans le sens le plus pur du terme – volé au temps, au destin, à leurs vies respectives. Quand il jouit en elle, elle sentit ses propres larmes couler, silencieuses, libératrices.
Ils restèrent enlacés, haletants. Puis il se retira, l'attira contre lui, caressa ses cheveux.
« Merci, » murmura-t-il.
Elle rit, un petit rire nerveux. « Me remercier ? C'est à moi de te remercier. Je ne me sentais pas vivante depuis... »
« Je sais, » dit-il. « Moi non plus. »
Elle resta une heure. Ils parlèrent peu, se touchèrent beaucoup. Puis il fallut partir, rejoindre sa vie, son mari, ses enfants. Elle se rhabilla, remit son voile avec des gestes mécaniques. À la porte, il la prit dans ses bras.
« Reviens, » dit-il. Ce n'était pas un ordre, pas une prière. Juste une porte ouverte.
Elle revint. Pas le lendemain, ni le surlendemain. Mais une semaine plus tard, puis une autre. Chaque fois, la même urgence, la même douceur. Chaque fois, un quickie volé au temps, une bouffée d'oxygène dans l'asphyxie de leurs vies.
L'humour noir de la situation ne lui échappait pas. Elle, la femme voilée, la mère exemplaire, l'épouse fidèle en apparence, avait trouvé l'amour dans les bras d'un plombier, entre deux tuyaux et une photo de morte. Elle trompait son mari avec un homme qui trompait le souvenir de sa femme. C'était absurde, c'était triste, c'était drôle.
Un jour, Youssef rentra plus tôt que prévu. Il la trouva rêveuse, distraite, un sourire aux lèvres qu'elle n'avait pas eu depuis des années. Il ne demanda rien. Mais ce soir-là, pour la première fois depuis longtemps, il vint vers elle dans le lit.
« Eya, » murmura-t-il en lui touchant l'épaule.
Elle sursauta, presque coupable. Puis elle se tourna vers lui, et le regarda. Vraiment regardé.
« Oui ? »
« Je... » Il chercha ses mots. « Je sais que je ne suis pas toujours présent. Le travail, les enfants... Je voudrais... changer. »
Elle resta silencieuse. Dix ans trop tard. Ou peut-être pas. Peut-être que rien n'était jamais trop tard.
Cette nuit-là, elle fit l'amour avec son mari. Ce fut maladroit, comme toujours, mais différent. Elle pensait à Bassem, c'est vrai. Mais elle pensait aussi à Youssef, à ses efforts, à sa main posée sur son ventre après.
Le lendemain, elle retourna rue Al-Manial. Elle dit à Bassem qu'elle ne reviendrait plus.
Il hocha la tête, sans surprise. « Je sais. Je l'ai vu dans tes yeux hier. »
« Je t'aimerai toujours, » dit-elle. C'était vrai, d'une certaine façon. Pas l'amour qu'on vit au quotidien, mais l'amour qu'on garde dans un coin du cœur, comme une photo au fond d'un tiroir.
Il sourit, triste. « Moi aussi. »
Elle partit. Elle ne se retourna pas.
Les semaines passèrent. Youssef essaya vraiment. Il rentrait plus tôt, parlait davantage, regardait ses yeux. Parfois, elle le surprenait à l'observer, comme s'il découvrait quelqu'un de nouveau. C'était touchant, et un peu triste.
Eya, de son côté, avait changé. Elle était plus présente, plus vivante. Elle souriait plus souvent. Les jumeaux le remarquaient. Ses élèves aussi.
Parfois, en passant devant la rue Al-Manial, son cœur battait plus vite. Elle ne s'arrêtait pas. Mais elle ralentissait le pas, juste une seconde, pour envoyer une pensée à cet homme qui l'avait réveillée.
Le robinet, chez elle, ne fuyait plus. Mais elle avait appris que certaines fuites, au contraire, sont nécessaires. Pour ne pas exploser. Pour continuer à vivre.
Le soir, dans son lit, à côté de Youssef qui ronflait doucement, elle fermait les yeux. Elle revoyait des mains calleuses, un regard, un quickie volé au destin. Elle souriait dans l'obscurité.
Ce n'était pas la fin d'un mariage. C'était le début d'autre chose. D'elle-même, peut-être.
Et dans le Caire immense et bruyant, deux âmes continuaient de vivre, séparées, mais reliées par le souvenir de quelques après-midi volés, de quelques minutes d'éternité, de cette fuite de robinet qui avait ouvert la plus belle des fuites – celle du cœur.
Ploc.
Le cœur d'Eya gouttait encore, parfois. Mais c'était une goutte douce, maintenant. Une musique qu'elle avait appris à aimer.
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