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Possession (nouvelle)

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Possession





Il y avait des silences, dans la maison de Nadia, qui ne ressemblaient à aucun autre. C'étaient des silences chargés, des silences qui bruissaient comme des ailes de papillon dans l'air épais de la cuisine, des silences qui la faisaient sursauter au milieu de ses tâches quotidiennes, la main suspendue au-dessus d'une casserole, le regard perdu dans le vide. Depuis trois mois, elle vivait avec cette présence, cette ombre qui se glissait dans les interstices de sa vie, qui s'asseyait à côté d'elle sur le canapé le soir quand ses enfants dormaient, qui la regardait avec des yeux de braise quand elle se déshabillait pour la douche. Elle ne l'avait jamais vu, pas vraiment, pas comme on voit un homme. Mais elle le sentait. Elle le sentait partout, dans la chaleur qui montait soudainement entre ses cuisses, dans le frisson qui parcourait sa nuque quand elle était seule, dans ce désir insatiable qui la réveillait au milieu de la nuit, le corps en feu, les doigts crispés sur les draps.

Nadia avait trente-cinq ans, un corps que trois grossesses avaient rendu généreux, des hanches larges, des seins lourds qui s'étaient affaissés avec le temps mais qui gardaient une noblesse, une fermeté qui surprenait encore son mari quand il daignait la regarder. Elle était belle, d'une beauté que les hommes du village appelaient "la beauté des mères", cette rondeur qui promettait la chaleur, cette douceur qui appelait l'enserrement. Elle avait des cheveux noirs qu'elle relevait en un chignon serré, des yeux couleur de miel, une bouche charnue que ses enfants aimaient embrasser le matin avant de partir pour l'école. Son mari, Rachid, était un homme bon, un homme qui travaillait dur, qui rentrait le soir épuisé, qui dormait à côté d'elle sans la toucher. Il l'aimait, elle le savait. Mais il ne la voyait pas. Pas comme le djinn la voyait.

Car c'était bien un djinn, elle en était sûre maintenant, après des semaines à douter, à se demander si elle ne devenait pas folle. Un djinn de l'air, un de ces êtres dont sa grand-mère lui racontait les histoires quand elle était petite, des histoires de feux follets et de désirs inassouvis. Il était là, tapi dans l'ombre de sa vie, silencieux, patient, la regardant avec une faim qui la faisait trembler. Et il ne demandait rien. Il ne parlait pas. Il attendait. Il attendait qu'elle vienne à lui, qu'elle l'appelle, qu'elle se rende.

Ce soir-là, Nadia était seule. Rachid était parti pour un chantier à Béja, il ne reviendrait pas avant trois jours. Les enfants dormaient, leurs petites respirations régulières emplissant la maison d'une paix fragile. Elle s'assit sur le bord du lit, les mains sur ses genoux, les doigts légèrement écartés, et elle ferma les yeux.

« Je sais que tu es là, murmura-t-elle. »

Un silence. Puis une chaleur, une chaleur qui montait le long de ses jambes comme une main invisible, qui caressait ses cuisses, qui s'attardait sur son ventre. Elle sentit son souffle s'accélérer, sentit ses seins s'alourdir sous le tissu de sa chemise de nuit. Elle voulut résister, comme elle l'avait fait tant de fois, mais elle n'en avait plus la force. Elle était trop lasse, trop seule, trop affamée de cette attention qu'il lui donnait.

« Alors viens, dit-elle. Je suis prête. »

La chaleur s'intensifia. Une présence se pressa contre elle, un corps qu'elle ne voyait pas mais qui était là, tangible, brûlant. Elle sentit des mains invisibles glisser sous sa chemise de nuit, écarter ses cuisses, caresser l'intérieur de ses jambes avec une lenteur qui la fit frémir. Elle laissa échapper un gémissement étouffé, sa main se portant à sa bouche pour retenir le bruit.

« Non, pas de silence, souffla une voix, une voix qui venait de partout et de nulle part, une voix qui résonnait dans sa tête comme un tambour. Je veux t'entendre. Je veux entendre ton plaisir. »

Elle sentit ses doigts, ou ce qui ressemblait à des doigts, s'insinuer entre ses lèvres, explorer sa fente humide, la caresser avec une précision qui la fit se cambrer. Il la connaissait, ce djinn. Il connaissait son corps mieux qu'elle-même. Il savait où la toucher, à quel rythme, avec quelle pression.

« Tu es si belle quand tu te laisses aller, murmura la voix. Si belle, si chaude. »

Elle sentit la pression s'intensifier, ses doigts s'enfonçant plus profondément, la remplissant d'une sensation de plénitude qu'elle n'avait jamais connue avec Rachid. Elle cria, un cri bref, étouffé par sa main. Mais il la saisit par le poignet, écartant sa main de sa bouche.

« Je t'ai dit. Je veux t'entendre. »

Elle se laissa aller, ses cris emplissant la chambre, ses doigts s'agrippant aux draps. Elle jouit, une première fois, puis une seconde, son corps secoué de spasmes qui ne semblaient pas vouloir s'arrêter. Il ne se retirait pas, ne ralentissait pas. Il continuait, implacable, la menant d'un orgasme à l'autre, la vidant de toute résistance.

Puis il la retourna. Elle sentit ses mains invisibles saisir ses hanches, la soulever, la mettre à quatre pattes. Elle sentit quelque chose de plus dur, de plus massif, se presser contre son entrejambe. Elle voulut protester, mais les mots ne vinrent pas. Elle était trop loin, trop perdue dans ce vortex de plaisir et de honte.

« Je vais te prendre, dit la voix. Par-derrière. Comme j'aime le faire. »

Elle sentit la pression, la lente intrusion, l'étirement douloureux et exquis. Elle cria, un cri de surprise et de plaisir mêlés. Il entra en elle, centimètre par centimètre, la remplissant d'une sensation de plénitude absolue.

« Oui, murmura-t-il. C'est bien. Tu es si serrée, si chaude. »

Il commença à bouger, un rythme lent puis de plus en plus rapide. Elle sentait ses hanches claquer contre ses fesses, sentait la profondeur de sa pénétration, sentait ce besoin insatiable qui la consumait. Elle jouit encore, une troisième fois, ses cris se mêlant au silence de la nuit.

Il la prit ainsi, longtemps, sans relâche, jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus bouger, jusqu'à ce que ses muscles soient tétanisés par l'effort et le plaisir. Puis il se retira, et elle s'effondra sur le lit, le corps tremblant, les larmes aux yeux.

La chaleur diminua. La présence s'éloigna. Il était parti. Mais elle savait qu'il reviendrait. Il revenait toujours.

Les jours suivants furent un enfer de désir et de dissimulation. Nadia allait et venait dans la maison, faisant semblant d'être la mère de famille qu'elle était, cuisinant, nettoyant, s'occupant des enfants. Mais à chaque instant, elle sentait sa présence, cette chaleur qui montait dans son bas-ventre comme une flamme. Il était là, dans le jardin quand elle étendait le linge, dans la cuisine quand elle préparait le dîner, dans la salle de bain quand elle se déshabillait pour la douche. Il la regardait, il l'observait, et elle savait qu'il attendait le moment propice pour la prendre à nouveau.

Un après-midi, alors qu'elle était seule dans la maison, les enfants partis chez leur grand-mère, elle sentit sa présence plus forte que d'habitude. Elle était en train de ranger la chambre, les bras chargés de draps, quand la chaleur la saisit, l'enveloppant comme un voile. Elle laissa tomber les draps, ses mains s'agrippant au bord du lit.

« Pas maintenant, murmura-t-elle. Je ne peux pas... »

« Tu peux, répondit la voix. Tu le veux. Je sens ton désir. Il coule en toi comme une rivière. »

Elle voulut résister, mais elle sentit ses doigts glisser sous sa robe, caresser ses cuisses, s'enfoncer entre ses lèvres. Elle gémit, son corps se cambrant malgré elle.

« Non... les enfants vont rentrer... »

« Ils ne rentreront pas avant deux heures. J'ai calculé. Je calcule toujours. »

Il la poussa sur le lit, l'allongea sur le dos, écarta ses jambes. Elle sentit son sexe, dur et brûlant, se presser contre son entrée, et elle ferma les yeux, s'abandonnant à lui. Il entra en elle d'une poussée lente, profonde, qui la fit crier.

« Oui... oh, oui... »

Il la prit, encore et encore, ses mains invisibles caressant ses seins, ses doigts pinçant ses mamelons. Elle jouit, une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à perdre le compte. Et quand il se retira, elle resta allongée sur le lit, le corps brisé, les larmes aux yeux.

« Je vais recommencer, dit-il. Tout à l'heure. Quand tu seras prête. »

Elle ne répondit pas. Elle ne pouvait pas. Elle était trop épuisée, trop vidée. Mais au fond d'elle, elle savait qu'elle serait prête. Elle l'était toujours.

Les semaines passèrent, et le djinn ne la quittait plus. Il était là à chaque instant, tapi dans l'ombre de sa vie, attendant le moment propice. Et quand elle était seule, ou quand ses enfants dormaient, il venait à elle, la prenant par tous les trous, lui donnant des orgasmes qu'elle peinait à cacher. Elle apprit à maîtriser ses cris, à les étouffer dans son oreiller, à se mordre les lèvres pour ne pas réveiller toute la maison. Mais parfois, quand le plaisir était trop intense, elle craquait. Et alors, elle laissait échapper des sons qu'elle n'avait jamais entendus, des gémissements de bête, des appels au secours qui n'en étaient pas.

Rachid ne remarqua rien. Il rentrait le soir, épuisé, mangeait en silence, dormait à côté d'elle sans la toucher. Il ne voyait pas la lueur dans ses yeux, ne sentait pas la chaleur qui émanait de sa peau, ne comprenait pas pourquoi elle se levait parfois au milieu de la nuit pour aller à la salle de bain, le corps tremblant, les doigts encore crispés par le plaisir. Il ne savait pas que sa femme était possédée, qu'elle appartenait à un autre, un autre qui la prenait quand il le voulait, qui la faisait crier de plaisir quand elle aurait dû crier de honte.

Un soir, alors qu'ils étaient allongés côte à côte, Rachid se tourna vers elle.

« Tu es bizarre, ces derniers temps, dit-il. Tu es distante. Tu as l'air ailleurs. »

Elle sentit son cœur s'arrêter. Puis la chaleur monta, une chaleur qui n'était pas la sienne, une chaleur qui disait "fais attention".

« Je suis fatiguée, dit-elle. Les enfants me fatiguent. La maison me fatigue. »

Rachid hocha la tête, acceptant la réponse sans la comprendre. Il se retourna et s'endormit. Elle resta éveillée, les yeux fixés sur le plafond, sentant la présence du djinn à côté d'elle, sentant son souffle invisible sur sa nuque.

« Il va finir par comprendre, murmura-t-elle.

— Il ne comprendra jamais, répondit la voix. Il ne voit que ce qu'il veut voir. »

Elle ferma les yeux, et elle se laissa aller, sentant les mains invisibles glisser le long de son corps, sentant les doigts s'insinuer entre ses cuisses, la préparant pour la nuit qui s'annonçait.

Les jours passèrent, et le djinn devint plus audacieux. Il la prenait partout, à tout moment. Dans la cuisine, alors qu'elle préparait le dîner, il la saisit par les hanches, releva sa jupe, et la pénétra sans prévenir. Elle cria, un cri étouffé, ses mains s'agrippant au bord de l'évier. Elle sentit ses doigts s'enfoncer dans ses fesses, sentir la profondeur de sa pénétration, sentir son plaisir monter comme une marée.

« Non... pas ici... les enfants... »

« Ils sont dans le jardin. Je les ai vus. »

Elle se laissa faire, son corps s'abandonnant à lui, ses gémissements se mêlant au bruit de l'eau qui coulait du robinet. Elle jouit, les larmes aux yeux, et quand il se retira, elle s'effondra sur le carrelage, le corps brisé, l'esprit en feu.

« Tu es devenue accro, dit-il en riant. Tu es accro à moi. Et tu ne pourras plus jamais t'en passer. »

Elle savait qu'il avait raison. Elle était devenue accro. Accro à cette chaleur, à cette présence, à ce plaisir qu'elle n'avait jamais connu avec personne d'autre. Elle savait que c'était mal, que c'était un péché, que sa religion le condamnait. Mais elle ne pouvait pas arrêter. Elle ne le voulait pas.

Une nuit, alors qu'elle était seule, la chaleur s'intensifia. Il vint à elle, plus fort que d'habitude, plus exigeant. Il la prit par-derrière, puis par-devant, puis dans toutes les positions qu'elle connaissait et quelques-unes qu'elle ne connaissait pas. Il lui donna des orgasmes si intenses qu'elle crut qu'elle allait mourir. Et quand il eut fini, il se coucha à côté d'elle, son corps invisible pressé contre le sien, sa main invisible caressant ses cheveux.

« Je vais te laisser, dit-il. Pour un temps.

— Non, s'écria-t-elle, les larmes aux yeux. Ne me laisse pas. Je ne peux pas... »

« Tu dois apprendre à vivre sans moi. Le temps d'un cycle. Je reviendrai. Je te le promets. »

Et il disparut. La chaleur diminua. La présence s'évanouit. Et elle resta seule, allongée sur le lit, le corps encore palpitant, l'esprit vide. Elle resta ainsi de longues minutes, les yeux fixés sur le plafond, se demandant si tout cela n'avait pas été qu'un rêve, une illusion. Mais la douleur sourde entre ses cuisses, la brûlure de sa peau, tout lui disait que c'était réel.

Les jours suivants furent un supplice. Elle ne sentait plus sa présence, ne sentait plus la chaleur qui l'avait habitée pendant des mois. Elle se sentait vide, incomplète, comme une carapace sans âme. Elle allait et venait dans la maison, faisant semblant d'être la mère et l'épouse qu'elle était, mais au fond d'elle, elle ne pensait qu'à lui. Elle pensait à ses mains invisibles, à ses caresses, à ses pénétration.

Elle commença à se toucher, le soir, quand elle était seule. Mais ce n'était pas la même chose. Rien n'était la même chose. Elle avait besoin de lui, de sa chaleur, de sa présence. Elle avait besoin de se sentir possédée, envahie, remplie.

Un mois passa. Puis deux. Elle commençait à perdre espoir. Peut-être qu'il ne reviendrait jamais. Peut-être qu'elle était condamnée à vivre avec ce vide en elle, ce désir insatiable qui la consumait. Elle avait commencé à négliger la maison, à s'occuper moins des enfants, à se laisser aller à une apathie qui inquiétait Rachid. Mais il ne savait pas quoi faire, ne savait pas comment l'atteindre, comment la ramener à elle.

Puis, une nuit, la chaleur revint.

Il était là, debout au pied du lit, sa silhouette invisible mais perceptible comme une flamme. Elle sentit son cœur s'emballer, sentit le désir monter en elle comme une marée.

« Je suis revenu, dit-il. Comme promis. »

Elle se jeta dans ses bras, ou plutôt dans la chaleur qui était lui, et elle se laissa porter par cette présence qui l'avait tant manquée.

« Prends-moi, murmura-t-elle. Maintenant. Ici. Ne me fais pas attendre. »

Il la souleva, la porta au lit, et il la posséda. La nuit entière, il la prit, encore et encore, lui donnant des orgasmes qui semblaient ne jamais vouloir s'arrêter. Elle cria, pleura, riit, perdit toute notion du temps. Elle était à lui, totalement, et elle n'avait plus peur. Elle n'avait plus honte. Elle avait juste besoin de lui, de son corps, de sa chaleur.

Quand le jour se leva, il était encore là. Il la tenait dans ses bras, ses doigts invisibles caressant ses cheveux. Elle se blottit contre lui, sentant sa chaleur l'envelopper.

« Je t'aime, murmura-t-elle. Je sais que c'est fou, que c'est impossible. Mais je t'aime. »

Il resta silencieux un moment. Puis il parla, sa voix plus douce que d'habitude.

« Je t'aime aussi, Nadia. C'est pour ça que je ne peux pas rester. Je te ferais trop de mal. »

« Je m'en fiche. Je veux que tu restes. »

« Je ne peux pas. Mais je reviendrai. Tous les mois, je reviendrai. Et je te possèderai, je te remplirai, je te donnerai tout le plaisir que tu veux. »

Elle ferma les yeux, les larmes coulant sur ses joues.

« Je t'attendrai, murmura-t-elle. Tous les mois. Je t'attendrai. »

Il posa un baiser sur ses lèvres, un baiser invisible qui brûlait comme une braise. Puis il disparut, la chaleur s'évanouissant comme un souffle dans la nuit.

Elle resta seule, allongée sur le lit, le corps encore palpitant de ses caresses. Mais elle souriait. Elle savait qu'il reviendrait. Il le lui avait promis.

Et les mois passèrent. Chaque mois, quand la lune était pleine, quand les enfants dormaient et que Rachid était loin, il revenait. Il la prenait, la possédait, la faisait crier de plaisir. Elle était sa femme, son amante, son esclave. Et elle l'aimait.

Elle vécut ainsi, entre deux mondes, entre deux hommes. La journée, elle était Nadia, la mère de famille, l'épouse modèle. La nuit, elle était la possédée du djinn, la femme en feu, la créature de désir. Elle menait une double vie, une vie de mensonges et de plaisirs, une vie qui la consumait mais qui la rendait heureuse.

Car elle avait trouvé ce qu'elle cherchait. Non pas un mari, non pas un amant, mais une présence, une chaleur, un feu qui brûlait en elle et qui ne s'éteindrait jamais. Elle avait trouvé l'amour, l'amour impossible, l'amour interdit. Et elle ne le regrettait pas. Elle ne le regretterait jamais.






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Les Nuits de la Mousson (nouvelle)

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Les Nuits de la Mousson




La chaleur de juillet s'abattait sur le village de Bir-el-Khadra comme une couverture trop lourde, une moiteur étouffante qui faisait vibrer l'air au-dessus des toits de tuiles rouges et des ruelles de terre battue. Dalila était assise sur le rebord de la fenêtre de sa chambre, ses jambes nues pendantes dans le vide, ses orteils effleurant le mur blanc, regardant les oliviers qui dansaient sous le vent chaud. Elle avait vingt ans, des cheveux noirs qu'elle portait relevés en un chignon lâche, et un corps que l'université de Tunis avait rendu plus mince, plus nerveux, mais qui retrouvait ici, dans la maison de son enfance, une rondeur qu'elle avait presque oubliée. Ses seins, généreux mais fermes, se soulevaient sous le fin coton de sa robe d'été, une robe bleu pâle que sa mère lui avait achetée au souk de Tabarka, et ses hanches, larges comme celles de toutes les femmes de sa famille, épousaient la courbe du rebord de pierre.

Elle entendait les bruits du village monter jusqu'à elle : le cri d'un âne, le cliquetis des casseroles dans la cuisine de sa tante, la voix grave de son père qui discutait avec un voisin sous le figuier. Elle ferma les yeux, aspirant l'odeur du jasmin qui grimpait le long du mur, et elle se laissa porter par cette sensation étrange, ce mélange de nostalgie et d'impatience qui la saisissait chaque fois qu'elle revenait ici. Elle avait passé neuf mois à Tunis, neuf mois à courir entre les amphithéâtres et les bibliothèques, neuf mois à se construire une vie qui ne ressemblait pas à celle qu'elle avait laissée. Mais maintenant, elle était de retour. Et elle sentait que quelque chose allait changer.

Sa mère, Khadija, entra dans la pièce sans frapper, comme elle le faisait toujours. C'était une femme de cinquante-cinq ans, petite et ronde, dont le visage creusé par le soleil et le vent avait conservé une beauté douce, presque timide. Elle portait un foulard jaune noué sur ses cheveux grisonnants et une robe longue en coton blanc, et elle tenait à la main un panier de figues fraîches.

« Dalila, ma fille, viens. Nous allons au hammam. La chaleur est trop lourde pour rester à la maison. Nous avons besoin de nous laver, de nous rafraîchir. »

Dalila ouvrit les yeux, un sourire aux lèvres. Le hammam. Elle se souvenait des après-midi passés là-bas, enfant, à jouer dans l'eau tiède pendant que les femmes du village bavardaient, riaient, se lavaient mutuellement. Elle se souvenait de l'odeur du savon noir, de la vapeur qui enveloppait tout, des voix qui résonnaient sous les voûtes comme des chants anciens.

« J'arrive, maman. »

Elle se leva, prit une serviette propre dans l'armoire, et suivit sa mère dans l'escalier. Dehors, le soleil était blanc, éclatant, une lame de feu qui tranchait l'ombre des ruelles. Elles traversèrent le village à petits pas, saluant les voisins, échangeant des sourires. La vie ici était lente, une vie où chaque geste avait un sens, chaque parole une portée. Dalila aimait cela, cette lenteur qui lui manquait tant à Tunis, cette façon qu'avaient les gens de prendre le temps de vivre.

Le hammam était un petit bâtiment de pierre blanche, enfoncé dans une cour ombragée par un vieux caroubier. L'eau, chauffée par un four à bois, coulait en un filet régulier dans les bassins de marbre, créant une vapeur qui se mêlait à l'odeur du bois brûlé et du savon d'olive. À l'intérieur, les femmes étaient déjà nombreuses, leurs corps nus ou à moitié couverts de serviettes, leurs voix résonnant sous la coupole. Dalila se déshabilla, laissant tomber sa robe sur un banc de pierre, et elle sentit le regard de sa mère sur elle, un regard d'approbation silencieuse.

« Tu as perdu du poids, ma fille. Tu ne manges pas assez à Tunis, c'est sûr. »

« Je mange, maman. C'est juste que je marche beaucoup. »

Elle s'assit sur le bord du bassin, ses pieds plongeant dans l'eau tiède. La chaleur montait le long de ses jambes, détendant ses muscles, apaisant ses nerfs. Elle ferma les yeux, laissant l'eau la gagner, la vapeur l'envelopper.

C'est alors qu'elle la vit.

Hanane était assise de l'autre côté du bassin, le dos appuyé contre le marbre, ses jambes pliées devant elle, ses bras croisés sur sa poitrine. Dalila ne l'avait pas vue depuis deux ans, depuis le dernier été où elles s'étaient croisées à un mariage de famille. Elle avait changé. Elle était devenue une femme. Sa peau, d'une blancheur de lait, semblait briller sous la lumière tamisée de la coupole, une peau si pâle qu'on aurait dit qu'elle n'avait jamais vu le soleil. Ses cheveux, d'un noir de jais, tombaient en cascade sur ses épaules, et ses yeux, d'un brun profond, étaient fixés sur l'eau qui luisait sous les flammes.

Dalila sentit son cœur battre plus vite. Elle ne savait pas pourquoi. Peut-être était-ce la chaleur, la vapeur, la sensation d'être nue dans ce lieu où les corps se révélaient sans honte. Mais elle savait, au fond d'elle-même, que ce n'était pas seulement cela. C'était quelque chose de plus profond, de plus trouble, une attirance qu'elle n'avait jamais ressentie pour une femme.

Hanane avait vingt-deux ans. Elle était la fille de Tahar, le frère de son père Ismail, et de sa femme Jamila. Dalila se souvenait d'elle comme d'une enfant timide, qui se cachait derrière les jupes de sa mère lors des grandes occasions. Mais maintenant, elle était là, dans toute sa splendeur, ses seins ronds et fermes, son ventre plat, ses hanches gracieuses, ses jambes longues et fines.

Sa mère, Jamila, était assise à côté d'elle, une femme corpulente au visage large et souriant, qui lavait le dos de sa fille avec une attention maternelle. Dalila les regardait, fascinée. Elle voyait les mains de Jamila glisser sur la peau blanche de Hanane, traçant des cercles lents, savonnant chaque centimètre de chair avec une tendresse qui semblait presque trop intime.

« Dalila ! appela sa mère. Viens, que je te lave le dos. »

Dalila s'approcha, s'agenouillant devant sa mère. Khadija prit une éponge de luffa, la trempa dans l'eau savonneuse, et commença à frotter le dos de sa fille. Les mouvements étaient rythmés, réguliers, une caresse qui n'était pas une caresse mais un soin, une attention. Dalila ferma les yeux, se laissant porter par la sensation de l'éponge sur sa peau, par la chaleur de l'eau qui ruisselait le long de sa colonne vertébrale.

« Tu as grandi, ma fille, murmura sa mère. Tu es devenue une femme. »

Dalila sourit, sans ouvrir les yeux.

« Oui, maman. »

Elle entendit alors la voix de Hanane, une voix douce, presque mélodieuse, qui s'adressait à sa mère.

« Laisse-moi laver ton dos, maman. »

Dalila ouvrit les yeux. Elle vit Hanane prendre l'éponge des mains de Jamila, vit ses doigts fins s'enfoncer dans la peau de sa mère, traçant des cercles lents sur son dos large. Elle regardait les mouvements de ses bras, la façon dont ses seins bougeaient à chaque geste, la courbe de son cou quand elle se penchait en avant.

« Tu veux que je te lave le dos, Dalila ? demanda soudain Hanane, en la regardant.

Dalila sursauta. Elle n'avait pas entendu la question venir, pas préparé sa réponse.

« Euh... oui, bien sûr. Merci. »

Hanane s'approcha d'elle, l'éponge à la main. Elle s'agenouilla derrière Dalila, si près que Dalila sentait son souffle sur sa nuque. Et elle commença à laver son dos, lentement, soigneusement, avec une attention qui dépassait le simple soin du corps. Ses doigts, à travers l'éponge, suivaient les courbes de la colonne vertébrale, s'attardant sur les épaules, les omoplates, les reins. Dalila sentit un frisson la parcourir, un frisson qui n'était pas seulement la fraîcheur de l'eau mais quelque chose de plus profond, une tension qui montait le long de ses jambes.

« C'est bon ? demanda Hanane, sa voix plus basse maintenant, plus intime.

— Oui... c'est bon. »

Hanane continua, ses mouvements devenant plus lents, plus doux, comme si elle voulait prolonger le contact. Dalila sentait la chaleur de sa main à travers l'éponge, sentait la présence de son corps derrière elle, la rondeur de ses seins qui frôlaient parfois son dos. Elle ferma les yeux, se laissant porter par cette sensation étrange, ce mélange de plaisir et de honte qui la faisait trembler.

Quand Hanane eut fini, elle tendit l'éponge à Dalila.

« À ton tour, maintenant. »

Dalila prit l'éponge, ses mains tremblant légèrement. Elle s'agenouilla derrière Hanane, et commença à laver son dos. La peau de Hanane était douce, incroyablement douce, une peau de soie qui glissait sous ses doigts. Elle sentit les muscles de son dos se détendre sous son toucher, sentit son souffle devenir plus régulier. Elle vit ses seins, vus de côté, la courbe parfaite de leurs rondeurs, les pointes sombres qui se dressaient légèrement sous l'effet de l'eau et de la chaleur.

« C'est bon ? demanda-t-elle à son tour.

— Oui... c'est bon. »

Il y avait dans la voix de Hanane quelque chose qui ressemblait à un sourire, un amusement contenu qui faisait battre le cœur de Dalila plus vite. Elle continua à laver son dos, s'attardant sur les omoplates, la colonne vertébrale, le creux des reins. Elle sentait la chaleur de sa peau sous ses doigts, sentait la vie qui coulait en elle comme une rivière.

Les jours suivants, elles se revirent souvent. Le village était petit, et les visites entre familles étaient une tradition, une façon de tuer le temps, de maintenir les liens. Dalila allait chez Hanane, et Hanane venait chez elle. Elles s'asseyaient sous le figuier, buvaient du thé à la menthe, parlaient de Tunis, de l'université, des films qu'elles avaient vus. Elles riaient, se taquinaient, se confiaient des secrets.

Dalila apprit que Hanane était fiancée. Son mariage était prévu pour l'été prochain, un mariage arrangé par leurs parents, comme c'était la coutume. Elle était promise à un cousin éloigné, un homme qu'elle n'avait vu que deux fois, un homme dont elle ne parlait jamais sans un sourire un peu triste. Dalila sentit quelque chose se briser en elle, quelque chose qu'elle n'avait pas su nommer mais qui était là, qui avait toujours été là.

« Es-tu heureuse ? demanda-t-elle un soir, alors qu'elles étaient assises sur le toit de la maison de Hanane, regardant le ciel étoilé.

— Heureuse ? répéta Hanane en riant. C'est une question étrange. Je suis... résignée, je crois. C'est comme ça que ça se passe, ici. On n'a pas le choix. »

Dalila la regarda, ses yeux bruns brillant sous la lumière des étoiles. Elle voulut lui dire quelque chose, quelque chose d'important, mais les mots ne vinrent pas. Elle posa juste sa main sur celle de Hanane, et elles restèrent ainsi, silencieuses, à regarder le ciel.

Un soir, Dalila rendit visite à la famille de son oncle. La soirée s'étira, le thé coula, les rires résonnèrent sous la tonnelle. Le sommeil commençait à gagner les plus jeunes, et les parents, fatigués, se retirèrent un à un. Ismail et Khadija, sachant que Dalila était une grande fille, rentrèrent sans elle, confiants qu'elle serait bien accueillie.

Hanane proposa à Dalila de rester pour la nuit. Il y avait une chambre libre, un petit lit qui attendait. Dalila accepta, un peu surprise, un peu émue. Elle suivit Hanane dans la chambre, une pièce simple aux murs blancs, avec une fenêtre qui donnait sur le jardin.

« Voilà, dit Hanane en désignant le lit. C'est à toi. Dors bien. »

Elle allait sortir quand Dalila la retint par le bras.

« Hanane... »

« Oui ? »

Dalila ne savait pas ce qu'elle voulait dire. Elle sentait les mots se brouiller dans sa tête, se mélanger à une envie qu'elle ne comprenait pas tout à fait.

« Tu peux rester un peu ? »

Hanane la regarda, un sourire aux lèvres. Elle s'assit sur le bord du lit, près de Dalila.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as peur de dormir toute seule ? »

Dalila rit, un rire nerveux.

« Peut-être. Ici, c'est différent. À Tunis, j'ai toujours quelqu'un avec moi. »

Hanane posa sa main sur la sienne, un geste doux, un geste qui disait "je suis là".

« Je peux rester, si tu veux. »

Elle s'allongea sur le lit, à côté de Dalila. Le lit était étroit, et leurs corps se touchaient, une chaleur qui montait entre elles comme une flamme. Dalila sentait la respiration de Hanane, sentait le battement de son cœur, un rythme qui s'accélérait, comme le sien.

« Hanane... »

« Quoi ? »

Dalila se tourna vers elle, ses yeux rencontrant les siens dans la pénombre. Elle ne savait pas ce qu'elle allait faire. Elle savait juste qu'elle ne pouvait pas résister à l'envie qui montait en elle, une envie qui était plus forte que la raison, plus forte que la peur.

Elle se pencha vers Hanane et l'embrassa sur la bouche.

Le baiser fut doux, hésitant, un baiser qui cherchait une réponse. Hanane resta immobile une seconde, puis elle répondit. Ses lèvres s'ouvrirent, sa langue rencontra celle de Dalila, et le baiser devint plus profond, plus passionné. Dalila sentit ses mains glisser sur le corps de Hanane, sentir la courbe de ses hanches sous le tissu de sa robe, la chaleur de sa peau à travers le coton fin.

Elle glissa sa main sous la robe de Hanane, ses doigts rencontrant la douceur de son ventre, la rondeur de ses seins. Hanane gémit, un son étouffé contre les lèvres de Dalila, ses doigts s'enfonçant dans ses cheveux, l'attirant plus près.

Dalila fit glisser la robe sur les épaules de Hanane, révélant ses seins nus, deux globes parfaits dont les pointes se dressaient, sombres et dures, sous l'effet de l'excitation. Elle se pencha, prit un sein dans sa bouche, le suçant doucement, sa langue tournant autour du mamelon. Hanane cria, un cri étouffé, ses doigts se crispant sur les épaules de Dalila.

« Oui... murmura-t-elle. Ne t'arrête pas. »

Dalila continua, sa bouche passant d'un sein à l'autre, ses doigts glissant le long du ventre de Hanane, s'enfonçant entre ses cuisses. Elle sentit l'humidité, la chaleur, le désir qui coulait en elle comme une rivière.

« Enlève ta robe, ordonna-t-elle doucement.

Hanane obéit, ses doigts dénouant les lacets, laissant tomber le tissu sur le sol. Elle était nue, offerte, ses jambes légèrement écartées, ses bras le long du corps. Dalila la regarda, fascinée par la beauté de cette chair blanche, par la courbe de ses hanches, la rondeur de ses seins, la fente entre ses cuisses, un triangle sombre qu'elle voulait explorer.

Elle se pencha sur elle, sa bouche descendant le long de son cou, de sa poitrine, de son ventre. Elle sentit les muscles de Hanane se contracter sous ses lèvres, sentit ses doigts s'enfoncer dans ses cheveux. Elle atteignit l'entrejambe, là où le désir était le plus fort, là où la chaleur était la plus intense. Elle lécha la fente, sentant le goût de Hanane sur sa langue, un goût salé et doux à la fois, un goût qui l'enivra.

« Oh... Dalila... »

Hanane se cambra, ses mains s'agrippant aux draps, ses jambes s'écartant plus largement. Dalila continua, sa langue explorant chaque repli, chaque pli, s'attardant sur le clitoris qui se dressait, dur et palpitant, sous sa caresse. Elle le suça, le mordilla doucement, sentant Hanane frémir sous elle, sentant son plaisir monter comme une vague.

« Je vais... je vais... »

« Viens, Hanane. Laisse-toi aller. »

Hanane cria, un cri qui n'était pas un cri mais un gémissement, un son qui venait du fond de son être. Son corps se contracta, ses jambes se refermant autour de la tête de Dalila, la maintenant prisonnière de son plaisir. Dalila sentit les spasmes la traverser, sentit les vagues de jouissance la submerger, et elle continua, ne s'arrêtant pas, voulant prolonger ce moment.

Quand Hanane se calma, Dalila se glissa sur elle, l'embrassant sur la bouche, goûtant son propre plaisir sur ses lèvres.

« À ton tour, murmura Hanane en souriant.

Elle fit glisser Dalila sur le dos, sa bouche descendant le long de son corps, imitant les gestes que Dalila avait fait pour elle. Elle lécha ses seins, les suçant, les mordillant, sentant les pointes se dresser sous ses lèvres. Elle descendit vers son ventre, vers la fente humide qui l'attendait.

« Tu es belle, Dalila. Si belle. »

Elle lécha sa vulve, sa langue explorant chaque centimètre, s'attardant sur le clitoris, le suçant, le caressant avec une douceur infinie. Dalila se cambra, sentant le plaisir monter en elle comme une marée.

« Hanane... oh... Hanane... »

Elle jouit, un orgasme qui semblait durer une éternité, un orgasme qui la laissa tremblante, les larmes aux yeux. Elle sentit Hanane se glisser contre elle, leurs corps se collant, leurs seins se frottant, leurs jambes s'entrelaçant.

« Reste avec moi, murmura Dalila.

— Je reste. »

Elles se frottèrent l'une contre l'autre, leurs vulves se touchant, se caressant, leurs clitoris se frôlant dans un rythme lent, un rythme qui les porta à nouveau vers l'extase. Elles jouirent ensemble, leurs corps se mouvant comme un seul, leurs cris se mêlant dans un chant qui remplissait la chambre.

Elles ne s'insérèrent pas les doigts, par peur de la défloration, par respect de la virginité de Hanane. Mais elles trouvèrent d'autres chemins, d'autres caresses, d'autres manières de se posséder. Elles s'embrassèrent, se léchèrent, se frottèrent, jusqu'à l'épuisement.

Finalement, elles se rhabillèrent, leurs corps encore chauds, leurs esprits encore embrumés par le plaisir. Elles se blottirent l'une contre l'autre, les bras de Hanane enserrant la taille de Dalila, les doigts de Dalila caressant les cheveux de Hanane.

« C'était... merveilleux, murmura Dalila.

— Oui, répondit Hanane. Je n'ai jamais ressenti ça. »

Elles restèrent silencieuses, écoutant les bruits de la nuit, le vent dans les oliviers, le chant des grillons. L'été n'était pas fini. Il ne faisait que commencer.

Dalila se tourna vers Hanane, la regarda dans les yeux.

« Et maintenant ? demanda-t-elle.

— Maintenant, on attend, répondit Hanane en souriant. Et on profite de chaque moment. »

Elle posa un baiser sur le front de Dalila, un baiser qui était une promesse. Elles s'endormirent dans les bras l'une de l'autre, heureuses, pour la première fois, de ce qu'elles étaient.

L'été s'annonçait délicieux, un été de secrets et de caresses, un été qui changerait leur vie à jamais.





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Le Souffle du Corail (nouvelle)

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Le Souffle du Corail





La lumière de Tabarka, à six heures du matin, n'était pas une caresse mais une lame de miel liquide qui tranchait la mer Tyrrhénienne. Elle venait frapper les récifs de corail rouge comme une promesse de brûlure, s'infiltrant dans les criques secrètes où l'eau, d'un turquoise si profond qu'il en devenait noir, gardait les secrets des épaves phéniciennes et des amours interdites. Cette lumière avait une texture particulière, une densité presque palpable qui semblait vouloir s'accrocher à la peau comme un voile de soie trop lourd. Elle réveillait les couleurs enfouies, les rouges sombres des anémones, les verts émeraude des algues, les bleus violacés des oursins tapis dans les fissures du granit. Et elle réveillait aussi, dans le corps de Léa, une douleur sourde, une faim qui n'avait pas de nom.

Léa, trente-deux ans, était assise sur le rebord de la terrasse de sa villa blanche, accrochée à la falaise comme un nid d'hirondelle de pierre. Elle portait une simple chemise de lin blanc, ouverte sur sa poitrine généreuse, ses seins lourds et bronzés reposant sur ses avant-bras croisés. Elle avait cette manière particulière de s'asseoir, les jambes pendantes dans le vide, les orteils effleurant parfois la roche chauffée par le soleil levant, comme si elle cherchait à toucher le monde du bout des pieds sans jamais s'y engager vraiment. Ses cheveux sombres, coupés courts, collaient à ses tempes, imprégnés par l'humidité salée qui montait des vagues. Leurs mèches, encore humides de la plongée matinale, dessinaient des volutes sur sa nuque, laissant apparaître une petite cicatrice blanche, héritage d'une rencontre trop brutale avec un récif, qui courait le long de son deltoïde comme une ligne de vie tracée par un dieu marin.

Elle regardait la mer. Mais elle ne la voyait pas. Elle voyait le visage de Samir, qu'elle avait laissé à Tunis trois semaines plus tôt. Elle revoyait ses yeux, ce brun sombre qui virait au noisette quand il était en colère ou quand il désirait, ce regard qu'il avait posé sur elle pour la dernière fois, sur le parking d'un hypermarché de la banlieue nord, un regard chargé de promesses et de mensonges. Elle revoyait ses mains, ces mains d'ingénieur qui savaient pourtant caresser avec une douceur d'artisan, ses doigts longs et calleux qui traçaient des chemins sur sa peau comme on trace des routes sur une carte. Elle revoyait son sourire, ce sourire un peu triste qu'il avait quand il savait qu'il allait la décevoir, ce pli au coin des lèvres qui disait "je t'aime" et "je suis désolé" dans le même souffle.

Trois semaines de silence. Trois semaines à compter les jours sur les dalles de marbre de sa salle de bain, à se demander si le dernier baiser qu'ils avaient échangé, ce baiser volé sur le parking d'un hypermarché, était un adieu ou un commencement. Elle avait compté les nuits sur ses doigts, les doigts de sa main gauche, puis de sa main droite, puis elle avait recommencé, comme si recommencer pouvait changer la fin. Il était marié. Elle le savait depuis le début, depuis ce soir de décembre où il lui avait avoué, la voix blanche, qu'il y avait une autre femme, une femme légitime, une femme qu'il ne pourrait jamais quitter. Elle avait accepté les fragments de temps qu'il lui offrait, les nuits volées dans des hôtels de passage, les messages codés qu'ils s'envoyaient comme des prisonniers politiques, les rendez-vous fixés à la dernière minute dans des cafés de la médina où personne ne les connaissait. Elle avait accepté d'être l'ombre, la seconde, la presque-femme. Mais maintenant, l'absence avait la consistance d'un roc, une masse immobile et silencieuse qui pesait sur sa poitrine comme une enclume.

Elle se rappelait la première fois qu'ils s'étaient rencontrés, ici même, sur cette plage secrète, deux ans plus tôt. Il était venu à Tabarka pour un projet de construction, un barrage ou une digue, elle ne se souvenait plus. Elle plongeait dans la grotte du corail, comme elle le faisait tous les matins, et en remontant, elle l'avait vu, debout sur le sable, les pieds dans l'eau, la regardant comme si elle était une sirène sortie des profondeurs. Il avait ce regard, ce regard d'homme qui vient de trouver ce qu'il cherchait sans le savoir, ce mélange de surprise et d'évidence qui la fit rire. Elle rit encore en y repensant, un rire amer qui se brisa contre la mer.

Un bruit. Pas le cri des goélands, ni le clapotis régulier des vagues. Un bruit de pas sur le gravier de l'allée. Un pas qu'elle connaissait par cœur, qu'elle avait entendu dans ses rêves comme un battement de cœur, comme une promesse qu'elle n'osait plus faire. Elle ferma les yeux, une seconde, pour savourer l'illusion, pour laisser le bruit résonner en elle avant de confronter la réalité.

Elle ne se retourna pas.

« Je t'ai senti arriver, dit-elle, sa voix plus grave que d'ordinaire, chargée d'une tension qui faisait vibrer l'air entre eux. Je t'ai senti dans le vent, dans l'odeur du sel. Tu as pris la route de la côte, tu t'es arrêté à Béja pour acheter des figues de Barbarie, tu as failli t'endormir au volant juste après Jendouba. »

Un temps. Puis sa voix, cette voix grave qu'elle connaissait aussi bien que la sienne, cette voix qui avait le pouvoir de lui faire oublier le monde.

« J'ai conduit toute la nuit. Sans m'arrêter. Sans écouter la radio. Sans penser à rien d'autre qu'à toi. Je voulais te voir avant que le soleil ne se lève, mais j'ai perdu du temps à chercher des figues. Je savais que tu les aimais. »

Il s'approcha. Samir. La quarantaine passée, une silhouette d'homme que le temps n'avait pas affaiblie mais sculptée, comme la mer sculpte les rochers. Ses épaules, larges, semblaient porter le poids de toute la Méditerranée, et ses bras, musclés par des années de travail en extérieur, pendaient le long de son corps avec une lassitude qui n'était pas de l'épuisement mais de l'émotion contenue. Il était vêtu d'un simple jean usé, blanchi par le soleil et les lavages, et d'un tee-shirt blanc qui moulait son torse, révélant les muscles qui se dessinaient sous la peau tannée, un réseau de veines saillantes sur ses avant-bras. Il avait les mains d'un homme qui savait ce que c'était que de tenir fermement, des mains larges aux phalanges noueuses, des mains qui avaient construit des barrages et qui savaient caresser le corps d'une femme avec la même précision.

Elle se retourna enfin. Leurs regards se croisèrent comme deux lames qui s'entrechoquent, un choc silencieux qui fit vibrer l'air autour d'eux. Elle le regarda comme on regarde une blessure que l'on croyait cicatrisée, avec ce mélange de douleur et de fascination que seuls les amours impossibles savent susciter. Dans ses yeux à lui, il y avait une fatigue profonde, des cernes creusés par trois semaines d'insomnie, mais aussi une faim qu'il ne pouvait pas cacher, un appétit qui brûlait au fond de ses prunelles comme une braise sous la cendre. Il détailla ses jambes nues, pendantes dans le vide, la courbe de ses hanches sous le lin blanc, la façon dont le tissu s'ouvrait sur sa poitrine pour révéler le début de ses seins. Elle soutint son regard, défiant l'intensité de son désir par un désir égal, une flamme qui n'avait jamais vraiment faibli.

« Tu ne m'as pas répondu, dit-elle sans ciller. Pas un mot. Pas un message. Rien. Trois semaines à me demander si tu étais mort, ou si tu avais juste décidé que j'étais un mauvais rêve dont il fallait se réveiller. »

« Je n'ai pas pu. J'ai passé ces trois semaines à essayer de trouver les mots pour te dire que je ne peux pas la quitter. Pas comme ça. Pas encore. Elle a besoin de moi, Léa. Pour les enfants, pour les comptes, pour tout ce que j'ai construit avec elle. Je ne peux pas juste... laisser tomber. »

« Alors pourquoi es-tu ici ? »

La question tomba comme un couperet, tranchant le fil de leurs hésitations. Elle se leva d'un geste brusque, ses muscles se tendant, et la chemise de lin glissa sur son épaule, révélant la cicatrice, ce dessin blanc sur sa peau cuivrée. Elle s'approcha de lui, si près qu'il pouvait sentir l'odeur de son cou, un mélange de sel, de gardénia et de cette sueur légère que la chaleur faisait perler sur sa nuque. Elle le dominait sans le dominer, sa présence emplissant l'espace comme une marée montante.

« Je suis ici parce que je ne peux pas vivre sans ton corps, Léa. Sans la chaleur de ta peau quand tu te tournes vers moi la nuit. Sans la façon dont tu me mords l'épaule quand je te prends, comme si tu voulais marquer ta possession. J'ai essayé. J'ai cru que je pouvais revenir à ma vie d'avant, à mes habitudes, à mon lit vide. Mais tout est faux. La lumière est fausse, l'air est faux, le goût du café est faux. Tout me ramène à toi, à cette terrasse, à cette villa, à cette mer qui te ressemble. »

« Alors laisse-la. »

« Ce n'est pas si simple. »

« Si. C'est simple, Samir. Tu restes avec elle, tu retournes à ta vie de mensonges et de demi-vérités, ou tu viens avec moi. Pas de troisième option. Pas de compromis. Pas de "je viendrai te voir quand je peux". C'est elle ou moi. Choisis. »

Un silence. Un silence si profond qu'il semblait absorber le bruit de la mer, le cri des goélands, le souffle du vent. Un silence qui pesait plus lourd que tous les mots qu'ils auraient pu échanger. Elle le regardait, ses yeux verts ne le lâchant pas, et dans ses yeux, il vit une douleur si pure qu'elle le fit chanceler. Elle avait tant attendu, tant espéré, tant cru que l'amour suffirait à briser les chaînes du monde. Et maintenant, elle était là, offerte et vulnérable, lui demandant de choisir entre la vie qu'il avait bâtie et celle qu'il aurait pu avoir.

Il fit un pas vers elle. Un pas qui semblait peser une tonne, un pas qui traversait trois semaines de silence, une vie de mensonges, une mer de doutes. Il posa ses mains sur ses hanches, sentant la chaleur de sa peau à travers le lin fin, et il laissa ses doigts s'enfoncer dans la chair, comme pour s'assurer qu'elle était réelle, qu'elle n'était pas une illusion née de son désespoir.

« Tu ne me dis pas que tu veux partir avec moi, dit-elle en soutenant son regard. Tu me dis que tu veux mon corps. C'est différent. Et c'est pour ça que je vais te le donner. Mais pas comme tu l'imagines. Pas comme un cadeau que tu prends avant de repartir. Pas comme un dernier repas avant l'exécution. »

Elle le saisit par le col de son tee-shirt, ses doigts s'enfonçant dans le tissu, et elle l'attira à l'intérieur de la villa. Il la suivit comme un somnambule, ses pas mal assurés, son cœur battant la chamade. Il savait ce qui l'attendait. Il l'avait toujours su. Léa était une femme qui prenait ce qu'elle voulait, et ce qu'elle voulait maintenant, c'était le briser pour mieux le reconstruire.

La chambre de Léa n'était pas une pièce. C'était un sanctuaire de lumière et de transparence, une bulle d'air au-dessus de l'abîme. Les murs, peints en blanc éclatant, laissaient entrer la mer par tous leurs pores, projetant des reflets bleutés sur le sol de marbre, des vagues de lumière qui dansaient sur les dalles comme des méduses phosphorescentes. Le lit, immense, était recouvert de draps de lin brun, d'une rugosité qui contrastait avec la douceur de la peau, une texture qui rappelait le sable chaud, le corps d'un amant. Au-dessus du lit, une grande photo en noir et blanc : une plongeuse, corps de femme, glissant dans une eau sombre, ses membres s'ouvrant comme une fleur de chair, ses cheveux flottant autour de sa tête comme une couronne d'algues.

Samir se tenait au centre de la pièce, les bras ballants, la vulnérabilité de l'homme fort qui vient de comprendre qu'il n'est pas maître de la situation. Il regardait cette chambre qu'il connaissait par cœur, chaque objet, chaque détail, chaque souvenir gravé dans sa mémoire comme les hiéroglyphes d'une civilisation disparue. Il voyait la table de nuit où elle posait toujours son verre d'eau, le fauteuil où elle lisait le soir, la fenêtre où elle s'asseyait pour regarder la mer. Et il voyait Léa, debout devant lui, ses yeux verts brillant d'une lueur qu'il n'avait jamais vue, une lueur de prédatrice.

« Déshabille-toi, ordonna-t-elle. »

Sa voix avait changé. Elle n'était plus la femme qui attendait, celle qui suppliait presque. Elle était redevenue celle qu'il avait connue dans les premiers mois de leur liaison : une femme qui savait ce qu'elle voulait et qui le prenait, qui n'attendait pas la permission, qui ne demandait pas la permission. Elle était la mer, la tempête, le corail qui coupe la chair.

Il obéit. Il retira son tee-shirt d'un geste lent, un geste qui voulait dire "je suis à toi" et "je suis terrifié" dans le même mouvement. Il révéla un torse musclé où le poil brun, grisonnant sur la poitrine, soulignait la puissance de ses pectoraux et la courbe de ses abdominaux, une musculature solide mais pas exhibitionniste, celle d'un homme qui travaille avec son corps sans chercher à le montrer. Il défit son jean, le laissa tomber sur le sol de marbre, puis son boxeur, une simple bande de coton noir qu'il porta toujours, comme un dernier rempart contre l'intimité. Il se tenait nu devant elle, son sexe déjà à moitié dressé, tressaillant sous l'effet du désir et de la honte mêlés, une honte qu'elle lisait dans ses yeux comme on lit un livre ouvert.

Elle ne le toucha pas immédiatement. Elle fit le tour de lui, ses pieds nus frappant le marbre avec une légèreté de chatte, ses yeux parcourant chaque centimètre de sa peau comme on inspecte un objet précieux avant de l'acheter. Elle s'arrêta derrière lui, posa une main sur son épaule, une main qui brûlait comme un fer rouge, et elle sentit la tension de ses muscles, cette tension qu'elle allait briser, morceau par morceau, caresse par caresse.

« Tu es venu ici pour être possédé, Samir. Pas pour me posséder. Tu comprends ça ? »

« Je... je ne sais pas. »

« Tu vas apprendre. Et tu vas apprendre à aimer ça. Parce que c'est la seule façon dont je vais te garder. Pas en étant celle qui attend, celle qui espère, celle qui pardonne. Mais en étant celle qui prend. »

Elle le poussa doucement vers le lit. Il s'allongea sur le dos, la tête renversée en arrière, les mains à plat sur les draps, ses doigts s'enfonçant dans le lin rugueux comme pour chercher une ancre. Il était offert, vulnérable, et pour la première fois, il se sentit libéré. Il n'avait plus à mentir, plus à cacher, plus à faire semblant d'être l'homme qu'il n'était pas. Il était juste Samir, nu, désirant, désiré.

Elle était nue maintenant, elle aussi. Sa chemise de lin gisait abandonnée sur le sol, un carré blanc dans l'océan de marbre. Son corps était un chef-d'œuvre de rondeurs et de fermeté, un paysage de collines et de vallées que le soleil avait dessiné en ombres et en lumières. Ses seins, lourds et généreux, pointaient vers lui avec une arrogance tranquille, leurs pointes sombres durcies par l'excitation, par l'air frais qui venait de la mer, par le désir qui brûlait en elle depuis trois semaines. Ses hanches dessinaient une courbe sensuelle, une courbe qui appelait les mains, les lèvres, les dents, et entre ses cuisses, un duvet sombre, finement taillé, laissait deviner la fente humide, cette fente qu'elle allait lui offrir, mais pas comme il l'imaginait.

Elle monta sur lui, s'installant à califourchon sur son ventre. Le contact de sa peau contre la sienne fut une décharge électrique qui parcourut tout son corps, une décharge qui fit se contracter ses muscles, qui fit se dresser ses poils, qui fit battre son cœur plus fort. Elle sentit son sexe se raidir contre ses fesses, une barre de chair brûlante qui réclamait sa liberté, et elle le caressa distraitement du bout des doigts, sans le saisir, juste pour le faire frémir, pour lui rappeler qui était maître du jeu.

« Tu veux que je te prenne ? demanda-t-elle, sa voix plus basse maintenant, plus rauque, chargée de cette autorité tranquille qui le faisait fondre. »

« Oui. »

« Dis-le correctement. »

« Je veux que tu me prennes, Léa. Je veux que tu me possèdes, que tu me brises, que tu me fasses oublier mon nom. Je veux être ton jouet, ton esclave, ton amant. »

Elle sourit, un sourire carnassier qui n'avait rien de la douceur de l'amoureuse. Elle se glissa sur lui, s'asseyant sur son ventre, puis remonta jusqu'à son torse, ses seins effleurant son visage. Il gémit, cherchant à les saisir, mais elle l'en empêcha en attrapant ses poignets et en les maintenant au-dessus de sa tête, ses doigts s'enfonçant dans sa peau comme des griffes.

« Pas encore. D'abord, je veux que tu me regardes. Je veux que tu voies ce que tu ne pourras jamais posséder si tu ne te soumets pas. »

Elle se mit à se caresser. Lentement, les yeux fixés sur les siens, elle glissa une main entre ses jambes, ses doigts s'enfonçant dans sa fente humide. Elle gémit, un son profond, guttural, qui fit vibrer les parois de la pièce, un son qui semblait venir du fond de la mer. Samir la regardait, fasciné, son sexe devenant douloureusement dur, chaque mouvement de ses doigts le rapprochant de l'explosion. Il voyait ses yeux se fermer, ses lèvres s'entrouvrir, ses seins se soulever sous l'effet du plaisir. Il la voyait s'abandonner à elle-même, une femme qui se suffisait à elle-même, une femme qui n'avait pas besoin de lui.

« Tu vois ? murmura-t-elle, sa voix n'étant plus qu'un souffle. Je n'ai pas besoin de toi pour ça. Mais je te veux. Pas pour que tu me domines. Pour que tu te soumettes à mon rythme. »

Elle le libéra, se pencha sur lui et posa ses lèvres sur les siennes. Le baiser fut long, profond, une exploration de leur salive mêlée, une plongée dans l'inconnu. Elle goûtait sa bouche, son souffle, sa vie. Puis elle descendit, sa langue traçant un chemin sur son cou, sa poitrine, ses abdominaux, jusqu'à son nombril. Elle s'arrêta là, à quelques centimètres de son sexe, le regardant palpiter, le sentant frémir sous l'effet de sa chaleur, de son souffle.

« Tu es prêt, Samir ? »

« Oui... s'il te plaît... »

Elle le prit en bouche. Le choc fut immédiat. Sa langue, chaude et experte, enveloppa son gland, le caressant avec une lenteur torturante. Elle le suçait avec une autorité tranquille, sachant exactement quand accélérer, quand ralentir, quand mordre, quand lécher. Elle faisait de son corps un instrument, et elle en jouait comme on joue d'un violon, avec une précision qui le faisait frémir jusqu'à la moelle. Samir se cambra, ses mains s'enfonçant dans ses cheveux, mais elle les repoussa sans ménagement, reprenant le contrôle, lui rappelant qui était la maîtresse du jeu.

« Je n'ai pas dit que tu pouvais toucher. Tu es là pour être servi. Pas pour servir. »

Elle le suça encore quelques minutes, le portant au bord de l'orgasme, le laissant flotter entre le plaisir et la douleur, puis elle s'arrêta brusquement, le laissant haletant, le sexe ruisselant de sa salive, les muscles de ses cuisses tremblants. Elle le regarda avec un sourire de satisfaction, un sourire qui disait "tu es à moi, maintenant, et tu le seras toujours".

« Maintenant, dit-elle en se positionnant sur lui, je vais te prendre. Mais pas comme tu l'imagines. Pas comme une femme qui se soumet. Comme une femme qui possède. »

Elle guida son sexe vers son entrée, s'empalant sur lui d'un mouvement lent et déterminé. Il entra en elle avec un bruit humide, un son qui résonna dans la pièce comme un accord, et elle le sentit remplir son ventre, une sensation de plénitude qui la fit gémir. Elle commença à bouger, ses hanches décrivant des cercles lents, ses fesses claquant contre ses cuisses avec une régularité de métronome. Elle prenait son plaisir, sans se soucier du sien, sachant que la simple vue de son corps en mouvement suffirait à le faire craquer, que la simple vision de sa chair ondulant sous la lumière suffirait à le mener au bord de l'explosion.

« Regarde-moi, Samir. Regarde ce que tu ne pourras jamais posséder si tu ne te donnes pas entièrement. »

Il la regardait, fasciné, son corps se tendant sous l'effet de l'extase. Mais elle n'accéléra pas. Elle ralentit, au contraire, laissant chaque mouvement s'étirer comme une vague qui ne se brise pas, un roulis lent qui le portait vers des rivages inconnus. Elle jouait avec lui comme un chat avec une souris, le faisant approcher du point de non-retour, puis reculer, encore et encore, le laissant suspendu entre le désir et la frustration.

« Je... je vais... balbutia-t-il, la voix étranglée par l'émotion. »

« Pas encore. »

Elle se retira de lui, le laissant en suspens, son sexe battant l'air comme une flamme. Elle se coucha sur le dos, écartant les jambes, les mains derrière la tête, une offrande qui n'était pas une soumission. Le soleil couchant, à travers la fenêtre, dessinait des rayures de lumière sur son corps, soulignant chaque courbe, chaque creux.

« Maintenant, tu peux. Mais c'est moi qui décide quand. »

Il se jeta sur elle, s'enfonçant en elle avec une fureur contenue, une fureur qui n'était pas de la violence mais de la passion, une fureur qui venait de trois semaines de silence, de trois semaines de doute, de trois semaines à se demander s'il allait jamais la revoir. Mais elle le saisit par les hanches, ralentissant son rythme, le forçant à une cadence lente, presque mélancolique, comme une chanson triste que l'on chante au bord de la mer. Il s'abandonna à elle, laissant son corps se mouvoir selon ses désirs à elle, laissant sa chair se fondre à la sienne.

« Oui... murmura-t-elle. Comme ça... Plus profond... »

Il s'enfonça au plus profond d'elle, et elle cria son nom, un cri qui résonna dans la pièce comme un ouragan, un cri qui semblait venir du fond des âges. Elle jouit, ses muscles se contractant autour de lui, l'aspirant dans une étreinte qui le fit éjaculer presque immédiatement. Il se vida en elle, brûlant, abondant, chaque jet étant un soulagement, une promesse, une délivrance, tandis qu'elle continuait de bouger, prolongeant son plaisir jusqu'à l'épuisement.

Ils restèrent ainsi, entrelacés, leurs corps luisants de sueur, leurs souffles se mêlant dans un rythme qui devenait plus lent, plus régulier. Le silence qui suivit fut celui d'une mer d'huile, une immobilité totale qui laissait place aux battements de leurs cœurs, à la respiration de la nuit qui commençait à tomber sur Tabarka.

Samir gisait sur le dos, le regard perdu dans le plafond blanc, ses doigts caressant distraitement les draps comme s'il cherchait à s'accrocher à quelque chose. À côté de lui, Léa s'était tournée sur le côté, le visage appuyé sur sa main, observant les traces de son passage sur sa peau, les marques rouges sur ses épaules, les égratignures sur son dos, les morsures sur son cou.

« Tu sais ce que je vais faire ? demanda-t-elle d'une voix douce, presque tendre, une voix qui n'avait plus l'autorité de tout à l'heure mais une vulnérabilité nouvelle.

— Non, répondit-il, la gorge nouée.

— Je vais te laisser partir. Pas parce que je ne t'aime plus, mais parce que je ne peux pas être la seconde. Je mérite mieux que des restes de temps volés. Je mérite d'être la première, la seule, l'unique. »

Il tourna la tête vers elle, ses yeux s'emplissant d'une douleur qu'elle n'avait jamais vue, une douleur qui n'était pas de la colère ou de la frustration, mais de la tristesse pure.

« Mais je t'aime.

— Je sais. Mais ce n'est pas assez. Pas comme ça. Pas quand tu rentres chez toi le soir, pas quand tu te réveilles à côté d'une autre, pas quand tu mens à tout le monde, y compris à toi-même. »

Elle se leva, nue, son corps se découpant contre la lumière de la mer. Elle traversa la pièce, se dirigea vers la fenêtre, et ouvrit grand les battants. L'air marin, chaud et salé, envahit la pièce, emportant avec lui l'odeur de leur sexe, l'odeur de leurs corps mêlés, l'odeur de ce moment qu'ils ne retrouveraient peut-être jamais.

« Regarde, dit-elle. »

Il se leva, s'approcha d'elle. Au loin, sur la mer, une barque de pêcheur tirait ses filets, une silhouette solitaire dans l'immensité bleue, une petite tache noire qui se déplaçait lentement. Les récifs de corail, à quelques centaines de mètres du rivage, formaient une barrière rougeâtre sous l'eau transparente, une barrière qui protégeait la crique, qui gardait ses secrets, qui veillait sur les amants.

« C'est beau, murmura-t-il, ne comprenant pas où elle voulait en venir.

— C'est la beauté de Tabarka, Samir. Une beauté qui ne demande rien. Qui ne t'attend pas. Elle est là, et elle ne te jugera pas si tu pars. Elle est là, et elle t'aimera même si tu ne reviens jamais. »

Elle se tourna vers lui, une lueur de tristesse dans les yeux, mais aussi une force qu'il n'avait jamais vue, une force qui venait de la mer, du vent, du corail.

« Pars, Samir. Rentre chez toi. Ne reviens pas tant que tu n'auras pas fait ton choix. Et quand tu l'auras fait, tu sauras où me trouver. »

Il posa sa main sur sa joue, effleurant ses lèvres du pouce, un geste qui voulait dire "je t'aime" et "je suis désolé" dans le même mouvement.

« Si je reviens, ce sera pour rester.

— Alors reviens. Mais ne me fais pas attendre trop longtemps. La mer, elle, ne sait pas patienter. »

Il s'habilla en silence, un silence qui pesait plus lourd que tous les mots qu'ils auraient pu échanger. Il boutonna sa chemise, enfila son jean, noua ses lacets, chaque geste étant un adieu. Au moment de passer la porte, il se retourna une dernière fois. Elle était toujours debout devant la fenêtre, nue, les bras croisés sur sa poitrine, le regard perdu dans l'horizon.

« Je t'aime, Léa.

— Je sais, murmura-t-elle.

Et il partit, emportant avec lui l'odeur de sa peau, le souvenir de son corps, et la promesse d'un choix qu'il devrait faire avant que les marées ne s'inversent.

Six jours passèrent. Six jours de silence, de rêves fiévreux, de nuits où elle se réveillait en sueur, le corps tremblant d'un désir inassouvi. Léa avait repris sa routine : plongée matinale dans les eaux cristallines de la grotte du corail, café sur la terrasse, lectures de romans d'amour qu'elle détestait mais qui l'aidaient à se sentir moins seule. Elle avait repris ses habitudes, mais chaque geste était un rappel de son absence, chaque instant un combat contre l'oubli.

Elle plongeait tous les matins. C'était son rituel, sa prière, sa façon de se purifier. Elle glissait dans l'eau turquoise, les bras tendus, les jambes battant régulièrement, descendant vers les profondeurs où la lumière se faisait plus rare, où le silence était total. Là, sous la surface, elle retrouvait une paix qu'elle ne trouvait pas sur la terre ferme. Les poissons, les anémones, les coraux, tout lui parlait d'un monde où les mots n'avaient pas de sens, où seul comptait le mouvement, la respiration, la vie.

Puis, le sixième jour, un message. Un simple message, venu de Tunis, sur son téléphone posé sur la table de nuit.

« Je viens. Je reste. »

Pas de détails. Pas d'excuses. Pas de longs discours sur les enfants, les comptes, les obligations. Juste une promesse. Une promesse qu'elle avait attendue pendant trois semaines, une promesse qu'elle n'osait plus croire possible.

Il arriva en fin d'après-midi, alors que le soleil commençait à basculer derrière les montagnes, incendiant le ciel d'un rouge de braise, d'un rose de chair, d'un orange de fruit mûr. Elle l'attendait sur la plage, une petite crique cachée entre deux falaises, là où ils s'étaient rencontrés pour la première fois, deux ans plus tôt. C'était leur plage, leur sanctuaire, leur secret. Elle était nue. Pas de maillot de bain, pas de paréo. Juste sa peau bronzée, ses hanches larges, ses seins offerts à la lumière déclinante. Elle se tenait debout, les bras légèrement écartés, les pieds dans l'eau qui venait mourir sur ses chevilles, la mer qui l'accueillait comme une mère, comme une amante, comme une promesse.

Il s'approcha d'elle, la regardant comme s'il voyait une femme pour la première fois, avec ce regard d'émerveillement qu'on a quand on trouve quelque chose qu'on croyait perdu à jamais.

« Elle le sait, dit-il. Je lui ai tout dit. Je lui ai parlé de toi, de nous, de ce que j'étais devenu. Elle m'a jeté. Elle m'a dit de ne plus revenir. Mais c'est mieux ainsi. C'est mieux pour elle, c'est mieux pour les enfants, c'est mieux pour tout le monde. »

Léa ne répondit pas. Elle s'avança vers lui, posa ses mains sur son visage, ses doigts parcourant ses pommettes, ses tempes, ses lèvres, comme si elle voulait graver chaque détail dans sa mémoire. Et elle l'embrassa. Un baiser long, profond, qui goûtait le sel, la promesse, la rédemption. Il sentit ses larmes sur ses joues, ses larmes à elle, mêlées aux siennes, et il comprit que ce baiser était un adieu à leur passé et un commencement.

« Alors, maintenant, dit-elle en reculant, laisse-moi te montrer ce qui t'attend. »

Elle s'éloigna, se dirigeant vers l'eau. Elle entra dans la mer, l'eau turquoise venant caresser ses mollets, puis ses cuisses, puis ses hanches, puis son ventre. Elle plongea, sa silhouette disparaissant sous la surface, laissant derrière elle une traînée de bulles qui montaient vers le ciel comme un message.

Samir se déshabilla rapidement, laissant ses vêtements en tas sur le sable, et la suivit. L'eau était froide, mais sa peau, habituée à la chaleur de Léa, ne sentit pas le froid. Il plongea, ses yeux s'ouvrant sur un monde de lumière et de silence. Sous l'eau, le monde était différent. Le silence était total, seulement troublé par le bruit de leurs respirations, par le battement de leurs cœurs. La lumière du soleil filtrante, dorée, créait un jeu d'ombres sur le fond sablonneux, des ombres qui dansaient comme des fantômes. Léa était devant lui, ses cheveux flottant autour de sa tête comme une auréole, ses bras étendus, ses jambes battant doucement. Elle se retourna, le regardant avec ses yeux verts, et elle lui sourit, un sourire qui disait "je suis ici, je suis à toi, tout va bien maintenant".

Il la saisit par les épaules, l'attirant contre lui. Ils s'embrassèrent sous l'eau, une étreinte fébrile, leurs langues se cherchant dans le liquide salé, leurs corps se pressant l'un contre l'autre comme s'ils voulaient fusionner. Il sentit ses mains glisser le long de son torse, descendre vers son ventre, saisir son sexe déjà dur, le caresser avec une douceur qui le fit frémir. Il la pénétra immédiatement, l'eau les portant, rendant chaque mouvement plus fluide, plus léger, comme une danse aquatique. Elle l'enlaça, ses jambes s'enroulant autour de lui, ses bras autour de son cou, et ensemble, ils dansèrent dans l'eau, leurs corps s'accordant au rythme lent des vagues, au rythme de leurs souffles mêlés.

C'était une sensation de plénitude absolue, un amour qui se consumait dans l'élément liquide, loin du monde des hommes, loin des mensonges, loin des promesses non tenues. Il sentait sa chaleur autour de lui, sa présence, sa vie, et il sut qu'il avait fait le bon choix, qu'il était enfin chez lui.

Ils remontèrent à la surface, haletants, les cheveux plaqués sur le visage, les corps ruisselants de l'eau salée. La lumière du couchant, plus basse, éclairait leurs peaux nues d'une lueur de miel, les rendant plus beaux, plus sauvages, plus vrais. Léa le regarda, une flamme dans ses yeux, une flamme qui n'était pas seulement le désir mais quelque chose de plus profond, quelque chose qui ressemblait à la promesse.

« Il est temps, dit-elle.

— Temps de quoi ?

— De te montrer comment un homme est censé aimer une femme. Pas comme un chef de famille, pas comme un mari, pas comme un amant de passage. Mais comme un homme. »

Elle le conduisit hors de l'eau, le fit s'allonger sur le sable encore chaud, le sable qui conservait la chaleur du soleil comme un corps qui conserve le souvenir d'une étreinte. Elle s'agenouilla sur lui, ses jambes de chaque côté de son torse, ses mains sur son ventre, ses doigts parcourant les lignes de ses muscles, les creux de ses abdominaux, la naissance de son sexe qui se dressait déjà, impatiente.

« Tu as peur ? demanda-t-elle.

— Non.

— Tant mieux. Parce que cette nuit, je vais te posséder. Je vais te prendre par tous les trous, Samir. Je vais t'ouvrir, te laver, te remplir. Et tu vas aimer ça. Parce que c'est la seule façon dont je vais te garder. »

Elle se pencha sur lui, l'embrassa avec une passion nouvelle, une passion qui n'était pas de la fureur mais de la possession. Ses lèvres étaient plus douces maintenant, plus lentes, comme si elle voulait goûter chaque seconde, chaque millimètre de sa bouche. Son corps, trempé, s'écrasa contre le sien, leurs peaux se collant, une chaleur humide et primale, une chaleur qui venait de la mer, du soleil, de la vie.

Elle s'assit sur son visage, l'invitant à la dévorer. Il lécha sa fente, la sentant s'ouvrir sous sa langue, le goût de la mer mêlé au sien, un goût qui le fit gémir de plaisir. Elle gémit, se cambra, ses doigts agrippant ses cheveux, les tirant doucement, le guidant vers ce qu'elle voulait.

« Oui... murmura-t-elle. Ne t'arrête pas. »

Il obéit, ses lèvres s'attardant sur son clitoris, le suçant avec une lenteur qui la fit crier. Elle jouit presque immédiatement, un orgasme court mais intense, un orgasme qui la fit frémir de la tête aux pieds, et elle se glissa sur lui, s'emparant de son sexe pour le guider vers son entrée.

« Pas cette fois, dit-elle en le dépassant. Cette fois, c'est par derrière. »

Elle s'allongea sur le ventre, cambrant son bassin, offrant ses fesses au soleil couchant, ses fesses rondes et fermes, ses fesses qui semblaient appeler ses mains. Il s'approcha d'elle, guida son sexe contre son anus, et pénétra. La sensation fut une douleur exquise, un mélange de résistance et de soumission, une douleur qui n'était pas de la douleur mais de la plénitude. Elle cria, ses ongles s'enfonçant dans le sable, tandis qu'il s'enfonçait en elle, centimètre par centimètre, la sentant s'ouvrir sous sa pression.

« Encore... murmura-t-elle. Plus profond. »

Il s'enfonça jusqu'à la garde, puis commença à bouger, un rythme lent, régulier, qui faisait claquer leurs chairs humides, un rythme qui était une chanson, une prière, une promesse. Elle se laissa aller, son corps s'abandonnant aux pulsions de l'homme, chaque assaut la rapprochant de l'extase.

« Je t'aime, Léa, gémit-il.

Elle se retourna sous lui, le saisit par les hanches pour l'attirer plus profondément, ses yeux verts fixés sur les siens, un sourire de triomphe sur les lèvres.

« Alors prouve-le. Montre-moi que tu es prêt à t'écorcher vif pour cette chair. Montre-moi que la mer que tu traverses pour me rejoindre ne t'a pas laissé intact. »

Il s'abattit sur elle, leurs corps se rencontrant avec une violence douce, leurs souffles se mêlant dans une lutte à la fois tendre et sauvage, une lutte qui n'était pas une lutte mais une danse.

« Je te montrerai tout, Léa. Je te montrerai que je suis à toi. Que je serai toujours à toi. »

Le sable sous eux était mouillé, collant, un mélange d'eau de mer et de sueur. Le soleil avait disparu, laissant place à une pénombre bleutée, et les étoiles commençaient à apparaître, une par une, comme les points d'un tatouage céleste sur la peau de la nuit. La mer était calme, le vent était doux, et le monde, pour la première fois, semblait à sa place.

Des mois plus tard, ils étaient toujours là. La villa blanche sur la falaise, la plage secrète, les plongées matinales dans les eaux turquoise. Samir avait laissé sa vie d'avant derrière lui, comme on abandonne une peau de serpent qui a trop serré. Il était devenu pêcheur, plongeur, amoureux. Il passait ses journées à réparer des filets, à nettoyer des coquillages, à apprendre les noms des poissons que Léa lui montrait. Il avait pris un peu de poids, un peu de barbe, un peu de cette sérénité qu'on trouve seulement quand on a cessé de chercher.

Léa était assise sur la terrasse, nue, un café à la main, ses cheveux courts collés à ses tempes, ses seins lourds reposant sur ses avant-bras croisés. Il s'approcha d'elle, posa une main sur son épaule, effleurant la cicatrice blanche sur son deltoïde, cette cicatrice qu'il connaissait par cœur, qu'il embrassait tous les matins comme une prière.

« Tu sais, dit-elle en souriant, les récifs de corail, ils me font penser à nous.

— Pourquoi ?

— Parce qu'ils sont beaux, mais ils peuvent te couper si tu ne fais pas attention. Et parce qu'ils prennent des années à se former. Comme l'amour. »

Il s'agenouilla devant elle, prit sa main et la porta à ses lèvres, ses lèvres effleurant ses doigts, ses jointures, ses paumes.

« Alors c'est un amour qui va durer, comme le corail ?

Elle sourit, une lueur carnassière dans les yeux, mais aussi une lueur de tendresse, une tendresse qu'elle n'offrait qu'à lui.

« Le corail, il grandit à son rythme. Il laisse le temps faire son œuvre. Et il se nourrit de ce qui le touche. Il se nourrit du sel, du vent, des vagues. Comme nous. »

Elle l'attira contre elle, leurs corps s'unissant dans une étreinte qui sentait la mer et la promesse d'un avenir sans fin, un avenir où les mensonges étaient oubliés, les douleurs cicatrisées, et les amours enfin libres.

Le souffle du corail, c'était leur souffle. Un souffle qui venait des profondeurs, un souffle qui ne s'éteindrait jamais.






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