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Christine: (6) Retour à Gemmayzeh (nouvelle)

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Christine: (6) Retour à Gemmayzeh




Six mois. Christine les avait comptés sans vouloir les compter. Six mois depuis la nuit où elle avait quitté l’appartement de Leila au petit matin, le goût de sa peau encore sur la langue, le corps marqué de bleus discrets et le cœur plus lourd qu’elle ne l’avait admis. Elles ne s’étaient pas écrit. Pas d’appel. Juste ce silence que l’on laisse s’installer quand on a peur de ce que l’on ressent vraiment.

Puis le message était arrivé, un mardi soir, simple et direct :

« Je suis seule ce week-end. Tu peux venir ? »

Christine avait regardé son téléphone longtemps avant de répondre. Elle avait tapé « Oui » et envoyé sans se relire.

Le vendredi suivant, elle se tenait devant la porte de l’immeuble de Gemmayzeh, une bouteille de vin rouge à la main. Elle portait une robe noire simple, sans soutien-gorge, les cheveux lâchés. Elle n’avait mis qu’un trait de mascara et du rouge à lèvres. Son cœur battait trop fort.

Leila ouvrit. Elle était pieds nus, en short en lin blanc et débardeur ample qui laissait voir la courbe de ses seins. Ses cheveux noirs étaient attachés en un chignon bâclé. Elle avait l’air fatiguée et magnifique.

— Tu es venue, dit-elle simplement.

— Oui.

Elles restèrent un instant sur le seuil, se regardant. Puis Leila s’écarta pour la laisser entrer. L’appartement n’avait pas changé. Les mêmes rideaux légers, le même canapé bas, la même odeur de café et de bois de santal. Christine posa la bouteille sur la table basse.

— Tu as l’air bien, murmura Leila.

— Toi aussi.

Le silence retomba. Il était chargé de tout ce qu’elles n’avaient pas dit. Christine sentait déjà la chaleur monter entre ses cuisses, purement physique, immédiate, comme si son corps se souvenait plus vite que son esprit.

Leila s’approcha. Elle prit le visage de Christine entre ses mains et l’embrassa.

Le baiser fut lent au début, presque hésitant. Puis il s’approfondit. Leurs langues se retrouvèrent avec une familiarité douloureuse. Christine gémit doucement dans la bouche de Leila. Elle passa ses bras autour de sa taille et l’attira contre elle. Les seins de Leila s’écrasèrent contre les siens. La chaleur de son corps traversa les vêtements.

— J’ai pensé à toi tous les jours, avoua Leila contre ses lèvres. Tous les putains de jours.

— Moi aussi, répondit Christine. Même quand j’essayais de ne pas le faire.

Elles s’embrassèrent encore, plus fort. Les mains de Leila glissèrent sous la robe de Christine, remontèrent le long de ses cuisses nues et trouvèrent son sexe déjà humide. Elle gémit en sentant à quel point Christine était prête.

— Toujours comme ça avec moi ? demanda-t-elle d’une voix rauque.

— Toujours.

Leila la poussa doucement vers le canapé. Elle s’agenouilla entre ses jambes, releva la robe jusqu’à la taille et planta son visage contre son sexe. Sa langue fut d’abord tendre, exploratrice, comme si elle redécouvrait un territoire connu. Elle lécha longuement, lentement, savourant. Christine passa une main dans ses cheveux et ferma les yeux. Les mois de privation se firent sentir d’un coup. Elle était déjà proche.

— Plus fort, souffla-t-elle. S’il te plaît.

Leila obéit. Elle sucça son clitoris avec une insistance croissante, glissa deux doigts en elle, puis trois. Christine se cambra. L’orgasme arriva vite, puissant, presque violent après tant d’attente. Elle cria le prénom de Leila, les cuisses tremblantes, le jus coulant sur la main de l’autre femme.

Leila se redressa, le visage brillant, et l’embrassa pour lui faire goûter. Puis elle tira Christine vers la chambre. Elles se déshabillèrent en chemin, les vêtements tombant au sol sans cérémonie. Nues, elles s’allongèrent sur le lit. Leila se plaça au-dessus de Christine et redescendit lentement le long de son corps, embrassant chaque centimètre de peau : la base du cou, le creux entre les seins, le ventre, le haut des cuisses. Quand elle revint à son sexe, Christine était déjà prête à nouveau.

Cette fois, Leila prit son temps. Elle la lécha avec une précision presque cruelle, alternant caresses légères et succion forte, ajoutant les doigts, les retirant, les remettant. Christine se tordait sous elle, les mains agrippées aux draps.

— Je t’ai manqué à ce point ? demanda Leila entre deux coups de langue.

— Putain oui… continue…

Leila la fit jouir une deuxième fois, plus longuement, plus profondément. Christine sanglotait presque de plaisir. Quand elle redescendit, Leila se glissa contre elle et l’embrassa tendrement.

— À mon tour, murmura Christine.

Elle renversa Leila sur le dos et s’installa entre ses cuisses. Elle avait rêvé de ce goût pendant des mois. Elle s’y plongea avec voracité. Sa langue pénétra, sortit, revint sur le clitoris. Elle suçait, léchait, digérait, ajoutait ses doigts. Leila gémissait sans retenue, une main dans les cheveux de Christine, l’autre tordant un de ses propres seins.

— Plus profond… oui, comme ça… putain Christine…

Christine la baisa de la bouche et de la main jusqu’à ce que Leila jouisse en criant, les hanches soulevées, les cuisses serrant sa tête. Elle continua jusqu’à un deuxième orgasme, puis un troisième, plus court, plus violent. Leila tremblait de partout.

Elles s’embrassèrent ensuite longuement, le goût de l’une et de l’autre mélangé. Christine sentait le cœur de Leila battre contre le sien. Il y avait quelque chose de différent cette nuit-là. Moins de pure frénésie, plus de besoin de coller, de rester, de s’imprégner.

— Reste, dit Leila simplement. Pas seulement pour ce soir. Reste.

Christine ne répondit pas tout de suite. Elle caressait le sein de Leila, le mamelon dur sous ses doigts.

— J’ai eu peur, finit-elle par avouer. Peur de ce que tu me faisais ressentir.

— Moi aussi. C’est pour ça que je n’ai pas rappelé. Mais je n’ai pas arrêté de te vouloir.

Elles se touchèrent encore, plus lentement. Christine glissa une cuisse entre celles de Leila et frotta son sexe contre le sien. Le contact humide et chaud les fit gémir en même temps. Elles baisèrent ainsi, se frottant l’une contre l’autre, se regardant dans les yeux, jusqu’à ce qu’elles jouissent presque ensemble, les fronts appuyés l’un contre l’autre, les souffles mêlés.

La nuit avança. Elles se levèrent pour boire de l’eau, puis retournèrent au lit. Leila alluma une seule lampe basse. Dans la pénombre, elle s’agenouilla entre les jambes de Christine et la regarda pendant qu’elle la pénétrait avec les doigts, lentement, profondément.

— Tu es tellement serrée… tellement chaude…

Christine gémissait, les yeux mi-clos.

— Plus fort. Je veux sentir ta main demain.

Leila obéit. Elle la baisa avec plus de force, ajoutant un doigt, puis un autre, jusqu’à ce que Christine hurle et jouisse en se contractant violemment autour de ses doigts. Leila ne s’arrêta pas. Elle continua, impitoyable et tendre à la fois, jusqu’à un nouvel orgasme qui fit presque pleurer Christine.

Ensuite, ce fut au tour de Leila. Christine la plaça à quatre pattes et la prit par-derrière avec la langue et les doigts. Elle la digéra, la pénétra, la gifla légèrement sur les fesses. Leila poussait des cris rauques, le visage contre l’oreiller. Elle jouit en se répandant sur les doigts de Christine, puis encore une fois quand Christine se concentra uniquement sur son clitoris avec sa bouche.

Vers trois heures du matin, elles étaient trempées de sueur, les corps marqués de traces de doigts et de bouches. Elles s’allongèrent face à face, les jambes enchevêtrées.

— Je ne veux plus attendre six mois, dit Leila. Je ne veux plus attendre du tout.

Christine caressa sa joue.

— Alors ne le fais pas. Appelle-moi. Viens. Ou je viendrai.

— Tu promets ?

— Oui.

Elles s’embrassèrent longuement, sans urgence cette fois. Puis le désir revint, plus calme mais tout aussi impérieux. Christine se glissa sous les draps et prit le sexe de Leila dans sa bouche une dernière fois. Elle la sucça lentement, tendrement, jusqu’à ce que Leila jouisse en silence, une main posée sur la tête de Christine, les yeux fermés.

Quand l’aube commença à griser les rideaux, elles étaient encore enlacées. Leila dormait à moitié, la tête sur la poitrine de Christine. Christine restait éveillée, les doigts traçant des cercles paresseux sur le dos de sa compagne. Elle sentait la fatigue dans ses muscles, la sensibilité extrême entre ses cuisses, et quelque chose de plus rare : une paix.

Elle se dit qu’elle ne partirait pas au petit matin cette fois. Elle resterait pour le café, pour le petit-déjeuner, pour le reste de la journée s’il le fallait. Peut-être pour plus longtemps encore.

Leila ouvrit les yeux et la regarda.

— Tu es encore là, murmura-t-elle avec un sourire somnolent.

— Oui, répondit Christine. Je suis encore là.

Et pour la première fois depuis six mois, ce fut exactement là qu’elle voulait être.





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