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Les Nuits de la Mousson (nouvelle)

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Les Nuits de la Mousson




La chaleur de juillet s'abattait sur le village de Bir-el-Khadra comme une couverture trop lourde, une moiteur étouffante qui faisait vibrer l'air au-dessus des toits de tuiles rouges et des ruelles de terre battue. Dalila était assise sur le rebord de la fenêtre de sa chambre, ses jambes nues pendantes dans le vide, ses orteils effleurant le mur blanc, regardant les oliviers qui dansaient sous le vent chaud. Elle avait vingt ans, des cheveux noirs qu'elle portait relevés en un chignon lâche, et un corps que l'université de Tunis avait rendu plus mince, plus nerveux, mais qui retrouvait ici, dans la maison de son enfance, une rondeur qu'elle avait presque oubliée. Ses seins, généreux mais fermes, se soulevaient sous le fin coton de sa robe d'été, une robe bleu pâle que sa mère lui avait achetée au souk de Tabarka, et ses hanches, larges comme celles de toutes les femmes de sa famille, épousaient la courbe du rebord de pierre.

Elle entendait les bruits du village monter jusqu'à elle : le cri d'un âne, le cliquetis des casseroles dans la cuisine de sa tante, la voix grave de son père qui discutait avec un voisin sous le figuier. Elle ferma les yeux, aspirant l'odeur du jasmin qui grimpait le long du mur, et elle se laissa porter par cette sensation étrange, ce mélange de nostalgie et d'impatience qui la saisissait chaque fois qu'elle revenait ici. Elle avait passé neuf mois à Tunis, neuf mois à courir entre les amphithéâtres et les bibliothèques, neuf mois à se construire une vie qui ne ressemblait pas à celle qu'elle avait laissée. Mais maintenant, elle était de retour. Et elle sentait que quelque chose allait changer.

Sa mère, Khadija, entra dans la pièce sans frapper, comme elle le faisait toujours. C'était une femme de cinquante-cinq ans, petite et ronde, dont le visage creusé par le soleil et le vent avait conservé une beauté douce, presque timide. Elle portait un foulard jaune noué sur ses cheveux grisonnants et une robe longue en coton blanc, et elle tenait à la main un panier de figues fraîches.

« Dalila, ma fille, viens. Nous allons au hammam. La chaleur est trop lourde pour rester à la maison. Nous avons besoin de nous laver, de nous rafraîchir. »

Dalila ouvrit les yeux, un sourire aux lèvres. Le hammam. Elle se souvenait des après-midi passés là-bas, enfant, à jouer dans l'eau tiède pendant que les femmes du village bavardaient, riaient, se lavaient mutuellement. Elle se souvenait de l'odeur du savon noir, de la vapeur qui enveloppait tout, des voix qui résonnaient sous les voûtes comme des chants anciens.

« J'arrive, maman. »

Elle se leva, prit une serviette propre dans l'armoire, et suivit sa mère dans l'escalier. Dehors, le soleil était blanc, éclatant, une lame de feu qui tranchait l'ombre des ruelles. Elles traversèrent le village à petits pas, saluant les voisins, échangeant des sourires. La vie ici était lente, une vie où chaque geste avait un sens, chaque parole une portée. Dalila aimait cela, cette lenteur qui lui manquait tant à Tunis, cette façon qu'avaient les gens de prendre le temps de vivre.

Le hammam était un petit bâtiment de pierre blanche, enfoncé dans une cour ombragée par un vieux caroubier. L'eau, chauffée par un four à bois, coulait en un filet régulier dans les bassins de marbre, créant une vapeur qui se mêlait à l'odeur du bois brûlé et du savon d'olive. À l'intérieur, les femmes étaient déjà nombreuses, leurs corps nus ou à moitié couverts de serviettes, leurs voix résonnant sous la coupole. Dalila se déshabilla, laissant tomber sa robe sur un banc de pierre, et elle sentit le regard de sa mère sur elle, un regard d'approbation silencieuse.

« Tu as perdu du poids, ma fille. Tu ne manges pas assez à Tunis, c'est sûr. »

« Je mange, maman. C'est juste que je marche beaucoup. »

Elle s'assit sur le bord du bassin, ses pieds plongeant dans l'eau tiède. La chaleur montait le long de ses jambes, détendant ses muscles, apaisant ses nerfs. Elle ferma les yeux, laissant l'eau la gagner, la vapeur l'envelopper.

C'est alors qu'elle la vit.

Hanane était assise de l'autre côté du bassin, le dos appuyé contre le marbre, ses jambes pliées devant elle, ses bras croisés sur sa poitrine. Dalila ne l'avait pas vue depuis deux ans, depuis le dernier été où elles s'étaient croisées à un mariage de famille. Elle avait changé. Elle était devenue une femme. Sa peau, d'une blancheur de lait, semblait briller sous la lumière tamisée de la coupole, une peau si pâle qu'on aurait dit qu'elle n'avait jamais vu le soleil. Ses cheveux, d'un noir de jais, tombaient en cascade sur ses épaules, et ses yeux, d'un brun profond, étaient fixés sur l'eau qui luisait sous les flammes.

Dalila sentit son cœur battre plus vite. Elle ne savait pas pourquoi. Peut-être était-ce la chaleur, la vapeur, la sensation d'être nue dans ce lieu où les corps se révélaient sans honte. Mais elle savait, au fond d'elle-même, que ce n'était pas seulement cela. C'était quelque chose de plus profond, de plus trouble, une attirance qu'elle n'avait jamais ressentie pour une femme.

Hanane avait vingt-deux ans. Elle était la fille de Tahar, le frère de son père Ismail, et de sa femme Jamila. Dalila se souvenait d'elle comme d'une enfant timide, qui se cachait derrière les jupes de sa mère lors des grandes occasions. Mais maintenant, elle était là, dans toute sa splendeur, ses seins ronds et fermes, son ventre plat, ses hanches gracieuses, ses jambes longues et fines.

Sa mère, Jamila, était assise à côté d'elle, une femme corpulente au visage large et souriant, qui lavait le dos de sa fille avec une attention maternelle. Dalila les regardait, fascinée. Elle voyait les mains de Jamila glisser sur la peau blanche de Hanane, traçant des cercles lents, savonnant chaque centimètre de chair avec une tendresse qui semblait presque trop intime.

« Dalila ! appela sa mère. Viens, que je te lave le dos. »

Dalila s'approcha, s'agenouillant devant sa mère. Khadija prit une éponge de luffa, la trempa dans l'eau savonneuse, et commença à frotter le dos de sa fille. Les mouvements étaient rythmés, réguliers, une caresse qui n'était pas une caresse mais un soin, une attention. Dalila ferma les yeux, se laissant porter par la sensation de l'éponge sur sa peau, par la chaleur de l'eau qui ruisselait le long de sa colonne vertébrale.

« Tu as grandi, ma fille, murmura sa mère. Tu es devenue une femme. »

Dalila sourit, sans ouvrir les yeux.

« Oui, maman. »

Elle entendit alors la voix de Hanane, une voix douce, presque mélodieuse, qui s'adressait à sa mère.

« Laisse-moi laver ton dos, maman. »

Dalila ouvrit les yeux. Elle vit Hanane prendre l'éponge des mains de Jamila, vit ses doigts fins s'enfoncer dans la peau de sa mère, traçant des cercles lents sur son dos large. Elle regardait les mouvements de ses bras, la façon dont ses seins bougeaient à chaque geste, la courbe de son cou quand elle se penchait en avant.

« Tu veux que je te lave le dos, Dalila ? demanda soudain Hanane, en la regardant.

Dalila sursauta. Elle n'avait pas entendu la question venir, pas préparé sa réponse.

« Euh... oui, bien sûr. Merci. »

Hanane s'approcha d'elle, l'éponge à la main. Elle s'agenouilla derrière Dalila, si près que Dalila sentait son souffle sur sa nuque. Et elle commença à laver son dos, lentement, soigneusement, avec une attention qui dépassait le simple soin du corps. Ses doigts, à travers l'éponge, suivaient les courbes de la colonne vertébrale, s'attardant sur les épaules, les omoplates, les reins. Dalila sentit un frisson la parcourir, un frisson qui n'était pas seulement la fraîcheur de l'eau mais quelque chose de plus profond, une tension qui montait le long de ses jambes.

« C'est bon ? demanda Hanane, sa voix plus basse maintenant, plus intime.

— Oui... c'est bon. »

Hanane continua, ses mouvements devenant plus lents, plus doux, comme si elle voulait prolonger le contact. Dalila sentait la chaleur de sa main à travers l'éponge, sentait la présence de son corps derrière elle, la rondeur de ses seins qui frôlaient parfois son dos. Elle ferma les yeux, se laissant porter par cette sensation étrange, ce mélange de plaisir et de honte qui la faisait trembler.

Quand Hanane eut fini, elle tendit l'éponge à Dalila.

« À ton tour, maintenant. »

Dalila prit l'éponge, ses mains tremblant légèrement. Elle s'agenouilla derrière Hanane, et commença à laver son dos. La peau de Hanane était douce, incroyablement douce, une peau de soie qui glissait sous ses doigts. Elle sentit les muscles de son dos se détendre sous son toucher, sentit son souffle devenir plus régulier. Elle vit ses seins, vus de côté, la courbe parfaite de leurs rondeurs, les pointes sombres qui se dressaient légèrement sous l'effet de l'eau et de la chaleur.

« C'est bon ? demanda-t-elle à son tour.

— Oui... c'est bon. »

Il y avait dans la voix de Hanane quelque chose qui ressemblait à un sourire, un amusement contenu qui faisait battre le cœur de Dalila plus vite. Elle continua à laver son dos, s'attardant sur les omoplates, la colonne vertébrale, le creux des reins. Elle sentait la chaleur de sa peau sous ses doigts, sentait la vie qui coulait en elle comme une rivière.

Les jours suivants, elles se revirent souvent. Le village était petit, et les visites entre familles étaient une tradition, une façon de tuer le temps, de maintenir les liens. Dalila allait chez Hanane, et Hanane venait chez elle. Elles s'asseyaient sous le figuier, buvaient du thé à la menthe, parlaient de Tunis, de l'université, des films qu'elles avaient vus. Elles riaient, se taquinaient, se confiaient des secrets.

Dalila apprit que Hanane était fiancée. Son mariage était prévu pour l'été prochain, un mariage arrangé par leurs parents, comme c'était la coutume. Elle était promise à un cousin éloigné, un homme qu'elle n'avait vu que deux fois, un homme dont elle ne parlait jamais sans un sourire un peu triste. Dalila sentit quelque chose se briser en elle, quelque chose qu'elle n'avait pas su nommer mais qui était là, qui avait toujours été là.

« Es-tu heureuse ? demanda-t-elle un soir, alors qu'elles étaient assises sur le toit de la maison de Hanane, regardant le ciel étoilé.

— Heureuse ? répéta Hanane en riant. C'est une question étrange. Je suis... résignée, je crois. C'est comme ça que ça se passe, ici. On n'a pas le choix. »

Dalila la regarda, ses yeux bruns brillant sous la lumière des étoiles. Elle voulut lui dire quelque chose, quelque chose d'important, mais les mots ne vinrent pas. Elle posa juste sa main sur celle de Hanane, et elles restèrent ainsi, silencieuses, à regarder le ciel.

Un soir, Dalila rendit visite à la famille de son oncle. La soirée s'étira, le thé coula, les rires résonnèrent sous la tonnelle. Le sommeil commençait à gagner les plus jeunes, et les parents, fatigués, se retirèrent un à un. Ismail et Khadija, sachant que Dalila était une grande fille, rentrèrent sans elle, confiants qu'elle serait bien accueillie.

Hanane proposa à Dalila de rester pour la nuit. Il y avait une chambre libre, un petit lit qui attendait. Dalila accepta, un peu surprise, un peu émue. Elle suivit Hanane dans la chambre, une pièce simple aux murs blancs, avec une fenêtre qui donnait sur le jardin.

« Voilà, dit Hanane en désignant le lit. C'est à toi. Dors bien. »

Elle allait sortir quand Dalila la retint par le bras.

« Hanane... »

« Oui ? »

Dalila ne savait pas ce qu'elle voulait dire. Elle sentait les mots se brouiller dans sa tête, se mélanger à une envie qu'elle ne comprenait pas tout à fait.

« Tu peux rester un peu ? »

Hanane la regarda, un sourire aux lèvres. Elle s'assit sur le bord du lit, près de Dalila.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as peur de dormir toute seule ? »

Dalila rit, un rire nerveux.

« Peut-être. Ici, c'est différent. À Tunis, j'ai toujours quelqu'un avec moi. »

Hanane posa sa main sur la sienne, un geste doux, un geste qui disait "je suis là".

« Je peux rester, si tu veux. »

Elle s'allongea sur le lit, à côté de Dalila. Le lit était étroit, et leurs corps se touchaient, une chaleur qui montait entre elles comme une flamme. Dalila sentait la respiration de Hanane, sentait le battement de son cœur, un rythme qui s'accélérait, comme le sien.

« Hanane... »

« Quoi ? »

Dalila se tourna vers elle, ses yeux rencontrant les siens dans la pénombre. Elle ne savait pas ce qu'elle allait faire. Elle savait juste qu'elle ne pouvait pas résister à l'envie qui montait en elle, une envie qui était plus forte que la raison, plus forte que la peur.

Elle se pencha vers Hanane et l'embrassa sur la bouche.

Le baiser fut doux, hésitant, un baiser qui cherchait une réponse. Hanane resta immobile une seconde, puis elle répondit. Ses lèvres s'ouvrirent, sa langue rencontra celle de Dalila, et le baiser devint plus profond, plus passionné. Dalila sentit ses mains glisser sur le corps de Hanane, sentir la courbe de ses hanches sous le tissu de sa robe, la chaleur de sa peau à travers le coton fin.

Elle glissa sa main sous la robe de Hanane, ses doigts rencontrant la douceur de son ventre, la rondeur de ses seins. Hanane gémit, un son étouffé contre les lèvres de Dalila, ses doigts s'enfonçant dans ses cheveux, l'attirant plus près.

Dalila fit glisser la robe sur les épaules de Hanane, révélant ses seins nus, deux globes parfaits dont les pointes se dressaient, sombres et dures, sous l'effet de l'excitation. Elle se pencha, prit un sein dans sa bouche, le suçant doucement, sa langue tournant autour du mamelon. Hanane cria, un cri étouffé, ses doigts se crispant sur les épaules de Dalila.

« Oui... murmura-t-elle. Ne t'arrête pas. »

Dalila continua, sa bouche passant d'un sein à l'autre, ses doigts glissant le long du ventre de Hanane, s'enfonçant entre ses cuisses. Elle sentit l'humidité, la chaleur, le désir qui coulait en elle comme une rivière.

« Enlève ta robe, ordonna-t-elle doucement.

Hanane obéit, ses doigts dénouant les lacets, laissant tomber le tissu sur le sol. Elle était nue, offerte, ses jambes légèrement écartées, ses bras le long du corps. Dalila la regarda, fascinée par la beauté de cette chair blanche, par la courbe de ses hanches, la rondeur de ses seins, la fente entre ses cuisses, un triangle sombre qu'elle voulait explorer.

Elle se pencha sur elle, sa bouche descendant le long de son cou, de sa poitrine, de son ventre. Elle sentit les muscles de Hanane se contracter sous ses lèvres, sentit ses doigts s'enfoncer dans ses cheveux. Elle atteignit l'entrejambe, là où le désir était le plus fort, là où la chaleur était la plus intense. Elle lécha la fente, sentant le goût de Hanane sur sa langue, un goût salé et doux à la fois, un goût qui l'enivra.

« Oh... Dalila... »

Hanane se cambra, ses mains s'agrippant aux draps, ses jambes s'écartant plus largement. Dalila continua, sa langue explorant chaque repli, chaque pli, s'attardant sur le clitoris qui se dressait, dur et palpitant, sous sa caresse. Elle le suça, le mordilla doucement, sentant Hanane frémir sous elle, sentant son plaisir monter comme une vague.

« Je vais... je vais... »

« Viens, Hanane. Laisse-toi aller. »

Hanane cria, un cri qui n'était pas un cri mais un gémissement, un son qui venait du fond de son être. Son corps se contracta, ses jambes se refermant autour de la tête de Dalila, la maintenant prisonnière de son plaisir. Dalila sentit les spasmes la traverser, sentit les vagues de jouissance la submerger, et elle continua, ne s'arrêtant pas, voulant prolonger ce moment.

Quand Hanane se calma, Dalila se glissa sur elle, l'embrassant sur la bouche, goûtant son propre plaisir sur ses lèvres.

« À ton tour, murmura Hanane en souriant.

Elle fit glisser Dalila sur le dos, sa bouche descendant le long de son corps, imitant les gestes que Dalila avait fait pour elle. Elle lécha ses seins, les suçant, les mordillant, sentant les pointes se dresser sous ses lèvres. Elle descendit vers son ventre, vers la fente humide qui l'attendait.

« Tu es belle, Dalila. Si belle. »

Elle lécha sa vulve, sa langue explorant chaque centimètre, s'attardant sur le clitoris, le suçant, le caressant avec une douceur infinie. Dalila se cambra, sentant le plaisir monter en elle comme une marée.

« Hanane... oh... Hanane... »

Elle jouit, un orgasme qui semblait durer une éternité, un orgasme qui la laissa tremblante, les larmes aux yeux. Elle sentit Hanane se glisser contre elle, leurs corps se collant, leurs seins se frottant, leurs jambes s'entrelaçant.

« Reste avec moi, murmura Dalila.

— Je reste. »

Elles se frottèrent l'une contre l'autre, leurs vulves se touchant, se caressant, leurs clitoris se frôlant dans un rythme lent, un rythme qui les porta à nouveau vers l'extase. Elles jouirent ensemble, leurs corps se mouvant comme un seul, leurs cris se mêlant dans un chant qui remplissait la chambre.

Elles ne s'insérèrent pas les doigts, par peur de la défloration, par respect de la virginité de Hanane. Mais elles trouvèrent d'autres chemins, d'autres caresses, d'autres manières de se posséder. Elles s'embrassèrent, se léchèrent, se frottèrent, jusqu'à l'épuisement.

Finalement, elles se rhabillèrent, leurs corps encore chauds, leurs esprits encore embrumés par le plaisir. Elles se blottirent l'une contre l'autre, les bras de Hanane enserrant la taille de Dalila, les doigts de Dalila caressant les cheveux de Hanane.

« C'était... merveilleux, murmura Dalila.

— Oui, répondit Hanane. Je n'ai jamais ressenti ça. »

Elles restèrent silencieuses, écoutant les bruits de la nuit, le vent dans les oliviers, le chant des grillons. L'été n'était pas fini. Il ne faisait que commencer.

Dalila se tourna vers Hanane, la regarda dans les yeux.

« Et maintenant ? demanda-t-elle.

— Maintenant, on attend, répondit Hanane en souriant. Et on profite de chaque moment. »

Elle posa un baiser sur le front de Dalila, un baiser qui était une promesse. Elles s'endormirent dans les bras l'une de l'autre, heureuses, pour la première fois, de ce qu'elles étaient.

L'été s'annonçait délicieux, un été de secrets et de caresses, un été qui changerait leur vie à jamais.





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Le Souffle du Corail (nouvelle)

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Le Souffle du Corail





La lumière de Tabarka, à six heures du matin, n'était pas une caresse mais une lame de miel liquide qui tranchait la mer Tyrrhénienne. Elle venait frapper les récifs de corail rouge comme une promesse de brûlure, s'infiltrant dans les criques secrètes où l'eau, d'un turquoise si profond qu'il en devenait noir, gardait les secrets des épaves phéniciennes et des amours interdites. Cette lumière avait une texture particulière, une densité presque palpable qui semblait vouloir s'accrocher à la peau comme un voile de soie trop lourd. Elle réveillait les couleurs enfouies, les rouges sombres des anémones, les verts émeraude des algues, les bleus violacés des oursins tapis dans les fissures du granit. Et elle réveillait aussi, dans le corps de Léa, une douleur sourde, une faim qui n'avait pas de nom.

Léa, trente-deux ans, était assise sur le rebord de la terrasse de sa villa blanche, accrochée à la falaise comme un nid d'hirondelle de pierre. Elle portait une simple chemise de lin blanc, ouverte sur sa poitrine généreuse, ses seins lourds et bronzés reposant sur ses avant-bras croisés. Elle avait cette manière particulière de s'asseoir, les jambes pendantes dans le vide, les orteils effleurant parfois la roche chauffée par le soleil levant, comme si elle cherchait à toucher le monde du bout des pieds sans jamais s'y engager vraiment. Ses cheveux sombres, coupés courts, collaient à ses tempes, imprégnés par l'humidité salée qui montait des vagues. Leurs mèches, encore humides de la plongée matinale, dessinaient des volutes sur sa nuque, laissant apparaître une petite cicatrice blanche, héritage d'une rencontre trop brutale avec un récif, qui courait le long de son deltoïde comme une ligne de vie tracée par un dieu marin.

Elle regardait la mer. Mais elle ne la voyait pas. Elle voyait le visage de Samir, qu'elle avait laissé à Tunis trois semaines plus tôt. Elle revoyait ses yeux, ce brun sombre qui virait au noisette quand il était en colère ou quand il désirait, ce regard qu'il avait posé sur elle pour la dernière fois, sur le parking d'un hypermarché de la banlieue nord, un regard chargé de promesses et de mensonges. Elle revoyait ses mains, ces mains d'ingénieur qui savaient pourtant caresser avec une douceur d'artisan, ses doigts longs et calleux qui traçaient des chemins sur sa peau comme on trace des routes sur une carte. Elle revoyait son sourire, ce sourire un peu triste qu'il avait quand il savait qu'il allait la décevoir, ce pli au coin des lèvres qui disait "je t'aime" et "je suis désolé" dans le même souffle.

Trois semaines de silence. Trois semaines à compter les jours sur les dalles de marbre de sa salle de bain, à se demander si le dernier baiser qu'ils avaient échangé, ce baiser volé sur le parking d'un hypermarché, était un adieu ou un commencement. Elle avait compté les nuits sur ses doigts, les doigts de sa main gauche, puis de sa main droite, puis elle avait recommencé, comme si recommencer pouvait changer la fin. Il était marié. Elle le savait depuis le début, depuis ce soir de décembre où il lui avait avoué, la voix blanche, qu'il y avait une autre femme, une femme légitime, une femme qu'il ne pourrait jamais quitter. Elle avait accepté les fragments de temps qu'il lui offrait, les nuits volées dans des hôtels de passage, les messages codés qu'ils s'envoyaient comme des prisonniers politiques, les rendez-vous fixés à la dernière minute dans des cafés de la médina où personne ne les connaissait. Elle avait accepté d'être l'ombre, la seconde, la presque-femme. Mais maintenant, l'absence avait la consistance d'un roc, une masse immobile et silencieuse qui pesait sur sa poitrine comme une enclume.

Elle se rappelait la première fois qu'ils s'étaient rencontrés, ici même, sur cette plage secrète, deux ans plus tôt. Il était venu à Tabarka pour un projet de construction, un barrage ou une digue, elle ne se souvenait plus. Elle plongeait dans la grotte du corail, comme elle le faisait tous les matins, et en remontant, elle l'avait vu, debout sur le sable, les pieds dans l'eau, la regardant comme si elle était une sirène sortie des profondeurs. Il avait ce regard, ce regard d'homme qui vient de trouver ce qu'il cherchait sans le savoir, ce mélange de surprise et d'évidence qui la fit rire. Elle rit encore en y repensant, un rire amer qui se brisa contre la mer.

Un bruit. Pas le cri des goélands, ni le clapotis régulier des vagues. Un bruit de pas sur le gravier de l'allée. Un pas qu'elle connaissait par cœur, qu'elle avait entendu dans ses rêves comme un battement de cœur, comme une promesse qu'elle n'osait plus faire. Elle ferma les yeux, une seconde, pour savourer l'illusion, pour laisser le bruit résonner en elle avant de confronter la réalité.

Elle ne se retourna pas.

« Je t'ai senti arriver, dit-elle, sa voix plus grave que d'ordinaire, chargée d'une tension qui faisait vibrer l'air entre eux. Je t'ai senti dans le vent, dans l'odeur du sel. Tu as pris la route de la côte, tu t'es arrêté à Béja pour acheter des figues de Barbarie, tu as failli t'endormir au volant juste après Jendouba. »

Un temps. Puis sa voix, cette voix grave qu'elle connaissait aussi bien que la sienne, cette voix qui avait le pouvoir de lui faire oublier le monde.

« J'ai conduit toute la nuit. Sans m'arrêter. Sans écouter la radio. Sans penser à rien d'autre qu'à toi. Je voulais te voir avant que le soleil ne se lève, mais j'ai perdu du temps à chercher des figues. Je savais que tu les aimais. »

Il s'approcha. Samir. La quarantaine passée, une silhouette d'homme que le temps n'avait pas affaiblie mais sculptée, comme la mer sculpte les rochers. Ses épaules, larges, semblaient porter le poids de toute la Méditerranée, et ses bras, musclés par des années de travail en extérieur, pendaient le long de son corps avec une lassitude qui n'était pas de l'épuisement mais de l'émotion contenue. Il était vêtu d'un simple jean usé, blanchi par le soleil et les lavages, et d'un tee-shirt blanc qui moulait son torse, révélant les muscles qui se dessinaient sous la peau tannée, un réseau de veines saillantes sur ses avant-bras. Il avait les mains d'un homme qui savait ce que c'était que de tenir fermement, des mains larges aux phalanges noueuses, des mains qui avaient construit des barrages et qui savaient caresser le corps d'une femme avec la même précision.

Elle se retourna enfin. Leurs regards se croisèrent comme deux lames qui s'entrechoquent, un choc silencieux qui fit vibrer l'air autour d'eux. Elle le regarda comme on regarde une blessure que l'on croyait cicatrisée, avec ce mélange de douleur et de fascination que seuls les amours impossibles savent susciter. Dans ses yeux à lui, il y avait une fatigue profonde, des cernes creusés par trois semaines d'insomnie, mais aussi une faim qu'il ne pouvait pas cacher, un appétit qui brûlait au fond de ses prunelles comme une braise sous la cendre. Il détailla ses jambes nues, pendantes dans le vide, la courbe de ses hanches sous le lin blanc, la façon dont le tissu s'ouvrait sur sa poitrine pour révéler le début de ses seins. Elle soutint son regard, défiant l'intensité de son désir par un désir égal, une flamme qui n'avait jamais vraiment faibli.

« Tu ne m'as pas répondu, dit-elle sans ciller. Pas un mot. Pas un message. Rien. Trois semaines à me demander si tu étais mort, ou si tu avais juste décidé que j'étais un mauvais rêve dont il fallait se réveiller. »

« Je n'ai pas pu. J'ai passé ces trois semaines à essayer de trouver les mots pour te dire que je ne peux pas la quitter. Pas comme ça. Pas encore. Elle a besoin de moi, Léa. Pour les enfants, pour les comptes, pour tout ce que j'ai construit avec elle. Je ne peux pas juste... laisser tomber. »

« Alors pourquoi es-tu ici ? »

La question tomba comme un couperet, tranchant le fil de leurs hésitations. Elle se leva d'un geste brusque, ses muscles se tendant, et la chemise de lin glissa sur son épaule, révélant la cicatrice, ce dessin blanc sur sa peau cuivrée. Elle s'approcha de lui, si près qu'il pouvait sentir l'odeur de son cou, un mélange de sel, de gardénia et de cette sueur légère que la chaleur faisait perler sur sa nuque. Elle le dominait sans le dominer, sa présence emplissant l'espace comme une marée montante.

« Je suis ici parce que je ne peux pas vivre sans ton corps, Léa. Sans la chaleur de ta peau quand tu te tournes vers moi la nuit. Sans la façon dont tu me mords l'épaule quand je te prends, comme si tu voulais marquer ta possession. J'ai essayé. J'ai cru que je pouvais revenir à ma vie d'avant, à mes habitudes, à mon lit vide. Mais tout est faux. La lumière est fausse, l'air est faux, le goût du café est faux. Tout me ramène à toi, à cette terrasse, à cette villa, à cette mer qui te ressemble. »

« Alors laisse-la. »

« Ce n'est pas si simple. »

« Si. C'est simple, Samir. Tu restes avec elle, tu retournes à ta vie de mensonges et de demi-vérités, ou tu viens avec moi. Pas de troisième option. Pas de compromis. Pas de "je viendrai te voir quand je peux". C'est elle ou moi. Choisis. »

Un silence. Un silence si profond qu'il semblait absorber le bruit de la mer, le cri des goélands, le souffle du vent. Un silence qui pesait plus lourd que tous les mots qu'ils auraient pu échanger. Elle le regardait, ses yeux verts ne le lâchant pas, et dans ses yeux, il vit une douleur si pure qu'elle le fit chanceler. Elle avait tant attendu, tant espéré, tant cru que l'amour suffirait à briser les chaînes du monde. Et maintenant, elle était là, offerte et vulnérable, lui demandant de choisir entre la vie qu'il avait bâtie et celle qu'il aurait pu avoir.

Il fit un pas vers elle. Un pas qui semblait peser une tonne, un pas qui traversait trois semaines de silence, une vie de mensonges, une mer de doutes. Il posa ses mains sur ses hanches, sentant la chaleur de sa peau à travers le lin fin, et il laissa ses doigts s'enfoncer dans la chair, comme pour s'assurer qu'elle était réelle, qu'elle n'était pas une illusion née de son désespoir.

« Tu ne me dis pas que tu veux partir avec moi, dit-elle en soutenant son regard. Tu me dis que tu veux mon corps. C'est différent. Et c'est pour ça que je vais te le donner. Mais pas comme tu l'imagines. Pas comme un cadeau que tu prends avant de repartir. Pas comme un dernier repas avant l'exécution. »

Elle le saisit par le col de son tee-shirt, ses doigts s'enfonçant dans le tissu, et elle l'attira à l'intérieur de la villa. Il la suivit comme un somnambule, ses pas mal assurés, son cœur battant la chamade. Il savait ce qui l'attendait. Il l'avait toujours su. Léa était une femme qui prenait ce qu'elle voulait, et ce qu'elle voulait maintenant, c'était le briser pour mieux le reconstruire.

La chambre de Léa n'était pas une pièce. C'était un sanctuaire de lumière et de transparence, une bulle d'air au-dessus de l'abîme. Les murs, peints en blanc éclatant, laissaient entrer la mer par tous leurs pores, projetant des reflets bleutés sur le sol de marbre, des vagues de lumière qui dansaient sur les dalles comme des méduses phosphorescentes. Le lit, immense, était recouvert de draps de lin brun, d'une rugosité qui contrastait avec la douceur de la peau, une texture qui rappelait le sable chaud, le corps d'un amant. Au-dessus du lit, une grande photo en noir et blanc : une plongeuse, corps de femme, glissant dans une eau sombre, ses membres s'ouvrant comme une fleur de chair, ses cheveux flottant autour de sa tête comme une couronne d'algues.

Samir se tenait au centre de la pièce, les bras ballants, la vulnérabilité de l'homme fort qui vient de comprendre qu'il n'est pas maître de la situation. Il regardait cette chambre qu'il connaissait par cœur, chaque objet, chaque détail, chaque souvenir gravé dans sa mémoire comme les hiéroglyphes d'une civilisation disparue. Il voyait la table de nuit où elle posait toujours son verre d'eau, le fauteuil où elle lisait le soir, la fenêtre où elle s'asseyait pour regarder la mer. Et il voyait Léa, debout devant lui, ses yeux verts brillant d'une lueur qu'il n'avait jamais vue, une lueur de prédatrice.

« Déshabille-toi, ordonna-t-elle. »

Sa voix avait changé. Elle n'était plus la femme qui attendait, celle qui suppliait presque. Elle était redevenue celle qu'il avait connue dans les premiers mois de leur liaison : une femme qui savait ce qu'elle voulait et qui le prenait, qui n'attendait pas la permission, qui ne demandait pas la permission. Elle était la mer, la tempête, le corail qui coupe la chair.

Il obéit. Il retira son tee-shirt d'un geste lent, un geste qui voulait dire "je suis à toi" et "je suis terrifié" dans le même mouvement. Il révéla un torse musclé où le poil brun, grisonnant sur la poitrine, soulignait la puissance de ses pectoraux et la courbe de ses abdominaux, une musculature solide mais pas exhibitionniste, celle d'un homme qui travaille avec son corps sans chercher à le montrer. Il défit son jean, le laissa tomber sur le sol de marbre, puis son boxeur, une simple bande de coton noir qu'il porta toujours, comme un dernier rempart contre l'intimité. Il se tenait nu devant elle, son sexe déjà à moitié dressé, tressaillant sous l'effet du désir et de la honte mêlés, une honte qu'elle lisait dans ses yeux comme on lit un livre ouvert.

Elle ne le toucha pas immédiatement. Elle fit le tour de lui, ses pieds nus frappant le marbre avec une légèreté de chatte, ses yeux parcourant chaque centimètre de sa peau comme on inspecte un objet précieux avant de l'acheter. Elle s'arrêta derrière lui, posa une main sur son épaule, une main qui brûlait comme un fer rouge, et elle sentit la tension de ses muscles, cette tension qu'elle allait briser, morceau par morceau, caresse par caresse.

« Tu es venu ici pour être possédé, Samir. Pas pour me posséder. Tu comprends ça ? »

« Je... je ne sais pas. »

« Tu vas apprendre. Et tu vas apprendre à aimer ça. Parce que c'est la seule façon dont je vais te garder. Pas en étant celle qui attend, celle qui espère, celle qui pardonne. Mais en étant celle qui prend. »

Elle le poussa doucement vers le lit. Il s'allongea sur le dos, la tête renversée en arrière, les mains à plat sur les draps, ses doigts s'enfonçant dans le lin rugueux comme pour chercher une ancre. Il était offert, vulnérable, et pour la première fois, il se sentit libéré. Il n'avait plus à mentir, plus à cacher, plus à faire semblant d'être l'homme qu'il n'était pas. Il était juste Samir, nu, désirant, désiré.

Elle était nue maintenant, elle aussi. Sa chemise de lin gisait abandonnée sur le sol, un carré blanc dans l'océan de marbre. Son corps était un chef-d'œuvre de rondeurs et de fermeté, un paysage de collines et de vallées que le soleil avait dessiné en ombres et en lumières. Ses seins, lourds et généreux, pointaient vers lui avec une arrogance tranquille, leurs pointes sombres durcies par l'excitation, par l'air frais qui venait de la mer, par le désir qui brûlait en elle depuis trois semaines. Ses hanches dessinaient une courbe sensuelle, une courbe qui appelait les mains, les lèvres, les dents, et entre ses cuisses, un duvet sombre, finement taillé, laissait deviner la fente humide, cette fente qu'elle allait lui offrir, mais pas comme il l'imaginait.

Elle monta sur lui, s'installant à califourchon sur son ventre. Le contact de sa peau contre la sienne fut une décharge électrique qui parcourut tout son corps, une décharge qui fit se contracter ses muscles, qui fit se dresser ses poils, qui fit battre son cœur plus fort. Elle sentit son sexe se raidir contre ses fesses, une barre de chair brûlante qui réclamait sa liberté, et elle le caressa distraitement du bout des doigts, sans le saisir, juste pour le faire frémir, pour lui rappeler qui était maître du jeu.

« Tu veux que je te prenne ? demanda-t-elle, sa voix plus basse maintenant, plus rauque, chargée de cette autorité tranquille qui le faisait fondre. »

« Oui. »

« Dis-le correctement. »

« Je veux que tu me prennes, Léa. Je veux que tu me possèdes, que tu me brises, que tu me fasses oublier mon nom. Je veux être ton jouet, ton esclave, ton amant. »

Elle sourit, un sourire carnassier qui n'avait rien de la douceur de l'amoureuse. Elle se glissa sur lui, s'asseyant sur son ventre, puis remonta jusqu'à son torse, ses seins effleurant son visage. Il gémit, cherchant à les saisir, mais elle l'en empêcha en attrapant ses poignets et en les maintenant au-dessus de sa tête, ses doigts s'enfonçant dans sa peau comme des griffes.

« Pas encore. D'abord, je veux que tu me regardes. Je veux que tu voies ce que tu ne pourras jamais posséder si tu ne te soumets pas. »

Elle se mit à se caresser. Lentement, les yeux fixés sur les siens, elle glissa une main entre ses jambes, ses doigts s'enfonçant dans sa fente humide. Elle gémit, un son profond, guttural, qui fit vibrer les parois de la pièce, un son qui semblait venir du fond de la mer. Samir la regardait, fasciné, son sexe devenant douloureusement dur, chaque mouvement de ses doigts le rapprochant de l'explosion. Il voyait ses yeux se fermer, ses lèvres s'entrouvrir, ses seins se soulever sous l'effet du plaisir. Il la voyait s'abandonner à elle-même, une femme qui se suffisait à elle-même, une femme qui n'avait pas besoin de lui.

« Tu vois ? murmura-t-elle, sa voix n'étant plus qu'un souffle. Je n'ai pas besoin de toi pour ça. Mais je te veux. Pas pour que tu me domines. Pour que tu te soumettes à mon rythme. »

Elle le libéra, se pencha sur lui et posa ses lèvres sur les siennes. Le baiser fut long, profond, une exploration de leur salive mêlée, une plongée dans l'inconnu. Elle goûtait sa bouche, son souffle, sa vie. Puis elle descendit, sa langue traçant un chemin sur son cou, sa poitrine, ses abdominaux, jusqu'à son nombril. Elle s'arrêta là, à quelques centimètres de son sexe, le regardant palpiter, le sentant frémir sous l'effet de sa chaleur, de son souffle.

« Tu es prêt, Samir ? »

« Oui... s'il te plaît... »

Elle le prit en bouche. Le choc fut immédiat. Sa langue, chaude et experte, enveloppa son gland, le caressant avec une lenteur torturante. Elle le suçait avec une autorité tranquille, sachant exactement quand accélérer, quand ralentir, quand mordre, quand lécher. Elle faisait de son corps un instrument, et elle en jouait comme on joue d'un violon, avec une précision qui le faisait frémir jusqu'à la moelle. Samir se cambra, ses mains s'enfonçant dans ses cheveux, mais elle les repoussa sans ménagement, reprenant le contrôle, lui rappelant qui était la maîtresse du jeu.

« Je n'ai pas dit que tu pouvais toucher. Tu es là pour être servi. Pas pour servir. »

Elle le suça encore quelques minutes, le portant au bord de l'orgasme, le laissant flotter entre le plaisir et la douleur, puis elle s'arrêta brusquement, le laissant haletant, le sexe ruisselant de sa salive, les muscles de ses cuisses tremblants. Elle le regarda avec un sourire de satisfaction, un sourire qui disait "tu es à moi, maintenant, et tu le seras toujours".

« Maintenant, dit-elle en se positionnant sur lui, je vais te prendre. Mais pas comme tu l'imagines. Pas comme une femme qui se soumet. Comme une femme qui possède. »

Elle guida son sexe vers son entrée, s'empalant sur lui d'un mouvement lent et déterminé. Il entra en elle avec un bruit humide, un son qui résonna dans la pièce comme un accord, et elle le sentit remplir son ventre, une sensation de plénitude qui la fit gémir. Elle commença à bouger, ses hanches décrivant des cercles lents, ses fesses claquant contre ses cuisses avec une régularité de métronome. Elle prenait son plaisir, sans se soucier du sien, sachant que la simple vue de son corps en mouvement suffirait à le faire craquer, que la simple vision de sa chair ondulant sous la lumière suffirait à le mener au bord de l'explosion.

« Regarde-moi, Samir. Regarde ce que tu ne pourras jamais posséder si tu ne te donnes pas entièrement. »

Il la regardait, fasciné, son corps se tendant sous l'effet de l'extase. Mais elle n'accéléra pas. Elle ralentit, au contraire, laissant chaque mouvement s'étirer comme une vague qui ne se brise pas, un roulis lent qui le portait vers des rivages inconnus. Elle jouait avec lui comme un chat avec une souris, le faisant approcher du point de non-retour, puis reculer, encore et encore, le laissant suspendu entre le désir et la frustration.

« Je... je vais... balbutia-t-il, la voix étranglée par l'émotion. »

« Pas encore. »

Elle se retira de lui, le laissant en suspens, son sexe battant l'air comme une flamme. Elle se coucha sur le dos, écartant les jambes, les mains derrière la tête, une offrande qui n'était pas une soumission. Le soleil couchant, à travers la fenêtre, dessinait des rayures de lumière sur son corps, soulignant chaque courbe, chaque creux.

« Maintenant, tu peux. Mais c'est moi qui décide quand. »

Il se jeta sur elle, s'enfonçant en elle avec une fureur contenue, une fureur qui n'était pas de la violence mais de la passion, une fureur qui venait de trois semaines de silence, de trois semaines de doute, de trois semaines à se demander s'il allait jamais la revoir. Mais elle le saisit par les hanches, ralentissant son rythme, le forçant à une cadence lente, presque mélancolique, comme une chanson triste que l'on chante au bord de la mer. Il s'abandonna à elle, laissant son corps se mouvoir selon ses désirs à elle, laissant sa chair se fondre à la sienne.

« Oui... murmura-t-elle. Comme ça... Plus profond... »

Il s'enfonça au plus profond d'elle, et elle cria son nom, un cri qui résonna dans la pièce comme un ouragan, un cri qui semblait venir du fond des âges. Elle jouit, ses muscles se contractant autour de lui, l'aspirant dans une étreinte qui le fit éjaculer presque immédiatement. Il se vida en elle, brûlant, abondant, chaque jet étant un soulagement, une promesse, une délivrance, tandis qu'elle continuait de bouger, prolongeant son plaisir jusqu'à l'épuisement.

Ils restèrent ainsi, entrelacés, leurs corps luisants de sueur, leurs souffles se mêlant dans un rythme qui devenait plus lent, plus régulier. Le silence qui suivit fut celui d'une mer d'huile, une immobilité totale qui laissait place aux battements de leurs cœurs, à la respiration de la nuit qui commençait à tomber sur Tabarka.

Samir gisait sur le dos, le regard perdu dans le plafond blanc, ses doigts caressant distraitement les draps comme s'il cherchait à s'accrocher à quelque chose. À côté de lui, Léa s'était tournée sur le côté, le visage appuyé sur sa main, observant les traces de son passage sur sa peau, les marques rouges sur ses épaules, les égratignures sur son dos, les morsures sur son cou.

« Tu sais ce que je vais faire ? demanda-t-elle d'une voix douce, presque tendre, une voix qui n'avait plus l'autorité de tout à l'heure mais une vulnérabilité nouvelle.

— Non, répondit-il, la gorge nouée.

— Je vais te laisser partir. Pas parce que je ne t'aime plus, mais parce que je ne peux pas être la seconde. Je mérite mieux que des restes de temps volés. Je mérite d'être la première, la seule, l'unique. »

Il tourna la tête vers elle, ses yeux s'emplissant d'une douleur qu'elle n'avait jamais vue, une douleur qui n'était pas de la colère ou de la frustration, mais de la tristesse pure.

« Mais je t'aime.

— Je sais. Mais ce n'est pas assez. Pas comme ça. Pas quand tu rentres chez toi le soir, pas quand tu te réveilles à côté d'une autre, pas quand tu mens à tout le monde, y compris à toi-même. »

Elle se leva, nue, son corps se découpant contre la lumière de la mer. Elle traversa la pièce, se dirigea vers la fenêtre, et ouvrit grand les battants. L'air marin, chaud et salé, envahit la pièce, emportant avec lui l'odeur de leur sexe, l'odeur de leurs corps mêlés, l'odeur de ce moment qu'ils ne retrouveraient peut-être jamais.

« Regarde, dit-elle. »

Il se leva, s'approcha d'elle. Au loin, sur la mer, une barque de pêcheur tirait ses filets, une silhouette solitaire dans l'immensité bleue, une petite tache noire qui se déplaçait lentement. Les récifs de corail, à quelques centaines de mètres du rivage, formaient une barrière rougeâtre sous l'eau transparente, une barrière qui protégeait la crique, qui gardait ses secrets, qui veillait sur les amants.

« C'est beau, murmura-t-il, ne comprenant pas où elle voulait en venir.

— C'est la beauté de Tabarka, Samir. Une beauté qui ne demande rien. Qui ne t'attend pas. Elle est là, et elle ne te jugera pas si tu pars. Elle est là, et elle t'aimera même si tu ne reviens jamais. »

Elle se tourna vers lui, une lueur de tristesse dans les yeux, mais aussi une force qu'il n'avait jamais vue, une force qui venait de la mer, du vent, du corail.

« Pars, Samir. Rentre chez toi. Ne reviens pas tant que tu n'auras pas fait ton choix. Et quand tu l'auras fait, tu sauras où me trouver. »

Il posa sa main sur sa joue, effleurant ses lèvres du pouce, un geste qui voulait dire "je t'aime" et "je suis désolé" dans le même mouvement.

« Si je reviens, ce sera pour rester.

— Alors reviens. Mais ne me fais pas attendre trop longtemps. La mer, elle, ne sait pas patienter. »

Il s'habilla en silence, un silence qui pesait plus lourd que tous les mots qu'ils auraient pu échanger. Il boutonna sa chemise, enfila son jean, noua ses lacets, chaque geste étant un adieu. Au moment de passer la porte, il se retourna une dernière fois. Elle était toujours debout devant la fenêtre, nue, les bras croisés sur sa poitrine, le regard perdu dans l'horizon.

« Je t'aime, Léa.

— Je sais, murmura-t-elle.

Et il partit, emportant avec lui l'odeur de sa peau, le souvenir de son corps, et la promesse d'un choix qu'il devrait faire avant que les marées ne s'inversent.

Six jours passèrent. Six jours de silence, de rêves fiévreux, de nuits où elle se réveillait en sueur, le corps tremblant d'un désir inassouvi. Léa avait repris sa routine : plongée matinale dans les eaux cristallines de la grotte du corail, café sur la terrasse, lectures de romans d'amour qu'elle détestait mais qui l'aidaient à se sentir moins seule. Elle avait repris ses habitudes, mais chaque geste était un rappel de son absence, chaque instant un combat contre l'oubli.

Elle plongeait tous les matins. C'était son rituel, sa prière, sa façon de se purifier. Elle glissait dans l'eau turquoise, les bras tendus, les jambes battant régulièrement, descendant vers les profondeurs où la lumière se faisait plus rare, où le silence était total. Là, sous la surface, elle retrouvait une paix qu'elle ne trouvait pas sur la terre ferme. Les poissons, les anémones, les coraux, tout lui parlait d'un monde où les mots n'avaient pas de sens, où seul comptait le mouvement, la respiration, la vie.

Puis, le sixième jour, un message. Un simple message, venu de Tunis, sur son téléphone posé sur la table de nuit.

« Je viens. Je reste. »

Pas de détails. Pas d'excuses. Pas de longs discours sur les enfants, les comptes, les obligations. Juste une promesse. Une promesse qu'elle avait attendue pendant trois semaines, une promesse qu'elle n'osait plus croire possible.

Il arriva en fin d'après-midi, alors que le soleil commençait à basculer derrière les montagnes, incendiant le ciel d'un rouge de braise, d'un rose de chair, d'un orange de fruit mûr. Elle l'attendait sur la plage, une petite crique cachée entre deux falaises, là où ils s'étaient rencontrés pour la première fois, deux ans plus tôt. C'était leur plage, leur sanctuaire, leur secret. Elle était nue. Pas de maillot de bain, pas de paréo. Juste sa peau bronzée, ses hanches larges, ses seins offerts à la lumière déclinante. Elle se tenait debout, les bras légèrement écartés, les pieds dans l'eau qui venait mourir sur ses chevilles, la mer qui l'accueillait comme une mère, comme une amante, comme une promesse.

Il s'approcha d'elle, la regardant comme s'il voyait une femme pour la première fois, avec ce regard d'émerveillement qu'on a quand on trouve quelque chose qu'on croyait perdu à jamais.

« Elle le sait, dit-il. Je lui ai tout dit. Je lui ai parlé de toi, de nous, de ce que j'étais devenu. Elle m'a jeté. Elle m'a dit de ne plus revenir. Mais c'est mieux ainsi. C'est mieux pour elle, c'est mieux pour les enfants, c'est mieux pour tout le monde. »

Léa ne répondit pas. Elle s'avança vers lui, posa ses mains sur son visage, ses doigts parcourant ses pommettes, ses tempes, ses lèvres, comme si elle voulait graver chaque détail dans sa mémoire. Et elle l'embrassa. Un baiser long, profond, qui goûtait le sel, la promesse, la rédemption. Il sentit ses larmes sur ses joues, ses larmes à elle, mêlées aux siennes, et il comprit que ce baiser était un adieu à leur passé et un commencement.

« Alors, maintenant, dit-elle en reculant, laisse-moi te montrer ce qui t'attend. »

Elle s'éloigna, se dirigeant vers l'eau. Elle entra dans la mer, l'eau turquoise venant caresser ses mollets, puis ses cuisses, puis ses hanches, puis son ventre. Elle plongea, sa silhouette disparaissant sous la surface, laissant derrière elle une traînée de bulles qui montaient vers le ciel comme un message.

Samir se déshabilla rapidement, laissant ses vêtements en tas sur le sable, et la suivit. L'eau était froide, mais sa peau, habituée à la chaleur de Léa, ne sentit pas le froid. Il plongea, ses yeux s'ouvrant sur un monde de lumière et de silence. Sous l'eau, le monde était différent. Le silence était total, seulement troublé par le bruit de leurs respirations, par le battement de leurs cœurs. La lumière du soleil filtrante, dorée, créait un jeu d'ombres sur le fond sablonneux, des ombres qui dansaient comme des fantômes. Léa était devant lui, ses cheveux flottant autour de sa tête comme une auréole, ses bras étendus, ses jambes battant doucement. Elle se retourna, le regardant avec ses yeux verts, et elle lui sourit, un sourire qui disait "je suis ici, je suis à toi, tout va bien maintenant".

Il la saisit par les épaules, l'attirant contre lui. Ils s'embrassèrent sous l'eau, une étreinte fébrile, leurs langues se cherchant dans le liquide salé, leurs corps se pressant l'un contre l'autre comme s'ils voulaient fusionner. Il sentit ses mains glisser le long de son torse, descendre vers son ventre, saisir son sexe déjà dur, le caresser avec une douceur qui le fit frémir. Il la pénétra immédiatement, l'eau les portant, rendant chaque mouvement plus fluide, plus léger, comme une danse aquatique. Elle l'enlaça, ses jambes s'enroulant autour de lui, ses bras autour de son cou, et ensemble, ils dansèrent dans l'eau, leurs corps s'accordant au rythme lent des vagues, au rythme de leurs souffles mêlés.

C'était une sensation de plénitude absolue, un amour qui se consumait dans l'élément liquide, loin du monde des hommes, loin des mensonges, loin des promesses non tenues. Il sentait sa chaleur autour de lui, sa présence, sa vie, et il sut qu'il avait fait le bon choix, qu'il était enfin chez lui.

Ils remontèrent à la surface, haletants, les cheveux plaqués sur le visage, les corps ruisselants de l'eau salée. La lumière du couchant, plus basse, éclairait leurs peaux nues d'une lueur de miel, les rendant plus beaux, plus sauvages, plus vrais. Léa le regarda, une flamme dans ses yeux, une flamme qui n'était pas seulement le désir mais quelque chose de plus profond, quelque chose qui ressemblait à la promesse.

« Il est temps, dit-elle.

— Temps de quoi ?

— De te montrer comment un homme est censé aimer une femme. Pas comme un chef de famille, pas comme un mari, pas comme un amant de passage. Mais comme un homme. »

Elle le conduisit hors de l'eau, le fit s'allonger sur le sable encore chaud, le sable qui conservait la chaleur du soleil comme un corps qui conserve le souvenir d'une étreinte. Elle s'agenouilla sur lui, ses jambes de chaque côté de son torse, ses mains sur son ventre, ses doigts parcourant les lignes de ses muscles, les creux de ses abdominaux, la naissance de son sexe qui se dressait déjà, impatiente.

« Tu as peur ? demanda-t-elle.

— Non.

— Tant mieux. Parce que cette nuit, je vais te posséder. Je vais te prendre par tous les trous, Samir. Je vais t'ouvrir, te laver, te remplir. Et tu vas aimer ça. Parce que c'est la seule façon dont je vais te garder. »

Elle se pencha sur lui, l'embrassa avec une passion nouvelle, une passion qui n'était pas de la fureur mais de la possession. Ses lèvres étaient plus douces maintenant, plus lentes, comme si elle voulait goûter chaque seconde, chaque millimètre de sa bouche. Son corps, trempé, s'écrasa contre le sien, leurs peaux se collant, une chaleur humide et primale, une chaleur qui venait de la mer, du soleil, de la vie.

Elle s'assit sur son visage, l'invitant à la dévorer. Il lécha sa fente, la sentant s'ouvrir sous sa langue, le goût de la mer mêlé au sien, un goût qui le fit gémir de plaisir. Elle gémit, se cambra, ses doigts agrippant ses cheveux, les tirant doucement, le guidant vers ce qu'elle voulait.

« Oui... murmura-t-elle. Ne t'arrête pas. »

Il obéit, ses lèvres s'attardant sur son clitoris, le suçant avec une lenteur qui la fit crier. Elle jouit presque immédiatement, un orgasme court mais intense, un orgasme qui la fit frémir de la tête aux pieds, et elle se glissa sur lui, s'emparant de son sexe pour le guider vers son entrée.

« Pas cette fois, dit-elle en le dépassant. Cette fois, c'est par derrière. »

Elle s'allongea sur le ventre, cambrant son bassin, offrant ses fesses au soleil couchant, ses fesses rondes et fermes, ses fesses qui semblaient appeler ses mains. Il s'approcha d'elle, guida son sexe contre son anus, et pénétra. La sensation fut une douleur exquise, un mélange de résistance et de soumission, une douleur qui n'était pas de la douleur mais de la plénitude. Elle cria, ses ongles s'enfonçant dans le sable, tandis qu'il s'enfonçait en elle, centimètre par centimètre, la sentant s'ouvrir sous sa pression.

« Encore... murmura-t-elle. Plus profond. »

Il s'enfonça jusqu'à la garde, puis commença à bouger, un rythme lent, régulier, qui faisait claquer leurs chairs humides, un rythme qui était une chanson, une prière, une promesse. Elle se laissa aller, son corps s'abandonnant aux pulsions de l'homme, chaque assaut la rapprochant de l'extase.

« Je t'aime, Léa, gémit-il.

Elle se retourna sous lui, le saisit par les hanches pour l'attirer plus profondément, ses yeux verts fixés sur les siens, un sourire de triomphe sur les lèvres.

« Alors prouve-le. Montre-moi que tu es prêt à t'écorcher vif pour cette chair. Montre-moi que la mer que tu traverses pour me rejoindre ne t'a pas laissé intact. »

Il s'abattit sur elle, leurs corps se rencontrant avec une violence douce, leurs souffles se mêlant dans une lutte à la fois tendre et sauvage, une lutte qui n'était pas une lutte mais une danse.

« Je te montrerai tout, Léa. Je te montrerai que je suis à toi. Que je serai toujours à toi. »

Le sable sous eux était mouillé, collant, un mélange d'eau de mer et de sueur. Le soleil avait disparu, laissant place à une pénombre bleutée, et les étoiles commençaient à apparaître, une par une, comme les points d'un tatouage céleste sur la peau de la nuit. La mer était calme, le vent était doux, et le monde, pour la première fois, semblait à sa place.

Des mois plus tard, ils étaient toujours là. La villa blanche sur la falaise, la plage secrète, les plongées matinales dans les eaux turquoise. Samir avait laissé sa vie d'avant derrière lui, comme on abandonne une peau de serpent qui a trop serré. Il était devenu pêcheur, plongeur, amoureux. Il passait ses journées à réparer des filets, à nettoyer des coquillages, à apprendre les noms des poissons que Léa lui montrait. Il avait pris un peu de poids, un peu de barbe, un peu de cette sérénité qu'on trouve seulement quand on a cessé de chercher.

Léa était assise sur la terrasse, nue, un café à la main, ses cheveux courts collés à ses tempes, ses seins lourds reposant sur ses avant-bras croisés. Il s'approcha d'elle, posa une main sur son épaule, effleurant la cicatrice blanche sur son deltoïde, cette cicatrice qu'il connaissait par cœur, qu'il embrassait tous les matins comme une prière.

« Tu sais, dit-elle en souriant, les récifs de corail, ils me font penser à nous.

— Pourquoi ?

— Parce qu'ils sont beaux, mais ils peuvent te couper si tu ne fais pas attention. Et parce qu'ils prennent des années à se former. Comme l'amour. »

Il s'agenouilla devant elle, prit sa main et la porta à ses lèvres, ses lèvres effleurant ses doigts, ses jointures, ses paumes.

« Alors c'est un amour qui va durer, comme le corail ?

Elle sourit, une lueur carnassière dans les yeux, mais aussi une lueur de tendresse, une tendresse qu'elle n'offrait qu'à lui.

« Le corail, il grandit à son rythme. Il laisse le temps faire son œuvre. Et il se nourrit de ce qui le touche. Il se nourrit du sel, du vent, des vagues. Comme nous. »

Elle l'attira contre elle, leurs corps s'unissant dans une étreinte qui sentait la mer et la promesse d'un avenir sans fin, un avenir où les mensonges étaient oubliés, les douleurs cicatrisées, et les amours enfin libres.

Le souffle du corail, c'était leur souffle. Un souffle qui venait des profondeurs, un souffle qui ne s'éteindrait jamais.






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La Veuve et le Bûcheron (nouvelle)

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La Veuve et le Bûcheron





L'auberge d'Akiko était une petite bâtisse de bois sombre, accrochée à la falaise comme une coquille tenace. Les murs sentaient le saké renversé, le poisson séché, et cette odeur de vieux bois que seul le temps peut donner. Elle était là depuis trois générations, d'abord tenue par sa grand-mère, puis par sa mère, puis par elle-même après la mort de son mari. Akiko avait trente-quatre ans, des mains calleuses, des cernes sous les yeux, et un enfant de sept ans qui dormait dans la chambre du fond.

Son mari était mort en mer, comme beaucoup d'hommes du village. Une tempête, un bateau qui ne revient pas, une veuve qui pleure trois jours et qui se remet au travail parce que la vie ne s'arrête pas pour la douleur. Elle avait pleuré, elle avait crié, elle avait serré son fils contre elle en lui promettant que tout irait bien. Puis elle avait repris son tablier, sa cuisine, ses clients, et elle avait enterré sa tristesse au fond de sa poitrine, là où personne ne pouvait la voir.

Trois ans. Trois ans sans un homme, sans une caresse, sans un baiser. Trois ans à regarder les pêcheurs rentrer le soir, à servir du saké aux maris des autres, à entendre les rires et les murmures des femmes qui parlaient de leurs nuits. Elle avait appris à ne pas écouter, à ne pas désirer, à ne pas vouloir. Son corps était devenu une chose utilitaire, un instrument pour travailler, pour porter des charges, pour cuisiner, pour nettoyer. Elle ne se souvenait même plus de ce que c'était que d'être touchée, d'être désirée, d'être prise.

Puis Ryo arriva.

Il était arrivé à la fin de l'automne, quand les feuilles des érables étaient rouges comme du sang et que le vent sentait déjà l'hiver. Il était grand, massif, avec des épaules larges comme des poutres et des mains qui semblaient capables de briser une bûche d'un seul geste. Sa barbe noire, mal taillée, cachait une mâchoire carrée, et ses yeux étaient d'un gris profond comme l'océan en tempête.

Akiko l'avait regardé entrer dans son auberge, et elle avait senti un frisson parcourir son dos, un frisson qu'elle n'avait pas senti depuis des années. Elle l'avait méprisé aussitôt, comme elle méprisait tous les hommes qui arrivaient au village sans attache, sans histoire, sans racines. Ils venaient, ils prenaient ce qu'ils voulaient, ils repartaient. Ils ne laissaient rien derrière eux, que des dettes et des souvenirs amers.

« Une chambre », avait-il dit, sa voix grave, rauque, comme du gravier qui roule dans une grotte.

« Une nuit, c'est deux pièces d'argent. Plus le repas », avait-elle répondu, sans le regarder.

Il avait posé les pièces sur le comptoir, ses doigts épais, couverts de cicatrices, et il avait pris la clé sans un mot de plus. Akiko l'avait regardé monter l'escalier, sa carrure emplissant tout l'espace, et elle avait serré les mâchoires.

« Encore un qui va faire des histoires », avait-elle murmuré pour elle-même.

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Les premiers jours, elle l'évita. Elle le servait à table sans le regarder, elle prenait ses ordres sans répondre, elle faisait comme s'il n'existait pas. Il était silencieux, lui aussi. Il mangeait, il buvait, il payait, il partait. Il ne demandait rien de plus. Parfois, elle le voyait passer devant la fenêtre, sa hache à la main, son corps ruisselant de sueur après une journée de coupe. Elle détournait les yeux, mais elle les détournait trop tard. L'image restait, imprimée dans sa mémoire comme un fer rouge.

Puis vint cette nuit.

Akiko n'avait pas réussi à dormir. La chaleur était lourde, étouffante, et elle avait soif. Pas soif d'eau. Soif d'autre chose. Elle était descendue à la cave chercher une bouteille de saké, espérant que l'alcool la plongerait dans un sommeil sans rêves, sans souvenirs. Elle avait traversé la cuisine, ouvert la porte de la cave, et elle avait commencé à descendre les marches de pierre.

C'est là qu'elle le vit.

Il était adossé au mur, dans un coin de la cave, les yeux fermés. Sa tête était renversée en arrière, sa mâchoire serrée, et sa main, sa main droite, était en train de faire des allers-retours rapides le long de son sexe. Un sexe énorme, dur, gonflé de désir, que la lumière vacillante de la lampe faisait briller de sueur.

Akiko s'arrêta net. Elle aurait dû partir. Elle aurait dû remonter les marches, retourner dans sa chambre, s'enfoncer sous les couvertures et prétendre qu'elle n'avait rien vu. Mais elle ne pouvait pas bouger. Ses pieds étaient cloués au sol, ses yeux étaient rivés sur cette scène, sur ce corps, sur cette main qui se refermait sur cette chair épaisse, qui montait et descendait avec une régularité de métronome, qui faisait naître des sons rauques et humides dans le silence de la cave.

Elle le regardait. Elle le regardait comme elle n'avait regardé aucun homme depuis la mort de son mari. Elle regardait la taille de son sexe, la manière dont ses doigts calleux, ces doigts qui avaient fendu des troncs d'arbres, se refermaient maintenant sur sa propre chair. Elle regardait les veines qui couraient le long de la hampe, le gland qui luisait comme un fruit mûr. Elle regardait les contractions de son ventre, les soubresauts de ses hanches, et elle sentait son propre corps répondre, se réchauffer, s'humecter.

« Tu aimes regarder ? »

La voix était grave, rauque, et elle le fit sursauter. Il avait ouvert les yeux, et ils la regardaient, ces yeux gris comme l'océan en tempête, mais il n'y avait pas de colère dans son regard. Il y avait du désir. Un désir brut, animal, qui la déshabillait, qui la dépouillait de tout ce qu'elle avait construit, de tout ce qu'elle avait protégé.

« Je… je suis désolée », murmura-t-elle, la voix étranglée.

Il ne dit rien. Il la regarda un long moment, ses yeux parcourant son corps, ses seins, ses hanches, ses jambes. Puis il tendit la main, l'attrapa par le poignet, et il l'attira à lui.

Akiko n'avait pas le temps de protester. Sa bouche était sur la sienne, une bouche chaude, humide, qui sentait la sueur et le tabac. Elle sentit sa langue forcer ses lèvres, elle sentit ses mains qui déchiraient le tissu de sa robe, elle sentit ses doigts qui s'enfonçaient dans ses cheveux, qui tiraient sa tête en arrière, qui exposaient son cou.

« Je vais te prendre », grogna-t-il. « Et tu vas te taire. »

Elle aurait dû se débattre. Elle aurait dû le frapper, lui crier de la lâcher. Mais elle ne fit rien. Elle s'abandonna, les yeux fermés, le corps offert. Elle se laissa plaquer contre le mur, les pierres froides contre son dos, tandis qu'il relevait sa robe, qu'il écartait ses cuisses, qu'il la prenait sans ménagement.

Elle cria. Elle cria quand il entra en elle, d'un seul coup, sans préparation, sans douceur. La douleur fut vive, brutale, comme un coup de poignard. Mais derrière la douleur, il y avait autre chose. Il y avait une plénitude qu'elle n'avait pas sentie depuis des années, une chaleur qui se répandait dans son ventre, dans ses cuisses, dans tout son corps.

Elle pleura. Des larmes coulèrent sur ses joues, des larmes de honte, des larmes de colère, des larmes de soulagement. Elle se sentait sale, utilisée, et en même temps, elle se sentait vivante. Vivante comme elle ne l'avait pas été depuis la mort de son mari. Vivante comme si elle venait de se réveiller d'un long sommeil.

Il la prenait avec une brutalité qui la faisait crier à chaque coup. Ses hanches claquaient contre les siennes, sa queue s'enfonçait en elle jusqu'à la garde, et elle sentait chaque parcelle de son corps répondre à cette invasion. Ses mains s'agrippaient à ses épaules, ses ongles s'enfonçant dans sa chair, et elle gémissait, elle gémissait comme une bête.

« Regarde-moi », ordonna-t-il.

Elle ouvrit les yeux. Elle le regarda, ce visage de brute, cette barbe mal taillée, ces yeux gris qui la dévoraient. Et elle sentit quelque chose se briser en elle. La honte, la peur, la résistance. Tout s'effondra, et il ne resta que le désir, le désir pur, brutal, animal.

« Encore », murmura-t-elle. « Encore. »

Il accéléra le rythme. Ses coups étaient plus forts, plus profonds, plus sauvages. Elle sentait son orgasme monter, une vague qui grossissait, qui emplissait tout son être. Quand elle jouit, elle hurla, un hurlement de loup, un hurlement qui résonna dans toute la cave, qui remonta l'escalier, qui traversa la cuisine.

Il jouit avec elle, un grognement sourd, rauque, tandis qu'il se vidait en elle, chaud, épais, abondant. Elle sentit son sperme couler entre ses cuisses, couler sur ses jambes, couler sur les pierres de la cave.

Il resta en elle un long moment, essoufflé, le visage enfoui dans son cou. Puis il se retira, lentement, et il la lâcha. Elle glissa contre le mur, s'effondra sur le sol, le corps tremblant, les larmes coulant sur ses joues.

« Tu es à moi », dit-il, sa voix rauque. « Maintenant, tu es à moi. »

---

Akiko passa la nuit suivante à se haïr. Elle resta allongée dans son lit, les yeux ouverts, à regarder le plafond, à se demander ce qui lui arrivait. Elle s'était donnée à un inconnu. Elle s'était donnée comme une chienne, sans résistance, sans dignité. Elle avait crié, elle avait pleuré, elle avait supplié. Et une partie d'elle, une partie qu'elle ne connaissait pas, avait adoré ça.

Elle se leva avant l'aube, elle se lava, elle se frotta la peau jusqu'à ce qu'elle soit rouge, comme si elle pouvait effacer ce qui s'était passé. Mais elle ne pouvait pas effacer la sensation de ses mains sur elle, de sa bouche, de son sexe. Elle ne pouvait pas effacer le souvenir de son orgasme, ce hurlement de bête qui l'avait traversée.

Le lendemain, quand Ryo descendit pour le petit-déjeuner, elle ne le regarda pas. Elle posa son bol de riz sur la table, elle posa la théière, et elle se retourna pour partir.

« Assieds-toi », dit-il.

Elle s'arrêta. Elle voulait partir, elle voulait l'ignorer, elle voulait prétendre que rien ne s'était passé. Mais ses jambes ne l'obéissaient pas. Elle s'assit en face de lui, les mains tremblantes.

« Cette nuit, tu viendras me retrouver dans ma chambre », dit-il. Sa voix était calme, comme s'il parlait de la pluie ou du vent.

« Non », dit-elle. « Non, je ne peux pas. »

« Tu peux. Et tu le feras. »

Il la regarda, ses yeux gris plantés dans les siens, et elle sentit son corps répondre, sentit la chaleur monter dans son ventre. Elle voulait dire non. Elle voulait se lever, partir, retourner à sa vie. Mais elle hocha la tête, et elle murmura : « Oui. »

---

Cette nuit-là, elle alla le retrouver dans sa chambre.

Elle ne savait pas pourquoi elle y allait. Elle savait que c'était mal, que c'était honteux, que les villageois ne comprendraient pas. Mais son corps, son corps qui s'était endormi depuis trois ans, avait soif. Il avait soif de ses mains, de sa bouche, de son sexe. Il avait soif de cette brutalité qu'elle n'avait jamais connue.

Elle frappa à sa porte, et il l'ouvrit. Il était nu, complètement nu, son corps massif couvert de cicatrices comme une carte de batailles anciennes. Il la prit dans ses bras, l'embrassa, la porta jusqu'au lit.

« Enlève ta robe », ordonna-t-il.

Elle obéit. Elle enleva sa robe, sa chemise, tout. Elle se tint nue devant lui, offerte, vulnérable. Il la regarda un long moment, ses yeux parcourant son corps, ses seins, son ventre, son sexe.

« Tu es belle », dit-il.

Elle ne l'avait pas entendu depuis des années. Elle ne se souvenait pas de la dernière fois qu'un homme lui avait dit qu'elle était belle. Elle sentit les larmes monter, mais elle les ravala.

Il la prit cette nuit-là, encore et encore. Il la prit sur le lit, contre le mur, sur la table, à genoux. Il la prit par derrière, par devant, de côté. Il la prit avec une brutalité qui la faisait crier, avec une tendresse qui la faisait pleurer. Il la fit jouir, encore et encore, jusqu'à ce qu'elle n'ait plus de force, jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'un corps tremblant, vidé de tout.

« Tu aimes ça », dit-il, tandis qu'il était en elle, ses mains agrippant ses hanches. « Tu aimes ça, n'est-ce pas ? »

« Oui », murmura-t-elle. « Oui. »

« Alors dis-le moi. »

« J'aime ça », cria-t-elle. « J'aime ça quand tu me prends, quand tu me baises, quand tu me fais crier. »

Il accéléra le rythme, et elle sentit son orgasme monter, un orgasme plus fort que les autres. Elle hurla, elle cria son nom, elle s'agrippa à lui comme si elle allait se noyer.

---

Les nuits suivantes, elle le rejoignit en cachette, toujours en cachette. Elle se glissait dans sa chambre comme une voleuse, comme une coupable. Elle se donnait à lui sans réserve, elle le laissait faire ce qu'il voulait, elle se soumettait à ses désirs.

Il lui apprit des choses qu'elle n'avait jamais imaginées. Il lui apprit le plaisir de la douleur, le plaisir des mots obscènes, le plaisir de la soumission. Il la prenait dans la bouche, la faisait gémir, la faisait supplier. Il la prenait dans l'anus, la faisait hurler, la faisait trembler. Il la laissait à genoux, la bouche pleine, les larmes aux yeux, et elle adorait ça.

« Tu es ma salope », disait-il, tandis qu'elle le suçait. « Ma petite salope à moi. »

« Oui », répondait-elle, sa bouche pleine. « Je suis ta salope. »

Elle ne reconnaissait plus la femme qu'elle était devenue. Cette femme qui criait, qui suppliait, qui s'offrait sans honte. Cette femme qui aimait la brutalité, la domination, l'humiliation consentie. C'était une étrangère, et en même temps, c'était elle. C'était la femme qu'elle avait toujours été sans le savoir, la femme qu'elle avait étouffée sous le poids du deuil, du devoir, de la dignité.

Parfois, après l'amour, ils parlaient. Il lui racontait sa vie, ses voyages, ses aventures. Il avait coupé du bois dans le nord, pêché dans le sud, combattu dans des guerres qu'il ne voulait pas nommer. Il avait des cicatrices partout, des traces de couteau, de flèche, de morsure. Il n'avait jamais aimé personne, jamais voulu s'arrêter quelque part.

« Mais je vais partir, Akiko », dit-il une nuit, alors qu'elle était blottie contre lui. « Je vais devoir partir bientôt. »

Elle sentit son cœur se serrer. Elle savait qu'il partirait. Il n'était pas du village, il n'était pas d'ici, il n'était pas de nulle part. Il était un passant, un vent qui passe et qui ne revient pas.

« Alors prends-moi une dernière fois », dit-elle. « Prends-moi comme si c'était la dernière. »

Il la prit. Il la prit avec une violence qu'elle n'avait jamais connue. Il la prit par tous les trous, sans ménagement, sans pitié. Il la fit crier, pleurer, supplier. Il la fit jouir jusqu'à ce qu'elle perde connaissance.

---

Le lendemain, il était parti.

Akiko se réveilla seule dans son lit, le corps endolori, les yeux rouges de larmes. Elle avait pleuré toute la nuit, mais elle ne s'en souvenait pas. Elle se leva, elle se lava, elle mit son tablier, elle retourna à sa cuisine.

Elle servait du riz, du poisson, du saké. Elle souriait aux clients, elle plaisantait, elle faisait comme si de rien n'était. Mais au fond d'elle, il y avait un vide, un vide que trois ans de deuil n'avaient pas creusé. Un vide que Ryo avait rempli, et que son départ avait laissé béant.

Un jour passa. Puis deux. Akiko ne dormait pas, ne mangeait pas, ne vivait pas. Elle était une ombre, une automate, une morte-vivante. Elle regardait la route, la route par laquelle il était parti, la route par laquelle il ne reviendrait jamais.

« Pourquoi je suis comme ça ? » se demandait-elle. « Pourquoi je l'aime ? »

Elle ne savait pas répondre. Elle savait seulement qu'elle avait soif de lui, soif de ses mains, soif de sa bouche, soif de sa brutalité. Elle savait seulement qu'elle ne pourrait plus vivre sans lui.

---

Le troisième jour, elle était dans la cuisine, en train de préparer le repas du soir, quand elle entendit des pas. Des pas lourds, des pas qu'elle connaissait. Elle se retourna, et elle le vit.

Il était là, sur le seuil, sa hache à la main, sa barbe mal taillée, ses yeux gris comme l'océan en tempête. Il la regarda, et il sourit.

« Je suis revenu », dit-il.

Elle ne pouvait pas parler. Elle ne pouvait pas bouger. Elle le regardait, et elle sentait les larmes monter, des larmes de joie, des larmes de soulagement.

« Je suis revenu parce que je voulais te demander quelque chose », dit-il.

Il s'approcha d'elle, il s'agenouilla devant elle, et il prit ses mains dans les siennes.

« Akiko, je vais t'épouser. »

Elle éclata en sanglots. Elle tomba à genoux devant lui, elle se jeta dans ses bras, elle l'embrassa comme si elle allait mourir.

« Oui », dit-elle. « Oui, je veux t'épouser. »

Il la prit dans ses bras, il la souleva comme si elle ne pesait rien, et il la porta dans la chambre. Il la déshabilla, il la prit, il la fit jouir une dernière fois avant de la demander officiellement en mariage.

« J'ai fait construire une maison dans la forêt », dit-il. « Pour toi. Pour ton fils. Pour nous. »

« Une maison ? » demanda-t-elle, la voix brisée.

« Une maison en bois, solide, chaude. Avec une cheminée, un lit assez grand pour deux, et une vue sur la mer. »

« Tu as tout prévu », murmura-t-elle.

« J'ai tout prévu parce que je t'aime, Akiko. Et je ne veux plus jamais te quitter. »

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Ils s'installèrent dans la maison de la forêt, une petite cabane au cœur des arbres, où l'odeur du bois fraîchement coupé se mêlait à celle de la mer. Akiko, son fils, et Ryo. Une famille étrange, une famille qui n'aurait jamais dû exister, mais qui existait, pourtant.

Akiko ne fut plus jamais seule. Ryo la prenait chaque nuit, une fois, deux fois, parfois trois. La brutalité des premiers jours s'était muée en une passion encore plus grande, une passion qui mêlait l'amour et le désir, la tendresse et la sauvagerie. Elle découvrit qu'elle aimait la dominance de Ryo, qu'elle aimait la brutalité consentie, qu'elle aimait les mots obscènes qu'il lui murmurait à l'oreille.

« Je t'ai choisie », disait-il, tandis qu'il la prenait. « Je t'ai choisie parce que tu es la seule. La seule qui aime ça. La seule qui peut me prendre en entier. »

« Je t'ai choisi aussi », répondait-elle. « Je t'ai choisi parce que tu es la seule brute que j'aie jamais aimée. »

Elle découvrit aussi qu'elle pouvait être autre chose que soumise. Parfois, dans le feu de la passion, elle le prenait à son tour, elle chevauchait son corps massif, elle le faisait gémir sous elle. L'amour était une danse, une lutte, une bataille qu'ils gagnaient ensemble.

Son fils s'habitua à Ryo. Il l'appelait "père" au bout de quelques semaines. Il l'aidait à couper le bois, à pêcher, à réparer la toiture. Il grandissait sous son regard, comme un arbre pousse sous le soleil.

Le village, lui, n'accepta jamais vraiment leur couple. Mais ils s'en moquaient. Ils avaient trouvé leur paradis, leur bouleversement, leur passion dévorante. La vieille Akiko, celle qui avait peur, qui se cachait, qui enterrait ses désirs, avait disparu. À sa place, une femme nouvelle était née, une femme qui savait ce qu'elle voulait, ce qu'elle aimait, ce qu'elle méritait.

« Tu n'as pas peur de ce qu'ils disent ? » demandait-elle parfois.

« Peur ? » Ryo riait, un rire grave, profond. « Peur de quoi ? Je suis un bûcheron, je ne peux pas avoir peur d'une bande de pêcheurs. Et toi, tu es ma femme. Ma femme, ma salope, mon amour. Je te défends contre tout le monde. »

Elle se blottissait contre lui, sentant ses bras puissants autour d'elle, sa chaleur, son odeur. Elle savait qu'elle était en sécurité, qu'elle était aimée, qu'elle était désirée.

Les années passèrent. Leurs cheveux blanchirent, leurs corps vieillirent, mais leur passion ne s'éteignit jamais. Même dans leurs vieux jours, Ryo la prenait encore, doucement, avec une tendresse mêlée de cette sauvagerie qui l'avait attirée au premier regard.

« Merci d'être revenu », murmurait-elle parfois.

« Merci d'avoir crié », répondait-il.

Elle sourit, et elle ferma les yeux. Elle était heureuse. Elle était aimée. Elle était chez elle.






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