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Chloé - Ch05 (novella)

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Chloé 
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Chapitre 5 – L'après




Le silence, après l'orage.

C'est ce que Chloé ressent, lovée contre l'épaule de Gabriel, sa joue posée sur sa poitrine. Le silence. Pas un vide. Une présence. Un apaisement. Comme quand la pluie s'arrête et que l'air devient plus léger, lavé de ses poussières.

Son corps est lourd. Ses jambes sont molles. Il y a une douleur — une bonne douleur — au creux de ses reins, là où lui s'est enfoncé, là où il a laissé une empreinte invisible. Son sexe est détendu. Il ne demande rien. Pour la première fois depuis des années, il ne demande rien.

Elle écoute le cœur de Gabriel.

Il bat lentement. Régulièrement. Comme une horloge qui a trouvé son rythme.

Une main de lui caresse machinalement ses cheveux blonds, dénouant les mèches emmêlées, les défaisant une à une. Il ne dit rien. Il respire. Il la touche. C'est tout.

Chloé voudrait que ce moment ne finisse jamais.

Elle sait qu'il va finir. L'aube va se lever. Le jour va entrer par les fentes des stores. Gabriel va devoir partir — ou rester, mais rien ne sera plus jamais comme avant. Il y a toujours un après. Et l'après, c'est là que les choses se cassent.

— À quoi tu penses ? murmure-t-il.

Sa voix vibre dans son torse, contre sa joue.

— À rien, ment-elle.

— Tu es une menteuse élégante, je te l'ai déjà dit.

Elle sourit. Il se souvient. Dans la librairie. Avant. Avant qu'il ne voit son corps. Avant qu'il ne l'embrasse là où personne n'avait embrassé.

— Je pense à demain, avoue-t-elle.

— Demain ?

— À ce qui se passe après. Quand tu seras parti. Quand je me réveillerai seule. Est-ce que je vais me souvenir ? Est-ce que je vais y croire ?

Il se redresse sur un coude. Il la regarde. Ses yeux couleur de miel sont graves. Il prend son visage entre ses mains.

— Je ne vais pas partir, Chloé.

— Si. Tout le monde part.

— Je ne suis pas tout le monde.

— C'est ce qu'ils disent tous.

Il ne répond pas tout de suite. Il regarde le plafond. La lumière du réverbère a pâli, noyée par l'aube qui monte. Les barreaux de lumière sur le plafond sont plus faibles, presque translucides.

— Tu veux que je te raconte quelque chose ? dit-il.

— Oui.

— J'ai une sœur, Constance. Elle m'a appelé hier. Juste avant que j'arrive chez toi. Elle m'a dit : "Gabe, tu vas où ?" Je lui ai dit : "Je vais chez une femme, je crois. Enfin, je crois que c'est une femme." Elle m'a dit : "Comment ça, tu crois ?" Je lui ai dit : "Je la trouve belle. Mais il y a quelque chose. Je ne sais pas quoi. Et ça ne m'intéresse pas de savoir."

Chloé retient son souffle.

— Ma sœur m'a dit : "Alors ne cherche pas. Regarde. C'est tout."

Il se tourne vers elle.

— Alors j'ai regardé. J'ai regardé tes cheveux, tes seins, tes fesses, ta façon de mordre ta lèvre quand tu es nerveuse. J'ai regardé tes mains sur la table du café. J'ai regardé la peur dans tes yeux. Et je n'ai rien cherché d'autre. Parce qu'il n'y avait rien d'autre à chercher.

Elle sent les larmes monter. Encore. Elle en a marre de pleurer. Mais elle ne peut pas les arrêter.

— Tu vas me faire pleurer tout le temps ? demande-t-elle.

— Si c'est pour cette raison-là, oui. Je veux que tu pleures de joie jusqu'à ce que tes larmes soient claires.

Il essuie ses joues. Il sourit.

— Alors, Chloé. Demain. Qu'est-ce qu'on fait ?

— On se lève. On boit un café. Tu vas chercher des croissants parce que je n'ai rien au frigo. On mange sur le rebord de la fenêtre. On regarde la ville se réveiller.

— Et après ?

— Après, tu repars chez toi, tu changes de chemise, tu vas faire ta vie.

— Et toi ?

— Moi, je t'attends.

Il la regarde intensément. Il cherche quelque chose dans ses yeux. Une hésitation. Un doute. Il ne trouve rien.

— Tu m'attendras longtemps ?

— Tout le temps qu'il faudra.

Il l'embrasse. Doucement. Un baiser de lendemain. Pas de fièvre. De la tendresse accumulée. Ses lèvres sont douces. Il goûte encore le vin de la veille, et elle, et leur nuit.

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Le café est chaud. Le soleil est levé. Les croissants sont là — il est parti les chercher pieds nus, avec son pantalon de la veille et sa chemise froissée, il est remonté avec deux sacs en papier qui sentent le beurre et la farine.

Ils mangent sur le rebord de la fenêtre.

Ses fesses à elle sont nues sur le bois froid. Il lui a passé un pull — un de ses pulls à lui, gris, trop grand — qui lui tombe aux cuisses. Elle a les jambes nues, les pieds nus, les cheveux attachés en queue de cheval lâche.

Il est assis à côté d'elle. Leurs cuisses se touchent.

Ils regardent la cour intérieure qui s'éveille. Un voisin ouvre sa fenêtre. Une femme sort son chien. Un livreur de pain traverse la rue en sifflotant.

La vie normale. Celle qui continue.

— Tu as peur ? demande-t-il.

— De quoi ?

— De ce que les gens penseront. S'ils te voient avec moi. S'ils savent.

Elle réfléchit. Elle mord dans son croissant. Elle mâche lentement.

— Je pense que j'ai passé assez de temps à avoir peur de ce que les gens pensent, finit-elle par dire. J'ai changé de prénom. J'ai changé de corps. J'ai changé de vie. Tout ça pour qu'au final, je reste enfermée dans mon appartement à avoir peur du regard d'un mec dans un café. Ça n'a plus de sens.

— Alors tu vas sortir ?

— Je vais sortir, oui. Avec toi, si tu veux. Au cinéma. Au restaurant. À la librairie. Je vais m'asseoir à une terrasse et je vais commander un diabolo fraise. Et si quelqu'un me regarde de travers, je lui sourirai.

— Pourquoi lui sourire ?

— Parce que sa gueule ne m'empêchera pas d'être heureuse.

Gabriel la regarde. Il pose son croissant. Il passe son bras autour de ses épaules. Il l'attire contre lui.

— Tu es incroyable, Chloé.

— Je suis juste fatiguée d'avoir peur.

Ils finissent leurs croissants en silence. Le café refroidit dans les tasses. La cour intérieure s'agite doucement. La vie.

Il se lève. Il enfile ses chaussures. Il cherche ses clés. Il est presque prêt à partir.

Elle reste sur le rebord, les jambes nues, le pull trop grand.

— Gabriel.

— Oui.

— Merci.

— De quoi ?

— D'être resté. De ne pas avoir posé de questions. De m'avoir vue.

Il traverse la pièce. Il s'agenouille devant elle. Il lui prend les mains. Il les porte à ses lèvres. Il baise chaque doigt, un par un, lentement.

— Chloé, dit-il. Ce n'était pas un effort. C'était une évidence. Depuis la librairie. Depuis que je t'ai vue accroupie devant cette étagère. Je n'ai pas eu à "rester". Je n'avais pas envie de partir. C'est différent.

Elle ne pleure pas. Cette fois, elle sourit.

— Tu reviens quand ? demande-t-elle.

— Ce soir. Je t'invite au restaurant. Celui avec les pains au chocolat.

— Ils n'ont que des viennoiseries, pas des plats.

— Alors on mangera des viennoiseries. Je m'en fous. Tant que c'est avec toi.

Il se lève. Il s'approche de la porte. Il se retourne.

— Oh, et Chloé ?

— Oui ?

— Garde mon pull. Il te va mieux qu'à moi.

Il sort. La porte se referme. Elle reste là, sur le rebord, ses jambes nues serrées l'une contre l'autre pour garder la chaleur.

Le pull sent lui. Lessive. Peau. Homme.

Elle s'y enfouit le visage.

Elle respire.




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Le téléphone vibre.

Lola : "Alors ?"

Chloé : "Alors, il est resté."

Lola : "Toute la nuit ?"

Chloé : "Toute la nuit. Et il revient ce soir."

Lola : "Je te l'avais dit. Un jour, quelqu'un te verra."

Chloé : "Il m'a vue, Lola. Il m'a vraiment vue."

Lola : "Et toi ? Tu l'as vu ?"

Chloé regarde la porte fermée. Le silence de l'appartement. Le lit défait. Ses draps qui sentent encore lui.

Chloé : "Oui. Je l'ai vu."

Elle pose le téléphone.

Elle se lève. Elle va dans la salle de bain. Elle se regarde dans le miroir. La fissure est toujours là. Mais elle ne la voit plus.

Elle se sourit à elle-même.

Blonde. Seins pointus. Fesses rondes. Sexe présent.

Chloé.

Elle est belle.

Elle le sait, maintenant. Elle a quelqu'un pour le lui rappeler.






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Chloé -Ch04 (novella)

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Chloé 
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Chapitre 4 – L'acte



Chloé se réveille à deux heures du matin.

La chambre est noire. La bougie s'est éteinte depuis longtemps. Il ne reste que la lueur orange du réverbère qui filtre à travers les stores, découpant des barreaux de lumière sur le plafond.

Gabriel dort encore. Sa respiration est lente, profonde. Sa main repose sur son ventre à elle, chaude, large, paisible.

Elle le regarde.

Son visage est détendu. Plus de sourire en coin, plus de regard intense. Juste un homme. Un homme qui dort dans son lit. Un homme qui a embrassé son corps entier sans reculer. Sans poser de questions. Sans faire la grimace.

Elle se souvient de sa bouche. Entre ses cuisses. De cette langue qui ne cherchait pas à explorer, juste à aimer. De ses mains sur ses hanches, fermes, qui la retenaient quand elle aurait voulu fuir.

Elle a joui. Vraiment joui. Pas ce simulacre qu'elle s'infligeait parfois toute seule, dans le noir, la main sur la bouche pour ne pas faire de bruit. Un cri. Un vrai. Qui a déchiré sa gorge et rempli l'appartement.

Personne ne l'avait jamais entendue crier comme ça.

Pas même elle.

Elle bouge à peine. Un frémissement de hanche. Sa cuisse effleure celle de Gabriel.

Il ouvre les yeux.

D'un coup. Sans tâtonnement. Comme s'il n'avait jamais vraiment dormi.

— Chloé, murmure-t-il.

Sa voix est grave. Ensablée. Elle résonne dans son torse, contre son épaule à elle.

— Je ne voulais pas te réveiller, dit-elle.

— Tu ne m'as pas réveillé. Je t'attendais.

Il se tourne vers elle. Dans la pénombre, ses yeux brillent. Du miel liquide. Il pose sa main sur sa joue. Son pouce caresse sa pommette. Descend jusqu'à ses lèvres.

— Tu as pleuré, dit-il.

— Un peu.

— De quoi ?

— De joie. Je crois. Je n'étais pas sûre que ça existait.

Il ne répond pas. Il l'embrasse.

Ce baiser est différent de ceux de la veille. Il n'y a plus d'hésitation. Plus de question. Juste une certitude. Sa langue entre dans sa bouche comme chez elle. Elle l'accueille. Sa main à elle remonte le long de son torse. Elle sent ses muscles sous sa chemise — il n'a pas enlevé sa chemise, elle est froissée, ouverte, il dort toujours avec ses vêtements à moitié défaits.

Elle la pousse. Il se laisse faire. La chemise glisse sur ses épaules. Il la jette par terre.

Son torse est nu.

Elle le regarde. Elle n'avait pas vu, dans l'obscurité de la veille. Il n'est pas musclé comme un athlète. Il est juste dessiné. Des pectoraux nets, un ventre plat, une ligne de poils bruns qui descend de son nombril à sa ceinture.

Elle pose sa main sur cette ligne. Il frissonne.

— Chloé, dit-il. Ce soir, je veux tout.

— Tout ?

— Tout. Toi. Entière. Sans retenue.

Elle respire. Sa main descend plus bas. Elle trouve la boucle de sa ceinture. Elle la défait. Le cuir grince. Le bouton du pantalon saute. La fermeture éclair descend.

Il se redresse sur un coude. Il l'aide. Il enlève son pantalon. Ses jambes sont longues, solides. Et là. Entre ses cuisses.

Son sexe.

Dressé. Lourd. La peau est sombre, presque brune, contrastant avec la pâleur de son ventre. Pas démesuré. Juste présent. Impatient.

Elle le regarde. Elle ne recule pas. Elle a passé trop d'années à reculer.

— Je peux ? demande-t-elle.

— Tu peux tout.

Elle pose sa main dessus.

Il est chaud. Chaud comme un fer oublié au soleil. La peau est douce, incroyablement douce, tendue sur ce qui palpite en dessous. Sa main ne fait pas le tour. Elle commence à bouger. Lentement. De haut en bas. Il ferme les yeux. Sa bouche s'entrouvre.

— Comme ça, murmure-t-il. Exactement comme ça.

Elle continue. Elle trouve le rythme. Pas trop vite. Pas trop fort. Il gémit. Un son grave, rauque, qui lui traverse le ventre.

Il ouvre les yeux. Il prend sa main. Il l'arrête.

— Pas seulement toi, dit-il. Je veux te sentir.

Il se tourne. Il l'allonge sur le dos. Il se place au-dessus d'elle. Ses avant-bras encadrent son visage. Il la regarde de haut. Il a les cheveux en bataille. Il est magnifique.

Il descend.

Sa bouche retrouve ses seins. Il les baise longuement, alternant, suçant, mordillant. Ses mains descendent le long de son ventre. Elles trouvent sa culotte — elle n'a jamais enlevé sa culotte, la dentelle noire est encore là. Il écarte le tissu. Il touche.

Son sexe est dur sous ses doigts.

Il le caresse. Doucement. Du bout des doigts. Elle se cambre. Elle gémit.

— Tu aimes ça, dit-il.

— Oui.

— Tu veux que je continue ?

— Oui. Mais pas seulement ça, Gabriel. Je veux te sentir. En moi.

Il s'arrête. Il la regarde.

— Tu es sûre ?

— Je n'ai jamais été aussi sûre de rien.

Il se redresse. Il écarte complètement sa culotte. Il la jette par terre. Elle est nue. Vraiment nue. Pour la première fois de sa vie, nue devant un homme, complètement, sans rien pour cacher, sans bras croisés, sans oreiller sur le ventre.

Elle a peur. Mais elle a envie. L'envie est plus forte.

Il se place entre ses cuisses. Il la regarde. Il voit son sexe. Il voit son anus. Il voit tout ce qu'elle est.

Il ne dit rien. Il sourit.

Il se penche. Il l'embrasse sur la bouche. En même temps, sa main descend. Il mouille ses doigts dans sa bouche à lui — un geste ancien, instinctif — et il les descend entre ses fesses.

Elle se cambre.

Son doigt trouve l'entrée. Il masse. Il tourne. Il entre. Doucement. Un seul doigt. Elle serre. Elle respire. Il attend.

— Dis-moi si ça fait mal.

— Ça ne fait pas mal. Ça remplit.

Il ajoute un deuxième doigt. Il écarte. Il bouge. Lentement. Il cherche. Il trouve.

Elle crie.

Il a trouvé. Ce point. Ce point qu'elle n'arrivait jamais à toucher toute seule. Il presse. Il masse. Elle perd la tête.

— Gabriel, je vais…

— Pas encore, dit-il. Pas sans moi.

Il retire ses doigts. Il se positionne. Son sexe contre son anus. La chaleur. La pression. Il la regarde.

— Chloé. Je te vois. Je te veux. Je te prends.

— Prends-moi.

Il entre.

D'un coup. Lent. Mais d'un coup. Sa tête passe le sphincter. Elle crie. Pas de douleur. De plénitude. Il s'arrête. Il attend. Elle respire par à-coups.

— Bouge, dit-elle.

Il bouge.

D'abord lentement. Des allers-retours profonds, réguliers, qui la remplissent et la vident, la remplissent et la vident. Elle sent chaque millimètre de lui. La chaleur. La pulsation. La vie.

Il accélère.

Ses mains tiennent ses hanches. Ses doigts s'enfoncent dans sa chair. Elle est secouée à chaque poussée. Ses seins pointus dansent au rythme des coups de reins. Ses cheveux blonds sont collés à son front, à ses joues.

Il se penche. Il l'embrasse. Sa langue entre dans sa bouche en même temps que son sexe entre dans son corps. Elle est possédée. Doublement. Totalement.

— Gabriel, murmure-t-elle entre deux baisers. Gabriel.

— Je suis là. Je suis en toi.

Il change de rythme. Plus vite. Plus fort. Le lit grince contre le mur. La tête de lit frappe le plâtre. Rien n'existe plus. Juste eux. Juste ce mouvement. Cette danse viscérale.

Sa main à elle descend. Elle touche son propre sexe. Il est dur. Très dur. Elle se masturbe pendant qu'il la prend. Au rythme de ses coups. Le plaisir monte. Des deux côtés.

— Ensemble, dit-il. Maintenant. Ensemble.

Elle n'a pas besoin de répondre.

Son corps explose.

La jouissance la traverse comme une lame. Elle n'a pas le temps de crier. Seul un souffle rauque sort de sa gorge. Ses mains agrippent les draps. Ses doigts blanchissent. Ses cuisses tremblent. Son sexe pulse dans sa main.

En même temps, Gabriel se cambre.

Il s'enfonce une dernière fois, au plus profond, et il jouit. Elle sent les pulsations en elle. Chaudes. Fortes. Il pousse. Il pousse encore. Il vide tout. Avec un grognement sourd qui ressemble à une prière.

Ils restent immobiles.

Lui en elle. Elle autour de lui. Les souffles courts. La sueur qui refroidit sur leurs peaux.

Il se retire doucement. Elle sent le vide. Un vide bon. Un vide qui a du sens.

Il se couche à côté d'elle. Il l'attire contre son torse. Il embrasse son épaule, sa nuque, ses cheveux blonds en bataille.

— Chloé, dit-il.

— Oui.

— Tu as senti ?

— J'ai senti.

— On a fait quelque chose, ce soir. On a fait quelque chose de vrai.

Elle pose sa main sur son cœur. Il bat vite. Comme le sien.

Ils ne disent plus rien.

La chambre est noire. La rue est calme. Paris dort.

Mais dans ce studio, sous les toits, deux corps viennent de s'inventer un monde où personne ne pose de questions parce que les réponses sont évidentes.

Il l'aime. Elle l'aime. Ils ne l'ont pas dit. Mais leurs sexes le savent.






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Chloé - Ch03 (novella)

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Chloé 
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Chapitre 3 – Le déshabillage



Gabriel arrive à 20h02.

Chloé le sait parce qu'elle regarde l'heure toutes les trente secondes depuis dix-neuf heures. La bougie qu'elle a allumée sur la table basse — une seule, pas trois — vacille dans le courant d'air du couloir. Elle a mis sa robe. La noire. Celle qu'elle garde pour les grandes occasions. Un fourreau simple, en coton épais, qui tombe juste au-dessus du genou. Pas de décolleté — ses seins pointent assez comme ça — mais la robe épouse ses hanches, moule ses fesses, suit ses courbes comme une seconde peau.

Sous la robe : un ensemble dentelle noire. Culotte. Pas de soutien-gorge. Juste la dentelle qui tient ses seins sans les écraser. Pour elle. Pour elle seule.

Ses cheveux blonds sont libres. Ils tombent sur ses épaules en vagues douces. Elle a mis du rouge à lèvres. Rouge foncé. Presque brun. Elle se regarde dans le miroir — la fissure est toujours là — et elle se trouve belle.

Pour combien de temps ? pense-t-elle.

La sonnette retentit.

Elle respire. Une fois. Deux fois. Elle ouvre.

Gabriel est là.

Il a changé de pull. Il porte une chemise blanche, les manches retroussées sur ses avant-bras, et un pantalon sombre. Il sent bon. Pas de parfum. Juste la lessive, et quelque chose de plus profond, de plus personnel — la peau, la sueur propre, le cuir de ses chaussures.

Il la regarde. Il ne dit rien. Il descend des yeux — ses cheveux, son visage, sa bouche rouge, ses seins, ses hanches, ses jambes — et il remonte. Lentement.

— J'avais raison, dit-il enfin. Tu es belle.

— Entre, murmure-t-elle.

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Le dîner est un prétexte.

Ils mangent à la cuisine, parce que Chloé n'a pas de table dans son salon. Juste un plan de travail, deux tabourets hauts, une assiette de pâtes qu'elle a préparées, un verre de vin rouge. Il l'aide à faire la vaisselle. Il essuie les assiettes pendant qu'elle les passe sous l'eau. Leurs épaules se frôlent. Il ne recule pas.

— Tu as une belle cuisine, dit-il.

— C'est une cuisine de pauvre.

— Les cuisines de pauvre sont les meilleures. On y mange avec les doigts.

Elle rit. Il rit aussi.

Le vin est chaud dans sa gorge. Ses joues rosissent. Ses seins pointent un peu plus sous la dentelle, elle le sent. La chaleur monte.

Gabriel pose son verre vide. Il se tourne vers elle. Il écarte une mèche blonde derrière son oreille. Son index effleure sa tempe, sa joue, le coin de ses lèvres.

— Chloé.

— Oui.

— J'ai envie de toi. Depuis la librairie. Depuis que je t'ai vue accroupie devant cette étagère.

Elle ne répond pas. Sa bouche est sèche.

— Est-ce que j'ai le droit d'avoir envie de toi ? demande-t-il.

Elle hoche la tête.

— Alors ce soir, dit-il, je ne vais pas me presser.

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Ils passent au salon.

La bougie brûle encore. Gabriel s'assoit sur le canapé. Il la regarde. Elle reste debout, adossée au mur, les bras croisés sur sa poitrine — un geste automatique, presque défensif.

— Viens, dit-il.

Elle s'approche. Il tend la main. Il prend la sienne. Il la tire doucement vers lui. Elle s'assoit à côté de lui. Le canapé grince. Leurs cuisses se touchent.

Il pose sa main sur son genou. Il ne monte pas. Il reste là. Il caresse du bout des doigts, des cercles lents sur le coton de sa robe.

— Tu es tendue, dit-il.

— Je suis toujours tendue.

— Pourquoi ?

Elle le regarde. Elle pourrait mentir. Elle pourrait dire "le travail", "la vie", "je suis comme ça".

— Parce qu'il y a quelque chose que tu ne sais pas, finit-elle par dire. Quelque chose que je devrais te dire. Avant.

— Alors dis-le.

Elle ferme les yeux. Ses mains tremblent. C'est le moment. Le moment où tout bascule. Où il va se lever. Où il va dire "je dois y aller". Où elle va passer la nuit à pleurer dans son bain.

— Je ne suis pas… commence-t-elle.

Gabriel pose son doigt sur ses lèvres. Il la fait taire.

— Pas ce soir, dit-il. Demain. Après-demain. Jamais, si tu veux. Ce que tu as entre les jambes, Chloé, je m'en fous. Ce n'est pas pour ça que je suis là.

Elle ouvre les yeux. Elle le regarde. Il est sérieux. Pas un muscle de son visage ne bouge.

— Comment tu peux t'en foutre ? chuchote-t-elle. Tout le monde s'en fout, au début. Puis ils regardent. Puis ils partent.

— Je ne suis pas tout le monde.

Il prend son visage entre ses mains. Elle se laisse faire. Il l'embrasse.

D'abord doucement. Ses lèvres sur les siennes, à peine. Puis plus fort. Sa langue demande. Elle ouvre la bouche. Elle le goûte. Vin rouge. Lui. Elle pose ses mains sur sa poitrine. Sa chemise est douce. En dessous, son cœur bat.

Il recule. Il la regarde. Il attend.

— Qu'est-ce que tu veux, Chloé ?

— Je veux que tu me voies, murmure-t-elle. Je veux que tu restes.

— Alors lève-toi.

Elle se lève.

— Enlève ta robe. Si tu veux.

Elle hésite. Ses doigts cherchent la fermeture éclair dans son dos. Elle trouve. Elle tire. La glisse métallique descend lentement. Le coton se relâche. Il glisse sur ses épaules.

Elle laisse tomber la robe. Elle est debout devant lui, en dentelle noire. Ses seins pointent. Sa culotte tient ses hanches. Ses fesses sont nues. La dentelle ne couvre que l'avant.

Gabriel ne dit rien.

Il la regarde. Ses yeux descendent. Lentement. Il voit ses seins. La pointe rose qui durcit sous la dentelle. Il voit le creux de sa taille, la rondeur de ses hanches. Il voit le renflement. Sous la culotte noire. Ce qu'elle cache. Ce qu'elle n'a pas choisi.

Il ne bronche pas.

— Magnifique, dit-il.

Elle éclate en sanglots.

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Il se lève. Il la prend dans ses bras. Il la serre fort. Elle pleure contre sa poitrine, secouée, ses mains crispées sur sa chemise blanche. Il ne dit rien. Il la berce. Il caresse ses cheveux blonds. Il attend que la vague se calme.

— Je sais, dit-il contre ses tempes. Je sais ce que ça coûte.

— Tu ne peux pas savoir, souffle-t-elle.

— Non. Je ne peux pas. Mais je peux rester.

Il recule. Il la regarde. Des larmes noires coulent de ses yeux, parce qu'elle a mis du mascara. Il les essuie avec son pouce.

— Tu es si belle quand tu pleures, dit-il.

— C'est malsain, de dire ça.

— Je suis malsain. Ça te dérange ?

Elle rit. À travers les larmes. Un rire brisé.

Il la prend par la main. Il la conduit vers le lit. Il la fait asseoir sur le bord. Il s'agenouille devant elle. Ses mains remontent le long de ses cuisses. Sa peau est douce. Elle frissonne.

— Je vais te toucher, dit-il. Je vais te toucher partout. Et si tu as mal, si tu as peur, si tu veux arrêter, tu dis stop. D'accord ?

— D'accord, souffle-t-elle.

Il écarte ses genoux. Il s'installe entre ses cuisses. Il lève les yeux vers elle. Ses mains remontent, ouvrent la dentelle. Ses seins apparaissent. Il les regarde. Il se penche.

Il baise ses seins.

Sa bouche est douce. Chaude. Il prend le téton gauche entre ses lèvres, le suce doucement, le caresse du bout de la langue. Chloé frissonne. Sa tête tombe en arrière. Ses doigts s'enfoncent dans ses cheveux à lui.

Il alterne. Gauche. Droite. Ses dents mordillent à peine, juste ce qu'il faut pour qu'elle gémisse. Ses mains tiennent ses hanches. Elle pousse un peu ses seins vers sa bouche. Il sourit contre sa peau.

— Tu aimes ça, dit-il.

— Oui, répond-elle. Comme si elle s'en excusait.

Il continue. Longtemps. Il les baise comme on boit l'eau après la soif. Il lèche, il suce, il mord, il souffle. Ses tétons sont rouges, durcis, presque douloureux quand il les lâche.

Puis il descend.

Sa bouche suit la ligne de son ventre. Ses lèvres dessinent des cercles autour de son nombril. Sa langue descend plus bas. Elle retient son souffle.

Il arrive à la culotte.

Il la regarde. Elle hoche la tête.

Il écarte le tissu d'un doigt. Il voit.

Elle ferme les yeux. Elle n'ose pas regarder son visage.

Il se penche. Il embrasse. Là.

Là où personne n'a jamais embrassé.

Sa bouche est chaude sur son sexe. Il ne recule pas. Il ne fait pas la grimace. Il baise. Doucement. Il remonte, descend, trouve le rythme. Elle gémit. Ses mains tirent ses cheveux blonds. Elle se cambre.

Il remonte. Il écarte la culotte complètement. Il la regarde. Vraiment. Il voit son sexe. Il voit sa vulnérabilité. Il voit tout ce qu'elle a caché pendant des années.

Il ne dit rien. Il sourit.

— Tu es entier, dit-il. Tu es entière. C'est la même chose.

Il se penche encore. Il l'embrasse. Là. Longuement. Sa langue fait des cercles. Elle pleure encore. Mais ce ne sont plus des larmes de peur.

Elle jouit. La première fois de sa vie. Sans se toucher elle-même. Avec la bouche d'un homme. La bouche d'un homme qui a dit "je reste".

Elle crie. Elle serre ses cuisses autour de sa tête. Il ne bronche pas. Il continue. Il boit son plaisir comme on boit la pluie.

Quand ça redescend, elle est molle. Brisée. Entière.

Il remonte. Il se couche à côté d'elle. Il l'attire contre lui. Il lui caresse les cheveux.

— C'était bien ? demande-t-il.

— C'était… elle cherche ses mots. C'était la première fois.

— La première fois que tu jouis ?

— La première fois que je ne me sens pas monstre.

Il la serre plus fort.

— Tu n'as jamais été un monstre, Chloé. Tu as juste attendu le bon.

Ils restent là, enlacés. La bougie meurt. L'obscurité les enveloppe. Il ne fait rien d'autre. Pas ce soir. Il lui dit : "ce soir, c'était toi. Demain, ce sera nous."

Elle s'endort dans ses bras.

Pour la première fois, elle ne rêve pas.





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Chloé -Ch02 (novella)

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Chloé 
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Chapitre 2 – La rencontre




La librairie s'appelle L'Encre et la Plume.

Chloé y vient souvent le samedi matin, quand la lumière est encore douce et que les passants ne se bousculent pas. Elle aime l'odeur du vieux papier, le craquement des planchers sous ses semelles, la façon dont le silence ici n'est pas un vide mais une présence.

Aujourd'hui, elle cherche un roman. Un truc qu'elle a vu passer sur Instagram. Une couverture verte, un titre en lettres dorées, une autrice dont elle ne se rappelle plus le nom. Elle tourne en rond dans le rayon littérature contemporaine, son index glissant sur les dos des livres, ses cheveux blonds tombant en rideau devant son visage.

Elle ne l'a pas vu entrer.

Lui, il s'appelle Gabriel. Trente-deux ans. Des mains de pianiste ou de sculpteur — longues, fines, précises. Un visage qu'on n'oublie pas sans faire exprès : des pommettes hautes, une mâchoire dessinée, des yeux couleur de miel trouble. Il porte un pull en laine grise, troué au coude gauche, et une écharpe rouge qui dénote. Il n'est pas venu pour un livre. Il est venu parce qu'il pleuvait dehors et qu'il avait froid.

Il la voit tout de suite.

Elle est là, accroupie devant la dernière étagère du fond, son jean tendu sur ses fesses, ses cheveux qui lui cachent le visage. Il ne voit pas son visage. Il voit sa nuque. Fine. Blanche. Quelques mèches rebelles qui s'échappent de son chignon approximatif.

Il s'approche. Sans bruit. Il prend un livre au hasard dans le rayon d'à côté, juste pour avoir une raison d'être là. Il l'observe du coin de l'œil.

Elle se relève. Elle secoue la tête pour dégager son visage. Et là.

Gabriel oublie de respirer.

Elle a des yeux clairs. Pas bleus. Pas verts. Quelque chose entre les deux, comme un ciel d'avant l'orage. Des lèvres pleines, sans rouge à lèvres, juste leur propre couleur. Et cette façon qu'elle a de mordre sa lèvre inférieure quand elle cherche un titre.

— Vous cherchez quelque chose en particulier ? demande-t-il.

Sa voix est plus grave qu'il ne le pensait. Elle sort comme malgré lui.

Chloé sursaute légèrement. Elle ne l'avait pas entendu arriver. Elle tourne la tête. Le voit. Le regarde.

Il est beau, pense-t-elle.

Mais elle ne le dit pas.

— Un livre, répond-elle, ironique. Une couverture verte. Une autrice… Je ne me souviens plus du nom.

— Ça aide, sourit-il.

Elle rit. Un rire court. Presque malgré elle.

— Je sais. Je suis une mauvaise cliente.

— Les mauvaises clientes sont les plus intéressantes. Elles savent ce qu'elles veulent sans savoir l'exprimer.

Chloé le fixe. Il y a quelque chose chez lui. Quelque chose qui ne lui plaît pas tout à fait. Ou qui lui plaît trop.

— Vous êtes libraire ? demande-t-elle.

— Non. Juste quelqu'un qui est entré pour s'abriter de la pluie.

Elle jette un coup d'œil dehors. Il pleut en effet. Des fines gouttes serrées qui brouillent les vitres.

— Vous avez de la chance, dit-elle. Je pars dans cinq minutes. Vous pourrez avoir mon coin au sec.

— Je préfère rester là où vous êtes.

Le silence tombe entre eux. Ni lourd. Ni léger. Juste là.




---

Chloé ne part pas au bout de cinq minutes.

Ils se tournent autour dans les rayons. Lui trouve le livre à la couverture verte. Une autrice suédoise. Il le lui tend. Leurs doigts se frôlent. Il ne retire pas sa main tout de suite.

— Ça vous dit de boire un café ? propose-t-il. Il y a un salon de thé au bout de la rue. Leurs pains au chocolat sont presque aussi bons que leurs regards.

— Leurs regards ?

— Les serveuses. Elles vous regardent comme si vous étiez intéressante.

— Et je ne le suis pas ?

— Si. Mais j'aime qu'on me le confirme.

Chloé hésite. C'est à cet instant précis que la peur se lève en elle. Un café. Puis un verre. Puis chez lui. Puis chez moi. Puis le moment. Puis son regard qui descend. Puis sa main qui s'arrête. Puis ses yeux qui changent.

Elle a failli dire non. Elle a ouvert la bouche pour dire non.

Il a posé sa main sur son bras. Légèrement. À peine.

— Un café, a-t-il répété. Rien d'autre. Promis.

Elle a dit oui.




---

Le salon de thé s'appelle Les Oiseaux de passage. Il y a des fleurs séchées au plafond et des nappes à carreaux rouges. La serveuse — une jeune femme ronde avec des tatouages d'ancres sur les avant-bras — leur trouve une table près de la fenêtre.

La pluie coule sur la vitre en larmes lentes. Chloé n'enlève pas son pull. Gabriel, si. Il retire son écharpe, puis sa veste. En dessous, son pull gris laisse deviner des épaules larges, un torse solide.

Elle regarde. Il le voit.

— Tu regardes, dit-il. Ce n'est pas un reproche.

— Je ne regardais pas.

— Tu es une menteuse élégante.

Elle sourit malgré elle. Personne ne lui avait dit ça.

Ils commandent deux cafés. Deux pains au chocolat. Pendant un quart d'heure, ils parlent du livre à la couverture verte, des librairies de quartier qui ferment, des gens qui lisent encore sur papier. Rien de personnel. Rien de dangereux.

Puis Gabriel pose sa tasse vide. Il la regarde. Vraiment. Pas comme on regarde une jolie femme dans la rue. Comme on regarde quelqu'un qu'on veut comprendre.

— Chloé, dit-il (elle lui a donné son prénom, cinq minutes plus tôt). Tu as des seins magnifiques.

Elle manque s'étouffer.

— Quoi ?

— Tes seins. Sous ton pull. Ils sont… Comment dire ? Présents. Sans être exhibitionnistes. On les voit, mais ils ne se montrent pas. J'aime ça.

Elle est figée. Personne — personne — ne lui a jamais parlé comme ça. Sans détour. Sans gêne. Avec une forme de poésie brute.

— Tu dis toujours ce qui te passe par la tête ? demande-t-elle, la voix un peu étranglée.

— Non. Juste quand ça vaut la peine d'être dit.

Il marque une pause. Il pose sa main sur la table, paume ouverte, comme une offre.

— Je peux te poser une question ? Et tu n'es pas obligée de répondre.

Elle hoche la tête. Son cœur bat trop vite.

— Qu'est-ce que tu regardes, toi, quand tu rencontres un homme ?

La question la déstabilise. Elle s'attendait à autre chose. À une question sur son corps. Sur ce qu'elle cache. Mais non. Il veut savoir ce qu'elle regarde.

— Les mains, répond-elle après un silence. Je regarde les mains.

Il tourne les siennes. Paumes vers le haut. Paumes vers le bas. Doigts écartés. Il les pose sur la nappe à carreaux.

— Les miennes te plaisent ?

Oui. Elles lui plaisent. Trop.

— Elles sont bien, dit-elle, la gorge serrée.

— Alors c'est un bon début.




---

Dehors, la pluie s'est arrêtée. Le soleil perce entre les nuages, pale, hésitant.

Ils sortent ensemble. Sur le trottoir, il se plante devant elle. Il prend son menton entre ses doigts — ses beaux doigts — et relève son visage.

— Je vais te dire quelque chose, Chloé. Et je ne veux pas que tu aies peur.

Elle retient son souffle.

— Je te trouve belle. Pas jolie. Belle. C'est différent. La beauté, ça fait un peu peur, parfois. Mais moi, ta beauté ne me fait pas peur.

Il ne l'embrasse pas. Il recule. Il sort son téléphone.

— Donne-moi ton numéro. Je t'invite à dîner demain soir. Et si tu refuses, je n'insisterai pas.

Elle donne son numéro.

Ses doigts tremblent un peu. Il ne dit rien.

Il s'éloigne. L'écharpe rouge flotte au vent. Il se retourne une fois. Il lui sourit. Il fait coucou de la main, comme un enfant.

Elle reste là, immobile, sur le trottoir mouillé, ses cheveux blonds qui collent à ses tempes.

Qu'est-ce qui vient de se passer ?




---

Chez elle, le soir, elle est assise sur son lit. Le livre à la couverture verte est posé sur la table de nuit. Il ne l'a pas ouvert.

Son téléphone vibre.

Gabriel : "Demain. 20h. Je passe te prendre. Envoie-moi ton adresse."

Elle hésite. La peur remonte. Lourde. Visqueuse. Il sait. Il ne sait pas. Il va voir. Il va partir.

Elle tape son adresse. Elle envoie.

Gabriel : "À demain, Chloé. Ne te fais pas trop belle. Tu l'es déjà assez."

Elle pose le téléphone. Elle va dans la salle de bain. Elle se regarde dans le miroir. La fissure est toujours là.

Elle fait couler un bain. Très chaud. Elle s'allonge dedans. L'eau lui arrive au menton. Ses seins pointent hors de l'eau, rosés par la chaleur. Ses cheveux blonds flottent autour d'elle comme une couronne noyée.

Elle ferme les yeux.

Elle imagine Gabriel. Ses mains. Sa voix. Ce qu'il a dit : "Tes seins sont magnifiques."

Personne ne lui avait jamais dit ça.

Ses doigts descendent d'eux-mêmes entre ses cuisses. Elle ne veut pas. Mais son corps est plus fort qu'elle. Elle touche. Doucement. Elle pense à lui. À ses yeux couleur de miel. À sa façon de la regarder sans détour.

Elle soupire. Elle arrête.

Pas ce soir, se dit-elle. Demain. Demain, je saurai.

Elle sort du bain. Elle se sèche. Elle enfile une chemise de nuit en coton blanc, trop légère pour l'hiver, mais elle a chaud tout à coup.

Elle dort mal. Elle rêve de mains. De mains qui descendent et qui ne s'arrêtent pas.

Elle se réveille en sursaut à 4h17.

Son sexe est dur. Son cœur aussi.

Demain, répète-t-elle.

Demain est dans quinze heures.

Elle n'est pas prête.

Personne ne l'est jamais.







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