Translate

Dévoilées (nouvelle)

.


.
Dévoilées




Najet avait vingt-deux ans, un voile blanc immaculé, et une certitude qui vacillait chaque jour un peu plus.
Kawther en avait vingt-trois, un voile noir qu'elle ajustait sans y penser, et des questions plein la tête qu'elle n'osait poser à personne.
Elles s'étaient rencontrées en deuxième année de sociologie à l'Université de Tunis, dans un cours sur « Genre et religion dans le monde arabe ». L'ironie du sort n'avait échappé ni à l'une ni à l'autre.
Najet venait d'une famille religieuse conservatrice de La Marsa. Son père était imam dans une mosquée du quartier, sa mère portait le niqab jusqu'à récemment. Elle avait été élevée dans la crainte de Dieu et le respect absolu des textes. Pourtant, plus elle étudiait, plus elle découvrait les contradictions, les interprétations, les manipulations.
Kawther, elle, venait d'une famille plus libérale de Lafayette. Ses parents étaient médecins, peu pratiquants, mais elle avait choisi le voile à seize ans, par conviction spirituelle. Ou du moins, le croyait-elle. Aujourd'hui, elle n'était plus sûre de rien.
Le cours qui les avait réunies était enseigné par une femme, le professeur Ben Mahmoud, une universitaire connue pour ses positions féministes. Elle leur parlait de l'histoire du voile, de ses origines pré-islamiques, de son utilisation politique à travers les siècles, des femmes qui l'avaient porté par choix et de celles qui l'avaient subi par force.
« Le voile, disait-elle, n'est pas qu'un tissu. C'est un symbole. Et comme tous les symboles, il peut être libérateur ou oppresseur selon qui le porte et pourquoi. »
Najet buvait ses paroles. Kawther prenait des notes frénétiquement. Leurs regards se croisaient souvent, chargés de la même interrogation : et nous, pourquoi le portons-nous, nous ?
Les travaux de groupe les rapprochèrent. Il fallait préparer une présentation sur « Les femmes et l'espace public dans la Tunisie post-révolutionnaire ». Elles passèrent des après-midi entières à la bibliothèque universitaire, puis dans les cafés du centre-ville, puis chez l'une ou chez l'autre quand les parents n'étaient pas là.
L'amitié vint naturellement. La complicité aussi. Trop de complicité, peut-être.
Najet remarqua la façon dont Kawther mordillait son stylo en réfléchissant, la courbe de son cou quand elle se penchait sur les livres, l'éclat de ses yeux quand elle défendait une idée. Elle chassait ces pensées, se les interdisait, les retrouvait toujours.
Kawther, elle, observait Najet avec une attention qui la troublait. La manière dont elle écartait une mèche de cheveux sous son voile, son rire timide quand elle était gênée, l'intensité de son regard quand elle parlait de justice sociale. Elle se surprenait à imaginer sa vie sans voile, sans contraintes, sans mensonges. Elle se surprenait à imaginer Najet dans cette vie.


Un soir de février, la pluie battante les surprit à la sortie de la fac. Elles coururent se réfugier dans un petit café près de la place Halfaouine, un endroit où personne ne les connaissait. Installées dans un coin discret, elles commandèrent deux thés à la menthe.
La conversation dévia, comme souvent, vers leurs doutes.
« Parfois, je me demande si tout ça a un sens, » dit Kawther en touchant son voile. « Si je le porte pour moi ou pour les autres. »
Najet hocha la tête. « Moi aussi. Mon père dit que c'est un commandement divin. Mais plus j'étudie, plus je vois que les commandements divins ont été écrits par des hommes. Des hommes d'une autre époque. »
« Tu crois que Dieu nous voit comme inférieures ? »
« Non. Je crois que les hommes ont décidé que oui, pour leur propre bénéfice. »
Le silence s'installa, chargé de tout ce qu'elles n'osaient pas dire. Dehors, la pluie redoublait. Dedans, la chaleur du thé et la proximité de leurs corps créaient une intimité nouvelle.
Kawther posa sa main sur celle de Najet. Un geste de réconfort, rien de plus. Mais la main resta.
« Najet, » murmura-t-elle.
Najet leva les yeux. Dans le regard de Kawther, il y avait une question qu'elle comprit immédiatement. Une question qu'elle se posait aussi, en secret, depuis des semaines.
Elle ne retira pas sa main.
Ce soir-là, elles parlèrent longtemps, longtemps, de tout sauf de l'essentiel. Mais quand elles se séparèrent sous la pluie, leurs doigts s'attardèrent une seconde de trop.
Les semaines suivantes, la tension monta. Chaque regard devenait plus long, chaque geste plus chargé. Les après-midi d'étude devenaient des prétextes à être ensemble, à se frôler, à tester les limites de ce qu'elles pouvaient s'avouer.


Un jour, en préparant leur exposé sur l'espace public, Kawther dit soudain :
« L'espace public, c'est intéressant. Mais l'espace privé, personne n'en parle. Ce qu'on fait quand personne ne nous voit. »
Najet sentit son cœur s'emballer. « Qu'est-ce qu'on fait, nous, quand personne ne nous voit ? »
Kawther la regarda droit dans les yeux. « On se pose des questions. On ose pas. On a peur. »
« De quoi ? »
« De ce qu'on ressent. »
Le silence qui suivit fut plus bruyant que tous les mots.
Najet se leva, fit quelques pas dans la chambre de Kawther – ses parents étaient en déplacement pour la semaine. Elle s'arrêta devant la fenêtre, regardant la rue sans la voir.
« Je ressens des choses, » dit-elle d'une voix à peine audible. « Depuis longtemps. Des choses que je ne devrais pas ressentir. »
Kawther vint derrière elle, tout près. « Moi aussi. »
« Pour une femme. »
« Moi aussi. »
Najet se retourna. Elles étaient si proches que leur souffle se mêlait. Kawther leva la main, très lentement, vers le voile de Najet.
« Je peux ? »
Najet ferma les yeux. « Oui. »
Le voile glissa. Puis le foulard en dessous. Les cheveux de Najet, coupés court, bruns, apparurent. Elle les toucha, gênée – elle ne les montrait à personne, pas même à ses sœurs.
« Ils sont magnifiques, » souffla Kawther.
Puis ce fut son tour. Najet défit son voile avec des gestes tremblants. Les cheveux de Kawther, plus longs, plus foncés, coulèrent sur ses épaules comme une cascade libérée.
Elles se regardèrent, deux jeunes femmes, les cheveux défaits, les yeux brillants, plus nues que nues.
« On est folles, » murmura Najet.
« Oui. » Kawther sourit. « Complètement folles. Et libres, pour la première fois. »
Le baiser, quand il vint, fut une délivrance. Il avait le goût de la liberté, de la transgression, de la vérité enfin dite. Les lèvres de Kawther étaient douces, incroyablement douces. Najet y découvrit tout ce qu'elle avait cherché sans le savoir.
Leurs mains s'égarèrent, caressant les bras, la taille, la nuque. Les vêtements devinrent une prison. Elles se dévêtirent mutuellement, avec une lenteur appliquée, comme pour célébrer chaque parcelle de peau qui se révélait.
Quand elles furent nues, l'une contre l'autre, Najet pleura.
« Pourquoi tu pleures ? » demanda Kawther, inquiète.
« Parce que je n'ai jamais été aussi vivante. Aussi moi-même. »
Kawther l'embrassa encore, plus fort, plus profond. Elles basculèrent sur le lit, enlacées, et commencèrent à explorer ce territoire interdit.
Le plaisir qu'elles découvrirent ce jour-là était d'une intensité que ni l'une ni l'autre n'avait imaginée. Les mains de Kawther semblaient connaître instinctivement les endroits sensibles. La bouche de Najet trouvait des chemins que son corps lui-même ignorait.
Ce fut rapide – l'urgence de deux désirs trop longtemps réprimés. Un quickie, dans le sens le plus pur du terme, volé à leurs vies, à leurs peurs, à leurs mensonges. Quand Najet jouit pour la première fois entre les mains d'une femme, elle cria – un cri libérateur, sans honte, sans retenue.
Puis ce fut le tour de Kawther, et Najet découvrit l'ivresse de donner, de voir l'être aimé se dissoudre de plaisir sous ses doigts.
Après, elles restèrent enlacées, tremblantes, riant et pleurant à la fois.
« Ça y est, » dit Kawther. « On a franchi le pas. »
« On a franchi tout. » Najet rit. « Nos familles, notre religion, notre société. Tout. »
L'humour noir de la situation les frappa soudain. Elles étaient là, nues, dans le lit d'une étudiante tunisienne, après avoir fait l'amour comme deux femmes libres, pendant que dehors, la ville conservatrice continuait son train-train, ignorant tout de cette petite révolution.
« Tu réalises ? » dit Kawther. « Si quelqu'un nous voyait, on serait lapidées. Socialement, au moins. »
« Pire. On serait "guéries". Envoyées chez le psychiatre. Mariées de force à des cousins. »
« Et pourtant, regarde-nous. On n'a jamais été aussi saines d'esprit. »
Elles rirent, un rire un peu amer, un peu joyeux. Le rire de celles qui ont choisi la vérité plutôt que le confort du mensonge.
Les semaines suivantes furent une explosion de liberté. Elles se voyaient dès que possible, inventaient des prétextes, volaient des heures à leurs familles, à leurs études, à leurs obligations. Chaque étreinte était une affirmation, chaque baiser une déclaration d'indépendance.
Mais la liberté a un prix. Et ce prix, elles durent le payer.


Un soir, le père de Najet, l'imam, la surprit en train d'envoyer un message à Kawther. Rien de compromettant – un simple « à demain, ma belle ». Mais le ton, la fréquence des messages, les sorties incessantes... Il commença à poser des questions.
« Cette Kawther, vous êtes très proches, toutes les deux. »
Najet sentit le danger. « C'est ma meilleure amie, papa. On travaille ensemble. »
« Hum. »
Le doute était semé. Il surveilla ses allées et venues, ses horaires, ses téléphones. La pression monta.
Kawther, de son côté, subissait les assauts de sa mère qui lui présentait des « partis intéressants » – des garçons bien sous tous rapports, ingénieurs, médecins, « de bonnes familles ».
« Tu n'es pas obligée d'accepter, mais au moins rencontre-les, » disait sa mère. « Tu ne vas pas rester célibataire toute ta vie. »
Elle se sentait prise au piège. Leurs moments volés devenaient leur seule bouffée d'oxygène.


Un après-midi, dans leur café habituel, Najet prit une décision.
« Je ne peux plus mentir, » dit-elle. « À mon père. À moi-même. Je vais lui dire. »
Kawther blêmit. « T'es folle ? Il va te tuer. »
« Peut-être. Mais au moins, je serai morte en étant moi-même. »
« Ne dis pas ça. On va trouver une solution. Ensemble. »
Mais quelle solution ? Dans une société où l'homosexualité est criminalisée, où la religion est utilisée pour justifier l'oppression, où les familles préfèrent un enfant mort qu'un enfant « déviant » – quelle solution, sinon la fuite ?
Elles commencèrent à envisager l'exil. La France, le Canada, n'importe où ailleurs. Mais il fallait de l'argent, des papiers, du temps. Du temps qu'elles n'avaient peut-être pas.


La crise éclata un vendredi, jour de prière.
Le père de Najet avait fouillé sa chambre en son absence. Il avait trouvé un carnet intime. Rien de sexuellement explicite, mais assez de déclarations d'amour pour comprendre.
Quand Najet rentra, il l'attendait dans le salon, le carnet à la main, le visage fermé.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? »
Elle aurait pu mentir, nier, minimiser. Elle regarda son père, cet homme qui avait passé sa vie à prêcher la parole de Dieu, à dire aux fidèles comment vivre, quoi penser, qui aimer. Elle pensa à toutes ces femmes voilées dans sa mosquée, obéissantes, silencieuses, invisibles. Elle pensa à sa mère, qui n'avait jamais choisi son niqab, qui le portait parce que son mari le lui demandait.
Elle pensa à Kawther, à sa peau contre la sienne, à ses yeux quand elle disait « je t'aime », à la liberté qu'elles avaient goûtée ensemble.
« C'est mon journal, papa. »
« Je vois bien. Et ces phrases ? "Je t'aime Kawther, plus que tout au monde." Qu'est-ce que ça signifie ? »
Elle prit une grande inspiration. « Ça signifie exactement ce que ça dit. Je l'aime. Je suis amoureuse d'elle. »
Le soufflet la cueillit en pleine joue. Elle vacilla, se rattrapa au mur. Sa mère, dans la cuisine, avait tout entendu et pleurait sans intervenir.
« Tu es une malade, » cracha son père. « Une pécheresse. Tu vas brûler en enfer. »
Najet se redressa, la joue rouge, les yeux secs. « Si aimer est un péché, alors je préfère l'enfer à ton paradis. »
Elle sortit de la maison en courant, sans voile, sans rien. Elle courut jusqu'à chez Kawther, sonna, s'effondra dans ses bras.
Kawther la fit entrer, la berça, écouta son récit. Puis elle prit une décision.
« On part. Maintenant. »
« Comment ? »
« J'ai des économies. Mes parents sont en voyage. On prend un taxi, on va à l'aéroport, on prend le premier vol pour Paris. On verra après. »
« Mais nos études, nos familles... »
« Najet, regarde-moi. Tu veux passer ta vie à obéir à des mythes, à des mensonges, à des exigences qui ne sont pas les tiennes ? Tu veux retourner là-bas, te repentir, épouser un cousin, faire des enfants en cachetant ton cœur ? »
Najet pleurait, perdue. « Je ne sais pas... »
« Moi, je sais. Je t'aime. Et je refuse de vivre dans le mensonge. Si tu veux venir, viens. Si tu veux rester, je comprendrai. Mais moi, je pars. »
Elle se leva, prit un sac, commença à y jeter quelques affaires. Najet la regarda faire, le cœur déchiré.
Puis elle se leva aussi.


À l'aéroport, elles achetèrent deux billets pour Paris avec les économies de Kawther. Dans la salle d'embarquement, Najet regarda autour d'elle. Des femmes voilées, des hommes en costume, des enfants, des familles. Toute cette vie organisée selon des règles qu'elle n'avait pas choisies.
Elle se tourna vers Kawther. « Enlève ton voile. »
Kawther la regarda, surprise. « Ici ? »
« Ici. Maintenant. Pour que la première fois que tu le fais, ce soit avec moi. »
Kawther défit lentement son voile. Ses cheveux tombèrent sur ses épaules. Elle était belle, libre, vivante.
Puis ce fut le tour de Najet. Elle ôta le sien, le tint dans ses mains un instant, ce morceau de tissu qui avait défini sa vie si longtemps. Puis elle le laissa tomber sur le siège.
Elles se regardèrent, cheveux au vent, souriant à travers leurs larmes.
« On est nues, » rit Kawther.
« Presque. Plus que nous l'avons jamais été. »


Dans l'avion, installées côte à côte, elles se tinrent la main. Najet regarda par le hublot Tunis qui s'éloignait, ses lumières, sa médina, ses mosquées.
« Je laisse tout derrière moi, » murmura-t-elle.
« Tu laisses des chaînes. Tu emportes ta liberté. »
L'humour noir, une fois de plus, les rattrapa.
« Ma mère va être folle d'inquiétude, » dit Najet.
« Mon père va appeler toutes les ambassades. »
« On va être deux filles sans rien à Paris. »
« On va être deux filles libres à Paris. »
Elles rirent, un peu hystériques, un peu terrifiées, complètement vivantes.
L'avion décolla. Tunis rapetissa, devint un point, disparut dans les nuages. Najet sentit une main serrer la sienne. Elle se tourna vers Kawther.
« Je t'aime, » dit-elle.
« Je t'aime aussi. Et on va y arriver. »
« Comment tu le sais ? »
Kawther sourit, un sourire éclatant, sans voile, sans peur, sans limite. « Parce qu'on a déjà fait le plus dur. On s'est trouvées. Le reste, c'est des détails. »
Paris les attendait, froide, chère, inconnue. Mais pour la première fois de leur vie, Najet et Kawther n'attendaient plus rien. Elles allaient construire, elles-mêmes, leur propre chemin.
Sans mythes. Sans mensonges. Sans exigences imposées par d'autres.
Juste elles deux, et l'immensité du possible.


Des mois plus tard, installées dans un petit appartement de Belleville, travaillant l'une comme serveuse, l'autre comme nounou, elles repensaient parfois à leur vie d'avant. Aux voiles qu'elles portaient, aux prières qu'elles récitaient sans y croire vraiment, aux regards des hommes dans la rue.


Un soir, Najet sortit les voiles qu'elles avaient gardés – par hasard, par nostalgie, par besoin de se souvenir.
« Tu te rends compte ? » dit-elle en les regardant. « On a cru que c'était Dieu qui nous demandait ça. »
Kawther vint s'asseoir près d'elle. « Ce n'était pas Dieu. C'était la peur. La peur des hommes de perdre le contrôle. »
« Et on a obéi si longtemps. »
« Mais on n'obéit plus. »
Elle prit les voiles, les regarda un instant, puis les jeta à la poubelle.
Najet la regarda faire, un sourire aux lèvres. « C'est symbolique. »
« C'est réel. C'est fini. »


Ce soir-là, elles firent l'amour dans leur petit appartement parisien, sans peur, sans honte, sans aucun interdit. Les murs étaient minces, les voisins bruyants, le lit trop petit. Mais elles étaient chez elles, libres, vivantes.
Après, allongées nues dans les draps froissés, Najet dit :
« Tu crois qu'un jour on retournera là-bas ? »
Kawther réfléchit. « Peut-être. Quand on sera fortes. Quand on pourra aider d'autres filles comme nous. »
« En attendant ? »
« En attendant, on vit. On aime. On est heureuses. C'est déjà énorme. »
Dehors, Paris brillait de mille lumières. Dedans, deux Tunisiennes réinventaient leur vie, loin des dogmes, loin des regards, loin des chaînes.
C'était leur plus belle prière.


.

صلاة العشاء (قصة قصيرة)

.


.
صلاة العشاء


كانت مروة في العشرين من عمرها، ترتدي حجاباً عن قناعة، وتخفي سراً تخبئه حتى عن الله.
أما سوار، فكانت في الحادية والعشرين، ترتدي الحجاب بحكم العادة، ولديها عينان تلاحقان مروة في كل مكان منذ اليوم الأول في الجامعة.
كانتا في الدفعة ذاتها بقسم الأدب الفرنسي في جامعة تونس. تحضران دروس اللسانيات نفسها، وتجلسان في المدرج المزدحم ذاته، وتتشاركان فترات الراحة في مقهى الكلية، حيث تشربان الشاي بينما يراقبهما الشبان دون أن يجرؤ أحد على الاقتراب. كانتا تعرفان بعضهما بالنظر، تتبادلان التحية أحياناً، ولم يتعدَّ الأمر ذلك.
حتى جاء ذلك اليوم من شهر أكتوبر، حين تسبب إضراب في وسائل النقل في احتجازهما معاً عند موقف الحافلات تحت مطر غزير.
سألت سوار، وقد اخترق البرد عظامها: "أين تسكنين؟".
"في ميتويل فيل. وأنتِ؟".
"بالقرب منكِ. يمكننا مشاركة تاكسي إن أردتِ".
داخل المقصورة الضيقة للتاكسي الأصفر القديم، تلامس كتفاهما. شعرت مروة برعشة لا علاقة لها بالمطر.
بدأت الصداقة هكذا، كأمر بديهي. صارت الرحلات المشتركة طقساً يومياً، ثم تلتها استراحات الغداء، ثم سهرات المراجعة في بيت إحداهما أو الأخرى. كان والدا مروة، المحافظان والخوران بابنتهما التي تتابع دراستها، يقدران سوار ويريانها "فتاة مهذبة جداً". أما عائلة سوار، الأكثر ليبرالية، فكانوا يرون في مروة "تأثيراً طيباً".
لم يلحظ أحد ما كان يحدث فعلاً.
لأنه كان هناك شيء يحدث. كانت مروة تشعر به في صدرها حين تضحك سوار، وفي أحشائها حين تضع سوار يدها على ذراعها لتؤكد فكرة ما، وفي أحلامها، حيث كانت سوار تظهر بشعر منسدل ينساب على كتفيها.
كانت تستيقظ مذعورة، تلهث، وتكاد تموت شعوراً بالذنب. كانت تتوضأ لصلاة الفجر بإتقان مبالغ فيه، كأنها تحاول مسح تلك الأفكار "غير النقية". لكن الله، إذا كان يرى كل شيء، فقد كان يرى أيضاً أن أفكارها تعود دائماً إلى سوار.
أما سوار، فقد أدركت الأمر مبكراً. في السادسة عشرة، عرفت أنها مختلفة. بكت، وصلت، وتوسلت إلى الله أن يشفيها من هذا "المرض". ثم تقبلت، في السر، أن هذا هو حالها، وأنه ليس مرضاً بل جزء منها. تعلمت كيف تخفي نظراتها، وتتحكم في نزواتها، وتبتسم للشبان الذين كانت عائلتها تقدمهم لها "للتعارف".
حتى ظهرت مروة.
مع مروة، بدأ التحكم يترنح. في كل مرة تراها في الحرم الجامعي، يقفز قلبها قفزة صبيانية. وفي كل مرة تدرسان جنباً إلى جنب، كان عليها أن تقاتل كي لا تلمس يديها، أو شعرها تحت الحجاب، أو انحناءة عنقها وهي تنكب على كتبها.
ولم تغب عنها السخرية السوداء للموقف: كانتا تقضيان وقتهما في دراسة الأدب الفرنسي، وقراءة قصص حب ملتهبة كتبها مؤلفون ماتوا منذ زمن بعيد، بينما تعيشان قصة حبهما الصامتة والممنوعة في مجتمع لا يملك حتى كلمات لوصفهما.
في إحدى ليالي ديسمبر، وصل التوتر إلى نقطة الانفجار.
كانتا تراجعان لامتحان الأدب المقارن. الموضوع: "تمثلات الرغبة الأنثوية في شعر القرن التاسع عشر". كانت المفارقة ثقيلة لدرجة أنه يمكن قطعها بسكين.
كانت مروة تقرأ بصوت عالٍ قصيدة لـ بودلير. ارتعش صوتها عند بعض الأبيات. رفعت عينيها، فوجدت سوار تنظر إليها. كانت نظرتها مشتعلة، عميقة، ولا تقبل التأويل.
همست سوار: "مروة".
سقط الكتاب على الأرض.
القبلة، حين جاءت، لم تكن خجولة. كانت انفجاراً، اعترافاً، وعودة إلى الديار بعد غياب طويل. كانت شفاه سوار ناعمة، أنعم من كل ما تخيلته مروة في أحلامها المذنبة. كان لهما طعم الشاي بالنعناع الذي شربتاه قبل قليل.
بكت مروة تقريباً، بمزيج من الفرح والخوف. وجدت يداها طريقها إلى كتفي سوار، عنقها، وشعرها.. أخيراً شعرها، الذي لم تره من قبل. انزلق الحجاب، وسقط، كاشفاً عن شلال بني لمسته مروة بانبهار.
همست سوار وهي تلامس وجهها: "أحبكِ. أحبكِ منذ اليوم الأول".
لم تجب مروة. اكتفت بتقبيلها مرة أخرى، بقوة وعمق أكبر. الكلمات ستأتي لاحقاً. في تلك اللحظة، لم يكن هناك سوى الشفاه، والأيدي، والأجساد التي تبحث عن بعضها بعد شهور من الحرمان.
ارتمتا على السرير متعانقتين. صارت الملابس كثيرة جداً ومزعجة. فكت مروة ثوب سوار بحركات مرتبكة ومتعجلة. كانت تريد أن ترى، وتلمس، وتتذوق. وعندما ظهر جسدها، شعرت بدوار.
قالت: "أنتِ جميلة". كانت كلمة بسيطة، غير كافية، لكنها كل ما وجدته.
ردت سوار الفعل بالمثل، كاشفة عن جسد مروة ببطء متأنٍ، كأنها تريد حفر كل لحظة في ذاكرتها. ثم صارا جسداً لجسد، ومجرد هذا التلامس جعلهما تئنان.
كانت اللذة التي اكتشفتها مروة تلك الليلة مختلفة عن كل ما تخيلته. لم تكن الميكانيكا الباردة للأفلام التي قد يشاهدها البعض خلسة، ولا الأوصاف الشاعرية للروايات. كانت لذة نابضة، مرتبكة، ورائعة. يدا سوار كانتا تعرفان أين تلمسان، وبأي ضغط، لأن هذا الجسد كان جسدها هي أيضاً. وفم مروة كان يجد بالفطرة الأماكن الحساسة، لأنها كانت تعرف ما تحبه هي.
كان الأمر سريعاً؛ إلحاح رغبتين كتمتا طويلاً. بضع دقائق فقط. وعندما وصلت مروة لذروتها لأول مرة في حياتها بين يدي شخص آخر، صرخت؛ صرخة كتمتها يد سوار على فمها، فضحكتا، وكتمتا ضحكاتهما في الوسادة.
ثم جاء دور سوار، واكتشفت مروة نشوة منح اللذة، ورؤية وجه من تحب يتغير تحت أصابعها.
بعد ذلك، بقيتا متعانقتين، ترتعدان، غير مصدقتين.
همست مروة: "إذن هذا موجود".
"ماذا؟".
"ما نشعر به. لم يكن مجرد خيال في رأسي".
قبلتها سوار على جبهتها: "وفي رأسي أيضاً. منذ وقت طويل جداً".
تحدثتا حتى الفجر. عن مخاوفهما، عن عائلتيهما، وعن إيمانهما. بكت مروة وهي تعترف أنها صلت لتكون "طبيعية". مسدت سوار على شعرها قائلة: "أنتِ طبيعية. نحن طبيعيتان. العالم هو الغريب".
داهمتهما السخرية المريرة عندما نادى مؤذن المسجد القريب لصلاة الفجر. كانتا عاريتين، متعانقتين، ومغطيين بعرق اللقاء، بينما في الخارج يرتفع النداء للسجود بين يدي الله.
همست مروة: "سيلعننا".
فكرت سوار ثم قالت: "أو ربما هو راضٍ. لأننا وجدنا الحب. والحب هو من خلقه".
نهضت مروة، أدت صلاتها بشكل آلي، وعقلها في مكان آخر. وعندما عادت لتندس بجانب سوار، قالت: "أعتقد أن الله استجاب لي. لكن ليس بالطريقة التي تخيلتها".
كانت الأسابيع التالية إعصاراً. اخترعتا الحجج للقاء؛ مراجعة، مشاريع جماعية، خرجات ثقافية. كانت عائلتاهما سعيدتين برؤيتهما مجتهدتين هكذا، ولم يشك أحد في شيء.
في الجامعة، كان عليهما الحذر. ألا تلمسا بعضهما، ألا تنظرا لبعضهما طويلاً، ألا تضحكا تلك الضحكات المتواطئة التي تفضح المحبين. كان الأمر مرهقاً، لكنه كان مثيراً أيضاً. كل نظرة مسروقة كانت كنزاً. كل تلامس للأيدي في الممرات كان حدثاً.
كانت لقاءاتهما، المسروقة بين درسين أو بعد خروج الأهل، دائماً سريعة ودائماً مكثفة. لحظات خاطفة في غرفة سوار بينما أمها في السوق، أو في مكتبة الجامعة في الساعات الهادئة، وحتى مرة في مراحيض الكلية؛ المكان الأقل رومانسية في العالم، لكن عندما تكون في العشرين ومحباً، يتحول أي مكان إلى قصر.
كانت السخرية السوداء حليفتهما. ذات يوم، وبينما كانتا في حالة حميمية في غرفة مروة، طرقت أمها الباب لتقدم لهما الشاي. كان لديهما الوقت لارتداء ملابسهما في ثلاثين ثانية، وتعديل الحجاب، والظهور بابتسامة عند دخول الأم.
"أنتما تعملان بجد يا بناتي. تفضلا، شاي ساخن".
بعد خروجها، نظرتا لبعضهما وانفجرتا ضحكاً؛ ضحكاً صامتاً في الوسائد، والدموع في أعينهما.
جاء الربيع، ومعه الامتحانات والأيام الطويلة. بدأت علاقتهما السرية تأخذ مساحة أكبر في حياتهما. مروة، التي لم تحب الشبان يوماً، فهمت أخيراً السبب. وسوار، التي كانت تعرف دائماً، شعرت بأنها أقل وحدة.
لكن السر صار ثقيلاً. ذات مساء، انفجرت مروة: "أريد أن أقول لوالديّ".
شحب وجه سوار: "هل جننتِ؟ سيقتلانكِ.. سيقتلاننا".
"أعرف. لكني لم أعد أحتمل الكذب. عليهم، وعلى نفسي".
احتضنتها سوار: "سنفعل ذلك معاً. عندما نكون مستعدتين. عندما ننهي دراستنا، ونجد عملاً، ونستقل. ليس الآن".
كانت مروة تعرف أن سوار على حق. لكن الصبر كان يأكلها.
مرت الشهور، نجحتا في الامتحانات، وقضيتا عطلة منفصلة؛ كانت عذاباً استمر لأسابيع دون رؤية أو تلامس، فقط رسائل مشفرة ومكالمات سريعة حين لا يراقب الأهل.
مع بداية السنة الجديدة، تغير شيء ما. صارتا أكثر ثقة، وأكثر تصميماً. بدأت السنة الثالثة، سنة التخصص. اختارتا التوجهات نفسها، بالطبع.
في ليلة خريفية، بينما كانتا تسيران في "مدينة" تونس العتيقة، يد تلامس يداً تحت حجابيهما، تجرأتا على هذه الإيماءة الممنوعة في ظلام الأزقة، توقفت سوار.
"أحبكِ يا مروة. وأريد العيش معكِ. يوماً ما".
شعرت مروة بعينيها تغرورقان بالدموع: "وأنا أيضاً. لكن كيف؟".
"لا أعرف. لكننا سنجد الطريقة. نحن طالبتان، وذكيتان، ومحبتان. سنجد الطريقة".
تبادلتا قبلة في ظل زقاق مسدود؛ قبلة مسروقة وسريعة، تكفي فقط لتصمد كل منهما حتى الموعد التالي.
كان المستقبل غامضاً. العائلات، المجتمع، الدين؛ كل شيء بدا ضدهما. لكن في تلك الليلة، في المدينة الألفية، وتحت النجوم التي رآها أجدادهما قبلهما، كانت طالبتان محجبتان تتحابان في السر، وكان ذلك في حد ذاته نصراً.
ظهرت لهما سخرية موقفهما فجأة: تدرسان الأدب لتصبحا معلمتين، لتنقلا جمال الكلمات، بينما أجمل الكلمات التي تعرفانها، لا يمكنهما قولها لأحد.
وعدت مروة: "يوماً ما".
أجابت سوار: "يوماً ما".
وفي انتظار ذلك اليوم، كانت هناك تلك اللحظات المسروقة، والضحكات المكتومة، والنظرات المشتعلة، واللقاءات الخاطفة في أماكن غير متوقعة. كان هناك الحب، ببساطة، ينمو كزهرة برية في شقوق الأسفلت.
عند عودتهما إلى الغرفة؛ غرفة سوار تلك الليلة لأن والديها كانا في سفر، مارستا الحب بحنان جديد. بحدة أقل، وببطء أكثر. وكأن لديهما كل وقت العالم. وكأنها المرة الأولى التي تؤمنان فيها حقاً بالمستقبل.
بعد ذلك، وهما مستلقيتان في السرير الضيق، قالت مروة:
"هل تعرفين ما هي أكبر معجزة؟".
"لا".
"هي أن الله أعطاني كل ما طلبت. لكن ليس بالطريقة التي تخيلتها. طلبتُ أن أكون طبيعية، فأرسلكِ إليّ. طلبتُ أن أُحَبّ، فأرسلكِ إليّ. طلبتُ أن أفهم من أنا، فأرسلكِ إليّ".
بكت سوار بهدوء: "أنتِ معجزتي أنا أيضاً".
في الخارج، كانت تونس تغط في النوم. سكنت آخر نداءات الصلاة. المدينة العتيقة، التي كانت بونيقية، ورومانية، وعربية، وعثمانية، وفرنسية، ثم مستقلة، رأت الكثير من قصص الحب الممنوعة، والكثير من الأسرار، والحيوات المخفية. هذا المساء، كانت تحتضن قصتين إضافيتين.
وكان ذلك، في حياد المدينة الألفي، نوعاً من المباركة.
في اليوم التالي، في درس اللسانيات، تحدث الأستاذ عن الكلمات التي لا توجد في بعض اللغات. "في العربية، لدينا مائة كلمة لوصف الجمل، لكن كلمة واحدة لقول (حب). غريب، أليس كذلك؟".
تبادلت مروة وسوار نظرة. كانتا تعرفان، هما، الكلمات التي يتجاهلها القاموس. تلك التي تُقال همساً، في الليل، في أذن من نحب.
تلك التي لا تحتاج أن يفهمها بقية العالم.



.

La Prière du Soir (nouvelle)

.


.
La Prière du Soir



Marwa avait vingt ans, un voile qu'elle portait par conviction, et un secret qu'elle cachait même à Dieu.

Siwar en avait vingt et un, un voile qu'elle portait par habitude, et des yeux qui, depuis le premier jour de la fac, suivaient Marwa partout.

Elles étaient dans la même promotion de lettres françaises à l'Université de Tunis. Même cours de linguistique, même amphi bondé, mêmes pauses au café de la fac à boire un thé pendant que les garçons les regardaient sans oser les aborder. Elles se connaissaient de vue, s'étaient dit bonjour quelques fois, rien de plus.

Jusqu'à ce jour d'octobre où une grève des transports les avait coincées toutes les deux à l'arrêt de bus, sous une pluie battante.

« T'habites où ? » avait demandé Siwar, transpercée jusqu'aux os.

« À Mutuelleville. Et toi ?

— À côté. On peut partager un taxi si tu veux. »

Dans l'habitacle étroit du vieux taxi jaune, leurs épaules se touchèrent. Marwa sentit un frisson qui n'avait rien à voir avec la pluie.

L'amitié commença ainsi, comme une évidence. Les trajets partagés devinrent quotidiens, puis les pauses déjeuner, puis les soirées à réviser chez l'une ou chez l'autre. Les parents de Marwa, traditionalistes mais fiers que leur fille fasse des études, appréciaient Siwar, « cette jeune fille si bien élevée ». Ceux de Siwar, plus libéraux, trouvaient Marwa « une bonne influence ».

Personne ne voyait ce qui se passait vraiment.

Parce qu'il se passait quelque chose. Marwa le sentait dans sa poitrine quand Siwar riait, dans son ventre quand Siwar posait sa main sur son bras pour appuyer un argument, dans ses rêves, de plus en plus souvent, quand Siwar apparaissait nue dans son sommeil, ses cheveux défaits coulant sur ses épaules.

Elle se réveillait en sursaut, haletante, coupable. Elle se lavait pour la prière de l'aube avec plus d'application, comme pour effacer ces pensées impures. Mais Dieu, s'il voyait tout, voyait aussi que ses pensées revenaient toujours vers Siwar.

Siwar, elle, avait compris plus tôt. À seize ans, elle avait su qu'elle était différente. Elle avait pleuré, prié, supplié Dieu de la guérir de cette « maladie ». Puis elle avait accepté, en secret, que c'était ainsi, que ce n'était pas une maladie mais une partie d'elle-même. Elle avait appris à cacher ses regards, à contrôler ses pulsions, à sourire aux garçons que sa famille lui présentait « pour faire connaissance ».

Jusqu'à Marwa.

Avec Marwa, le contrôle vacillait. Chaque fois qu'elle la voyait arriver sur le campus, son cœur faisait un bond ridicule. Chaque fois qu'elles étudiaient côte à côte, elle devait lutter pour ne pas toucher ses mains, ses cheveux sous le voile, la courbe de sa nuque quand elle se penchait sur ses livres.

L'humour noir de la situation ne lui échappait pas : elles passaient leur temps à étudier la littérature française, à lire des histoires d'amour torrides écrites par des auteurs morts depuis longtemps, pendant qu'elles vivaient la leur, silencieuse, interdite, dans une société qui n'avait pas de mots pour elles.

Un soir de décembre, la tension atteignit son point de rupture.

Elles révisaient pour l'examen de littérature comparée. Le sujet : « Les représentations du désir féminin dans la poésie du XIXe siècle ». L'ironie était si épaisse qu'on aurait pu la couper au couteau.

Marwa lisait à haute voix un poème de Baudelaire, « À celle qui est trop gaie ». Sa voix trembla sur certains vers.

« Ainsi, je voudrais, une nuit,
Quand l'heure des voluptés sonne,
Vers les trésors de ta personne,
Comme un lâche, ramper sans bruit... »

Elle leva les yeux. Siwar la regardait. Son regard était brûlant, intense, sans équivoque.

« Marwa, » murmura Siwar.

Le livre tomba par terre.

Le baiser, quand il vint, n'eut rien de timide. Ce fut une déflagration, une reconnaissance, un retour à la maison après une longue absence. Les lèvres de Siwar étaient douces, plus douces que tout ce que Marwa avait imaginé dans ses rêves coupables. Elles avaient le goût du thé à la menthe qu'elles buvaient tout à l'heure.

Marwa pleura presque, de joie et de peur mêlées. Ses mains trouvèrent les épaules de Siwar, sa nuque, ses cheveux – enfin ses cheveux, qu'elle n'avait jamais vus. Le voile glissa, tomba, révélant une cascade brune qu'elle caressa avec émerveillement.

« Je t'aime, » souffla Siwar contre sa bouche. « Je t'aime depuis le premier jour. »

Marwa ne répondit pas. Elle embrassa encore, plus fort, plus profond. Les mots viendraient plus tard. Pour l'instant, il n'y avait que ça – des lèvres, des mains, des corps qui se cherchaient après des mois de privation.

Elles basculèrent sur le lit, enlacées. Les vêtements devinrent trop nombreux, trop présents. Marwa défit la robe de Siwar avec des gestes maladroits, pressés. Elle voulait voir, toucher, goûter. Quand la peau apparut, elle eut un vertige.

« T'es belle, » dit-elle. C'était idiot, insuffisant. Mais c'était tout ce qu'elle trouvait.

Siwar lui rendit la pareille, dévoilant son corps avec une lenteur appliquée, comme pour graver chaque instant dans sa mémoire. Puis elles furent nues, l'une contre l'autre, et ce simple contact les fit gémir.

Le plaisir qu'elles découvrirent ce soir-là était différent de tout ce qu'elles avaient imaginé. Ce n'était pas la mécanique froide des films pornographiques qu'elles avaient vus en cachette, ni les descriptions poétiques des romans. C'était vivant, maladroit, merveilleux. Les mains de Siwar savaient où toucher, avec quelle pression, parce que c'était son corps à elle aussi. La bouche de Marwa trouvait d'instinct les endroits sensibles, parce qu'elle savait ce qu'elle aimait.

Ce fut rapide – l'urgence de deux désirs trop longtemps contenus. Quelques minutes à peine. Quand Marwa jouit pour la première fois de sa vie entre les mains d'une autre personne, elle cria – un cri étouffé par la main de Siwar sur sa bouche, et elles rirent, étouffant leurs rires dans l'oreiller.

Puis ce fut le tour de Siwar, et Marwa découvrit l'ivresse de donner du plaisir, de voir le visage de l'être aimé se transformer sous ses doigts.

Après, elles restèrent enlacées, tremblantes, incrédules.

« Ça existe, alors, » murmura Marwa.

« Quoi ? »

« Ce qu'on ressent. Ce n'était pas juste dans ma tête. »

Siwar l'embrassa sur le front. « Dans ma tête aussi. Depuis tellement longtemps. »

Elles parlèrent jusqu'à l'aube. De leurs peurs, de leurs familles, de leur foi. Marwa pleura en avouant qu'elle avait prié pour être « normale ». Siwar lui caressa les cheveux en disant : « Tu es normale. Nous sommes normales. C'est le monde qui est bizarre. »

L'humour grinçant les rattrapa quand le muezzin de la mosquée voisine appela à la prière de l'aube. Elles étaient nues, enlacées, couvertes de la sueur de leurs ébats, et dehors on appelait à se prosterner devant Dieu.

« Il va nous maudire, » chuchota Marwa.

Siwar réfléchit. « Ou peut-être qu'Il est content. Parce qu'on a trouvé l'amour. Et l'amour, c'est Lui qui l'a créé. »

Marwa se leva, fit sa prière mécaniquement, l'esprit ailleurs. Quand elle revint se glisser contre Siwar, elle dit : « Je crois que Dieu m'a entendue. Juste pas de la façon que j'imaginais. »

Les semaines suivantes furent un tourbillon. Elles inventaient des prétextes pour se voir – révisions, projets de groupe, sorties culturelles. Leurs familles, contents de les voir si studieuses, ne se doutaient de rien.

À la fac, elles devaient faire attention. Ne pas se toucher, ne pas se regarder trop longtemps, ne pas rire de ces petits rires complices qui trahissent les amoureuses. C'était épuisant, mais c'était aussi excitant. Chaque regard volé devenait un trésor. Chaque frôlement de main dans les couloirs, un événement.

Leurs étreintes, volées entre deux cours ou après le départ des parents, étaient toujours rapides, toujours intenses. Des quickies dans la chambre de Siwar pendant que sa mère était au marché, dans la bibliothèque universitaire aux heures creuses, une fois même dans les toilettes de la fac – l'endroit le moins romantique du monde, mais quand on a vingt ans et qu'on est amoureuse, n'importe quel endroit devient un palace.

L'humour noir était leur allié. Un jour, en faisant l'amour dans la chambre de Marwa, sa mère frappa à la porte pour apporter du thé. Elles eurent le temps de se rhabiller en trente secondes, de remettre leurs voiles de travers, et d'apparaître souriantes quand la mère entra.

« Vous travaillez dur, mes filles. Tenez, du thé bien chaud. »

Après son départ, elles se regardèrent et éclatèrent de rire – un rire silencieux, étouffé dans les oreillers, les larmes aux yeux.

« Elle nous a apporté du thé, » hoqueta Siwar. « Pendant qu'on... »

« C'est du thé de la mère, ça a des vertus revigorantes, » rit Marwa.

Un autre jour, en plein cours de littérature, le professeur parla de « l'amour interdit dans la poésie arabe classique ». Il cita des vers d'un poète andalou parlant d'une femme aimée. Leurs regards se croisèrent, brûlants, complices. Toute la classe écoutait sagement. Elles seules savaient ce que signifiait vraiment l'interdit.

Le printemps arriva, avec ses examens et ses journées plus longues. Leur relation, secrète, intense, prenait de plus en plus de place dans leurs vies. Marwa, qui n'avait jamais vraiment aimé les garçons, comprenait enfin pourquoi. Siwar, qui avait toujours su, se sentait moins seule.

Mais le secret pesait. Un soir, Marwa craqua.

« Je veux le dire à mes parents, » dit-elle.

Siwar blêmit. « T'es folle ? Ils vont te tuer. Nous tuer. »

« Je sais. Mais je ne peux plus mentir. À eux. À moi-même. »

Siwar la prit dans ses bras. « On va le faire ensemble. Quand on sera prêtes. Quand on aura fini nos études, un travail, une indépendance. Pas maintenant. »

Marwa savait qu'elle avait raison. Mais l'impatience la rongeait.

Les mois passèrent. Elles eurent leurs examens, leurs vacances séparées – supplice de quelques semaines sans se voir, sans se toucher, seulement des messages codés, des appels rapides quand les parents ne surveillaient pas.

À la rentrée, quelque chose avait changé. Elles étaient plus sûres d'elles, plus déterminées. La troisième année commençait, celle de la spécialisation. Elles choisirent les mêmes options, évidemment.

Un soir d'automne, alors qu'elles marchaient dans la médina de Tunis, main dans la main sous leurs voiles, osant ce geste interdit dans l'obscurité relative des ruelles, Siwar s'arrêta.

« Je t'aime, Marwa. Et je veux vivre avec toi. Un jour. »

Marwa sentit ses yeux s'embuer. « Moi aussi. Mais comment ? »

« Je ne sais pas. Mais on trouvera. On est étudiantes, on est intelligentes, on est amoureuses. On trouvera. »

Elles s'embrassèrent dans l'ombre d'une impasse, rapide, volé, intense – un quickie de baiser, juste assez pour tenir jusqu'au prochain.

L'avenir était incertain. Les familles, la société, la religion – tout semblait contre elles. Mais ce soir-là, dans la médina millénaire, sous les étoiles que leurs ancêtres regardaient avant elles, deux étudiantes voilées s'aimaient en secret, et c'était déjà une victoire.

L'humour grinçant de leur situation leur apparut soudain : elles étudiaient la littérature pour devenir professeures, pour transmettre la beauté des mots, et les plus beaux mots qu'elles connaissaient, elles ne pouvaient les dire à personne.

« Un jour, » promit Marwa.

« Un jour, » répondit Siwar.

Et dans l'attente de ce jour, il y avait ces moments volés, ces rires étouffés, ces regards brûlants, ces quickies dans des endroits improbables. Il y avait l'amour, tout simplement, qui poussait comme une fleur sauvage dans les interstices du bitume.

De retour dans leur chambre d'étudiante – celle de Siwar ce soir-là, parce que ses parents étaient en voyage – elles firent l'amour avec une tendresse nouvelle. Moins d'urgence, plus de lenteur. Comme si elles avaient tout le temps du monde. Comme si, pour la première fois, elles croyaient vraiment à l'avenir.

Après, allongées nues dans le lit trop petit, Marwa dit :

« Tu sais quel est le plus grand miracle ? »

« Non. »

« C'est que Dieu m'a donné tout ce que j'ai demandé. Juste pas de la façon dont je l'imaginais. J'ai demandé à être normale. Il m'a envoyée toi. J'ai demandé à être aimée. Il m'a envoyée toi. J'ai demandé à comprendre qui je suis. Il m'a envoyée toi. »

Siwar pleura doucement. « Tu es mon miracle à moi aussi. »

Dehors, Tunis s'endormait. Les derniers appels à la prière s'étaient tus. La ville antique, tour à tour punique, romaine, arabe, ottomane, française, indépendante, avait vu tant d'amours interdits, tant de secrets, tant de vies cachées. Ce soir, elle en abritait deux de plus.

Et c'était, dans son indifférence millénaire, une forme de bénédiction.

Le lendemain, en cours de linguistique, le professeur parla des mots qui n'existent pas dans certaines langues. « En arabe, nous avons cent mots pour désigner le chameau, mais un seul pour dire "amour". C'est étrange, non ? »

Marwa et Siwar échangèrent un regard. Elles connaissaient, elles, les mots que le dictionnaire ignore. Ceux qu'on dit tout bas, la nuit, dans l'oreille de celle qu'on aime.

Ceux qui n'ont pas besoin d'être compris par le reste du monde.


.

الحجاب والرغبة (قصة قصيرة)

.


.
الحجاب والرغبة



كانت كريمة في التاسعة والأربعين من عمرها، أم لثلاثة أطفال، وزوجة لدبلوماسي كثير السفر، تعيش حياة تشبه تلك الأثاثات المغطاة بالبلاستيك في الصالونات المصرية؛ محمية، مثالية، لكنها غير قابلة للحياة تماماً.
أما يسرى، فكانت في السادسة والأربعين، لديها مراهقان، وزوج مهندس يقضي في مواقع البناء وقتاً أطول مما يقضيه في البيت، وابتسامة لم تعد تصل إلى عينيها في الآونة الأخيرة.
كانتا جارتين منذ عشر سنوات في ذات العمارة الراقية بحي الزمالك. يتصافح زوجاهما في المصعد، ويلعب أطفالهما معاً في الشرفة، وتتشاركان هما أكواب الشاي، والوصفات، والأحاديث العابرة حول أسعار الخضار والواجبات المدرسية التي لا تنتهي.
لم يتعدَّ الأمر ذلك أبداً.
حتى جاءت تلك الظهيرة من شهر مايو حين تعطل تكييف صالون كريمة. كان الحر خانقاً، لزجاً، ولا يطاق. ويسرى، التي مرت صدفة أمام باب جارتها المفتوح، وجدتها تمسك بمهواة يد، غارقة في عرقها، وبوجنتين محمرتين.
قالت يسرى: "تعالي عندي، التكييف يعمل".
ترددت كريمة لثانية؛ لم يكن هناك أحد في شقتها، وشقة يسرى كانت خالية أيضاً. امرأتان وحيدتان، الأمر لائق، لائق تماماً.
تبعتهـا.
كانت شقة يسرى مطابقة لشقتها في التصميم، لكنها مختلفة في كل شيء آخر. نباتات أكثر، وسائد مطرزة، وصور الأطفال في كل مكان. ونسمة برودة منعشة جعلت قشعريرة تسري في جسد كريمة عند دخولها.
"اجلسي، سأعد الشاي".
ارتمت كريمة على الأريكة وأغمضت عينيها. وعندما فتحتهما، كانت يسرى قد عادت ومعها كوبان، وجلست بجانبها. تلامس فخذاهما تقريباً. تقريباً.
سألت يسرى وهي تمد لها الشاي: "هل أنتِ بخير؟".
"الحر يقتلني. وأيضاً..." ترددت كريمة. "اتصل بي أشرف هذا الصباح. سيعود بعد ثلاثة أسابيع بدلاً من أسبوعين. تأجيل آخر".
كان أشرف، زوجها، يغيب في مهمات خارجية لستة أشهر كل عام. وكانت كريمة تقضي حياتها في انتظاره.
أومأت يسرى برأسها بتعاطف بدا صادقاً: "هشام أيضاً لا يتواجد كثيراً. يقول إن الكوبري الجديد هناك في الإسكندرية يستنزف كل وقته".
تلاقت نظراتهما. في نظرة كريمة كان هناك تعب، وفي نظرة يسرى شيء آخر؛ شرارة ربما، أو مجرد انعكاس.
بدأت كريمة: "أحياناً، أتساءل...".
"ماذا؟".
"لا شيء. أمر غبي".
"قولي".
رشفت كريمة رشفة من الشاي، باحثة عن كلماتها: "أتساءل إن كانت هذه هي الحياة. الانتظار. انتظار كبر الأطفال، انتظار عودة الزوج، انتظار عطلة نهاية الأسبوع. وفي هذه الأثناء، نحن... نكبر في السن".
وضعت يسرى يدها على ذراع جارتها. إيماءة عادية، مواساة بين صديقتين. لكن اليد بقيت لثانية أطول مما ينبغي.
همست يسرى: "أعرف، أنا أيضاً أتساءل".
حل الصمت، مشحوناً بكل ما لم ينطقتا به. في الخارج، واصلت القاهرة ضجيجها؛ أبواق سيارات، صوت المؤذن من بعيد، ضحكات أطفال في الشارع. وفي الداخل، لم يكن هناك سوى أنفاسهما، وذلك الدفء الذي لم يعد له علاقة بحالة الطقس.
شعرت كريمة فجأة أنها تنظر إلى يسرى بشكل مختلف. شفتيها، عينيها، انحناءة عنقها تحت الحجاب. أشاحت بنظرها، خجلة.
قالت وهي تنهض بسرعة مفرطة: "يجب أن أذهب".
قالت يسرى: "ابقي قليلاً بعد". تغير صوتها، صار أكثر انخفاضاً وعمقاً.
جلست كريمة من جديد. التقت أعينهما. هذه المرة، كانت الشرارة هناك، لا يمكن إنكارها، مرعبة، ورائعة.
همست كريمة: "ماذا يحدث لنا؟".
هزت يسرى رأسها بضحكة خفيفة متوترة: "لا أعرف. منذ شهور وأنا أراقبكِ. عندما تمرّين في الشرفة، عندما تخرجين القمامة، عندما تضحكين مع الأطفال. أقول لنفسي إنه أمر طبيعي، فنحن صديقتان. لكنه ليس طبيعياً".
كان يجب على كريمة أن تنهض، ترحل، ولا تعود أبداً. لكنها بقيت.
اعترفت: "وأنا أيضاً. كنت أظن أنني جننت".
تلامست أيديهما. لم يعد ذلك لمسة مواساة، بل كان سؤالاً. وجاءت الإجابة حين تشابكت أصابعهما.
الخيال، بالنسبة لكريمة، كان قد بدأ منذ شهور دون أن تدري. كان يتخذ شكل أحلام غريبة تظهر فيها يسرى، بشعر منسدل وحجاب منزوع. كانت تستيقظ مذعورة، بقلب يخفق، وتشتم نفسها بكل النعوت. امرأة متدينة، متزوجة، محجبة.. ترغب في امرأة أخرى؟ كان أمراً غير متصور، لا يمكن تسميته.
ومع ذلك، كانت الرغبة هناك، عميقة، فطرية، أقوى من كل ما عرفته مع أشرف لسنوات. لم تكن رغبة جسدية فحسب، بل كانت ظمأً لأن تُفهم، وتُرى، وتُلمس من قِبَل شخص يعرف، ويعيش نفس الواقع.
أما يسرى، فقد أدركت الأمر مبكراً. كانت قد قبلت، في السر، هذا الجزء من نفسها الذي تخفيه منذ المراهقة. تزوجت هشام بالعقل، بالواجب، وبالخوف. لكنها لم تكف أبداً عن النظر إلى النساء، والرغبة فيهن بصمت.
في ذلك اليوم، في الصالون البارد، وأصابعهما متشابكة، كان الصمت أبلغ من كل الكلمات.
قالت كريمة: "أنا خائفة".
"أنا أيضاً".
"لو رآنا أحد...".
"لن يرانا أحد".
نهضت يسرى ومدت يدها. أمسكت كريمة بها ونهضت بدورها. وقفتا وجهاً لوجه، قريبتين لدرجة اختلاط أنفاسهما.
رفعت يسرى يدها نحو حجاب كريمة: "هل يمكنني؟".
أغمضت كريمة عينيها وأومأت برأسها. كانت ساقاها ترتعدان.
انزلق الحجاب، ثم الغطاء الذي تحته. ظهر شعر كريمة، الموشح بالرمادي (ملح وفلفل)، والمقصور بعناية. لمسته بخجل؛ فهي لا تظهره لأحد، ولا حتى لأخواتها.
همست يسرى: "إنه رائع".
ثم جاء دورها. خلعت كريمة حجاب يسرى بحركات مرتبكة ومتأثرة. انسدل شعر يسرى، الأطول والأكثر سواداً، على كتفيها.
نظرت كل منهما للأخرى؛ امرأتان في الخمسين من العمر تقريباً، بشعر منسدل وعيون لامعة، بدتا فجأة أصغر مما كانتا عليه منذ عشرين عاماً.
همست كريمة: "نحن مجنونتان".
أكدت يسرى: "مجنونتان تماماً".
ثم تبادلتا قبلة.
لم تكن قبلة خجولة، بل كانت قبلة اعتراف، قبلة لقاء مع الذات. كانت شفتا يسرى ناعمتين، أنعم من كل شفاه الرجال الذين عرفتهم. اكتشفت كريمة فيهما طعم الشاي بالنعناع.. وطعم الحرية.
تاهت أيديهما، تلامس الأذرع، الخصر، والعنق. كانت أنفاسهما تتسارع، تفصلهما ملابسهما، ملابس كثيرة جداً.
قالت يسرى وهي تجذبها نحو الغرفة: "تعالي".
غرفة النوم الزوجية. السرير الذي تنام فيه مع هشام. توقفت كريمة لثانية عند العتبة، مأخوذة بغرابة الموقف. أن تعشق امرأة في سرير الزوج. ظهرت لها السخرية السوداء في المشهد؛ مريرة وعبثية.
رأت يسرى ترددها، فهمت، وضحكت بخفة: "مفارقة ساخرة، أليس كذلك؟".
ضحكت كريمة أيضاً، ضحكة متوترة حررتها: "لن يعرف هشام أبداً كم كان هذا السرير مفيداً".
ضحكتا معاً، ثم مات الضحك ليحل محله الشوق.
فكت يسرى ثوب كريمة بحركات بطيئة ومتأنية، كأنها تفتح هدية ثمينة. وعندما سقطت آخر قطعة ملابس، تراجعت لتنظر.
قالت: "أنتِ جميلة". وكان ذلك حقاً، في تلك اللحظة، وفي ذلك الضوء. الترهلات، علامات تمدد الجلد، آثار الزمن؛ كل ذلك كان جميلاً لأنه يمثلها هي.
حاولت كريمة بخجل أن تخفي بطنها، لكن يسرى أوقفت يدها.
"لا.. دعيني أرى. دعيني أراكِ".
ثم جاء دور يسرى. خلعت كريمة ملابسها بذات التقدير، مكتشفة جسدها بانبهار. لمست صدرها، وخصرها.. كل شيء كان جديداً، كل شيء كان مثيراً.
استلقيتا على السرير، جسداً لجسد، ومجرد هذا التلامس جعلهما تئنان. كانت المداعبات التي تبادلتاها هي تلك التي لم يعد يمنحها لهما أحد؛ بطيئة، مهتمة، ومستكشفة. يسرى كانت تعرف أين تلمس، وكيف، وبأي ضغط، لأن هذا الجسد كان جسدها هي أيضاً.
اكتشفت كريمة أحاسيس لم تعرفها أبداً. نعومة فمٍ على صدرها، تختلف عن فم الرجل. دقة أصابع تعرف تماماً ما الذي يجعل المرأة ترتجف. وقوة نظرة تغوص في نظرتها بينما تُمارس معها المحبة.
كان الأمر سريعاً؛ "لقاءً خاطفاً" بكل ما تحمله الكلمة من معنى، مسروقاً من الزمن، من حياتهما، ومن أزواجهما. تصاعدت لذة كريمة، وبشكل لا يقاوم، وعندما انفجرت، صرخت؛ صرخة كتمتها يد يسرى على فمها، فضحكتا مجدداً، وكتمتا ضحكاتهما في الوسادة.
ثم جاء دور يسرى. وكريمة، التي كانت مهتمة وتتعلم، اكتشفت قوة منح اللذة. راقبت وجه صديقتها يتغير، وعينيها تغمضان، وفمها ينفتح. وعندما وصلت يسرى لذروتها بدورها، شعرت كريمة وكأنها تصل معها.
بقيتا متعانقتين، تلهثان، غير مصدقتين.
همست يسرى: "إذن هذا موجود".
"ماذا؟".
"هذا.. ما نشعر به. ليس فقط في الأفلام أو القصص".
مررت كريمة يدها في شعر يسرى: "إنه موجود. وهو...".
أكملت يسرى: "مرعب".
"نعم.. ورائع".
تحدثتا طويلاً، مستلقيتين عاريتين في السرير الممنوع. عن حياتهما، عن زواجهما، عن هذا الشيء الذي اكتشفتاه للتو. بكت كريمة قليلاً، بمزيج من الفرح والخوف، فاحتضنتها يسرى وهدهدتها.
سألت كريمة: "ماذا نفعل الآن؟".
فكرت يسرى: "نستمر. إذا أردنا. إذا استطعنا".
"أريد. لا يمكنني ألا أريد.. بعد أن عرفت الآن".
ارتدتا ملابسهما في صمت، وأعادتا حجابيهما، وعادتا لتكونا تينك المرأتين المحترمتين اللتين يُفترض بهما أن تكونا عليهما. وقبل أن ترحل، أمسكت كريمة بوجه يسرى بين يديها.
قالت: "شكراً".
"على ماذا؟".
"لأنكِ أيقظتني".
ابتسمت يسرى ابتسامة حزينة وعذبة: "لقد استيقظنا معاً".
عادت كريمة إلى بيتها، الشقة خالية، والتكييف لا يزال معطلاً. جلست في صالونها، يداها ترتعدان، وضحكت وحدها. لقد خانت زوجها للتو مع جارتها. هي، كريمة، الأم لثلاثة أطفال، وزوجة الدبلوماسي، وركيزة المجتمع. كان الأمر عبثياً، فضائحياً، وكان رائعاً.
في الأسابيع التالية، اخترعتا الحجج. التبضع معاً، جلسات شاي بعد الظهر عند إحداهما، سهرات "بنات" لا يأتي فيها أحد. وفي كل مرة، كانتا تلتقيان، تتلامسان، وتتحابان. وفي كل مرة، كان الأمر مسروقاً، سريعاً، ومكثفاً.
ولم تفارقهما السخرية السوداء. ذات يوم، وبينما كانتا في حالة حميمية على أريكة يسرى، رن هاتف كريمة. كان أشرف، زوجها، يتصل من الخارج. اضطرت للرد، والتحدث بشكل طبيعي، وقول "أنا أيضاً أحبك يا حبيبي"، بينما كانت يسرى، الجاثية أمامها، تواصل مداعباتها.
وعندما أغلقت الخط، انفجرت ضاحكة.
سألت يسرى: "ماذا؟".
"لقد قلت لزوجي للتو إنني أحبه بينما أنتِ...".
ضحكت يسرى أيضاً: "على الأقل كان الأمر حقيقياً. كنتِ تحبين شخصاً ما في تلك اللحظة".
وفي يوم آخر، عاد هشام فجأة. كان لديهما الوقت لارتداء ملابسهما في ثلاثين ثانية فقط، ووضع الحجاب بشكل مائل، والظهور في الصالون وهما جالستان بوقار تشربان الشاي عند دخوله.
قال وهو يضع مفاتيحه: "يبدو أن أنفاسكما مقطوعة".
ارتجلت يسرى: "كنا نمارس الرياضة. فيديو جديد للتمارين السويدية (الأيروبيك)".
هز هشام كتفيه، شرب كوب ماء، ورحل. انتظرتا حتى غلق باب الحمام لتنظرا لبعضهما، وهما ميتتان من الضحك، تغطيان أفواههما كي لا ينفجر صوتهما.
همست كريمة: "تمارين سويدية.. كنا نمارس التمارين السويدية".
"إنه أمر حقيقي تقريباً من الناحية التقنية. مجهود بدني مكثف".
كانتا لا تزالان تضحكان عندما خرج هشام، ونظر إليهما بغرابة، ثم خرج دون كلمة.
تلك اللحظات من التواطؤ، والضحك المسروق، كانت لا تقل قيمة عن العناق. لأنها أثبتت أن ما تعيشانه لم يكن مجرد جسد، بل كان صداقة، وحناناً، وفرحاً مشتركاً.
لكن الواقع دائماً ما يلحق بالأحلام في النهاية.
في إحدى الليالي، عاد أشرف أبكر مما كان متوقعاً. لم تكن كريمة هناك؛ كانت عند يسرى كالعادة. وعندما اتصل لم تجب. بحث عنها في الشقة ولم يجدها، فبدأ يقلق. ثم، من النافذة، رأى ضوءاً في شقة الجيران.
نزل وطرق الجرس. فتحت يسرى، مبتسمة وبطبيعية: "أشرف! لقد عدت! كريمة هنا، نعم، كنا نشرب الشاي".
ظهرت كريمة خلفها، بوجه هادئ في الظاهر، وبقلب مذعور. قبلت زوجها، وقدمته ليسرى كأن شيئاً لم يكن. شرب الشاي معهما، وتحدث عن سفره، ولم يلحظ شيئاً.
لكن في تلك الليلة، في سريرهما، احتضنها.
همس: "لقد اشتقتُ إليكِ".
استسلمت له، أغمضت عينيها، وفكرت في يسرى. وفي تلك الليلة، ولأول مرة، لم يكن ممارسة الحب مع زوجها أمراً مزعجاً؛ لأنها استطاعت، في خيالها، أن تستبدل يديه بيدين أخريين، وشفتيه بشفتين أخريين.
في اليوم التالي، قابلت يسرى وحكت لها.
اعترفت: "أفكر فيكِ عندما أكون معه".
ابتسمت يسرى بحزن: "أنا أيضاً. لكن هذا ليس جيداً. لا من أجلهم، ولا من أجلنا".
"ماذا نفعل إذن؟".
فكرت يسرى طويلاً: "لا أعرف. أنا أحبكِ يا كريمة. لا أعرف إن كان هذا ممكناً، أو إن كان سيدوم. لكني أحبكِ".
كانت هذه أول مرة تنطقان فيها بهذه الكلمة. طفت في الهواء، هشّة، خطيرة، ورائعة.
مرت الشهور. واستمرت علاقتهما، سرية ومكثفة. تعلمتا كيف تعرف كل منهما الأخرى حقاً؛ ليس الجسد فحسب، بل الروح. اكتشفت كريمة أن يسرى تخاف من الظلام، وتعشق الأفلام الفرنسية، وتكره الكمون. وعرفت يسرى أن كريمة تبكي سراً عند مشاهدة الوثائقيات عن الحيوانات، وتكتب قصائد لم تظهرها لأحد قط، وتحلم برؤية البحر الأحمر.
صارت كل منهما لا غنى عنها للأخرى.
ذات يوم، جاء هشام، زوج يسرى، لمقابلة كريمة. بدا محرجاً، وغير مرتاح.
قال: "أردت التحدث معكِ.. بشأن يسرى".
توقف قلب كريمة. لقد عرف. سيدمر كل شيء.
"إنها مختلفة في الآونة الأخيرة. أكثر سعادة. أكثر حيوية". تردد. "كنت أتساءل.. إن كنتِ تعرفين السبب".
بحثت كريمة عن كلماتها: "ربما صارت أفضل. الأطفال كبروا، صار لديها وقت أكثر...".
أومأ برأسه، غير مقتنع. ثم نظر إليها مباشرة في عينيها.
"أنا لستُ غبياً يا مدام كريمة. أعرف أنكما تقضيان الكثير من الوقت معاً". صمت قليلاً. "وأعرف أن زوجتي لم تكن يوماً سعيدة معي حقاً".
حبست كريمة أنفاسها.
تابع بهدوء: "لا أعرف ما الذي يحدث بينكما، ولا أريد أن أعرف. لكن إذا كانت سعيدة.. إذا كنتِ تجعلينها سعيدة..." خفض عينيه. "ربما يكون هذا كافياً. في الوقت الحالي".
رحل دون أن يضيف كلمة. بقيت كريمة متجمدة، مذهولة. لقد عرف. لم يعرف التفاصيل، لكنه أدرك الجوهر. وقبل به. حباً في زوجته، ربما. أو ربما بدافع السأم. لأن الحياة أقصر من أن نشن حرباً على ما يجعل الناس يشعرون بأنهم أحياء.
في تلك الليلة، حكت كل شيء ليسرى. بكتا معاً؛ خوفاً، وراحةً، وامتناناً.
سألت كريمة للمرة المئة: "ماذا نفعل الآن؟".
احتضنتها يسرى: "نعيش. نستغل كل لحظة مسروقة. نحب. ونأمل أن يكون هذا كافياً".
لم تكن إجابة، بل كانت الاحتمال الوحيد.
اليوم، وبعد مرور عامين، لم يتغير شيء في الظاهر. أشرف لا يزال يسافر، وهشام لا يزال يعمل. الأطفال يكبرون. تلتقي العائلتان في المصعد، تتبادلان المجاملات، والدعوات للأفراح والمناسبات الدينية.
لكن في خصوصية ظهيرات الأيام المسروقة، لا تزال امرأتان في الخمسين من العمر تقريباً تتحابان. تعلمتا العيش مع السر، ومع الخوف، ومع السخرية السوداء لموقفهما. أحياناً، وهما في لحظات صفاء، تضحكان مجدداً من عبثية كل هذا؛ أمان لأسرتين محجبتان، في قلب القاهرة، تكتشفان السعادة في أحضان بعضهما البعض.
في ذلك اليوم، وبينما كانت كريمة ترتب غرفة يسرى، وجدت صورة لهما، التقطها الأطفال أثناء نزهة في الحديقة. كانتا فيها محجبتين، رزينتين، ومحترمتين. لم يكن لأحد أن يتخيل.
أرت الصورة ليسرى.
"انظري إلينا. نبدو كأمين مسلمتين صالحين".
نظرت يسرى للصورة، ثم نظرت إليها: "نحن أمان مسلمتان صالحان. تحبان بعضهما. الحب ليس ممنوعاً في القرآن، كما تعلمين".
ضحكت كريمة: "ربما لم يتوقع القرآن حالتنا هذه".
"القرآن توقع كل شيء. لكنه ترك لنا الخيار".
تبادلتا قبلة هادئة، دون تسرع، ودون استعجال. فقط من أجل لذة التواجد معاً.
في الخارج، واصلت القاهرة صخبها الأبدي. وفي الداخل، في سكون تلك الغرفة الممنوعة، كانت امرأتان تبتكران طريقتهما الخاصة في الوجود في هذا العالم؛ متواريتين، حرتين، ونابضتين بالحياة.
وكانت تلك، في نهاية المطاف، أجمل الثورات.



.

(Ar) مرحبا بكم على هذه المدونة

 . . أهلاً بكم في ملاذي الأدبي يسعدني حقاً أن أرحب بكم هنا. سواءً أكان وصولكم بدافع الفضول، أو مصادفةً من خلال رابط مشترك، أو بدافع حب الكل...