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Les Mains sur les Touches (nouvelle)

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Les Mains sur les Touches




L'appartement de Sophie était petit, un deux-pièces au cinquième étage d'un immeuble haussmannien du 11e arrondissement. Elle y vivait seule depuis sept ans, depuis que son mari l'avait quittée pour une femme plus jeune, plus mince, moins fatiguée. Les murs étaient couverts de livres, la cuisine sentait le thym et la lavande, et le salon donnait sur une cour intérieure où un marronnier centenaire étendait ses branches comme des bras ouverts.

Sophie avait cinquante-deux ans, un corps que les années et les deux grossesses avaient rendu généreux, opulent. Des seins lourds qui pesaient sur sa poitrine, des hanches larges qui avaient porté ses enfants, des cuisses pleines qui se touchaient quand elle marchait. Elle avait une peau blanche, marquée par les vergetures sur son ventre et ses seins, des cheveux bruns qu'elle laissait pousser jusqu'aux épaules, et des yeux verts qui s'étaient un peu ternis avec le temps. Elle se regardait dans le miroir et voyait une femme qui avait vieilli, qui avait pris du poids, qui avait perdu sa beauté. Elle ne se sentait plus désirée, plus aimée, plus vivante.

Le nouvel occupant de l'appartement au-dessus était arrivé un lundi de septembre. Sophie l'avait croisé dans l'escalier, un grand jeune homme aux cheveux blonds et aux yeux bleus, chargé de cartons et d'un sourire timide. Il s'appelait Thomas, il avait trente ans, il était musicien. Il jouait du piano. Elle l'avait su le soir même, quand les premières notes s'étaient élevées à travers le plafond.

Ce n'était pas du bruit, pas vraiment. C'était une musique, une mélodie douce et mélancolique qui flottait dans l'air comme une caresse. Sophie s'était arrêtée net, un livre à la main, et avait écouté. Elle n'avait pas entendu de piano depuis des années, depuis que sa fille avait arrêté ses cours. La musique la transportait, la berçait, l'apaisait.

Les soirées suivantes, elle attendait les notes comme on attend un rendez-vous. Elle s'asseyait dans son fauteuil, fermait les yeux, et se laissait emporter. Parfois c'était du Chopin, parfois du Debussy, parfois des morceaux qu'elle ne connaissait pas, des compositions personnelles qui parlaient d'amour et de solitude. Elle imaginait ses mains sur les touches, ses doigts longs et fins, la façon dont ils caressaient le piano comme on caresse un amant.

Ils se croisaient régulièrement dans l'escalier. Il était toujours poli, souriant, un peu timide. Il lui tenait la porte, lui offrait un bonjour, un sourire. Elle répondait, gênée, les joues rouges. Elle se sentait gauche, vieille, avec son corps rond qu'elle cachait sous des pulls amples. Lui, il était jeune, mince, beau. Elle se disait que jamais il ne la regarderait comme une femme, jamais il ne verrait autre chose qu'une voisine âgée et un peu trop grosse.

Un soir, elle monta chez lui. Pas pour se plaindre, pas vraiment. Pour une raison qu'elle ne s'avouait pas. Elle avait entendu une musique qu'elle ne connaissait pas, une mélodie triste qui l'avait bouleversée. Elle voulait savoir, comprendre, partager.

Il ouvrit la porte, les yeux bleus brillant de surprise. Il portait un sweat gris, un jean, des chaussettes. Il semblait fatigué, les cheveux en désordre.

"Sophie ?" dit-il, étonné de la voir sur le palier.

"Je... j'ai entendu la musique," dit-elle. "Je ne voulais pas vous déranger. Mais c'était si beau. Je voulais savoir ce que c'était."

Il sourit, un sourire qui éclaira son visage. "Une composition personnelle. Je la travaille depuis des semaines. Elle n'est pas encore finie."

"Je ne voulais pas vous interrompre. Je vais redescendre."

"Non, restez," dit-il, s'écartant pour la laisser entrer. "Je voudrais avoir votre avis."

Elle hésita une seconde, puis entra. L'appartement était plus grand que le sien, mieux éclairé. Un piano à queue trônait dans le salon, les touches ivoire brillant sous la lumière. Des partitions étaient éparpillées sur le sol, des livres de musique empilés sur la table. Il y avait une petite cuisine ouverte, un canapé fatigué, et une vue sur les toits de Paris.

Il l'invita à s'asseoir, lui offrit un verre d'eau, puis s'installa au piano. Il commença à jouer, les doigts glissant sur les touches avec une aisance qui la fascinait. Elle ferma les yeux, se laissant emporter par la mélodie.

C'était une musique douce, triste, pleine d'une nostalgie qu'elle reconnaissait. Comme si elle parlait de sa vie, de ses rêves abandonnés, de ses amours perdues. Des larmes coulèrent sur ses joues, silencieusement.

Il s'arrêta, la regarda. "Vous pleurez."

"Je suis désolée," dit-elle, essuyant ses joues. "Cette musique est si belle. Elle parle de tant de choses."

"Elle parle de vous," dit-il simplement.

Elle le regarda, surprise. "De moi ?"

"Je vous regarde dans l'escalier," dit-il. "Je vous vois passer dans la cour. Je vous écoute vivre. Vous êtes une femme qui porte tant de choses, tant de poids, tant de tristesse. J'ai voulu les mettre en musique."

Elle resta figée, le cœur battant. Il la regardait comme si elle était la seule femme au monde, comme si elle était une œuvre d'art. Elle se sentit nue, exposée, vulnérable. Mais elle ne voulut pas se cacher.

"Je ne suis pas une femme à mettre en musique," dit-elle, la voix tremblante. "Je suis juste une voisine, une femme de cinquante-deux ans, avec un corps qui a vieilli."

Il se leva, s'approcha d'elle. Il était grand, si grand, et elle sentait sa chaleur, son parfum, sa présence.

"Vous êtes la plus belle femme que j'aie jamais vue," dit-il. "Pas parce que vous êtes parfaite. Parce que vous êtes vraie. Parce que vous avez vécu, aimé, souffert. Parce que vous êtes pleine de toutes ces choses qui font une vie."

Il tendit la main, et elle la prit. Ses doigts étaient longs, fins, chauds. Des doigts de pianiste, des doigts qui savaient toucher, caresser, jouer.

Il la guida vers le piano, la fit asseoir sur le tabouret. Il s'assit à côté d'elle, ses genoux contre les siens, ses mains sur les siennes.

"Je veux vous apprendre à jouer," dit-il. "Un morceau simple. Un morceau que j'ai écrit pour vous."

Il posa ses mains sur les siennes, ses doigts sur les siens, et les guida sur les touches. Elle sentit ses doigts bouger, ses mains bouger, son corps contre le sien. La musique s'éleva, douce, fragile.

"Vous sentez ?" murmura-t-il. "Vous sentez comment la musique naît sous vos doigts ?"

Elle sentait autre chose. Elle sentait sa chaleur, sa présence, son désir. Elle sentait ses mains sur les siennes, ses doigts entrelacés, son souffle contre sa nuque. Elle sentait son corps réagir, s'éveiller, se souvenir.

Le morceau se termina, et il ne retira pas ses mains. Il les laissa posées sur les siennes, ses doigts sur les siens, comme une promesse.

"Sophie," dit-il doucement. "Je veux vous toucher. Pas comme une voisine. Pas comme une amie. Comme une femme."

Elle se tourna vers lui, ses yeux verts dans ses yeux bleus. Elle vit dans son regard la même peur, le même désir, la même incertitude qui la rongeait.

"J'ai peur," murmura-t-elle. "Je ne suis pas belle. Je ne suis pas jeune. Mon corps..."

Il posa ses doigts sur ses lèvres, l'arrêtant. "Ne dites pas ça. Ne dites jamais ça."

Il l'embrassa. Un baiser doux, léger, comme une première note. Elle sentit ses lèvres sur les siennes, sa main sur sa nuque, ses doigts dans ses cheveux. Elle ferma les yeux, se laissant emporter.

Il la guida vers le canapé, l'allongea doucement, et s'accroupit devant elle. Il défit ses chaussures, une par une, et commença à masser ses pieds. Elle sentit ses doigts experts, trouvant les nœuds de tension, les faisant disparaître. Elle se laissa aller, ses yeux fermés, sa respiration s'accélérant.

Il remonta le long de ses mollets, de ses genoux, de ses cuisses. Il défit la ceinture de son pantalon, le fit glisser le long de ses jambes. Elle portait une culotte noire, simple, pas sexy. Mais il la regarda comme si c'était la plus belle chose qu'il avait jamais vue.

Il posa ses lèvres sur ses genoux, puis sur ses cuisses, puis sur son ventre. Chaque baiser était une promesse, chaque caresse une découverte. Elle sentit son corps s'éveiller, la chaleur monter entre ses cuisses.

Il fit glisser sa culotte le long de ses jambes, et elle était nue devant lui. Elle voulut se cacher, ses mains sur son ventre, sur ses seins, sur ses cuisses. Mais il l'en empêcha, ses mains sur les siennes.

"Ne te cache pas," murmura-t-il. "Pas devant moi."

Il descendit, ses lèvres trouvant son sexe, et elle sentit une vague de plaisir la traverser. Il bougeait avec une lenteur infinie, apprenant son corps, découvrant ce qui la faisait gémir. Elle s'accrochait au canapé, les doigts crispés sur le tissu, des gémissements s'échappant de ses lèvres.

Elle n'avait pas été touchée comme ça depuis des années. Pas comme ça, avec cette lenteur, cette dévotion. Elle se sentait désirée, aimée, chérie.

L'orgasme la surprit par sa force. Elle se cambra, un cri étouffé dans la gorge, ses doigts s'enfonçant dans ses cheveux. Elle sentit son corps se contracter, se tendre, puis se relâcher dans un abandon total.

Il remonta le long de son corps, posant des baisers sur son ventre, ses seins, son cou. Il était dur, elle le sentait contre sa cuisse, mais il ne se pressait pas. Il la regardait, ses yeux bleus brillant dans la pénombre.

"Je veux te voir," murmura-t-il. "Toute."

Elle se laissa faire. Il fit glisser son pull sur sa tête, défit son soutien-gorge. Ses seins apparurent, lourds, marqués par les années et les grossesses. Elle voulut se cacher, mais il l'en empêcha.

"Ils sont parfaits," dit-il.

"Ce n'est pas vrai," répondit-elle. "Ils sont trop gros, trop lourds, trop tombants."

"Je les aime. Je les aime comme ils sont."

Il posa ses lèvres sur ses seins, sa langue jouant autour de ses mamelons. Elle sentit son corps réagir, ses doigts s'enfonçant dans ses cheveux. Il léchait, suçait, mordillait doucement, et elle sentait une autre vague de désir monter en elle.

Il se déshabilla, et elle le regarda. Il était beau, avec son corps mince et ses yeux bleus. Elle se sentit soudain honteuse, vieille, grosse. Mais il s'allongea sur elle, son poids contre le sien, et elle oublia tout.

Il entra en elle lentement, profondément. Elle sentit son corps l'accueillir, s'ouvrir pour lui. Il bougeait avec une lenteur infinie, chaque mouvement une caresse. Elle s'accrochait à lui, ses doigts sur son dos, ses jambes autour de sa taille.

"Je t'aime," murmura-t-il contre son cou.

Elle ne répondit pas. Les mots étaient inutiles. Elle se laissa emporter par la sensation, par le désir, par l'amour. Elle sentit l'orgasme monter en elle, plus doux cette fois, plus profond. Elle se laissa aller, son corps se tendant, ses mains s'agrippant à ses épaules.

Il la rejoignit un instant plus tard, son corps se tendant contre le sien, son cri étouffé dans son cou. Ils restèrent enlacés, le souffle court, le corps brûlant.

Après, ils restèrent allongés, à se toucher, à se parler, à se promettre des choses qu'ils ne savaient pas s'ils pourraient tenir.

"Reste avec moi ce soir," dit-il. "Reste avec moi toujours."

"Je suis trop vieille pour toi," murmura-t-elle.

"Tu es parfaite pour moi."

Il posa sa tête sur sa poitrine, et elle caressa ses cheveux. Elle sentit son cœur battre, lentement, calmement.

"Je ne t'ai jamais dit," dit-elle, "mais la première fois que je t'ai entendu jouer, j'ai pleuré. C'était si beau. Si triste. Comme si tu parlais de ma vie."

"Je parlais de toi," dit-il. "Je parle toujours de toi."

Elle sourit, un sourire qu'elle n'avait pas eu depuis des années. "Alors joue pour moi. Joue-moi ce morceau."

Il se leva, retourna au piano, et commença à jouer. La musique s'éleva, douce, mélancolique, pleine d'amour. Elle resta allongée sur le canapé, nue, les yeux fermés, à écouter.

Elle pensa à sa vie. À son mariage raté, à ses enfants qui ne venaient plus, à sa solitude. Mais elle pensa aussi à ce moment, à cet instant de bonheur pur. Elle se sentait belle, désirée, aimée. Pour la première fois depuis des années, elle se sentait vivante.

La musique s'arrêta, et elle ouvrit les yeux. Il était debout devant elle, un sourire sur les lèvres.

"C'est pour toi," dit-il. "Toujours pour toi."

Elle se leva, s'approcha de lui, et l'embrassa. Un baiser profond, passionné, comme une promesse.

"Joue pour moi," murmura-t-elle. "Joue pour moi, tous les soirs."

Il s'assit au piano, et elle s'assit à côté de lui, nue, ses jambes contre les siennes. Il commença à jouer, et elle ferma les yeux.

Les semaines passèrent, et leur amour grandit. Il jouait pour elle, elle écoutait. Il la touchait, elle s'abandonnait. Ils faisaient l'amour sur le canapé, sur le lit, au pied du piano. Elle n'avait jamais connu une telle passion, une telle intensité.

Elle commença à s'habiller différemment. Des robes qui moulaient ses courbes, des couleurs qui éclairaient son visage. Elle se regardait dans le miroir et voyait une femme belle, désirée, aimée. Elle n'avait plus honte de son corps, de ses vergetures, de ses rides. Il les aimait, alors elle les aimait aussi.

Un soir, alors qu'ils étaient allongés, elle lui dit : "Je t'aime. Je n'ai jamais aimé personne comme toi."

Il la regarda, ses yeux bleus brillant d'amour. "Je t'aime aussi. Je t'aimerai toujours."

Elle posa sa tête sur sa poitrine, écoutant les battements de son cœur. Elle savait que leur amour était improbable, qu'il défiait les convenances, qu'il défiait les âges. Mais elle savait aussi qu'il était vrai, qu'il était fort, qu'il était plus fort que tout.

Elle pensa à toutes ces années de solitude, de désespoir, de peur. Elle pensa à toutes les fois où elle avait cru qu'elle ne serait plus jamais aimée. Et elle se dit que la vie était pleine de surprises, que l'amour pouvait surgir où on ne l'attendait pas, que la beauté pouvait être trouvée dans les corps imparfaits.

Elle sourit, se blottit contre lui, et ferma les yeux. Elle avait cinquante-deux ans, un corps rond et généreux, et un amour qui la faisait vibrer. Elle était enfin libre. Libre d'aimer, libre d'être aimée, libre d'être elle-même.

Le lendemain, elle monta chez lui avec un petit déjeuner. Elle avait préparé des croissants, du café, des confitures. Ils mangèrent sur le lit, nus, à rire, à s'embrasser. Il lui joua un nouveau morceau, une mélodie joyeuse qui parlait d'avenir et de bonheur.

"Tu vois," dit-il, "la musique peut être joyeuse. Parce que tu es là. Parce que je t'aime."

Elle l'embrassa, les larmes aux yeux. "Je t'aime aussi."

Ils firent l'amour, encore, comme si chaque fois était la dernière. Elle sentit son corps s'ouvrir, s'abandonner, se libérer. Elle n'avait plus peur, plus honte, plus de doutes.

Elle était aimée. Et c'était tout ce qui comptait.

Des mois plus tard, elle s'installa chez lui. Son appartement était plus grand, plus lumineux, avec le piano qui trônait au milieu du salon. Elle apporta ses livres, ses plantes, ses souvenirs. Ils vécurent ensemble, à rire, à pleurer, à s'aimer.

Chaque soir, il jouait pour elle. Elle s'asseyait sur le canapé, les yeux fermés, et elle écoutait. Les mélodies parlaient d'amour, de passion, de vie. Elles étaient la bande-son de leur histoire.

Elle avait cinquante-deux ans, un corps rond et généreux, et un amour qui la faisait vibrer. Elle n'avait plus peur de vieillir, plus peur d'être seule, plus peur de ne pas être assez.

Elle était assez. Elle avait toujours été assez.

Elle le regardait jouer, ses doigts sur les touches, et elle se disait que la vie était belle. Que l'amour était possible. Que tout était possible.

Et elle souriait, les larmes aux yeux, heureuse, enfin heureuse.





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Un Whisky à Tel-Aviv: (3) Le Goût de la Liberté

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Un Whisky à Tel-Aviv



Chapitre 3 : Le Goût de la Liberté



Le matin se leva sur la petite maison de province, et Leïla se réveilla dans les bras de Noam. Elle sentait sa chaleur contre son dos, sa respiration régulière sur sa nuque, ses doigts entrelacés aux siens. Elle resta immobile, savourant l'instant, comme on savoure un fruit rare qu'on sait ne pas pouvoir garder.

Elle se retourna doucement pour le regarder. Il dormait, le visage détendu, les cheveux en désordre sur l'oreiller. Il avait l'air si jeune, si vulnérable. Elle se demanda ce qu'il faisait là, dans son lit, dans sa vie. Un Israélien. Un homme qu'elle était censée haïr. Et pourtant, elle l'aimait. Elle l'aimait d'un amour qu'elle n'avait jamais connu, un amour qui la terrifiait et la libérait à la fois.

Il ouvrit les yeux, et ses prunelles vertes se posèrent sur elle. Il sourit, un sourire qui lui fit fondre le cœur.

"Tu me regardes," murmura-t-il.

"Je te regarde," répondit-elle.

"C'est bien. Regarde-moi. Je ne vais pas disparaître."

Il l'embrassa, et elle sentit son corps s'éveiller. Elle était nue sous les draps, ses seins lourds contre sa poitrine, ses hanches larges contre ses hanches. Il caressa son dos, ses fesses, ses cuisses. Elle se laissa faire, s'abandonnant à ses mains, à ses lèvres, à son désir.

"Je t'aime," murmura-t-elle.

Les mots sortirent d'elle comme une évidence, comme s'ils avaient toujours été là, attendant le moment de se libérer. Elle ne les avait jamais dits à personne. Pas à son mari, pas à ses enfants, pas à sa famille. Elle n'avait jamais aimé personne comme ça.

Il la regarda, ses yeux s'emplissant de larmes. "Je t'aime aussi. Je t'aime depuis le premier jour où j'ai frappé à ta porte."

Ils firent l'amour lentement, comme s'ils avaient tout le temps du monde. Il était entré en elle avec une douceur infinie, et elle s'était laissé emporter par la sensation. Ses seins lourds rebondissaient contre sa poitrine, ses hanches larges bougeaient en rythme avec les siennes. Elle se sentait belle, désirée, aimée. Pour la première fois de sa vie, elle se sentait complète.

Après, ils restèrent allongés, à se toucher, à se parler, à se promettre des choses qu'ils ne savaient pas s'ils pourraient tenir.

"Reste avec moi," dit-elle. "Reste toujours."

"Je resterai aussi longtemps que tu voudras," répondit-il.

Mais elle savait que ce n'était pas si simple. Elle savait que le monde extérieur existait, qu'il les attendait, qu'il les jugerait. Elle avait enlevé son hijab, et les regards hostiles étaient déjà là. Les insultes, les menaces, le rejet de sa famille, tout cela viendrait.

Elle se leva, enfila une robe légère, et sortit dans le jardin. Le soleil était haut, l'air était chaud. Elle s'assit sur un banc, les yeux fermés, et écouta les oiseaux. Elle pensa à tout ce qu'elle avait perdu, et à tout ce qu'elle avait gagné.

Noam la rejoignit, deux tasses de thé à la main. Il s'assit à côté d'elle et posa sa tête sur son épaule. Ils restèrent ainsi, à ne rien dire, à écouter le silence.

"Je dois te dire quelque chose," dit-il enfin. "Je dois rentrer en Israël. Ma mère est malade. Très malade. Je dois y aller."

Leïla sentit son cœur se serrer. Elle avait oublié que le monde extérieur existait, que les responsabilités, les familles, les vies continuaient. Elle avait oublié qu'il avait une vie ailleurs, une vie qui ne l'incluait pas.

"Quand pars-tu ?" demanda-t-elle, la voix étranglée.

"Dans deux jours."

Deux jours. C'était si court, si brutal. Elle avait passé des mois à apprendre à l'aimer, et il partait dans deux jours.

"Reviendras-tu ?" demanda-t-elle.

"Je ne sais pas. Ma mère est malade, je ne sais pas combien de temps je resterai. Mais je te promets que je reviendrai. Je te promets que je ferai tout pour revenir."

Elle posa sa tête sur son épaule, et ils restèrent ainsi, à regarder le jardin, à écouter le silence. Les deux jours qui suivirent furent les plus intenses de sa vie. Ils firent l'amour comme si chaque fois était la dernière. Ils parlèrent, ils rirent, ils pleurèrent. Elle lui raconta tout ce qu'elle n'avait jamais dit à personne, et il fit de même.

Le jour de son départ, elle l'accompagna à la gare. Ils se tinrent sur le quai, les bras l'un autour de l'autre, à ne pas vouloir se lâcher.

"Je t'écrirai," dit-il. "Je t'appellerai. Je ne t'oublierai pas."

"Je t'attendrai," répondit-elle. "Je t'attendrai autant de temps qu'il faudra."

Il monta dans le train, et elle le regarda s'éloigner. Elle resta sur le quai, les larmes coulant sur ses joues, jusqu'à ce que le train disparaisse à l'horizon.

Elle rentra chez elle, et la maison lui sembla vide. Elle s'assit sur le canapé où ils avaient fait l'amour pour la première fois, et elle se mit à pleurer. Elle pleurait la perte, l'absence, la peur. Mais elle pleurait aussi de joie, parce qu'elle avait aimé, vraiment aimé, pour la première fois.

Les jours suivants furent difficiles. Elle reçut des appels de sa famille, des menaces anonymes, des insultes dans la rue. Elle avait enlevé son hijab, et le monde ne le lui pardonnait pas. Sa mère l'appela en pleurant, lui disant qu'elle avait trahi sa famille, sa religion, sa communauté.

"Tu es une honte pour nous," dit sa mère. "Tu es une femme sans honneur."

Leïla raccrocha, les mains tremblantes. Elle avait perdu sa famille, ses repères, sa vie. Mais elle avait gagné la liberté. Elle avait gagné l'amour.

Elle commença à écrire. Des textes sur son expérience, sur la manipulation, sur la nécessité de la paix. Elle écrivit sur le hijab, sur ce symbole d'oppression qu'elle avait porté pendant trente et un ans sans le choisir. Elle écrivit sur les femmes iraniennes qui brûlaient leurs voiles dans les rues, sur les femmes afghanes qui étaient battues pour avoir montré leurs cheveux, sur les femmes saoudiennes qui n'avaient pas le droit de conduire. Elle écrivit sur les terroristes qui portaient le même voile, qui tuaient au nom du même dieu, qui massacraient des civils en criant les mêmes prières.

Elle écrivit sur Noam. Sur cet Israélien qui lui avait appris que la haine n'était pas une fatalité. Elle écrivit sur le 7 octobre, sur les victimes oubliées, sur les familles qui pleuraient en silence. Elle écrivit que les Palestiniens étaient les boucs émissaires de la connerie arabo-musulmane et iranienne, que les dirigeants arabes utilisaient leur souffrance pour détourner l'attention de leurs propres échecs.

Ses textes furent publiés sur un blog, puis partagés, puis commentés. Elle reçut des messages de soutien, mais aussi des menaces de mort. Elle était devenue une cible, une traîtresse, une apostate.

Mais elle ne recula pas. Elle continua d'écrire, de témoigner, de dénoncer. Elle disait : "L'humanité, ce n'est pas se sentir responsable de tout ce qui se passe dans le monde. L'humanité, c'est que chacun soit responsable de ses actes."

Noam l'appelait tous les jours. Sa mère était malade, mais elle allait mieux. Il lui disait qu'il pensait à elle, qu'il l'aimait, qu'il reviendrait.

"Un jour," lui disait-il, "on boira ce whisky à Tel-Aviv. Je te promets qu'on le boira."

Elle souriait au téléphone, les larmes aux yeux. Elle savait que c'était un rêve, une promesse lointaine. Mais elle y croyait. Elle y croyait parce que l'amour était plus fort que la guerre.

Un soir, alors qu'elle était assise dans son jardin, elle reçut un appel de Noam. Sa voix était tendue, nerveuse.

"Leïla, je dois te dire quelque chose. Je suis en France. Je suis à la gare. Je suis revenu."

Elle resta figée, le téléphone collé à l'oreille. Son cœur battait si fort qu'elle pouvait l'entendre dans ses oreilles.

"Pourquoi ?" demanda-t-elle. "Pourquoi es-tu revenu ?"

"Parce que je ne peux pas vivre sans toi. Parce que tu es ma vie. Parce que je t'aime."

Elle se leva, courut jusqu'à sa voiture, et conduisit comme une folle jusqu'à la gare. Elle le vit sur le quai, son sac à dos sur les épaules, ses yeux verts brillant dans la lumière du soir.

Elle courut vers lui, se jeta dans ses bras, et ils restèrent enlacés, à ne pas vouloir se lâcher.

"Tu es revenu," murmura-t-elle. "Tu es vraiment revenu."

"Je t'avais promis," dit-il. "Je ne te laisserai pas tomber."

Ils rentrèrent chez elle, et ils firent l'amour comme si c'était la première fois. Elle sentait son corps contre le sien, ses seins lourds écrasés contre sa poitrine, ses hanches larges bougeant avec les siennes. Elle sentait ses mains sur ses fesses, ses lèvres sur sa nuque, sa chaleur en elle.

"Je ne te quitterai plus," murmura-t-il. "Jamais."

Les jours passèrent, et ils vécurent une bulle de bonheur. Ils lisaient, écoutaient de la musique, faisaient l'amour. Elle lui cuisinait des plats qu'elle avait appris de sa mère, lui chantait des chansons qu'elle avait oubliées.

Mais le monde extérieur les rattrapa. Un soir, alors qu'ils étaient assis dans le jardin, des voisins passèrent et l'insultèrent. Des mots, des noms, des menaces. Elle les ignora, les mains tremblantes. Il les ignora aussi, les bras autour d'elle.

"Je ne te laisserai pas faire face à ça seule," dit-il. "Je reste à tes côtés."

Et il resta. Il était là, tous les jours, à la soutenir, à l'aimer, à la protéger. Elle se sentait en sécurité, pour la première fois de sa vie.

Un soir, alors qu'ils étaient assis sur le canapé, elle lui dit : "Je veux qu'on fasse quelque chose. Qu'on aille quelque part. Ensemble."

"Où veux-tu aller ?"

"À Paris. Je veux voir la tour Eiffel. Je veux qu'on marche dans les rues ensemble, main dans la main. Je veux qu'on montre au monde qu'on s'aime."

Il sourit, un sourire qui illumina son visage. "C'est une belle idée. Allons à Paris."

Ils partirent le lendemain. Elle portait une robe légère, bleue comme le ciel, ses cheveux longs et grisonnants dansant sur ses épaules. Il portait une chemise blanche, les manches retroussées, ses yeux verts brillant de bonheur.

Ils marchèrent dans les rues de Paris, main dans la main. Les regards étaient nombreux, les jugements, les préjugés. Mais ils ne s'en souciaient pas. Ils étaient amoureux, et l'amour était plus fort que tout.

Ils montèrent sur la tour Eiffel, et elle regarda la ville s'étendre à ses pieds.

"Je n'aurais jamais imaginé être ici," dit-elle. "Avec toi."

"Et pourtant, tu es là," répondit-il. "Et je suis là. Et on s'aime."

Elle se tourna vers lui et l'embrassa, un baiser profond, passionné, comme une promesse.

"Un jour," dit-il, "on boira ce whisky à Tel-Aviv. Je te promets qu'on le boira."

"Je sais," répondit-elle. "Je le sais."

Et elle savait que c'était vrai. Qu'un jour, ils iraient à Tel-Aviv. Qu'un jour, ils boiraient ce whisky. Qu'un jour, la guerre cesserait. Qu'un jour, la paix serait possible.

Mais en attendant, ils étaient là, à Paris, sur la tour Eiffel, à s'aimer. Et c'était tout ce qui comptait.

Ils restèrent à Paris trois jours. Trois jours de bonheur pur, de promenades dans les jardins, de dîners aux chandelles, de nuits passionnées. Ils faisaient l'amour comme si chaque fois était la dernière, comme s'ils voulaient graver chaque instant dans leur mémoire.

Le dernier soir, ils étaient assis sur les quais de la Seine, à regarder les bateaux passer.

"Je veux que tu saches quelque chose," dit-elle. "Je ne regrette rien. Pas une seconde. Même si tout s'arrêtait demain, je ne regretterai jamais d'avoir aimé."

Il la regarda, ses yeux brillant de larmes. "Je ne regrette rien non plus. Je t'aime, Leïla. Je t'aimerai toujours."

Elle posa sa tête sur son épaule, et ils restèrent ainsi, à regarder la ville s'illuminer, à écouter l'eau couler, à sentir l'amour qui les unissait.

Elle avait quarante-huit ans, deux enfants qui ne lui parlaient plus, une famille qui l'avait reniée, une communauté qui la haïssait. Mais elle avait aussi un homme qui l'aimait, une liberté qu'elle avait conquise, un avenir qu'elle avait choisi.

Elle ne savait pas ce que l'avenir leur réservait. Elle ne savait pas si elle irait un jour à Tel-Aviv, si elle boirait ce whisky, si la guerre cesserait jamais. Mais elle savait que l'amour était plus fort que la haine. Et elle savait qu'elle ne reculerait jamais plus.

Elle regarda le ciel, les étoiles qui commençaient à apparaître, et elle sourit. Elle était libre. Libre d'aimer, libre de choisir, libre d'être elle-même. Et c'était la plus belle des libertés.





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Un Whisky à Tel-Aviv: (2) La Chute des Murailles

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Un Whisky à Tel-Aviv




Chapitre 2 : La Chute des Murailles




Les jours suivirent le retrait du hijab comme une longue respiration. Leïla avait gardé ses cheveux libres, d'abord chez elle, puis dans le jardin, puis en allant acheter du pain. Chaque pas était une petite victoire, chaque regard un défi. Elle sentait ses cheveux longs, grisonnants, caresser ses épaules, et elle avait l'impression de redécouvrir un territoire qu'elle avait oublié.

Elle était ronde, généreuse, opulente. Son corps de femme de quarante-huit ans avait des courbes qu'elle avait toujours cachées sous des vêtements amples. Des seins lourds qu'elle soutenait à peine, des hanches larges qui avaient porté deux enfants, des fesses pleines qu'elle avait honte de montrer. Trente et un ans de hijab, mais aussi trente et un ans de vêtements informes, de pulls trop grands, de pantalons qui ne moulaient rien. Elle s'était cachée derrière le voile, mais elle s'était cachée derrière son corps aussi, comme si elle avait honte de sa féminité.

Noam venait toujours deux fois par semaine. Il avait vu ses cheveux libres, et il souriait comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Il ne faisait pas de commentaires, ne posait pas de questions. Il se contentait d'être là, d'être présent, de la regarder comme si elle était une œuvre d'art.

Les cours étaient devenus des conversations. Il lisait des poèmes, elle les commentait. Il parlait de son pays, elle écoutait. Il lui racontait Tel-Aviv, la lumière, la mer, les marchés colorés. Elle fermait les yeux et elle voyait les images qu'il décrivait, comme si elle y était.

Un soir, il lui demanda de lui montrer ses livres préférés. Elle le conduisit dans la petite pièce qui lui servait de bibliothèque, une pièce en désordre où les livres s'entassaient sur les étagères, sur le sol, sur la table. Elle lui montra ses recueils de poésie, ses romans préférés, ses livres d'histoire.

Il prit un livre, un recueil de Rimbaud, et le feuilleta. Leurs doigts se touchèrent, et elle sentit une étincelle parcourir son bras. Elle retira sa main brusquement, comme si elle avait été brûlée.

Il leva les yeux vers elle. Ils étaient si proches, si près, qu'elle pouvait voir les reflets verts de ses prunelles.

"Pourquoi te caches-tu ?" demanda-t-il doucement.

"Je ne me cache pas."

"Tu te caches. Derrière tes vêtements, derrière tes livres, derrière ton silence. Je te vois, Leïla. Je vois la femme que tu es. Pourquoi ne veux-tu pas la laisser sortir ?"

Elle sentit les larmes monter. Personne ne lui avait jamais parlé comme ça. Personne ne l'avait jamais regardée comme ça. Il voyait à travers elle, comme si elle était transparente.

"Je ne sais pas qui je suis," murmura-t-elle. "Je ne sais pas qui je suis sans tout ça."

Il s'approcha encore, posa sa main sur sa joue. Sa peau était chaude, ses doigts doux. Elle sentit son corps se tendre, puis se relâcher.

"Alors apprenons à la connaître," dit-il. "Ensemble."

Il l'embrassa. Un baiser doux, léger, comme une question. Elle ne le repoussa pas. Elle resta figée, les mains ballantes, le cœur battant la chamade. Ses lèvres étaient douces, et elle sentait le goût du thé qu'ils venaient de boire.

Il s'écarta, la regarda. "Je ne veux pas te brusquer. Je veux juste que tu saches que tu es désirée. Pour ce que tu es, pas pour ce que tu représentes."

Elle ne sut pas quoi répondre. Les mots étaient bloqués dans sa gorge. Elle avait passé toute sa vie à être désirée pour ce qu'elle représentait, pas pour ce qu'elle était. Une femme, une mère, une musulmane, une Arabe. Mais jamais elle-même.

Ce soir-là, après son départ, elle ne put dormir. Elle resta allongée dans son lit, à repenser à ses lèvres sur les siennes. Son corps, ce corps qu'elle avait négligé, qu'elle avait caché, qu'elle avait méprisé, se réveillait. Elle sentait une chaleur entre ses cuisses, une tension qui ne voulait pas s'apaiser.

Elle se leva, alla dans la salle de bain, et se regarda nue dans le miroir. Elle vit ses seins lourds, ses hanches larges, ses cuisses pleines. Elle vit sa peau blanche, marquée par les vergetures de ses grossesses. Elle vit son ventre rond, ses fesses généreuses. Elle ne s'était jamais regardée comme ça. Elle avait toujours détourné les yeux, honteuse de ce corps qui ne correspondait pas aux canons de beauté.

Mais ce soir, elle le regarda. Vraiment. Elle vit la femme qu'elle était. Une femme de quarante-huit ans, ronde, opulente, généreuse. Une femme qui avait porté des enfants, qui avait connu la douleur et la joie. Une femme qui méritait d'être désirée.

Elle posa ses mains sur ses seins, les caressa doucement. Sa peau était douce, ses mamelons se dressèrent. Elle descendit le long de son ventre, de ses hanches, de ses cuisses. Elle sentit son corps répondre, s'éveiller.

Elle s'allongea sur le lit, les yeux fermés, et se toucha. Elle pensait à lui, à ses yeux verts, à ses lèvres, à ses mains. Elle imaginait ses doigts sur elle, ses lèvres sur sa peau, son corps contre le sien.

L'orgasme vint doucement, comme une vague qui l'emportait. Elle se cambra, les doigts enfoncés dans les draps, un gémissement étouffé dans la gorge. Elle n'avait pas fait ça depuis des années, se toucher, se donner du plaisir. Elle avait oublié que son corps pouvait ressentir ça.

Elle resta allongée, le souffle court, les larmes aux yeux. Elle n'était pas seulement une mère, une enseignante, une musulmane. Elle était une femme. Une femme avec des désirs, des besoins, des envies.

Le lendemain, Noam arriva avec un livre sous le bras. "Je veux te lire un poème," dit-il. "Un poème de Yehuda Amichai. Il est israélien, tu sais. Mais il parle de l'amour, pas de la guerre."

Il ouvrit le livre et commença à lire. Sa voix était douce, grave, et les mots résonnaient dans le silence de la pièce. Elle ne comprenait pas tout, mais elle comprenait l'essentiel. L'amour, le désir, la vulnérabilité.

Il posa le livre et la regarda. "Je veux te toucher, Leïla. Pas seulement ton corps. Ton âme."

Elle s'approcha de lui, lentement, comme on s'approche d'un animal sauvage. Elle s'assit sur le canapé à côté de lui, et il posa sa main sur sa cuisse. Elle sentit son cœur s'emballer.

"Je suis si grosse," murmura-t-elle. "Je suis vieille, et grosse, et usée."

Il posa sa main sur sa joue et la fit tourner vers lui. "Tu es belle. Tu es la plus belle femme que j'aie jamais rencontrée. Pas parce que tu es parfaite. Parce que tu es vraie."

Il l'embrassa, et ce baiser fut plus profond que le premier. Il avait le goût de la promesse, du désir, de la liberté. Elle l'embrassa à son tour, ses doigts s'enfonçant dans ses cheveux.

Il la guida vers le canapé, l'allongea doucement, et s'accroupit devant elle. Il défit ses chaussures, une par une, et commença à masser ses pieds. Elle ferma les yeux, se laissant aller. Ses doigts étaient experts, trouvant les nœuds de tension, les faisant disparaître.

Il remonta le long de ses mollets, de ses genoux, de ses cuisses. Il défit la ceinture de son pantalon, le fit glisser le long de ses jambes. Elle était en sous-vêtements noirs, simples, pas sexy. Mais il la regarda comme si elle était nue, comme si c'était la première fois qu'il voyait une femme.

Il posa ses lèvres sur ses genoux, puis sur ses cuisses, puis sur son ventre. Chaque baiser était une promesse, chaque caresse une découverte. Elle sentit son corps s'éveiller, la chaleur monter entre ses cuisses.

Il fit glisser sa culotte le long de ses jambes, et elle était nue devant lui. Elle voulut se cacher, mais il l'en empêcha, ses mains sur ses poignets.

"Ne te cache pas," murmura-t-il. "Pas devant moi."

Il descendit, ses lèvres trouvant son sexe, et elle sentit une vague de plaisir la traverser. Il bougeait avec une lenteur infinie, apprenant son corps, découvrant ce qui la faisait gémir. Elle s'accrochait au canapé, les doigts crispés sur le tissu, des gémissements s'échappant de ses lèvres.

L'orgasme la surprit par sa force. Elle se cambra, un cri étouffé dans la gorge, ses doigts s'enfonçant dans ses cheveux. Elle sentit son corps se contracter, se tendre, puis se relâcher dans un abandon total.

Il remonta le long de son corps, posant des baisers sur son ventre, ses seins, son cou. Elle sentit ses larmes couler sur ses joues. Elle n'avait jamais connu ça. Un homme qui prenait son temps, qui l'écoutait, qui la désirait pour ce qu'elle était.

Il s'allongea sur elle, son corps contre le sien, et l'embrassa. Elle sentit son érection contre sa cuisse, et elle comprit qu'il voulait plus.

"Je veux te sentir en moi," murmura-t-elle.

Il s'arrêta, la regarda. "Es-tu sûre ?"

"Je n'ai jamais été aussi sûre de rien."

Il se déshabilla, et elle le regarda. Il était beau, avec son corps mince et ses yeux verts. Il s'allongea sur elle et entra en elle lentement, profondément. Elle sentit son corps l'accueillir, s'ouvrir pour lui.

Il bougeait avec une lenteur infinie, chaque mouvement une caresse. Elle s'accrochait à lui, ses doigts sur son dos, ses jambes autour de sa taille. Elle sentait son poids, sa chaleur, sa présence.

"Je t'aime," murmura-t-il contre son cou.

Elle ne répondit pas. Les mots étaient inutiles. Elle se laissa emporter par la sensation, par le désir, par l'amour. Elle sentit l'orgasme monter en elle, plus doux cette fois, plus profond. Elle se laissa aller, son corps se tendant, ses mains s'agrippant à ses épaules.

Il la rejoignit un instant plus tard, son corps se tendant contre le sien, son cri étouffé dans son cou. Ils restèrent enlacés, le souffle court, le corps brûlant.

Après, il posa sa tête sur sa poitrine, et elle caressa ses cheveux. Elle sentit son cœur battre, lentement, calmement.

"Je ne savais pas," dit-elle. "Je ne savais pas que ça pouvait être comme ça."

"Comme quoi ?"

"Comme si j'étais vivante. Comme si j'existais vraiment."

Il leva la tête et la regarda. "Tu existes, Leïla. Tu as toujours existé. Tu étais juste cachée."

Elle sourit, un sourire qu'elle n'avait pas eu depuis des années. "Tu m'as trouvée."

"Je t'ai cherchée toute ma vie."

Ils restèrent ainsi, à se toucher, à se caresser, à se redécouvrir. Elle sentit son corps, ce corps qu'elle avait négligé, s'éveiller à nouveau. Ses seins lourds, ses hanches larges, ses cuisses pleines. Il les caressait, les embrassait, les désirait.

"Tu es la plus belle femme que j'aie jamais vue," dit-il.

"Je ne suis pas belle."

"Tu es belle. Tes seins, tes hanches, tes courbes. Tu es une femme, Leïla. Pas une fille, pas un mannequin. Une femme. Et les femmes sont belles."

Elle pleura, mais ce n'étaient pas des larmes de tristesse. C'étaient des larmes de libération. Elle avait passé sa vie à se cacher, à se mépriser, à se réduire. Et lui, cet Israélien qu'elle était censée haïr, il la regardait et il voyait une déesse.

Ils firent l'amour encore, plus doucement cette fois. Il la prit par derrière, ses mains sur ses hanches, ses lèvres sur sa nuque. Elle sentit son corps s'ouvrir pour lui, l'accueillir, le désirer.

Quand ce fut fini, ils restèrent enlacés sur le canapé, à regarder le plafond.

"Un jour," dit-il, "je t'emmènerai à Tel-Aviv. On boira un whisky, on regardera le coucher de soleil, et je te montrerai que la paix est possible."

"La paix n'est pas possible," dit-elle. "Pas dans notre monde."

"La paix est possible. Elle commence dans le cœur de chacun. Et dans mon cœur, il y a toi."

Elle se tourna vers lui et l'embrassa. Elle sentait ses larmes sur ses joues, mêlées aux siennes. Elle comprit que l'amour était la seule réponse à la haine. Qu'il n'y avait pas d'autre chemin.

Cette nuit-là, elle comprit qu'elle était libre. Libre de choisir, libre d'aimer, libre d'être elle-même. Elle avait quarante-huit ans, deux enfants qui ne lui parlaient plus, et un amour qu'elle n'avait jamais osé imaginer.

Elle était libre. Et elle était aimée.

Le lendemain, elle se regarda dans le miroir. Elle vit une femme ronde, opulente, avec des seins lourds et des hanches larges. Elle vit ses cheveux longs, grisonnants, qui tombaient sur ses épaules. Elle vit sa peau blanche, marquée par le temps et les grossesses. Elle vit une femme qui avait choisi d'être belle.

Elle ne se cacha plus. Elle sortit dans le jardin, les cheveux libres, la tête haute. Elle sentit le vent sur sa peau, le soleil sur ses épaules. Elle était vivante.

Noam l'attendait sur la terrasse. Il sourit en la voyant.

"Tu es magnifique," dit-il.

"Je sais," répondit-elle.







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Un Whisky à Tel-Aviv: (1) L'Élève Inattendu

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Un Whisky à Tel-Aviv




Chapitre 1 : L'Élève Inattendu




Leïla n'aimait pas les imprévus. Elle aimait l'ordre, la routine, les jours qui se ressemblaient comme des sœurs. Le café le matin, la lecture des journaux, les corrections de copies, les cours particuliers en soirée. Sa vie était une ligne droite, sans embûches, sans surprises. Elle avait quarante-huit ans, deux enfants qui ne lui parlaient plus, et une maison trop grande pour une femme seule.

Cette maison, elle y tenait. Elle avait été le prix de son divorce, une compensation pour douze ans de mariage sans amour. Son ex-mari, un homme qu'elle avait épousé parce que ses parents le voulaient, avait trouvé une femme plus jeune, moins fatiguée, moins usée. Il lui avait laissé la maison, les dettes, et une solitude qu'elle n'avait jamais su remplir.

Elle donnait des cours de français pour arrondir ses fins de mois. Elle aimait ce métier, aimait les mots, aimait cette façon qu'ils avaient de construire des ponts entre les gens. Le français était une langue compliquée, pleine de pièges, de conjugaisons, d'accords. Elle aimait la transmettre, la partager, voir les yeux de ses élèves s'illuminer quand ils comprenaient une règle.

Ce soir-là, elle était en train de ranger les copies qu'elle avait corrigées quand on frappa à la porte. Elle n'attendait personne. Ses enfants ne venaient plus, ses amis s'étaient éloignés, les voisins ne s'aventuraient pas chez elle. Elle alla ouvrir, méfiante, la chaîne de sécurité toujours en place.

Il était là, sur le seuil, les mains dans les poches, un sourire timide aux lèvres. Grand, mince, des cheveux bruns qu'il laissait pousser un peu trop longs. Des yeux verts, d'un vert étrange qui semblait voir à travers elle. Elle ne le connaissait pas, ne l'avait jamais vu.

"Bonjour," dit-il dans un français hésitant, marqué par un accent qu'elle ne reconnaissait pas. "Je m'appelle Noam. Je suis Israélien. Je suis chez des cousins, dans le quartier voisin. J'ai entendu dire que vous donnez des cours de français."

Elle resta figée. Un Israélien. Devant sa porte. Qui voulait apprendre le français.

La première réaction fut la peur. Pas une peur rationnelle, mais une peur viscérale, celle qu'on lui avait apprise depuis l'enfance. Les Israéliens étaient des monstres, des tueurs d'enfants, des voleurs de terre. Elle n'en avait jamais rencontré un seul, mais elle les haïssait comme on hait une menace qu'on a apprise à craindre. C'était gravé en elle, comme une deuxième nature.

"Je ne donne plus de cours," mentit-elle.

Il ne bougea pas. Il la regarda avec une patience qui la déstabilisait. "Je peux payer. Je peux payer bien. Je veux apprendre le français pour mes études. On m'a dit que vous étiez la meilleure professeure de la région."

Elle voulut refermer la porte. Elle voulut lui dire de partir, de ne jamais revenir, de retourner dans son pays de menteurs et de tueurs. Mais les mots ne vinrent pas. Il était là, poli, respectueux, souriant. Et elle avait besoin d'argent. Les fins de mois étaient difficiles, les factures s'accumulaient, et elle ne pouvait pas se permettre de refuser un élève.

"Quand voulez-vous commencer ?" demanda-t-elle, la voix neutre.

"Demain soir, si cela vous convient."

"Demain soir, vingt heures."

"Merci. À demain."

Il s'éloigna, et elle referma la porte, le cœur battant. Elle s'adossa contre le mur, ferma les yeux, et respira profondément. Un Israélien. Elle allait donner des cours à un Israélien. Ses parents le sauraient, ses voisins le sauraient, tout le quartier le saurait. Elle serait jugée, critiquée, peut-être même reniée. Mais elle avait besoin d'argent. Et elle avait aussi une curieuse envie de comprendre. De comprendre qui était cet homme qui ne ressemblait pas au monstre qu'on lui avait décrit.

Le lendemain soir, il frappa à sa porte à vingt heures précises. Elle avait préparé des exercices, des textes, des conjugaisons. Elle avait mis son hijab bien en place, comme une armure. Elle voulait qu'il voie qu'elle était une femme musulmane, une femme arabe, une femme qui ne transigeait pas.

Il entra, s'assit à la table de la cuisine, et sortit un cahier et un stylo. "Je suis prêt," dit-il.

Elle commença le cours. Elle était froide, distante, professionnelle. Elle lui parlait de la grammaire, de la syntaxe, des règles. Il écoutait, prenait des notes, posait des questions précises. Il ne parlait jamais de sa vie, de son pays, de sa religion. Il était là pour apprendre, rien de plus.

Mais elle l'observait. Elle l'observait comme on observe un ennemi, cherchant une faille, une faiblesse, une preuve de sa monstruosité. Elle ne trouvait rien. Il était juste un jeune homme appliqué, poli, un peu timide.

"Pourquoi voulez-vous apprendre le français ?" demanda-t-elle un soir, alors qu'ils faisaient une pause.

Il posa son stylo et la regarda. "J'aime votre pays. La culture, la nourriture, les poètes. Je ne viens pas pour la politique, je viens pour la beauté."

Elle haussa les épaules, comme si cette réponse ne méritait pas un commentaire. Mais elle sentit quelque chose bouger en elle, un petit point d'interrogation qui s'allumait dans l'obscurité de ses certitudes.

Les semaines passèrent. Les cours devinrent une routine, puis une habitude. Il venait deux fois par semaine, toujours ponctuel, toujours souriant. Il progressait vite, apprenait les subtilités de la langue, s'enthousiasmait pour un poème de Rimbaud ou une phrase de Victor Hugo.

Elle se surprenait à l'attendre, à préparer la table avec soin, à choisir des textes qui pourraient l'intéresser. Elle se surprenait à sourire quand il arrivait, à rire à ses plaisanteries maladroites. Elle se surprenait à le voir comme un être humain, pas comme un ennemi.

Un soir, il lui demanda : "Pourquoi portez-vous le hijab ?"

La question la surprit. Personne ne lui avait jamais demandé cela. Pas son père, pas sa mère, pas son mari, pas ses enfants. C'était une évidence, un fait de sa vie, comme le ciel bleu ou la pluie en automne. Elle resta un moment silencieuse, les doigts serrés sur son stylo.

"Parce que c'est ce qu'on attend de moi," finit-elle par répondre. La phrase sonna creux, même à ses oreilles.

"Et vous, qu'est-ce que vous attendez de vous-même ?"

Elle ne sut pas quoi répondre. Personne ne lui avait jamais posé cette question. Elle avait vécu sa vie en répondant aux attentes des autres. Ses parents, son mari, ses enfants, la communauté. Elle n'avait jamais choisi. Elle avait subi.

"Je ne sais pas," murmura-t-elle.

Ce soir-là, après son départ, elle ne put dormir. Elle resta allongée dans son lit, à regarder le plafond, à écouter le silence de la maison vide. La question de Noam résonnait dans sa tête comme un écho. Qu'est-ce qu'elle attendait d'elle-même ? Elle n'avait jamais eu le temps de se poser cette question. Entre les obligations familiales, le mariage, les enfants, le travail, elle avait oublié qu'elle existait en dehors de tous ces rôles.

Elle se leva, alluma son ordinateur, et commença à chercher. Elle tapa "Israël" dans la barre de recherche, puis "Gaza", puis "conflit israélo-palestinien". Elle avait passé sa vie à détester ce pays sans jamais rien savoir de lui. Elle avait répété des slogans, des mensonges, des généralités. Elle n'avait jamais vérifié.

Elle lut sur le désengagement de Gaza en 2005. Des soldats israéliens pleurant en quittant leurs maisons, des familles déchirées, des terres abandonnées. Elle lut sur les élections palestiniennes de 2006, sur la victoire du Hamas, sur la charte de ce mouvement qui prônait la destruction d'Israël. Elle lut sur les roquettes tirées sur des écoles et des hôpitaux israéliens, sur les tunnels construits pour infiltrer le territoire ennemi.

Puis elle tomba sur les articles sur le 7 octobre 2023. Les détails étaient atroces. Des familles massacrées dans leurs maisons. Des jeunes gens abattus dans un festival de musique. Des femmes violées avant d'être tuées. Des enfants brûlés vifs. Des otages emmenés dans des tunnels. Les terroristes criaient "Allah Akbar" en massacrant des civils.

Elle lut sur l'Iran, le commanditaire du 7 octobre, le régime qui finançait le Hamas, qui armait le Hezbollah, qui opprimait les femmes, qui les pendait dans les rues pour avoir refusé le voile. Elle vit des photos de femmes iraniennes brûlant leurs hijabs à Téhéran, de jeunes filles arrêtées pour avoir montré leurs cheveux, de condamnations à mort pour "adultère" ou "mœurs corrompues".

Elle ferma l'ordinateur, les mains tremblantes. Elle sentit la terre se dérober sous ses pieds. Tout ce en quoi elle avait cru, tout ce qu'on lui avait appris, tout ce qu'elle avait répété sans jamais vérifier. Les Israéliens n'étaient pas les monstres qu'on lui avait décrits. Les Palestiniens n'étaient pas les victimes innocentes qu'on lui avait montrées. L'Iran était le vrai ennemi, celui qui opprimait les femmes, celui qui finançait le terrorisme, celui qui commanditait les massacres.

Elle pensa aux victimes israéliennes. Personne n'avait pleuré pour elles en France. Personne n'avait parlé d'elles. Les médias montraient des images de Gaza, mais jamais des images des kibboutz massacrés, des festivaliers tués, des familles décimées. Elle avait pleuré pour les morts de Gaza, mais elle n'avait jamais versé une larme pour les morts israéliens. Elle avait été manipulée.

Elle se leva et alla dans la salle de bain. Elle se regarda dans le miroir, et soudain, elle vit son hijab différemment. Ce tissu qu'elle portait depuis trente et un ans, sans jamais se poser de questions. Ce voile que sa mère lui avait imposé à dix-sept ans, que son père avait exigé, que les cheikhs avaient justifié, que les imams avaient prôné.

Elle se souvint des femmes iraniennes qui brûlaient leurs voiles dans les rues, qui risquaient la prison, la torture, la mort pour être libres. Elle se souvint des terroristes du Hamas, portant le même hijab, tuant au nom du même dieu, massacrant des civils en criant les mêmes prières. Elle se souvint que le régime iranien, celui qui imposait le voile aux femmes, était le commanditaire du 7 octobre.

Elle comprit. Le hijab n'était pas un symbole religieux. C'était un symbole politique. Le symbole de l'oppression. Le symbole des terroristes. Le symbole de l'Iran, ce pays qui pendait les femmes dans les rues. Elle avait porté ce symbole pendant trente et un ans, par habitude, par pression sociale, par peur d'être exclue. Et elle ne l'avait jamais choisi.

Elle arracha le hijab de sa tête, et regarda ses cheveux grisonnants dans le miroir. Elle se reconnut à peine. La femme qui la regardait avait les yeux fatigués, les rides profondes, mais elle avait aussi une lueur de défi qu'elle n'avait jamais vue avant.

Ce soir-là, elle ne le remit pas. Elle resta assise devant le miroir, à regarder ses cheveux libres, à sentir l'air sur son crâne, à savourer cette liberté nouvelle. Elle avait le droit de choisir. Pour la première fois de sa vie, elle avait le droit de choisir.

La semaine suivante, Noam vint pour son cours. Il s'arrêta sur le seuil, la regarda, et ses yeux s'illuminèrent. Elle avait les cheveux libres, sans hijab, sans voile, sans rien.

"Tu l'as fait," dit-il doucement.

"Je l'ai fait," répondit-elle.

"Tu es magnifique."

Elle ne sut pas quoi répondre. Personne ne lui avait jamais dit qu'elle était belle. Pas son mari, pas ses parents, pas ses enfants. Elle avait passé sa vie à se cacher, à s'effacer, à se réduire. Et lui, cet Israélien qu'elle était censée haïr, il la regardait comme si elle était un chef-d'œuvre.

Elle s'assit en face de lui, les mains tremblantes. Elle n'avait pas peur des regards des autres, pas encore. Mais elle avait peur de lui. Peur de ce qu'il lui faisait ressentir.

"Pourquoi ?" demanda-t-elle. "Pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ?"

Il posa son stylo et la regarda avec une attention qui la déstabilisait. "Parce que je te vois. Pas le hijab. Pas la communauté. Pas la religion. Toi. La femme que tu es."

Elle sentit ses larmes monter, mais elle les retint. Elle ne voulait pas pleurer devant lui. Elle ne voulait pas être vulnérable. Mais il avait touché quelque chose en elle, une corde qu'elle croyait coupée depuis longtemps.

"Je ne sais pas qui je suis," murmura-t-elle. "Je ne sais pas qui je suis sans ce voile."

"Alors apprends à le découvrir," dit-il. "À ton rythme."

Il lui prit la main, et elle ne la retira pas. Elle sentait ses doigts, chauds, doux, contre les siens. Elle sentait son cœur battre plus vite.

"Un jour," dit-il, "je t'emmènerai à Tel-Aviv. On boira un whisky ensemble, sur une terrasse, au coucher du soleil. Tu verras, les Israéliens ne sont pas des monstres. Nous sommes juste des gens qui voulons vivre en paix."

Elle ouvrit la bouche pour répondre, pour le remettre à sa place, pour lui dire qu'elle n'irait jamais dans cette ville de mensonges et de sang. Mais les mots ne vinrent pas. Elle regarda ses yeux verts, et pour la première fois, elle imagina les couleurs du coucher de soleil sur la Méditerranée.

Elle n'avait pas peur. Pour la première fois, elle n'avait pas peur.

"Je ne sais pas si je pourrai un jour," dit-elle. "Mais j'aimerais essayer."

Il sourit, un sourire qui illumina son visage. "C'est tout ce que je demande."

Le cours se termina comme d'habitude, avec des exercices de conjugaison et des lectures de textes. Mais quelque chose avait changé. Ils n'étaient plus professeure et élève. Ils étaient deux êtres qui avaient commencé à se voir, à se reconnaître, à s'accepter.

Quand il partit, elle resta sur le seuil, à le regarder s'éloigner. Elle avait les cheveux libres, le cœur léger, et une promesse dans ses yeux. Un whisky à Tel-Aviv. Peut-être un jour. Peut-être quand la guerre cessera. Peut-être quand elle aura appris à se connaître.

Elle referma la porte, s'adossa contre elle, et ferma les yeux. Elle avait quarante-huit ans, deux enfants qui ne lui parlaient plus, une vie qui venait de changer. Elle avait jeté son hijab, ce symbole d'oppression, ce symbole des terroristes, ce symbole de l'Iran qui pendait les femmes dans les rues. Elle avait choisi la liberté.

Mais elle savait que ce n'était qu'un début. Les regards hostiles, les insultes, les menaces, tout cela viendrait. Sa famille la renierait, ses voisins la jugeraient, la communauté la rejetterait. Elle avait peur, mais elle était prête. Elle avait fait un choix, et elle ne reviendrait pas en arrière.

Elle se regarda dans le miroir, ses cheveux grisonnants libres, et sourit. Elle était belle. Pour la première fois de sa vie, elle était vraiment belle. Parce qu'elle était libre.




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