.
.
Elara: (2) Le Battement de la Pluie
La pluie était revenue, plus fine, plus insistante, comme si elle avait décidé de s’installer pour de bon sur les toits de Paris. Dans l’atelier, les gouttes tapaient un rythme familier contre les vitres, un bruit que ni Elara ni Julien n’entendaient vraiment plus. Il faisait partie du décor, comme l’odeur du bois, de l’huile et du thé à la bergamote.
Elara était penchée sur l’établi, ses longs cheveux châtains ondulés retenus en une queue basse qui laissait libre sa nuque. Ses lunettes glissaient légèrement sur le bout de son nez. Elle portait un simple pull de laine fine, trop large, qui glissait parfois sur une épaule, et un jean soft qui épousait la rondeur de ses hanches et la courbe généreuse de son ventre. Sous le pull, sa poitrine lourde et pleine se soulevait à chaque respiration. Elle avait quarante-trois ans et son corps portait ce temps avec une sensualité tranquille, des seins lourds, une peau douce et mate, des cuisses fermes et charnues. Julien, derrière elle, la regardait travailler depuis plusieurs minutes sans rien dire.
Il s’approcha, posa une main chaude sur sa hanche et colla son corps contre le sien. Elara sourit sans quitter la montre des yeux.
« Tu vas me faire rater le réglage », murmura-t-elle.
« Je m’en fiche », répondit-il en glissant sa bouche contre sa nuque. Ses lèvres s’attardèrent juste sous l’oreille, là où elle était particulièrement sensible. Sa main remonta sous le pull, trouva la peau nue, puis la dentelle du soutien-gorge. Il caressa le dessous de son sein, le poids chaud et souple, avant de monter jusqu’au mamelon déjà durci.
Elara ferma les yeux un instant. Le tournevis resta suspendu au-dessus du mouvement. Elle poussa un soupir bas et se cambra légèrement contre lui. Julien fit glisser le pull plus haut, libéra un sein, et le prit en main pendant que ses lèvres continuaient de parcourir sa nuque et son épaule. L’autre main descendit, déboutonna le jean, s’introduisit sous la culotte. Ses doigts trouvèrent immédiatement la chaleur humide d’Elara. Il traça de lents cercles sur son clitoris pendant qu’il pétrissait son sein.
Elle posa enfin le tournevis et se retourna dans ses bras. Leurs bouches se trouvèrent. Le baiser fut profond, familier, encore affamé. Julien la souleva légèrement et l’assit sur le bord de l’établi. Elara écarta les cuisses pour le laisser s’approcher. Il baissa son jean et sa culotte d’un seul geste, s’agenouilla et posa sa bouche entre ses jambes.
Elara s’appuya sur les coudes, la tête renversée. La langue de Julien était lente, précise, comme s’il réparait quelque chose de fragile et précieux. Il la léchait longuement, suçotait, glissait deux doigts en elle pendant que sa langue insistait sur le point exact qui la faisait trembler. Elle gémit, une main dans ses cheveux, l’autre agrippant le bord de l’établi. Quand l’orgasme arriva, il fut long, profond, un tremblement qui partit du bas de son ventre et remonta jusqu’à sa gorge. Julien ne s’arrêta pas tout de suite. Il continua de la caresser doucement jusqu’à ce qu’elle le tire vers le haut.
Elle le déshabilla rapidement. Quand il entra en elle, elle était encore ultra-sensible. Il poussa un soupir rauque et s’immobilisa un instant, le front contre le sien. Puis il commença à bouger, des coups de reins lents et profonds. Elara enroula ses jambes autour de lui, le tirant plus près. Ses seins se balançaient au rythme de leurs mouvements. Julien les prit à pleine main, les caressa, pinça les mamelons pendant qu’il la prenait. L’établi grinçait légèrement. La pluie continuait dehors. Ils jouirent presque en même temps, Elara d’abord, se contractant autour de lui, puis Julien, s’enfonçant jusqu’au bout et restant collé à elle, le souffle court.
Ils restèrent ainsi plusieurs minutes, enlacés, les vêtements en désordre, la peau chaude. Julien embrassa son front, ses paupières, le coin de sa bouche.
« On ne va jamais finir cette montre », dit Elara en riant doucement.
« Tant mieux », répondit-il.
Trois semaines plus tard, un client important arriva. Un collectionneur américain qui voulait confier à Julien une montre de poche du XVIIIe siècle, extrêmement rare, pour une restauration complète. Le travail allait prendre des mois. Il proposa aussi une exposition à New York, dans six mois, et demanda à Julien de venir présenter la pièce. Julien accepta, mais Elara sentit immédiatement quelque chose se tendre en elle.
Le soir, après le départ du client, ils étaient dans la petite cuisine au fond de l’atelier. Elara préparait le dîner. Julien s’approcha par derrière, l’entoura de ses bras, posa son menton sur son épaule.
« Tu viens avec moi à New York », dit-il simplement.
Elara resta immobile un moment. Elle n’avait pas quitté Paris depuis son arrivée. Londres était trop proche de tout ce qu’elle avait fui. New York représentait l’inconnu, le grand large, le risque.
« Je ne sais pas », murmura-t-elle.
Julien la fit se retourner. Il prit son visage entre ses mains, ses pouces caressant ses pommettes sous les lunettes.
« Je ne te force à rien. Mais je veux que tu sois là. Pas comme mon assistante. Comme ma femme. »
Le mot tomba dans le silence de la cuisine. Elara sentit son cœur s’accélérer. Ils n’avaient jamais parlé de mariage. Leur pacte avait toujours été le présent, l’ici et maintenant. Pourtant, depuis des mois, le présent s’était étiré, s’était installé, était devenu un avenir silencieux.
Elle posa sa tête contre sa poitrine. « J’ai peur », dit-elle.
« Moi aussi », répondit-il. « Mais j’ai plus peur de ne pas te le demander. »
Ce soir-là, ils firent l’amour dans le lit de l’appartement au-dessus de l’atelier. Lentement, longuement. Julien la caressa de la tête aux pieds, s’attarda sur chaque courbe, chaque pli. Il embrassa le creux de ses seins, le dessous de son ventre, l’intérieur de ses cuisses. Quand il entra en elle, ce fut face à face, les yeux ouverts. Elara le regarda tout le temps, une main sur sa joue, l’autre dans ses cheveux. Ils bougèrent ensemble, sans précipitation, jusqu’à ce que le plaisir les emporte tous les deux dans un silence tremblant.
Après, allongés l’un contre l’autre, Elara parla. Elle raconta plus en détail ce qui s’était passé à Londres : le mariage qui s’était effondré, la trahison, la façon dont elle s’était sentie effacée, réduite à une erreur. Julien l’écouta sans l’interrompre, sa main traçant de lents cercles sur son dos.
« Je ne te demandais pas d’oublier », dit-il quand elle se tut. « Je te demandais seulement de me laisser faire partie de ton histoire. »
Elle se souleva sur un coude et le regarda. Puis elle sourit, un sourire un peu tremblant.
« Oui », dit-elle. « Je viens à New York. »
Les semaines qui suivirent furent un mélange de travail intense et d’intimité plus profonde encore. Elara aidait Julien sur la restauration. Ils passaient des heures côte à côte, se touchant sans y penser : une main sur la nuque, un baiser volé, une caresse dans le bas du dos. Parfois le travail s’arrêtait net. Julien l’asseyait sur l’établi, écartait ses jambes et la prenait là, rapidement, urgent, pendant que la pluie battait les vitres. D’autres fois, le soir, ils s’attardaient dans le bain, Elara adossée contre lui, sa main entre ses cuisses, le caressant lentement jusqu’à ce qu’elle jouisse en silence, la tête renversée sur son épaule.
Un soir, alors qu’ils étaient allongés dans le noir, Elara demanda :
« Tu es sûr ? De moi. De nous. »
Julien se tourna vers elle. « Je n’ai jamais été aussi sûr de quelque chose. »
Il se leva, alla chercher quelque chose dans le tiroir de la table de nuit. Quand il revint, il tenait une petite boîte en bois, simple, qu’il avait fabriquée lui-même. À l’intérieur, une bague. Pas un diamant ostentatoire. Une bague fine en or rose, avec une pierre de lune qui capturait la lumière.
« Je n’ai pas voulu faire de grand discours », dit-il. « Juste ça. Si tu veux. »
Elara regarda la bague, puis lui. Ses yeux s’étaient embués derrière les lunettes. Elle tendit la main.
« Oui », murmura-t-elle.
Il lui passa la bague. Elle était parfaite. Ils firent l’amour encore, plus tendrement, plus profondément, comme s’ils scellaient quelque chose. Elara était au-dessus de lui, le chevauchant lentement, ses seins lourds dans ses mains. Elle le regardait dans les yeux pendant qu’elle montait et descendait, savourant chaque centimètre de lui en elle. Quand elle jouit, elle se pencha en avant, colla son front au sien, et murmura son nom. Julien la suivit presque immédiatement, les mains agrippées à ses hanches.
Ils partirent pour New York en novembre. La ville était froide, grise, pleine d’une énergie différente de celle de Paris. L’exposition eut lieu dans une galerie de Manhattan. La montre restaurée était magnifique. Julien parla avec passion, Elara à ses côtés, la bague à son doigt, le corps habillé d’une robe noire simple qui soulignait sa silhouette pleine et élégante. Des collectionneurs vinrent les féliciter. Un journaliste demanda qui était la femme à ses côtés. Julien répondit simplement : « Ma fiancée. »
Le soir, dans leur chambre d’hôtel, avec vue sur les lumières de la ville, Elara se tenait devant la fenêtre. Julien s’approcha derrière elle, glissa la fermeture éclair de sa robe, la laissa tomber. Elle était nue en dessous. Il l’embrassa le long de la colonne, s’agenouilla et la caressa de la bouche jusqu’à ce qu’elle tremble contre la vitre froide. Puis il la prit là, debout, une main sur son sein, l’autre entre ses cuisses, la tenant pendant qu’il la pénétrait profondément. Elara gémissait contre le verre, regardant les lumières de New York pendant que Julien la faisait jouir encore et encore.
Ils restèrent une semaine. Ils se promenèrent dans Central Park sous une pluie fine, se tinrent la main, s’embrassèrent dans des cafés. Elara se sentait différente. Plus légère. Comme si quelque chose d’ancien s’était enfin détaché d’elle.
Le dernier soir, dans le lit de l’hôtel, allongés face à face, Julien demanda :
« Quand on rentre, on se marie ? Pas grand-chose. Juste nous. L’atelier. La pluie. »
Elara sourit. Elle passa une jambe par-dessus la sienne, se colla contre lui, sentit son désir renaître.
« Oui », dit-elle. « Juste nous. »
Elle le prit en main, le guida en elle, et ils bougèrent ensemble, lentement, dans le silence de la chambre new-yorkaise. Dehors, il pleuvait. Dedans, le temps s’était arrêté encore une fois.
Ils rentrèrent à Paris une semaine plus tard. L’atelier les accueillit avec son odeur familière. Elara posa ses bagages, enleva son manteau, et se tourna vers Julien. Il la regardait déjà, le même regard lent et attentif qu’au premier jour.
Elle s’approcha, posa ses mains sur sa poitrine, et l’embrassa. Le baiser s’approfondit. Bientôt ils étaient à moitié déshabillés sur le canapé usé. Elara chevauchait Julien, sa robe relevée, sans culotte. Elle le prenait profondément, les mains sur ses épaules, le regardant. Ses seins se balançaient à chaque mouvement. Julien les caressait, les suçotait, gémissait son nom. Quand elle jouit, elle se pencha en avant et l’embrassa pendant que son corps se contractait autour de lui. Il la suivit, la tenant fort contre lui.
Plus tard, en silence, ils préparèrent le thé. Elara regarda la bague à son doigt, puis la pluie qui recommençait contre les vitres.
« Tu te souviens de la première fois ? » demanda-t-elle.
Julien hocha la tête. « Tu avais une loupe sur un œil et tu tremblais. »
« Maintenant je ne tremble plus », dit-elle.
Il s’approcha, posa une main sur sa joue, puis glissa ses doigts dans ses cheveux.
« Si », murmura-t-il. « Mais d’une autre façon. »
Elle sourit et se pressa contre lui. Dehors, la pluie continuait son rythme obstiné. Dedans, deux cœurs battaient au même tempo, lentement, sûrement, comme une montre parfaitement réglée.
Les mois suivants furent une suite de jours ordinaires et extraordinaires. Ils se marièrent un matin de mars, sous une pluie fine, dans une petite mairie du Marais, avec seulement deux témoins. Elara portait une robe simple en soie ivoire qui soulignait sa poitrine généreuse et ses hanches. Julien n’arrêtait pas de la regarder. Après, ils rentrèrent à l’atelier, firent l’amour sur le canapé, puis sur le lit, puis encore sous la douche, comme s’ils n’arrivaient pas à se rassasier l’un de l’autre.
Elara ne craignait plus l’écho de la pluie. Elle l’attendait. Chaque fois qu’elle entendait les premières gouttes, quelque chose s’ouvrait en elle. Parfois Julien la prenait contre l’établi, rapidement, urgent. Parfois ils restaient des heures allongés, se caressant, se parlant à voix basse, se redécouvrant. Son corps, qu’elle avait longtemps vu comme trop plein, trop marqué par le temps, était devenu pour elle un territoire de plaisir. Julien le touchait avec une admiration constante, une faim qui ne s’émoussait jamais. Il aimait le poids de ses seins dans ses mains, la douceur de son ventre, la façon dont ses cuisses s’ouvraient pour lui.
Un soir d’été, alors que la chaleur rendait l’atelier étouffant, ils s’allongèrent nus sur le sol, une simple couverture sous eux. La fenêtre était ouverte. On entendait les bruits de la rue. Elara était sur le dos, Julien entre ses jambes, la langue lente et précise. Elle avait les yeux fermés, une main dans ses cheveux, l’autre agrippant la couverture. Quand elle jouit, ce fut long, silencieux, un tremblement qui la parcourut tout entière. Puis il la penetra, profondément, et ils bougèrent ensemble jusqu’à ce que le plaisir les emporte tous les deux.
Après, allongés l’un contre l’autre, Elara murmura :
« Je ne savais pas que ça pouvait être comme ça. »
Julien embrassa son épaule. « Moi non plus. »
Ils restèrent ainsi longtemps, écoutant le silence de Paris, le battement de leurs cœurs, et au loin, très loin, le premier grondement d’un orage qui s’approchait.
La pluie, encore. Toujours.
Et cette fois, Elara sourit.
.
