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Le Jugement de Khomeiny (texte théâtral)

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DÉCOR : Un espace d’un blanc tellement immaculé qu’il en devient insultant. Il n’y a pas de nuages, juste un carrelage infini qui brille comme une salle de bain de luxe. Au centre, un bureau en Formica des années 70. Derrière, un type en peignoir léopard, sirotant un cocktail bleu avec une ombrelle rose. C’est DIEU.


Entre Ruhollah Khomeini. Il a l’air froissé. Sa barbe est pleine de poussière cosmique et il ajuste son turban avec la nervosité d’un candidat à un entretien d’embauche qui sait qu’il a menti sur son CV.


DIEU : (Sans lever les yeux de son magazine "Chasse et Pêche") « Ah, te voilà. Entre, pose tes fesses. Enfin non, reste debout, on va gagner du temps. C’est quoi ton nom déjà ? L’Ayatollah "Je-fais-la-gueule" ? »

KHOMEINY : (D’une voix sépulcrale, levant les mains au ciel) « Ô Créateur ! Ô Miséricordieux ! Je me prosterne devant Ta splendeur ! J’ai mené Ton peuple sur la voie de la pureté, j’ai extirpé le vice de la Perse, j’ai rétabli l’ordre divin sur Terre ! »

DIEU : (Il lâche son magazine et soupire bruyamment) « Oh putain de merde, encore un. Écoute, Ruhollah – je peux t’appeler Ru-ru ? – on va clarifier un truc tout de suite. Les prières, les courbettes, les cinq fois par jour, tout ça… c’était un malentendu. Un énorme spam céleste. J’ai désactivé les notifications en l’an 400. Ça faisait trop de bruit pour mes siestes. »

KHOMEINY : (Béat d’incompréhension) « Mais… la Révolution ? Le Grand Satan ? Les lois sacrées ? »

DIEU : (Souriant de toutes ses dents blanches) « Tu parles de tes lois de merde ? Tiens, regarde. »


Dieu claque des doigts. Un écran plasma géant descend du vide. Des images défilent : des pendaisons à des grues, des femmes fouettées pour un cheveu qui dépasse, des gosses envoyés déminer le front avec des clés en plastique autour du cou.


DIEU : « C’est quoi cette ambiance, Ru-ru ? T’as transformé un pays magnifique en un épisode géant de The Walking Dead version théocratique. Et ce truc, là, sur la page 450 de ton bouquin… le "mariage" avec des gamines de neuf ans ? Tu m’expliques le concept ? »

KHOMEINY : (Transpirant sous son turban) « C’était pour préserver la vertu ! La loi du Prophète permettait de guider les âmes dès le plus jeune âge… »

DIEU : « Arrête. Stop. T’es en train d’expliquer au mec qui a inventé la physique quantique et le plaisir sexuel que la pédophilie est une "mesure de sécurité" ? T’es sérieux ? T’as juste légalisé tes pulsions de vieux dégueulasse en collant mon nom sur l’étiquette. C’est du plagiat, et en plus, c’est moche. »

KHOMEINY : « Mais j’ai combattu l’Occident décadent ! J’ai interdit la musique, la danse, la joie ! »

DIEU : « Et c’est bien ça le problème ! » (Dieu se lève, furieux). « J’ai créé les oiseaux pour qu’ils chantent, j’ai créé les hanches pour qu’elles swinguent, et j’ai créé le vin – qui est délicieux, soit dit en passant. Et toi, tu arrives, tu mets un voile noir sur tout, tu tues les poètes et tu transformes l’existence en un enterrement perpétuel. Tu sais qui j’aime, moi ? »

KHOMEINY : « Les martyrs ? »

DIEU : « Non. Les athées. »

KHOMEINY : (S’étouffant presque) « Les… les mécréants ? Ceux qui nient Ton existence ? »

DIEU : « Bah ouais ! Eux, au moins, ils font le bien parce qu’ils sont sympas, pas parce qu’ils ont peur qu’un barbu imaginaire les grille dans un barbecue éternel. Ils ne tuent personne en criant mon nom. Ils boivent des bières, ils lisent des bouquins de science, et ils ne se demandent pas si leur slip est "conforme" avant de pisser. Ils sont reposants. Toi, t’es épuisant. T’as passé ta vie à mentir. »

KHOMEINY : « Je n’ai jamais menti ! Chaque mot était pour la Vérité ! »

DIEU : « Oh, pitié. "Je ne veux pas le pouvoir", que tu disais à Neauphle-le-Château. "Je serai un simple guide spirituel". Dès que t’as posé le cul à Téhéran, t’as décapité tes alliés et t’as installé une dictature qui ferait passer un videur de boîte de nuit pour un enfant de chœur. T’as menti sur Dieu, t’as menti sur l’homme, t’as même menti sur la couleur de ta barbe, je suis sûr que tu te la teignais avec du cirage ou je ne sais quelle autre merde. »

KHOMEINY : (Il tombe à genoux, tentant une dernière carte) « Mais le Paradis… Tu l’as promis aux fidèles ! »

DIEU : « Le Paradis ? Ah, tu veux parler de la zone VIP. Viens, je vais te montrer où on range les "Grands Hommes" de ton espèce. »


Dieu attrape Khomeiny par le col de sa robe. Le décor change instantanément. Le blanc immaculé devient un rouge sombre, moite, avec une odeur persistante de soufre et de vestiaire de sport après un match de football. Une musique de techno bas de gamme tourne en boucle à un volume insupportable.

Dans une immense fosse commune, des figures historiques sont alignées, penchées en avant, les mains sur les genoux.


DIEU : « Tiens, regarde. Là-bas, c’est Staline. Il essaie de compter ses victimes mais il perd le fil tous les dix millions. À côté, c’est Hitler, on lui a rasé la moustache, il a l’air d’un comptable dépressif. Oh, et voilà Pol Pot, il essaie de porter des lunettes mais elles fondent tout le temps. »

KHOMEINY : (Horrifié) : « Pourquoi sont-ils dans cette position ? »

DIEU : « Parce que c’est l’heure de la "Justice Poétique". Tu vois, Ru-ru, tu as passé ta vie à vouloir pénétrer l’intimité des gens, à régenter leur cul, à leur dire comment s’essuyer le trou et qui aimer. Alors, j’ai décidé que l’éternité serait une grande leçon d’anatomie inversée. Sodomie pour l’éternité.»


Un démon colossal, ressemblant étrangement à un videur de discothèque avec un gode-michet en titane de la taille d’une roquette, s’approche en faisant craquer ses doigts.


DIEU : « Allez, hop ! Va rejoindre tes potes. Guevara est juste là, il se plaint que ce n’est pas assez "égalitaire", mais il prend son tarif comme tout le monde. Mussolini fait le pont derrière lui. »

KHOMEINY : « Non ! C’est une erreur ! Je suis un Saint ! Je suis l’Imam ! »

DIEU : « Non, t’es juste un vieux type qui a gâché la vie de millions de gens pour compenser une libido mal placée. Allez, au boulot. Et ne serre pas trop les dents, ça va durer longtemps. »


Dieu donne un coup de pied au cul de l’Ayatollah qui bascule dans la fosse.


DIEU : (Reprenant son cocktail) « Ah… Je vais aller voir si les athées ont fini de préparer le barbecue. Ils ont une recette de travers de porc, une merveille. Dommage pour Ru-ru, il va rater ça. Enfin, il va avoir d’autres choses à "digérer", mais de l’autre côté. »


Au loin, on entend un cri déchirant, suivi du bruit d’une perceuse industrielle et d’un rire sardonique qui murmure : « Bienvenue au club, camarade… on commence par le haut ou par le bas ? »


DIEU : (S’adressant aux spectateurs) « Vous voulez que je vous montre ce que j’ai fait de Napoléon ? C’est encore plus drôle, il est obligé de faire le ménage en string avec une plume de paon. »


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