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Le Voile et le Désir (nouvelle)

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Le Voile et le Désir




Karima avait quarante-neuf ans, trois enfants, un mari diplomate souvent absent, et une vie qui ressemblait à ces meubles recouverts de plastique dans les salons égyptiens – protégée, impeccable, et totalement invivable.

Yosra en avait quarante-six, deux ados, un mari ingénieur qui passait plus de temps sur ses chantiers qu'à la maison, et un sourire qui, ces derniers temps, ne atteignait plus ses yeux.

Elles étaient voisines depuis dix ans, dans le même immeuble cossu de Zamalek. Leurs maris se serraient la main dans l'ascenseur. Leurs enfants jouaient ensemble sur la terrasse. Elles-mêmes partageaient des thés, des recettes, des confidences anodines sur le prix des légumes et les devoirs interminables.

Jamais rien de plus.

Jusqu'à cet après-midi de mai où la climatisation du salon de Karima tomba en panne. La chaleur était étouffante, collante, insupportable. Yosra, passant par hasard devant sa porte ouverte, la trouva éventail en main, en nage, les joues rouges.

« Viens chez moi, j'ai la clim, » proposa Yosra.

Karima hésita une seconde – il n'y avait personne dans son appartement, et celui d'Yosra était vide aussi. Deux femmes seules, c'était correct. Tout à fait correct.

Elle la suivit.

L'appartement de Yosra était identique au sien en plan, mais différent en tout. Plus de plantes, des coussins brodés, des photos des enfants partout. Et une fraîcheur délicieuse qui fit frissonner Karima en entrant.

« Assieds-toi, je vais faire du thé. »

Karima s'affala dans le canapé, ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, Yosra était revenue, deux verres à la main, et s'asseyait à côté d'elle. Leurs cuisses se touchèrent presque. Presque.

« Ça va ? » demanda Yosra en lui tendant le thé.

« La chaleur me tue. Et puis... » Karima hésita. « Achraf m'a appelée ce matin. Il rentre dans trois semaines au lieu de deux. Encore un report. »

Achraf, son mari, était en mission à l'étranger six mois par an. Karima passait sa vie à l'attendre.

Yosra hocha la tête avec une compassion qui semblait sincère. « Hicham non plus n'est pas souvent là. Il dit que le nouveau pont, là-bas à Alexandrie, lui prend tout son temps. »

Leurs regards se croisèrent. Dans celui de Karima, il y avait de la fatigue. Dans celui d'Yosra, quelque chose d'autre – une étincelle, peut-être, ou juste un reflet.

« Parfois, je me demande... » commença Karima.

« Quoi ? »

« Rien. C'est stupide. »

« Dis. »

Karima but une gorgée de thé, cherchant ses mots. « Je me demande si c'est ça, la vie. Attendre. Toujours attendre. Que les enfants grandissent, que le mari rentre, que le week-end arrive. Et pendant ce temps, nous... on vieillit. »

Yosra posa sa main sur son bras. Un geste banal, de réconfort entre amies. Mais la main resta une seconde de trop.

« Je sais, » murmura Yosra. « Moi aussi, je me demande. »

Le silence s'installa, chargé de tout ce qu'elles ne disaient pas. Dehors, Le Caire continuait son vacarme – klaxons, muezzin au loin, rires d'enfants dans la rue. Dedans, il n'y avait que leur souffle, et cette chaleur qui n'était plus celle de la météo.

Karima sentit soudain qu'elle regardait Yosra autrement. Ses lèvres, ses yeux, la courbe de son cou sous le voile. Elle détourna le regard, honteuse.

« Il faut que j'y aille, » dit-elle en se levant trop vite.

« Reste encore un peu, » dit Yosra. Sa voix avait changé. Plus basse, plus douce.

Karima se rassit. Leurs yeux se retrouvèrent. Cette fois, l'étincelle était là, indéniable, terrifiante, merveilleuse.

« Qu'est-ce qui nous arrive ? » chuchota Karima.

Yosra secoua la tête, un petit rire nerveux. « Je ne sais pas. Depuis des mois, je te regarde. Quand tu passes sur la terrasse, quand tu sors tes poubelles, quand tu ris avec les enfants. Je me dis que c'est normal, qu'on est amies. Mais ce n'est pas normal. »

Karima aurait dû se lever, partir, ne plus jamais revenir. Elle resta.

« Moi aussi, » avoua-t-elle. « Je pensais que j'étais folle. »

Leurs mains se touchèrent. Ce n'était plus un geste de réconfort. C'était une question. Et la réponse vint quand leurs doigts s'entrelacèrent.

Le fantasme, pour Karima, avait commencé des mois plus tôt, sans qu'elle le sache. Il prenait la forme de rêves étranges où Yosra apparaissait, ses cheveux défaits, son voile tombé. Elle se réveillait en sursaut, le cœur battant, se traitait de tous les noms. Une femme pieuse, mariée, voilée – désirer une autre femme ? C'était impensable. Innommable.

Pourtant, le désir était là, profond, viscéral, plus fort que tout ce qu'elle avait connu avec Achraf depuis des années. Ce n'était pas seulement physique – c'était la soif d'être comprise, reconnue, touchée par quelqu'un qui savait, qui vivait la même chose.

Yosra, elle, avait compris plus tôt. Elle avait accepté, en secret, cette part d'elle-même qu'elle cachait depuis l'adolescence. Elle avait épousé Hicham par raison, par devoir, par peur. Mais elle n'avait jamais cessé de regarder les femmes, de les désirer en silence.


Ce jour-là, dans le salon frais, leurs doigts entrelacés, les silences en disaient plus long que tous les mots.

« J'ai peur, » dit Karima.

« Moi aussi. »

« Si quelqu'un nous voyait... »

« Personne ne nous verra. »

Yosra se leva, tendit la main. Karima la prit, se leva à son tour. Elles restèrent debout face à face, si proches que leur souffle se mêlait.

Yosra leva la main vers le voile de Karima. « Je peux ? »

Karima ferma les yeux, hocha la tête. Ses jambes tremblaient.

Le voile glissa. Puis le foulard en dessous. Les cheveux de Karima, poivre et sel, coupés court, apparurent. Elle les toucha, gênée – elle ne les montrait à personne, pas même à ses sœurs.

« Ils sont magnifiques, » souffla Yosra.

Puis ce fut son tour. Karima défit son voile avec des gestes maladroits, émue. Les cheveux d'Yosra, plus longs, plus foncés, coulèrent sur ses épaules.

Elles se regardèrent, deux femmes de presque cinquante ans, les cheveux défaits, les yeux brillants, plus jeunes soudain qu'elles ne l'avaient été depuis vingt ans.

« On est folles, » murmura Karima.

« Complètement folles, » confirma Yosra.

Et elles s'embrassèrent.

Ce n'était pas un baiser timide. C'était un baiser de reconnaissance, de retrouvailles avec elles-mêmes. Les lèvres d'Yosra étaient douces, plus douces que toutes les lèvres d'homme qu'elle avait connues. Karima y découvrit un goût de thé à la menthe et de liberté.

Leurs mains s'égarèrent, caressant les bras, la taille, la nuque. Elles haletaient, séparées par leurs vêtements, trop de vêtements.

« Viens, » dit Yosra en l'entraînant vers la chambre.

La chambre conjugale. Le lit où elle dormait avec Hicham. Karima marqua une pause sur le seuil, saisie par l'incongruité de la situation. Faire l'amour à une femme dans le lit du mari. L'humour noir de la scène lui apparut, grinçant, absurde.

Yosra vit son hésitation, comprit, et eut un petit rire. « C'est ironique, hein ? »

Karima rit aussi, un rire nerveux qui la libéra. « Hicham ne saura jamais à quel point ce lit a été utile. »

Elles rirent ensemble, puis le rire mourut, remplacé par le désir.

Yosra défit la robe de Karima avec des gestes lents, appliqués, comme si elle déballait un cadeau précieux. Quand le dernier vêtement tomba, elle recula pour regarder.

« Tu es belle, » dit-elle. Et c'était vrai, dans ce moment, dans cette lumière. Les rondeurs, les vergetures, les marques du temps – tout cela était beau parce que c'était elle.

Karima, timide, voulut cacher son ventre. Yosra arrêta sa main.

« Non. Laisse-moi voir. Laisse-moi te voir. »

Puis ce fut au tour d'Yosra. Karima la déshabilla avec la même révérence, découvrant son corps avec émerveillement. Elle toucha ses seins, ses hanches, le duvet entre ses cuisses – tout était nouveau, tout était excitant.

Elles s'allongèrent sur le lit, peau contre peau, et ce simple contact les fit gémir. Les caresses qu'elles échangèrent étaient celles que personne ne leur donnait plus – lentes, attentives, exploratrices. Yosra savait où toucher, comment, avec quelle pression, parce que c'était son corps à elle aussi.

Karima découvrit des sensations qu'elle n'avait jamais connues. La douceur d'une bouche sur son sein, différente de celle d'un homme. La précision de doigts qui savaient exactement ce qui faisait frissonner une femme. L'intensité d'un regard qui plongeait dans le sien pendant qu'on lui faisait l'amour.

Ce fut rapide – un quickie, dans le sens le plus pur, volé au temps, à leurs vies, à leurs maris. Le plaisir de Karima monta, inexorable, et quand il explosa, elle cria – un cri étouffé par la main d'Yosra sur sa bouche, et elles rirent encore, étouffant leurs rires dans l'oreiller.

Puis ce fut le tour d'Yosra. Karima, appliquée, apprenante, découvrit le pouvoir de donner du plaisir. Elle regarda le visage de son amie se transformer, ses yeux se fermer, sa bouche s'ouvrir. Et quand Yosra jouit à son tour, ce fut comme si elle jouissait avec elle.

Elles restèrent enlacées, haletantes, incrédules.

« Ça existe, alors, » murmura Yosra.

« Quoi ? »

« Ça. Ce qu'on ressent. Ce n'est pas juste dans les films, dans les histoires. »

Karima passa sa main dans les cheveux d'Yosra. « Ça existe. Et c'est... »

« Terrifiant, » compléta Yosra.

« Oui. Et magnifique. »

Elles parlèrent longtemps, allongées nues dans le lit interdit. De leurs vies, de leurs mariages, de cette chose qu'elles venaient de découvrir. Karima pleura un peu, de joie et de peur mêlées. Yosra la berça.

« Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? » demanda Karima.

Yosra réfléchit. « On continue. Si on veut. Si on peut. »

« Je veux. Je ne peux pas ne pas vouloir. Maintenant que je sais. »

Elles se rhabillèrent en silence, remirent leurs voiles, redevinrent les femmes respectables qu'elles étaient censées être. Avant de partir, Karima prit le visage d'Yosra entre ses mains.

« Merci, » dit-elle.

« De quoi ? »

« De m'avoir réveillée. »

Yosra sourit, un sourire triste et doux. « On s'est réveillées ensemble. »

Karima rentra chez elle, l'appartement vide, la clim toujours en panne. Elle s'assit dans son salon, les mains tremblantes, et rit toute seule. Elle venait de tromper son mari avec sa voisine. Elle, Karima, mère de trois enfants, femme de diplomate, pilier de la communauté. C'était absurde, c'était scandaleux, c'était merveilleux.


Les semaines suivantes, elles inventèrent des prétextes. Des courses à faire ensemble. Des après-midi thé chez l'une ou l'autre. Des soirées "entre filles" où personne ne venait. Chaque fois, elles se retrouvaient, se touchaient, s'aimaient. Chaque fois, c'était volé, rapide, intense.

L'humour noir ne les quittait pas. Un jour, en faisant l'amour sur le canapé d'Yosra, le téléphone de Karima sonna. C'était Achraf, son mari, qui l'appelait de l'étranger. Elle dut décrocher, parler normalement, dire "je t'aime aussi, mon cœur", pendant qu'Yosra, à genoux devant elle, poursuivait ses caresses.

Raccrochant, elle éclata de rire.

« Quoi ? » demanda Yosra.

« Je viens de dire à mon mari que je l'aimais pendant que tu... »

Yosra rit aussi. « Au moins, c'était vrai. Tu aimais quelqu'un, à ce moment-là. »


Un autre jour, ce fut Hicham qui rentra à l'improviste. Elles eurent le temps de se rhabiller en trente secondes chrono, de remettre leurs voiles de travers, et d'apparaître dans le salon, assises sagement à boire du thé, quand il entra.

« Vous avez l'air essoufflées, » dit-il en posant ses clés.

« On faisait du sport, » improvisa Yosra. « Une nouvelle vidéo d'aérobic. »

Hicham haussa les épaules, prit un verre d'eau, repartit. Elles attendirent que la porte de la salle de bain se ferme pour se regarder, mortes de rire, se couvrant la bouche pour ne pas exploser.

« De l'aérobic, » souffla Karima. « On était en train de faire de l'aérobic. »

« C'est techniquement vrai. Cardio intense. »

Elles riaient encore quand Hicham ressortit, les regarda bizarrement, et sortit sans un mot.

Ces moments de complicité, de rire volé, étaient presque aussi précieux que les étreintes. Parce qu'ils prouvaient que ce qu'elles vivaient n'était pas que du sexe – c'était de l'amitié, de la tendresse, de la joie partagée.

Mais la réalité finit toujours par rattraper les rêves.


Un soir, Achraf rentra plus tôt que prévu. Karima n'était pas là – elle était chez Yosra, comme souvent. Quand il appela, elle ne répondit pas. Il chercha dans l'appartement, ne la trouva pas, commença à s'inquiéter. Puis, par la fenêtre, il vit de la lumière chez les voisins.

Il descendit, sonna. Yosra ouvrit, souriante, naturelle. « Achraf ! Tu es rentré ! Karima est là, oui, on buvait le thé. »

Karima apparut derrière elle, le visage calme en apparence, le cœur en panique. Elle embrassa son mari, le présenta à Yosra comme si de rien n'était. Il but un thé avec elles, parla de son voyage, ne remarqua rien.

Mais cette nuit-là, dans leur lit, il la prit dans ses bras.

« Tu m'as manqué, » murmura-t-il.

Elle se laissa faire, ferma les yeux, pensa à Yosra. Et ce soir-là, pour la première fois, faire l'amour avec son mari ne lui fut pas désagréable – parce qu'elle pouvait, en pensée, remplacer ses mains par d'autres, ses lèvres par d'autres.


Le lendemain, elle retrouva Yosra. Elle lui raconta.

« Je pense à toi quand je suis avec lui, » avoua-t-elle.

Yosra sourit, triste. « Moi aussi. Mais ce n'est pas bien. Ni pour eux, ni pour nous. »

« Qu'est-ce qu'on fait, alors ? »

Yosra réfléchit longtemps. « Je ne sais pas. Je t'aime, Karima. Je ne sais pas si c'est possible, si ça peut durer. Mais je t'aime. »

C'était la première fois qu'elles prononçaient ce mot. Il flotta dans l'air, fragile, dangereux, magnifique.

Les mois passèrent. Leur relation continua, secrète, intense. Elles apprirent à se connaître vraiment – pas seulement leurs corps, mais leurs âmes. Karima découvrit qu'Yosra avait peur du noir, adorait les films français, détestait le cumin. Yosra apprit que Karima pleurait en cachette devant les documentaires animaliers, écrivait des poèmes qu'elle n'avait jamais montrés à personne, et rêvait de voir la mer Rouge.

Elles devinrent indispensables l'une à l'autre.

Un jour, Hicham, le mari d'Yosra, vint voir Karima. Il avait l'air gêné, mal à l'aise.

« Je voulais vous parler, » dit-il. « De Yosra. »

Le cœur de Karima s'arrêta. Il savait. Il allait tout détruire.

« Elle est différente, ces derniers temps. Plus heureuse. Plus vivante. » Il hésita. « Je me demandais... si vous saviez pourquoi. »

Karima chercha ses mots. « Peut-être qu'elle va mieux. Les enfants grandissent, elle a plus de temps... »

Il hocha la tête, pas convaincu. Puis il la regarda droit dans les yeux.

« Je ne suis pas stupide, Madame Karima. Je sais que vous passez beaucoup de temps ensemble. » Il marqua une pause. « Et je sais que ma femme n'a jamais été vraiment heureuse avec moi. »

Karima retint son souffle.

« Je ne sais pas ce qui se passe entre vous, » continua-t-il doucement. « Et je ne veux pas le savoir. Mais si elle est heureuse... si vous la rendez heureuse... » Il baissa les yeux. « Peut-être que c'est suffisant. Pour l'instant. »

Il partit sans ajouter un mot. Karima resta figée, stupéfaite. Il savait. Il ne savait pas, mais il savait. Et il acceptait. Par amour pour sa femme. Par lassitude, peut-être. Parce que la vie est trop courte pour faire la guerre à ce qui rend les gens vivants.

Ce soir-là, elle raconta tout à Yosra. Elles pleurèrent ensemble, de peur, de soulagement, de gratitude.

« Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? » demanda Karima pour la centième fois.

Yosra la prit dans ses bras. « On vit. On profite de chaque moment volé. On aime. Et on espère que ça suffira. »

Ce n'était pas une réponse. C'était la seule possible.


Aujourd'hui, deux ans plus tard, rien n'a changé en apparence. Achraf voyage toujours. Hicham travaille toujours. Les enfants grandissent. Les deux familles se croisent dans l'ascenseur, échangent des politesses, des invitations aux mariages et aux fêtes religieuses.

Mais dans l'intimité des après-midis volés, deux femmes de presque cinquante ans continuent de s'aimer. Elles ont appris à vivre avec le secret, avec la peur, avec l'humour noir de leur situation. Parfois, en faisant l'amour, elles rient encore de l'absurdité de tout ça – deux mères de famille voilées, en plein Caire, découvrant le plaisir dans les bras l'une de l'autre.

L'autre jour, en rangeant la chambre d'Yosra, Karima trouva une photo d'elles deux, prise par les enfants lors d'une sortie au parc. Elles y étaient voilées, sages, respectables. Personne n'aurait imaginé.

Elle montra la photo à Yosra.

« Regarde-nous. On a l'air de deux bonnes mères musulmanes. »

Yosra regarda la photo, puis la regarda, elle. « On est de bonnes mères musulmanes. Qui s'aiment. Ce n'est pas interdit par le Coran, tu sais. L'amour. »

« Le Coran n'avait peut-être pas prévu notre cas, » rit Karima.

« Le Coran a tout prévu. Mais il nous laisse le choix. »

Elles s'embrassèrent doucement, sans hâte, sans urgence. Juste pour le plaisir d'être ensemble.

Dehors, Le Caire continuait son vacarme éternel. Dedans, dans le silence de cette chambre interdite, deux femmes inventaient leur propre manière d'être au monde – cachées, libres, vivantes.

Et c'était, finalement, la plus belle des révolutions.



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