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L'Érotisme Islamique

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Ce à quoi nous assistons aujourd'hui dans la conscience collective arabo-musulmane est un état de schizophrénie cognitive aiguë qui sépare une image imaginée d'un passé angélique d'une réalité historique bouillonnante d'humanité, avec tous ses désirs et ses détails physiques. Cette contradiction se manifeste clairement lorsque l'on compare le discours moralisateur contemporain, qui dépeint l'histoire comme un long tapis de prière exempt de désirs, aux ouvrages fondamentaux du patrimoine écrits par de grands cheikhs, exégètes et juristes. Ces derniers ne trouvaient aucune gêne à s'immerger dans la littérature du "Bah" (l'érotologie), alors que le public actuel ignore tout de ce pan occulté.

Par exemple, l'imam Jalal al-Din al-Suyuti, l'un des piliers de l'exégèse et du Hadith, a laissé derrière lui une liste de manuels qui choqueraient le dévot contemporain et que les autorités de censure saisiraient aujourd'hui pour "débauche". Parmi eux, son célèbre ouvrage Nawadir al-Ayk fi Ma'rifat al-Nayk (Les raretés des bosquets dans la connaissance du coït), ainsi que Rashf al-Zulal min al-Sihr al-Halal, Al-Yawaqit al-Thamina fi Sifat al-Samina (Les rubis précieux sur les attributs des femmes charnues), et Al-Ifsah fi Asma al-Nikah. Ces livres n'étaient pas des erreurs passagères, mais l'expression d'une culture d'époque qui n'avait pas honte du corps. Al-Suyuti y recensait des centaines de noms pour les organes génitaux et les positions sexuelles, tout en exposant des anecdotes érotiques attribuées à des bédouins et des juristes, prouvant que la "pudeur" revendiquée par les contemporains est une culture moderne étrangère à un patrimoine autrefois bien plus ouvert.

L'affaire ne se limite pas à al-Suyuti. Le cheikh al-Nefzaoui, dans son livre Le Jardin Parfumé (Al-Rawd al-'Atir), écrit à l'instigation d'un ministre tunisien, propose un guide complet du sexe contenant des récits érotiques explicites dépassant toutes les lignes rouges actuelles, tout en étant considéré à l'époque comme un ouvrage éducatif et récréatif. Dans le même contexte, émerge le livre Le Retour du cheikh à sa jeunesse attribué à Ibn Kemal Pasha, l'un des plus grands savants de l'Empire ottoman et son "Cheikh al-Islam", confirmant que le sommet de la hiérarchie religieuse du califat était impliqué dans la documentation de la culture sexuelle dans ses moindres détails. Cette ouverture n'était pas limitée aux livres scientifiques, mais s'étendait aux récits des califes et des compagnons dans les grandes sources historiques comme Al-Aghani d'al-Isfahani ou Al-'Iqd al-Farid d'Ibn 'Abd Rabbih. Dans ces volumes, nous lisons les amours des califes omeyyades, tel Yazid ben Abd al-Malik et sa passion pour ses concubines Hababa et Salama, illustrant comment la licence et la poésie sexuelle faisaient partie intégrante des cours de Damas et de Bagdad.

La question des esclaves et des concubines constitue le pilier majeur de cette hypocrisie historique. Le discours religieux actuel prétend que l'Islam a limité le sexe au mariage, ignorant l'institution du "Milk al-Yamin" (le droit de propriété) qui permettait à l'homme d'avoir des rapports sexuels avec autant de femmes qu'il le souhaitait, sans contrat ni restrictions. L'histoire nous raconte l'existence des marchés aux esclaves à Bagdad et au Caire, où les concubines, considérées comme des "marchandises", étaient exposées dans des tenues révélant leurs charmes afin que les acheteurs — dont des juristes et des notables — puissent examiner leurs corps pour garantir leur "qualité sexuelle". Plus encore, les livres de jurisprudence, comme Al-Mughni d'Ibn Qudama ou Al-Mabsut d'al-Sarakhsi, contiennent des discussions juridiques précises sur la nudité de l'esclave et les parties du corps qu'il est permis de toucher avant l'achat ; des débats qui, s'ils étaient publiés aujourd'hui de manière moderne, seraient considérés par certains comme de l'apostasie ou de la dépravation.

L'insistance des institutions officielles contemporaines à interdire les livres érotiques modernes tout en poursuivant les créateurs pour "outrage à la pudeur" est le comble de l'hypocrisie, car elles traquent en réalité une réalité que leurs ancêtres vivaient et documentaient avec fierté. Ce mensonge systématique vise à fabriquer un "musulman formaté", coupé de ses racines réelles qui étaient bien plus vivantes et réconciliées avec l'instinct. L'histoire islamique, sur 1400 ans, n'a pas été une histoire de pureté absolue, mais une histoire éminemment humaine, faite de sexe, de licence et d'exploitation physique autant que de prière et d'ascétisme. Nier cet aspect est une falsification de la vérité et une tromperie envers les générations qui ne lisent plus que ce que dictent les ciseaux du censeur religieux, tandis que les ouvrages de référence restent sur les hautes étagères, témoins d'une époque où les cheikhs écrivaient sur le plaisir avec une audace que les libéraux les plus radicaux n'oseraient posséder aujourd'hui.

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