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L’Ombre du Balcon (nouvelle)

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L’Ombre du Balcon




Le silence du quatrième Ă©tage de la rĂ©sidence des Glycines n’Ă©tait habituellement troublĂ© que par le murmure lointain du boulevard ou le cliquetis rĂ©gulier des talons d’Émeline lorsqu’elle rentrait de l’agence d’architecture oĂą elle travaillait depuis un an. Ă€ vingt-quatre ans, Émeline Ă©tait une jeune femme que l’on qualifiait volontiers de discrète, pour ne pas dire terriblement timide. Ses grands yeux clairs, souvent dissimulĂ©s derrière une mèche de cheveux châtains qu’elle replaçait nerveusement, trahissaient une sensibilitĂ© Ă  fleur de peau et une fâcheuse tendance Ă  s’effacer devant les autres. Son appartement Ă©tait Ă  son image : un havre de paix minimaliste, rangĂ© au millimètre près, oĂą chaque objet semblait s’excuser d’exister.
Tout le contraire de son voisin de palier, Marc. QuadragĂ©naire Ă  la carrure imposante, Marc irradiait une confiance en soi qui intimidait profondĂ©ment la jeune femme. Avec ses cheveux poivre et sel coupĂ©s court, sa barbe de trois jours impeccablement taillĂ©e et ses Ă©paules larges de dĂ©mĂ©nageur, il reprĂ©sentait tout ce qu’Émeline fuyait par pudeur et vĂ©nĂ©rait en secret. Leurs interactions s’Ă©taient jusqu'alors limitĂ©es Ă  des salutations polies dans l’ascenseur, durant lesquelles Émeline fixait obstinĂ©ment ses propres chaussures en sentant le rouge lui monter aux joues, tandis que Marc lui adressait un sourire bienveillant, conscient de l’effet que sa prĂ©sence brute produisait sur la jeune fille.
Ce soir-lĂ , une chaleur lourde de dĂ©but d'Ă©tĂ© pesait sur la ville. L’air Ă©tait moite, presque Ă©lectrique, rendant l’atmosphère Ă©touffante Ă  l’intĂ©rieur des appartements. Émeline, vĂŞtue d’un simple dĂ©bardeur de coton blanc fluide et d’une petite culotte en dentelle beige, avait Ă©teint toutes les lumières pour ne pas attirer les moustiques. Elle s’Ă©tait approchĂ©e de sa porte-fenĂŞtre, restĂ©e grande ouverte, pour tenter de capter un semblant de brise marine. Le balcon de son salon n’Ă©tait sĂ©parĂ© de celui de Marc que par une simple cloison de verre dĂ©poli, un sĂ©parateur de fortune qui prĂ©servait l’intimitĂ© visuelle mais laissait passer le moindre murmure.
C’est alors qu’elle l’entendit. Ce n’Ă©tait pas le bruit habituel de la tĂ©lĂ©vision ou de la musique que Marc Ă©coutait parfois, mais un rire Ă©touffĂ©, fĂ©minin, suivi d'une voix masculine, grave et basse, qui fit vibrer l'intimitĂ© d'Émeline avant mĂŞme qu'elle n'en comprenne la source. Le cĹ“ur de la jeune femme se mit Ă  battre un peu plus vite. GuidĂ©e par une impulsion qui ne lui ressemblait pas, elle fit un pas feutrĂ© sur le bĂ©ton tiède de son balcon, s'enfonçant dans l'obscuritĂ© protectrice de l'angle mort.
Ă€ travers la vitre dĂ©polie, les silhouettes se dessinaient en ombres chinoises, mais la porte-fenĂŞtre de Marc Ă©tait elle aussi grande ouverte, et les amants venaient de franchir le seuil pour s'installer Ă  l'air libre. Émeline se figea, le souffle coupĂ©. Elle aurait dĂ» rentrer, fermer ses rideaux, retourner Ă  sa lecture solitaire. C’Ă©tait ce que la dĂ©cence exigeait. Mais ses jambes refusèrent d’obĂ©ir. Une curiositĂ© morbide et brĂ»lante l’ancra au sol.
Marc Ă©tait lĂ , debout dans la pĂ©nombre du balcon, uniquement vĂŞtu d'un pantalon de toile sombre dĂ©boutonnĂ© Ă  la taille. Ă€ ses cĂ´tĂ©s, une femme longiligne, dont la chevelure blonde cascade sur un dos entièrement nu, riait doucement en se frottant contre lui. Émeline reconnut l’Ă©clat de la lune sur la peau ambrĂ©e du dos de Marc, sur les muscles puissants de ses omoplates qui se contractaient alors qu’il saisissait l’inconnue par les hanches.
« Tu es sĂ»re que tu veux faire ça ici ? » murmura Marc, sa voix rĂ©sonnant distinctement dans la nuit calme. « Les voisins pourraient entendre. »
« Je m’en fiche des voisins », rĂ©pondit la blonde d’une voix provocante, tout en dĂ©faisant les derniers boutons du pantalon de l’homme. « Je veux que tu me prends maintenant, dehors. »
Le sang d’Émeline fit un bond dans ses artères. Le tutoiement, la cruditĂ© des mots, la proximitĂ© immĂ©diate de cette dĂ©bauche Ă  laquelle elle assistait en direct la paralysèrent. Elle se colla un peu plus contre le mur de briques de son cĂ´tĂ© de la cloison, le visage Ă  quelques centimètres seulement du verre dĂ©poli, trouvant une interstice oĂą la jonction du mur offrait une vue partielle mais incroyablement nette sur le balcon d'Ă  cĂ´tĂ©.
Marc attrapa la femme par la taille et la souleva sans effort apparent pour l’asseoir sur la balustrade en fer forgĂ©. La robe d’Ă©tĂ© de la blonde fut relevĂ©e d’un geste brusque jusqu’Ă  sa poitrine, rĂ©vĂ©lant qu’elle ne portait rien en dessous. Ses jambes longues et blanches s’Ă©cartèrent immĂ©diatement, venant s’enrouler autour de la taille massive de Marc. Dans la pĂ©nombre, Émeline vit l’homme reculer d’un pas pour libĂ©rer sa propre anatomie. MĂŞme Ă  cette distance, la vision de sa virilitĂ©, lourde, Ă©paisse et entièrement dressĂ©e vers le ciel, fit monter une vague de chaleur liquide entre les cuisses de la jeune spectatrice.
Sans plus de prĂ©ambules, Marc se jeta en avant. Émeline entendit le claquement humide et sourd de la pĂ©nĂ©tration, immĂ©diatement suivi d'un gĂ©missement aigu de la femme, un son de pure surprise et de plaisir mĂŞlĂ©s qui dĂ©chira la nuit. La blonde renversa la tĂŞte en arrière, ses cheveux balayant le vide, tandis que ses mains s’agrippaient dĂ©sespĂ©rĂ©ment aux Ă©paules musclĂ©es de Marc.
« Oh mon Dieu, Marc… oui… plus fort », haleta l'inconnue.
L'homme commença un va-et-vient d'une rĂ©gularitĂ© impitoyable. Ses hanches larges frappaient les fesses de sa partenaire dans un rythme lourd et cadencĂ©. Ă€ chaque poussĂ©e, la balustrade Ă©mettait un lĂ©ger grincement mĂ©tallique qui se mĂŞlait aux bruits succulents du sexe et aux soupirs de plus en plus rauques des amants. Émeline sentait ses propres doigts trembler. Sa bouche Ă©tait sèche, ses seins s’Ă©taient durcis sous le coton fin de son dĂ©bardeur, leurs pointes frottant douloureusement contre le tissu Ă  chaque fois qu’elle respirait.
Elle Ă©tait le tĂ©moin invisible d’un opĂ©ra de chair. Au lieu de ressentir de la rĂ©pulsion, elle s’aperçut avec effroi qu’elle ressentait une excitation d’une violence inĂ©dite. Le contraste entre la sauvagerie des assauts de Marc et la docilitĂ© de la femme la fascinait. Marc ne faisait preuve d’aucune hĂ©sitation ; il dominait la situation avec une autoritĂ© mâle absolue, guidant le corps de sa maĂ®tresse au grĂ© de ses propres pulsions. Il modifia leur position, forçant la blonde Ă  se retourner pour s'appuyer face au vide, les mains agrippĂ©es au rail de sĂ©curitĂ©, les fesses offertes Ă  la lune.
De sa position, Émeline avait dĂ©sormais une vue plongeante sur l’arrière-train cambrĂ© de la femme et sur le membre de Marc qui entrait et sortait avec ferveur, brillant de leur lubrification mĂŞlĂ©e. L'homme attrapa la chevelure blonde, tirant lĂ©gèrement la tĂŞte de sa partenaire vers l'arrière pour lui murmurer des obscĂ©nitĂ©s que la jeune vierge de palier n'aurait jamais imaginĂ© entendre un jour.
« Tu aimes ça, hein ? Regarde le vide… imagine que quelqu’un nous regarde… », grogna Marc d'une voix basse, presque animale.
Ces mots agirent comme un dĂ©clic dans l’esprit d’Émeline. Quelqu’un nous regarde. C’Ă©tait elle. Il parlait d’elle sans le savoir. La sensation d’interdit devint trop forte pour ĂŞtre contenue. Lentement, d’une main que la luxure rendait fĂ©brile, la jeune femme glissa ses doigts sous l’Ă©lastique de sa culotte de dentelle. Ses doigts trouvèrent immĂ©diatement son intimitĂ©, chaude, gonflĂ©e et dĂ©jĂ  inondĂ©e d’une cyprine abondante.
Elle laissa Ă©chapper un soupir muet, refermant les yeux un instant alors que son majeur entamait de petits mouvements circulaires sur son clitoris gorgĂ© de sang. Le frottement de ses propres doigts, synchronisĂ© sur le rythme des coups de reins de Marc de l'autre cĂ´tĂ© de la vitre, lui procura une dĂ©charge Ă©lectrique. Elle rouvrit les yeux pour ne rien rater du spectacle. Marc accĂ©lĂ©rait le rythme. Ses muscles dorsaux Ă©taient tendus Ă  l'extrĂŞme, ruisselants d’une fine couche de sueur qui luisait sous la lumière des Ă©toiles.
La femme sous lui ne formulait plus de phrases cohérentes ; elle n'émettait plus que des petits cris étouffés, le corps secoué par les assauts de plus en plus sauvages du quadragénaire. Émeline, les jambes légèrement écartées, le dos appuyé contre le mur frais, accélérait elle aussi son geste. Elle enfonça un second doigt à l'intérieur de son canal étroit, découvrant avec stupeur à quel point elle était réceptive, succombant à la stimulation interne tandis que son pouce continuait de marteler sa perle de plaisir.
« Marc ! Je vais… je vais jouir ! », cria la blonde en cambrant ses reins au maximum.
« Jouis, ma belle, jouis pour moi », rĂ©pondit-il dans un râle, augmentant la cadence jusqu'Ă  l'extrĂŞme.
Le spectacle de cette double jouissance imminente poussa Émeline au-delĂ  de ses limites. Ses muscles abdominaux se contractèrent, une vague de chaleur insoutenable prit naissance dans son bas-ventre. Elle vit Marc donner trois derniers coups de butoir ultra-rapides avant de se figer contre la femme, le corps secouĂ© par les spasmes de l’Ă©jaculation, poussant un rugissement sourd qui rĂ©sonna dans toute la cour intĂ©rieure. Au mĂŞme instant, la blonde s'effondra en avant, terrassĂ©e par son propre orgasme.
Pour Émeline, ce fut le déclic final. Sans un bruit, la bouche ouverte dans un cri silencieux, elle explosa. Son clitoris pulsa violemment sous ses doigts, des vagues de plaisir pur submergèrent son cerveau, faisant trembler ses genoux au point qu'elle faillit s'effondrer sur le sol du balcon. Elle resta ainsi plusieurs secondes, le corps vibrant, sa main trempée de ses propres fluides intimes, écoutant les respirations haletantes des deux amants qui reprenaient lentement leurs esprits à moins de deux mètres d'elle.
Puis, la panique succĂ©da Ă  l'extase. RĂ©alisant l’audace de son acte, Émeline retira sa main, remonta sa culotte d'un geste brusque et se glissa Ă  pas de loup Ă  l’intĂ©rieur de son salon. Elle referma la porte-fenĂŞtre sans faire le moindre bruit, tira les rideaux Ă©pais et se laissa tomber sur son canapĂ©, le cĹ“ur tambourinant dans sa poitrine comme un oiseau en cage. Elle passa le reste de la nuit dans un Ă©tat de veille agitĂ©, hantĂ©e par la vision des muscles de Marc et par la honte dĂ©licieuse de s’ĂŞtre abandonnĂ©e ainsi Ă  sa propre luxure.
Le lendemain matin, la lumière crue du soleil d’Ă©tĂ© redonna Ă  la rĂ©alitĂ© ses droits, et avec elle, une angoisse terrible s’empara d’Émeline. Elle fixa longuement son reflet dans le miroir de la salle de bain. Ses yeux Ă©taient cernĂ©s, ses lèvres encore un peu gonflĂ©es par l'excitation rĂ©siduelle de la nuit. Elle se sentait coupable, persuadĂ©e que son secret se lisait sur son visage. Avait-elle fait du bruit ? Marc l’avait-il aperçue Ă  travers l'interstice de la cloison ? L'inconnue avait-elle remarquĂ© une ombre ?
Elle dĂ©cida de rester calfeutrĂ©e chez elle, prĂ©textant un accès de fatigue pour faire du tĂ©lĂ©travail. Vers quatorze heures, alors qu’elle tentait dĂ©sespĂ©rĂ©ment de se concentrer sur les plans d’un complexe hĂ´telier, trois coups secs et sonores retentirent contre sa porte d’entrĂ©e.
Le cĹ“ur d’Émeline manqua un battement. Son sang se glaça. Elle se leva lentement de sa chaise de bureau, ses pieds nus glissant sans bruit sur le parquet. Elle s’approcha de la porte, retenant son souffle, et colla son Ĺ“il contre le judas.
C’Ă©tait Marc.
Il portait un simple t-shirt noir moulant qui soulignait ses pectoraux puissants et un jean dĂ©lavĂ©. Son visage expressionniste ne trahissait aucune colère, mais ses yeux verts arboraient une lueur d'une intensitĂ© insoutenable. Émeline recula d'un pas, la main sur la bouche. Elle ne pouvait pas ouvrir. C’Ă©tait impossible. Mais Marc frappa Ă  nouveau, plus doucement cette fois, sa voix grave traversant sans peine le bois de la porte.
« Émeline… Je sais que vous ĂŞtes lĂ . Ouvrez-moi, s'il vous plaĂ®t. Il faut que l'on parle. »
Le fait qu'il prononce son prénom pour la première fois acheva de la désarmer. Sa timidité maladive lutta une seconde contre une curiosité mêlée de résignation. De toute façon, elle ne pouvait pas se cacher éternellement. Tremblante, elle déverrouilla la serrure et entrebâilla la porte, se cachant partiellement derrière le battant.
« Bonjour, Marc… », murmura-t-elle, la voix Ă  peine audible, les yeux fixĂ©s sur le paillasson. « Je… je travaillais, je suis un peu occupĂ©e… »
Marc ne rĂ©pondit pas tout de suite. Il posa sa main large sur le bord de la porte et, d’une poussĂ©e douce mais ferme, il l’ouvrit complètement, forçant la jeune femme Ă  reculer dans son entrĂ©e. Il entra, referma la porte derrière lui et tourna le verrou. Le clic de la serrure retentit comme un couperet. L’espace de l'entrĂ©e, si petit, sembla soudainement saturĂ© par l'odeur de l’homme, un parfum de cèdre et de peau chaude qui rappela immĂ©diatement Ă  Émeline les effluves de la nuit prĂ©cĂ©dente.
« Vous travailliez aussi hier soir, Émeline ? » demanda-t-il, un lĂ©ger sourire en coin Ă©tirant ses lèvres, bien que son regard reste sĂ©rieux et perçant.
Le visage d’Émeline s’enflamma instantanĂ©ment. Elle crut qu'elle allait s'Ă©vanouir. « Je… je ne vois pas de quoi vous parlez. »
Marc fit un pas vers elle, rĂ©duisant la distance Ă  nĂ©ant. Il la dominait de toute sa hauteur, l’obligeant Ă  lever les yeux vers lui. « Ne mentez pas. C’est indigne de vous. Hier soir, la cloison en verre dĂ©poli avait un reflet particulier avec la lune. Et puis… vous avez laissĂ© tomber ceci sur votre balcon en rentrant prĂ©cipitamment. »
Il ouvrit sa main droite. Entre ses doigts massifs reposait une petite barrette Ă  cheveux en Ă©caille, celle-lĂ  mĂŞme qu’Émeline cherchait partout depuis son rĂ©veil. La jeune femme sentit ses jambes se dĂ©rober. La honte l’envahit si violemment qu’elle cacha son visage dans ses mains, prĂŞte Ă  Ă©clater en sanglots.
« Je suis dĂ©solĂ©e… tellement dĂ©solĂ©e », hoqueta-t-elle Ă  travers ses doigts. « C’Ă©tait horrible de ma part, je n'aurais pas dĂ»… je voulais rentrer, mais je n'ai pas pu… S'il vous plaĂ®t, ne me dĂ©noncez pas, ne le dites Ă  personne… »
Avant qu'elle ne puisse sombrer dans la panique, les mains douces et chaudes de Marc se posèrent sur ses poignets. Avec une infinie dĂ©licatesse, il Ă©carta ses mains de son visage, l’obligeant Ă  croiser son regard. Il n’y avait aucune moquerie dans ses yeux verts, seulement une tendresse brĂ»lante et un dĂ©sir brut, mĂ»ri par la rĂ©vĂ©lation de la nuit.
« Qui vous parle de vous dĂ©noncer, Émeline ? » murmura-t-il, sa voix descendant d'un octave. « Si vous saviez Ă  quel point la vision de votre ombre, devinant vos mouvements de l'autre cĂ´tĂ© de la vitre, m'a rendu fou… Je savais que c’Ă©tait vous. Je savais que ma timide petite voisine me regardait. Et c'est pour ça que j'ai Ă©tĂ© aussi sauvage. Je voulais que vous voyez tout. »
Ces mots eurent l’effet d’un Ă©lectrochoc sur la jeune femme. L'angoisse s'Ă©vapora instantanĂ©ment, remplacĂ©e par une vague d'excitation encore plus puissante que celle de la veille. Marc savait. Il avait jouĂ© pour elle.
« Vous… vous saviez ? » balbutia-t-elle, ses lèvres s'entrouvant sous le coup de la surprise.
« Oui », rĂ©pondit-il en ancrant son regard dans le sien. « Et aujourd'hui, je n'ai pas pu penser Ă  autre chose. Je voulais voir ces grands yeux clairs me regarder en face, sans la cloison. »
D’un geste lent, Marc passa sa main derrière la nuque d’Émeline, ses doigts puissants s’emmĂŞlant dans ses cheveux châtains. Il l’attira doucement vers lui. Émeline ne rĂ©sista pas. Tout son ĂŞtre aspirait Ă  cet abandon qu'elle avait enviĂ© la veille. Lorsque les lèvres de Marc se posèrent sur les siennes, elle laissa Ă©chapper un soupir de soulagement.
Le baiser fut d'abord exploratoire, presque protecteur, puis, sentant la rĂ©ceptivitĂ© totale de la jeune femme, Marc se fit plus pressant. Sa langue s'invita dans la bouche d’Émeline, possessive, exigeante. Émeline rĂ©pondit avec une ferveur qu’elle ne se connaissait pas, s'agrippant au t-shirt de l'homme, se hissant sur la pointe des pieds pour s’imprĂ©gner totalement de lui.
Sans rompre le baiser, Marc la souleva par les cuisses. Émeline enroula instinctivement ses jambes autour de sa taille, ses fesses fermes reposant dans les paumes larges de son voisin. Il la transporta ainsi jusque dans le salon, la déposant délicatement sur le grand tapis de laine blanche, avant de se mettre à quatre pattes au-dessus d'elle, la couvant de son regard de prédateur bienveillant.
« Tu es si belle, Émeline », dit-il, abandonnant le vouvoiement. « Hier, je t'ai vue trembler. Aujourd'hui, je veux te toucher. »
La jeune femme, le souffle court, portait aujourd’hui une simple robe d’Ă©tĂ© en lin beige, boutonnĂ©e sur le devant. Marc, avec une patience infinie qui contrastait avec la brutalitĂ© de la veille, commença Ă  dĂ©faire les boutons un Ă  un. Ă€ chaque centimètre de peau dĂ©voilĂ©, il dĂ©posait un baiser brĂ»lant. Il Ă©carta le tissu, rĂ©vĂ©lant qu'elle portait un ensemble de lingerie en dentelle noire, choisi inconsciemment le matin mĂŞme comme une provocation du destin.
Sa poitrine menue mais ferme se soulevait rapidement. Marc posa ses mains sur ses cĂ´tes, remontant lentement jusqu’Ă  ses seins, massant la chair douce Ă  travers la dentelle avant de libĂ©rer un tĂ©ton pour le prendre dans sa bouche. Émeline cambra le dos, poussant un vĂ©ritable gĂ©missement qui emplit la pièce. Les sensations rĂ©elles dĂ©passaient de loin tout ce qu'elle avait fantasmĂ©. La succion de la bouche chaude de Marc propageait des dĂ©charges Ă©lectriques directement dans son bas-ventre, qui s'humidifia instantanĂ©ment.
« Marc… s'il te plaĂ®t… », supplia-t-elle sans trop savoir ce qu'elle rĂ©clamait, consumĂ©e par le besoin.
« Prends ton temps, petite curieuse », murmura-t-il contre sa peau, tout en faisant glisser la culotte noire le long de ses jambes fines.
Il se redressa pour retirer son t-shirt d'un geste fluide, dévoilant son torse athlétique, parsemé de quelques poils grisés, puis se débarrassa de son jean. Sa virilité, déjà pleinement éveillée, apparut aux yeux d'Émeline. C'était la même que la veille, mais cette fois, elle lui était destinée. L'homme s'agenouilla entre les jambes ouvertes de la jeune femme. Il posa ses mains sur l'intérieur de ses cuisses, les écartant avec une douceur autoritaire.
Avant de la posséder, Marc se laissa glisser plus bas. Il approcha son visage de l'intimité d'Émeline. La jeune femme tenta par réflexe de resserrer les cuisses, guidée par sa timidité séculaire, mais Marc l'en empêcha d'une simple pression de ses mains.
« Regarde-moi, Émeline », ordonna-t-il gentiment.
Elle obéit, le regard brillant de soumission et de désir. Elle le vit approcher ses lèvres de sa perle rose, déjà brillante de sa propre mouille. Lorsque la langue chaude et râpeuse de Marc entra en contact avec son clitoris, Émeline poussa un cri aigu, ses mains s'enfonçant dans les cheveux poivre et sel de l'homme. Marc commença un travail de dévotion incroyable, alternant les aspirations puissantes et les caresses circulaires de sa langue, tout en glissant deux doigts à l'intérieur d'elle pour la préparer.
La jeune femme était en plein délire sensoriel. Elle balançait ses hanches de gauche à droite, s'offrant totalement à la bouche de son bourreau de plaisir. L'orgasme ne se fit pas attendre. Moins de deux minutes après le début de la caresse, le corps d'Émeline se tendit comme un arc. Elle éjacula une première fois dans un spasme violent, criant le nom de Marc, tandis que l'homme recueillait sa cyprine avec ferveur, ne s'arrêtant pas malgré ses supplications pour prolonger l'extase.
Lorsqu'il se redressa enfin, la bouche luisante, Émeline était épuisée mais son regard réclamait la suite. Marc s'allongea de tout son long sur elle, faisant peser son poids rassurant sur son corps fin. Il saisit sa virilité et la plaça à l'entrée de son orifice, déjà large et totalement lubrifié par l'orgasme précédent.
« Regarde-moi bien », murmura-t-il en plongeant ses yeux verts dans les siens. « Je veux voir tes yeux quand je vais entrer. »
D’une poussĂ©e lente, continue et magistrale, Marc s’enfonça en elle. L’ajustement fut parfait, une sensation de plĂ©nitude si intense qu’Émeline sentit des larmes de plaisir poindre au coin de ses yeux. Elle enroula ses bras autour du cou de Marc, ses ongles s'ancrant dans la chair de son dos alors qu'il commençait ses mouvements de va-et-vient.
Ce fut une étreinte fusionnelle, une romance perverse et magnifique née de l'interdit. Marc y mettait toute sa puissance, mais veillait à chaque instant à ce qu'Émeline suive le rythme. À chaque fois qu'il s'enfonçait profondément, ses bourses venaient frapper sa vulve dans un claquement humide qui rappelait à la jeune femme la bande-son de sa nuit de voyeurisme. Elle comprit alors que sa place n'était plus derrière la vitre, mais bien sous cet homme qui la possédait avec tant d'amour et de vigueur.
« Tu es mienne, Émeline… depuis hier soir, tu es Ă  moi », souffla-t-il Ă  son oreille, sa voix brisĂ©e par l'imminence de sa propre jouissance.
« Oui… oui, Marc ! Prends-moi… baise-moi ! » cria-t-elle, perdant toute retenue, libĂ©rĂ©e de sa timiditĂ© par la magie du sexe.
Le rythme devint frénétique. Marc la souleva légèrement par les hanches pour accentuer la profondeur de ses assauts. Émeline sentait la chaleur monter à nouveau, un second orgasme, plus profond encore, se profilait. Leurs corps en sueur glissaient l'un contre l'autre sur le tapis. Dans un dernier élan sauvage, Marc accéléra, ses poussées devenant courtes et ultra-rapides.
« Je vais venir… Émeline ! »
« Avec moi, Marc ! Jouis avec moi ! »
Ils explosèrent ensemble. Émeline fut traversée par un spasme si violent qu'elle crut que son cœur allait s'arrêter, ses parois vaginales se contractant frénétiquement autour du membre de l'homme. Marc, poussant un cri qui venait du fond de ses entrailles, s'enfonça au maximum et déversa des vagues de sperme brûlant au plus profond d'elle, prolongeant leur agonie de plaisir durant de longues secondes.
Le silence retomba doucement sur le salon ensoleillé. Leurs respirations haletantes s'apaisèrent peu à peu. Marc se laissa glisser sur le côté, mais ramena immédiatement Émeline contre son torse puissant, l'enveloppant de ses bras protecteurs. La jeune femme posa sa tête sur l'épaule de son voisin, traçant des cercles invisibles sur sa peau moite.
Elle n'avait plus honte. Sa timidité n'était plus une prison, mais une parure qu'elle venait d'offrir à l'homme de sa vie. Elle leva les yeux vers Marc, qui l'embrassa doucement sur le front.
« Alors, ma petite voisine… », dit-il avec un sourire tendre. « Est-ce que tu penses encore que tu aurais dĂ» fermer tes rideaux hier soir ? »
Émeline sourit, un sourire de femme fatale et Ă©panouie qu'elle n'avait jamais arborĂ© auparavant. « Non… Je pense que c’Ă©tait la meilleure dĂ©cision de ma vie. »
Blottis l’un contre l’autre sur le tapis, Ă  l’abri du monde extĂ©rieur, ils s’abandonnèrent Ă  une douce somnolence, sachant pertinemment que les nuits sur le balcon ne seraient plus jamais les mĂŞmes.




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